Le bonheur s

Le bonheur s'habille en jupe | Roman lesbien, livre lesbien

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Livres
304 pages

Description

Jeune, jolie, charismatique, lesbienne et femme de carrière, Ève-Marie, 30 ans demeure célibataire. Elle cumule les conquêtes à défaut d'avoir trouvé le véritable amour. Elle préfère se concentrer sur sa carrière, passer ses temps libres avec sa meilleure amie Andréanne qu’elle chérit tant, mais dont le défaut mignon est son hétérosexualité. Elle rencontrera Delphine, une ancienne flamme qui lui a brisé le cœur. « Après elle, je n'ai plus connu de relation du même genre avec aucune autre femme. Je l'ai aimé et elle m'a brisé. » Souhaitera-t-elle se venger ou lui laisser une chance ? Alors qu’elle découvre l’étrange secret de son ex, elle tombe sous le charme de sa nouvelle patronne avec qui elle doit travailler en étroite collaboration, qui finalement s’avérera être une très étroite collaboration. En chemin vers le bonheur, elle croisera la route d’une femme à la personnalité limite qui n’hésitera pas à s’opposer à son désir de bonheur. Comment s’en sortira-t-elle ? Pourra-t-elle enfin vivre une belle histoire d’amour ? La vie se charge parfois de nous faire comprendre certaines choses...


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Date de parution 19 juillet 2017
Nombre de visites sur la page 8
EAN13 9780244021146
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Le bonheur s’habille en jupe
Roman lesbien
Geneviève Durocher
Copyright © 2017 Homoromance éditions
ISBN-13: 978-1545364338 ISBN-10: 1545364338
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
ACCÈ S AU X CH AP IT RE S
CHAPITRE 1
— Youhou, Ève-Marie! À quoi penses-tu? me demandait Andréanne, tout en me faisant des signes avec ses bras alors que j’étais dans la lune.
Je regardais les passants dans la rue par la vitrin e du restaurant où nous étions et je contemplais la couleur des parapluies par ce mois de mai pluvieux. J’étais un peu perdue dans mes pensées.
Devant mon absence de réaction, elle continua en disant :
— Mais à qui rêves-tu comme ça? Ne me dis pas qu’il y a une jolie femme qui erre dans ton esprit, me dit-elle sur un ton moqueur.
Je lui fis un petit sourire en coin.
— C’est vrai, Ève-Marie, je m’inquiète pour toi, ca r tu es toujours toute seule. Je sais que tu es très prise par ton travail, mais on dirait que c’est pour toi une façon de fuir. Aurais-tu peur de l’amour?
— Je n’ai pas peur de l’amour, j’ai juste peur d’être blessée, d’être rejetée. Je n’ai simplement pas trouvé celle qu’il me faut. J’ai justement rencontré une femme via internet la semaine dernière et…
— Pis, pis, pis ? me questionna Andréanne, curieuse , sans me laisser le temps de terminer ma phrase.
— Elle se nomme Sylvie et elle est une agente immob ilière prospère et un peu snob, du moins, j’imagine, puisqu’elle se promène en Mercedes décap otable. Mais ce n’est pas ce qui importe ici. Elle est très gentille et elle semble surtout être très intense.
— Pis, pis, pis ? renchérit Andréanne, de plus en plus impatiente.
— Attends, j’y arrive. La première fois que je lui ai donné un rendez-vous, elle n’était pas disponible sous prétexte qu’elle devait aller se faire manucurer les ongles.
— Noonnnn, pas vrai, t’es tombée sur une poule de luxe… Ha! Ha! Ha! rigola-t-elle.
— Ça m’a totalement enlevé l’envie de la rencontrer. J’ai trouvé ça tellement superficiel, mais elle tenait vraiment à ce que l’on se rencontre, alors j’ai fini par lui donner sa chance de me prouver qu’elle n’était pas aussi princesse que je le croyais.
— T’aurais dû l’inviter à aller faire une ride de quatre roues dans la bouette. Comme ça, tu aurais su si c’était le genre de poulette à pleurnicher lorsqu’elle se sent sale... Ha! Ha! Ha!
— De toute façon, je n’ai pas eu besoin de tester s on niveau de superficialité. Nous n’avons pris qu’un verre, et elle était aussi froide qu’un glaço n. Elle m’a quittée rapidement après quarante-cinq minutes parce qu’elle était supposément attendue quelque part et quand je l’ai rappelée elle m’a avoué que je n’étais pas du tout son genre. Comme si je ne l’avais pas devinée…
— Onnnnn, fit Andie avec un mou triste.
— Non, c’est correct, puisqu’elle n’était vraiment pas mon genre non plus. Je me suis sentie triste sur le coup parce que c’était la première fois que je me faisais dire ça par une fille. Habituellement,
c’est moi qui dis ça aux filles et non le contraire.
— Oh! Tu as une haute estime de toi-même on dirait bien. Comme ça, madame est une pointure dans le monde des lesbiennes, me taquinait Andréanne!
— Je croyais… mettons que mon estime personnelle en a pris un coup. Andréanne, tu ne réalises pas à quel point tu es chanceuse de l’avoir découve rt, ce grand amour. Les chances de trouver une personne que tu aimes et qui t’aime en retour sont minuscules. Tu te maries bientôt, et moi, je suis encore là à errer dans le vide, à chercher la bonne personne à marier.
— Ah… est-ce mon mariage qui te rend pensive comme ça?
— Non, ce n’est pas ça!
— Alors, ma chérie, pourquoi as-tu l’air aussi perdue dans tes pensées? me demanda-t-elle.
Je bus alors une gorgée de bière en fouillant dans ma poche de jeans et lui tendis un petit bout de papier. Elle y lut l’inscription et me regarda d’un air découragé, voire légèrement mécontent.
— Tu n’es pas sérieuse, Ève-Marie?
— Pourquoi pas? Les gens changent…
Andréanne est ma meilleure amie depuis le secondair e. Je trouve ça plutôt drôle d’employer le terme « meilleure amie », car ça me donne l’impression d’avoir quinze ans. Mais bon, c’est la meilleure amie que j’ai et c’est surtout la meilleure amie que quelqu’un puisse avoir, alors comment devrais-je l’appeler?
Nous avions passé quelques années sans nous voir, p our je ne sais plus trop quelles raisons, des enfantillages sans doute. Ce n’est pas facile les relations amicales entre les deux êtres ultras sensibles que nous sommes. Aujourd’hui, nous avions trente an s, nous étions des adultes évolués, et je croyais bien que nous avions renouvelé notre bail pour longtemps, cette fois.
Andréanne, c’est le genre de fille qui ne sort jama is de chez elle sans mettre du maquillage et une couche de vernis sur ses ongles. C’est une belle pe tite blonde aux yeux verts que j’adore surnommer Andie. Quand je dis petite, c’est qu’elle l’est vra iment. Lorsque nous marchons côte à côte, elle doit faire deux pas pour égaliser un des miens. Cela me fait beaucoup rire parce que ça me donne l’impression qu’elle court alors que moi je marche paisiblement.
Nous nous étions connues grâce à notre passion comm une : la musique. Nous jouions toutes les deux du saxophone au secondaire. Moi, j’étais le ge nre de fille plutôt réservée, voire très réservée, et elle, elle était tout le contraire de moi, très extravertie. Nous formions une belle paire. Elle parla it sans cesse et moi… je l’écoutais.
J’étais moins réservée aujourd’hui parce que j’avai s vieilli et que j’avais pris de l’assurance, mais c’était encore elle qui parlait et moi qui l’écouta is. Ça avait toujours été ainsi et cela m’allait en core comme relation. Nous faisions toujours de la musiqu e ensemble dans l’orchestre de la ville, ce qui nous permettait de nous voir au moins une fois par semaine. Nous avions l’habitude d’aller prendre une bière dans un petit resto-bar :Le Garde-Robe, aux murs de couleur falaise rocheuse après la pratique de musique. Nous y étions en ce moment.
— Tu as la mémoire courte à ce point. Te souviens-t u que je t’aie ramassé à la petite cuillère à cause de cette fille-là? Elle t’a carrément brisé le cœur, tu as pleuré durant des semaines et tu n’as plus jamais été capable d’en aimer une autre par la suit e. Je ne l’ai jamais vu, cette fille, et crois-moi, à t’avoir vu en peine comme tu l’as été, elle a été c hanceuse que je ne l’ai jamais vue parce que je lui aurais refait le portrait, me dit-elle en me faisan t un clin d’œil, le poing levé, un sourire mesquin au bout des lèvres.
Hier soir, après le travail, j’étais allée seule au centre d’achats pour magasiner des vêtements. J’aime dépenser pour le plaisir quand j’ai les blues ou lo rsque j’ai eu une journée stressante au bureau, cela me détend. J’avais trouvé une belle jupe dans un ma gasin et je cherchais un petit cardigan dans les mêmes teintes pour le porter avec elle. J’étais alo rs entrée dans une boutique dans laquelle je n’avais jamais mis les pieds. Je ne sais toujours pas ce qu i m’avait pris d’ailleurs. Habituellement, je ne suis pas le genre de personne qui s’affaire dans de nouv eaux magasins. Je sais où aller chercher ce que je désire et je vais toujours aux mêmes endroits.
C’était une soirée plutôt tranquille, il y avait peu de clients dans le magasin. J’arpentais les rangé es en jetant un coup d’œil rapide aux vêtements qui s’ y trouvaient et en continuant d’avancer dans une des rangées, j’y fis toute une trouvaille. Je m’étais d’abord figée, mais j’avais vite réagi :
— Ah! Voilà ce que je cherchais tant, disais-je alors en désignant la vendeuse.
Elle s’était alors retournée, et c’était bien elle, avec son craquant petit sourire. Je ne m’étais pas trompée. Elle me dévisageait, l’air surpris, pendant que ma circulation sanguine prenait de la vitesse.
— Ève-Marie!
Je lui souris à mon tour, mais je sentis mes joues bouillir en disant son nom.
— Delphine!
— Contente de te voir, ça fait longtemps, me dit-elle la première pour briser la glace. Et aussi pour être polie, probablement.
Elle avait l’air mal à l’aise que je découvre qu’el le travaillait à cet endroit. Après tout, nous étio ns censées ne jamais nous revoir. Timides toutes les d eux, nous avions échangé quelques mots de politesse, et elle m’avait alors surprise à son tour en me suggérant d’aller prendre un café avec elle sur-le-champ, puisque sa pause était venue.
J’avais accepté immédiatement, car j’étais bien curieuse de savoir ce qui lui était arrivé durant ces dernières années. Cela faisait sept ans déjà que no us nous étions fréquentées. Il avait dû s’en passer des choses dans sa vie, quoique j’en doutais beauco up. Elle était en couple avec un homme à l’époque, et ce depuis très longtemps. Ils avaient eu deux enfants ensemble. Je lui avais, en quelque sorte, servi de maîtresse en attendant le jour où elle le laisserait pour moi. J’avais été très naïve, mais je l’aimais. J’étais donc plus que certaine qu’ils étaient encore ensemble et que rien n’avait changé.
Elle, elle n’avait pas changé, elle était toujours aussi magnifique, prestigieuse même. Je dois avouer que j’avais beaucoup de mal à détourner mon regard d’elle. Elle était la même Delphine pétillante et mystérieuse que dans mes souvenirs. Elle avait de longs cheveux frisés brun foncé, des yeux noisette à vous faire fondre d’un regard et un sourire angéliq ue. Elle avait le même sourire que Catherine Trudeau, l’actrice. Chaque fois que je voyais sourire cette actrice à la télé, je pensais à Delphine, c’était automatique. Des tas de choses m’avaient fait penser à Delphine durant ces sept années.
Cela faisait cinq minutes que nous parlions de ce que nos vies étaient devenues, et je sentis que la connexion entre elle et moi était revenue. C’était comme si rien ne s’était passé. Je me sentais comme à vingt-trois ans lorsque je l’avais rencontrée pou r la première fois. Nous nous étions connues par l’entremise d’une amie commune et, à cette première rencontre, nous nous mangions du regard. Chaque mot qui sortait de sa bouche cette soirée-là me déconcentrait. J’avais de la difficulté à l’écouter tellement ses lèvres m’hypnotisaient. Nous nous désirions si fort. Ce fut une relation intense, enflammée et passionnée, mais c’est ce que je suis moi-même : une personne passionnée. Après elle, je n’avais plus connu de relation du même genre. Je l’avais aimée et elle m’avait brisée.
La première fin de semaine que nous avions passée e nsemble, c’était chez elle. Durant toute la journée, chaque fois que sa petite fille, qui n’ava it pas tout à fait un an à l’époque, avait le dos tourné, Delphine en profitait pour m’embrasser. Le soir ven u, nous avions fait l’amour sur le plancher du
salon avec Diana Krall comme trame de fond… puis da ns son lit… puis sous la douche. Le lendemain après-midi, quand je l’avais quittée, j’étais définitivement amoureuse d’elle.
Durant les quelques mois qui avaient suivi, nous nous étions vus assez régulièrement, compte tenu du fait qu’elle avait une famille. Puis un jour, elle m’avait dit vouloir un deuxième enfant. J’avais alors pris conscience soudainement de ce que ça impliquai t et je ne voulais pas. Je voulais qu’elle me choisisse moi, je croyais jusque-là que c’était ce qu’elle voulait. J’avais alors compris qu’elle m’av ait utilisé pour passer du bon temps, mais que sa vie c ontinuait et que je n’en faisais pas partie. Je me souviens de l’avoir presque suppliée en pleurant de ne pas faire ça.
Quelques semaines plus tard, elle était chez moi et elle m’annonçait qu’elle était enceinte. Le cœur m’avait fendu en deux, et instantanément, je l’avai s jetée hors de ma vie. Adossée au mur de ma chambre, elle pleurait en me disant qu’elle m’aimait et qu’elle ne voulait pas me perdre malgré tout. Je l’avais quand même jetée hors de chez moi. Elle ava it fait son choix, et ce choix n’était pas moi. Je ne pouvais pas continuer comme ça. Je croyais naïvemen t faire évoluer ma relation avec elle. Je croyais naïvement pouvoir la convaincre que j’étais ce dont elle avait besoin dans sa vie. En un instant, elle m’avait démontré que je n’étais qu’accessoire à celle-ci. Vous savez le bruit que fait un pneu qui crève, et bien, je crois que mon cœur fit le même bruit ce jour-là.
J’étais alors dans ce centre d’achats et je prenais un café avec celle qui m’avait tant promis, celle qui m’avait tant fait rêver, celle que j’avais tant aimée, celle qui m’avait tant brisée. La même chose que par le passé était en train de m’arriver, j’étais hypnotisé par ses lèvres et je n’arrivais plus à l’écouter.
Alors qu’elle continuait de parler, je pris un bout de papier dans ma sacoche sur lequel j’écrivis : « J’ai tellement envie de t’embrasser, tu es si belle! » Courageusement, je lui donnai ce papier. Elle le lut, non sans rougir, se leva de sa chaise et me tira par le bras comme si c’était ce qu’elle attendait.
— Tu ne m’as jamais montré ta nouvelle voiture, toi!
Nous marchâmes alors en vitesse vers l’extérieur et je l’emmenai à ma voiture. Elle y monta avec élégance et sans dire un mot elle se pencha vers ma bouche avec assurance pour que je l’embrasse. Il y avait si longtemps que je n’avais pas senti ses douces lèvres sur les miennes, c’était tendre. Son parfum me rendait toujours aussi folle, une note d’agrumes et de vanille. Son regard à ce moment-là resta imprégné dans ma mémoire. Elle me regardait comme si je venais de lui offrir le plus beau cadeau de Noël. Elle me regardait l’air de dire : enfin, c’es t toi, tu m’as manqué! Je sais que ce n’est probablement que dans ma tête. Je n’ai aucune idée de ce que son regard voulait dire, mais j’aime m’imaginer que je lui avais manqué et qu’elle n’att endait que moi durant toutes ces années. Que voulez-vous, je suis une grande romantique, trop grande même.
Sa pause terminée, elle glissa dans ma main un bout de papier, sortit de ma voiture et s’en éloigna. J’avais son numéro de cellulaire entre les mains et je ne savais toujours pas qu’en faire. Je n’avais pas dormi de la nuit et je n’avais cessé d’y repenser depuis. La scène se jouait dans ma tête sans arrêt.
— Pourquoi crois-tu qu’elle a changé? Est-elle célibataire? Est-elle enfin sortie de la garde-robe?
— Je... Je ne sais pas. Je… Nous n’avons pas eu le temps d’en parler. Je ne connais rien de sa situation, pour dire vrai. Tout ce que je sais c’est qu’elle me fait toujours autant craquer.
— Ève-Marie, réveille un peu. Cette fille a toujours fait de toi ce qu’elle voulait et elle le sait. E lle t’a menti effrontément et elle te mentira encore pour te ravoir. Oublie-la, c’est tout ce qu’elle mérite. Il y a tant de femmes intéressantes qui ne demanderaient qu’à t’aimer.
— Je sais, Andréanne, tu as sans doute raison. Elle n’a rien de bon à m’apporter et elle ne mérite pas que je lui accorde de l’attention.
Je fripai le bout de papier sur lequel était écrit le numéro de téléphone de Delphine en faisant une grimace et je le jetai par terre avec aisance. Je v oulais arrêter d’y penser définitivement. Cela me p rit
plusieurs bières avant d’y arriver.
CHAPITRE2
Au bureau, j’étais dans le jus. J’avais deux jours devant moi pour terminer tout le travail que j’avais à faire et j’en aurais eu besoin de quatre. Je trav aillai donc presque nuit et jour pour y arriver, et cela m’empêchait, par le fait même, de penser à Delphine . Il était vrai finalement que je prends la fuite dans mon travail, mais j’aime le faire et je ne sai s que faire d’autre pour oublier. L’alcool n’est pa s toujours une bonne solution.
Je suis analyste d’affaires pour une compagnie américaine qui fabrique des produits d’emballages. Je sais, vous vous demandez sans doute ce que fait une analyste d’affaires. À cela, je réponds souvent que j’analyse des affaires parce que c’est une ques tion sans réponse. Disons qu’en gros, c’est seulement un titre que l’on m’a donné parce que je suis une comptable en management qui travaille par projet et qui s’amuse à analyser les chiffres d e la compagnie. Je travaille énormément avec le logiciel Excel. Ce logiciel est pour moi une invention de génie. Je crée des outils d’analyse incroyables, et pour ce faire, je dois introduire des formules s ans fin ou presque et, au risque de paraitre cinglé e, c’est l’exaltation totale chaque fois que la formule fonctionne. J’adore ce que je fais et je crois que je le fais bien.
Je devais partir travailler au siège social en Flor ide. J’étais épuisée et je carburais au café depuis deux jours, mais il était dix-huit heures et j’avais terminé tout le travail que j’avais à faire. Je p renais l’avion le lendemain matin et j’avais toute la soirée devant moi pour me reposer. J’étais assise par terre devant mon canapé, une coupe de vin à la main, quan d, soudainement, je sentis un vide me rattraper. Je regardais mon appartement de couleur ivoire précieux et qui semblait si terne, un appartement sans vie. Il n’y avait pas de poisson rouge ni même une toute petite plante verte parce que je n’avais tout simplement pas le temps d’en prendre soin.
Ce soir-là, j’aurais aimé partager une coupe de ce succulent vin avec quelqu’un, une belle femme de préférence. Ce soir-là, j’aurais aimé avoir une fem me à qui faire mon au revoir. Ce fut à ce moment que la solitude me soûla. Je pris ma sacoche et je retrouvai le bout de papier froissé que j’avais jeté par terre au restaurant quelques jours auparavant. Quan d Andréanne s’était éclipsée quelques minutes pour aller à la toilette, je m’étais alors penchée sans réfléchir et j’avais récupéré le numéro de téléphone de Delphine. C’était plus fort que moi, j ’étais incapable de m’en départir en attendant de savoir qu’en faire.
C’est donc sans réfléchir, encore une fois, que je pris mon téléphone pour lui parler. À ma grande surprise, elle répondit, moi qui croyais tombée sur sa boîte vocale. Elle avait une voix douce et mielleuse, et que dire de son petit accent du Saguenay qui m’a toujours fait craquer. Elle était ravie de mon appel, et moi, j’étais fière d’avoir eu le courage de lui téléphoner. Je n’avais eu que trois mots à dire pour qu’elle sonne chez moi dans l’heure qui suivit : je te veux!
En raccrochant le combiné du téléphone, je fus moi- même choquée par la teneur de mon propos, mais j’avais le sourire fendu jusqu’aux oreilles. J ’étais si excitée à l’idée de l’avoir dans mes bras. Je voulais une femme à qui dire au revoir, et Delphine allait arriver d’une minute à l’autre. Par le passé, je devais la supplier pour qu’elle rapplique chez moi, et la plupart du temps, elle ne pouvait jamais. Cette fois, je n’avais eu que trois mots à dire, sans arguments, sans sollicitations. Je la voulais et elle avait dit oui. C’était simple et inattendu. Elle avait peut-être changé de vie après tout.
La sonnette de la porte retentit, et mon cœur se mit à battre plus rapidement. Mes mains devinrent moites et mes jambes devinrent molles. J’ouvris la porte et elle était là, comme dans un rêve. Elle m’entoura le cou de ses bras et m’embrassa. Il ne m anquait que les violons en trame de fond, et l’on se serait cru dans un film d’amour où des âmes sœurs séparées depuis si longtemps se retrouvent enfin en versant des larmes. Bon, v’là la romantique en moi qui rapplique. Où était-elle passée celle-là durant toutes ces années?
Je lui servis une coupe de vin, et nous prîmes le temps de discuter. Je sus alors que Delphine était séparée depuis peu et qu’elle cherchait à refaire sa vie avec une femme. Qu’elle n’avait eu d’aventures avec aucune autre femme après moi, même si j’en doutais un peu, et que notre rencontre lui semblait comme étant un bon coup du destin. Le moment n’aurait pas pu mieux être choisi. Elle avait pensé à moi, et je lui étais apparue comme par enchantement.
Cette fois, je fus capable de l’écouter me parler. Je me concentrai très fort. Bon, OK, je dois avouer que c’était plus facile parce que nous avions fait l’amour dès son arrivée et qu’ensuite nous avions parlé. Je sais que c’est plutôt rapide, mais Delphine ne m’avait pas laissé le choix.
En m’embrassant, elle me poussa vers la table de la cuisine pour que je m’y asseye. Tout en continuant de m’embrasser, elle passa sa main dans mon chandail et la mit sur un de mes seins. De par son regard, et sa respiration, je compris que c ela faisait très longtemps qu’elle n’avait pas touc une femme. Elle qui avait toujours aimé ma poitrine volumineuse, je crois que ça lui avait effectivement manqué. Ça se passa tellement vite par la suite. Je me retrouvai assise pratiquement nue sur ma table de cuisine. Pendant qu’elle me dévorait les seins, elle en avait profité pour introduire ses doigts entre mes jambes. Je fus surprise par l’élan de sa poussée en moi et laissai s’échapper un cri. C’était si bon de sentir son excitation, de goûter ses lèvres, d’entendre sa respiration qui s’accélérait, de la sentir si près de moi, en moi. Entre mes jamb es, elle faisait un va-et-vient intense avec ses doigts, puis quand elle y posa en plus sa langue br ûlante d’excitation, je cambrai le dos et m’étendis sur la table, qui heureusement, tenait toujours bon . Elle ne s’était définitivement pas gênée pour profiter de mon corps et je l’avais laissée faire. J’aurais été folle de l’arrêter, avouez!
Delphine et moi étions comme des aimants. Elle et m oi, ensemble, ça avait toujours produit des étincelles, une sorte de chimie qui s’opère et qui se termine en feux d’artifice chaque fois. J’avais eu plusieurs aventures avec des femmes dans ma vie, ma is je dois avouer que, sexuellement, Delphine était une bombe. Aucune autre femme ne lui était ar rivée à la cheville jusqu’à maintenant. C’est peut-être aussi pour ça que j’avais eu tant de difficulté à l’oublier ou plutôt, je devrais dire… que je n’avais jamais réussi à l’oublier.
Après avoir conversé toute la soirée devant une bouteille de vin, c’est moi qui avais profité d’elle et nous nous étions endormies dans les bras l’une de l’autre par la suite. Au réveil, elle était toujours là et elle dormait paisiblement. Je m’arrêtai pour l’obse rver un instant. Elle était si belle avec sa longue chevelure brune bouclée étendue sur l’oreiller. On aurait dit Julia Roberts dans Pretty Woman. Vous savez quand Richard Gere se réveille le matin et qu’il la voit avec ses vrais cheveux longs, bouclés. Si belle, si lumineuse.
Il était très tôt et j’allais me lever quand Delphine me tira par le poignet pour m’entrainer vers elle et… nous fîmes encore l’amour. J’aurais voulu rester sous les draps avec elle pendant des jours et des nuits à la caresser, à la faire frissonner sous mes doigts, à la regarder, mais le travail m’appelait et j’avais un avion à prendre.
Je ne voulais plus la quitter. J’eus toutes les mis ères du monde à lui dire au revoir, mais je ne regrettais en rien la nuit que nous venions de pass er. Je ne rêvais que du moment où je reviendrais pour la serrer encore contre moi. Mon travail là-bas s’annonçait pénible et je me disais à moi-même :
— Bravo Ève-Marie! Tu voulais une femme dans tes bras hier soir, tu l’as eue et maintenant tu es accro.
Je n’avais surtout pas de félicitations à me faire puisque j’avais deux jours très importants au travail qui m’attendaient. On aurait dit que j’avais dormi sur la corde à linge. Soit dit en passant, je n’ava is pas aussi bien dormi depuis longtemps, seulement, ma nuit avait été trop courte. Je devais trouver une façon d’oublier ce qui venait de se passer. Oh misère! Comment est-ce que je pouvais oublier ça, moi? J’allais définitivement avoir besoin de toute ma co ncentration pour prouver à mes patrons ce que je valais.