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Le Cameroun

De
379 pages
Au fil des années, le Cameroun s'est forgé une série de marques propres qui le distinguent nettement des autres pays du continent africain, fondant son exception plurielle. Celle-ci relève du milieu biophysique, du statut colonial et du processus de décolonisation du Cameroun, mais aussi de ses paysages démographique, social et linguistique. Elle relève aussi de son armature urbaine et de ses relations internationales. Au travers de ces treize contributions, voici une solide base d'analyse pour mieux appréhender et comprendre ce pays.
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LE CAMEROUN
Autopsie d’une exception plurielle en Afrique

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Dernières parutions

Joseph ITOUA, Institution traditionnelle Otwere chez les Mbosi, 2010. OIFDD, Guide des valeurs de la démocratie, 2010. Hygin Didace AMBOULOU, Nostalgite. Roman, 2010. Ingrid Alice NGOUNOU, Internet et la presse en ligne au Cameroun, 2010. Romuald LIKIBI, L'Union africaine face à la problématique migratoire, 2010. Mbeng TATAW ZOUEU, L'unification du droit de la famille au Cameroun, 2010. Paul KOFFI KOFFI, Houphouët et les mutations politiques en Côte d'Ivoire. 1980-1993, 2010. Wilson-André NDOMBET, Développement et savoirs au Gabon. De 1960 à nos jours, 2010. Etanislas NGODI, L'Afrique centrale face à la convoitise des puissances. De la conférence de Berlin à la crise de la région des Grands Lacs, 2010. José LUEMBA, L'Afrique face à elle-même, 2010. Étienne Modeste ASSIGA ATEBA, Croissance économique et réduction de la pauvreté au Cameroun, 2010. Paul Gérard POUGOUE, Sylvain Sorel KUATE TAMEGHE, Les grandes décisions de la cour commune de justice et d'arbitrage de l'OHADA, 2010. O.I.F.2.D, Guide des valeurs de la Démocratie, 2010. Pascal Alain LEYINDA, Ethnomotricité et développement. Jeux traditionnels chez les Ndzébi du Congo-Brazzaville, 2010. Stanislas BALEKE, Éducation, démocratie et développement. Une pédagogie pour aujourd'hui en Afrique, 2010.
Alexandre MOPONDI Bendeko Mbumbu, Approches socioculturelles de l'enseignement en Afrique subsaharienne, 2010. Léon NOAH MANGA, Pratique des relations du travail au Cameroun, 2010. Fred-Paulin ABESSOLO MEWONO, L'automobile au Gabon. 1930-1986, 2010. Bouopda Pierre KAME, Les handicaps coloniaux de l'Afrique noire, 2010. Mustapha NAÏMI, L'Ouest saharien : continu et discontinu, 2010. Jean-Marc ESSONO NGUEMA, L'impossible alternance au pouvoir en Afrique centrale, 2010. Issiaka-Prosper L. Lalèyê, 20 questions sur la philosophie africaine, 2010. Jean-Emery ETOUGHE-EFE, La restauration informelle en Afrique subsaharienne, 2010.

Sous la direction de

KENGNE FODOUOP

LE CAMEROUN
Autopsie d’une exception plurielle en Afrique

L’Harmattan

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12271-0 EAN : 9782296122710

A la divine Providence

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On connaît une nation aux hommes qu’elle produit, mais aussi à ceux dont elle se souvient et qu’elle honore. John Fitzgerald Kennedy

Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées. François-René de Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe)

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Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

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AVANT-PROPOS

« Le Cameroun, c’est le Cameroun », s’exclama un beau jour de l’année 1955, l’administrateur colonial français Michel Legrand, Chef de la subdivision de Mbouda dans l’Ouest du Cameroun, en réaction au comportement pour le moins étrange de ses administrés. « Le Cameroun, c’est la Cameroun », déclara le 22 juin 1991 à l’Assemblée Nationale, le Premier ministre Sadou Hayatou, pour justifier le refus du Président de la République Paul Biya, d’organiser la Conférence Nationale souveraine que l’opposition politique réclamait de tous ses vœux1 . Cette fameuse phrase qui a, jusqu’ici, fait couler tant d’encre et de salive au Cameroun, est bien révélatrice de la particularité de ce pays en Afrique. En effet, au fil des années, il s’est forgé une série de marques propres qui le distinguent nettement des autres pays du continent africain et qui fondent, pour ainsi dire, son exception plurielle. Celleci relève du milieu biophysique, du statut colonial et du processus de décolonisation du Cameroun, mais aussi de ses paysages démographique, social et linguistique. Elle relève aussi de son armature urbaine, et de ses relations internationales. Elle relève enfin de son palmarès du football de compétition et de son expérience démocratique. Si de temps à autre, le public d’ici et d’ailleurs évoque ces différentes marques de l’exception du Cameroun en Afrique ou en entend parler dans un sens positif ou négatif, il n’en connaît pas ipso facto, les véritables tenants et aboutissants, encore moins la richesse et la portée. Ce livre vise donc à lui fournir une solide base d’analyse pour mieux les comprendre et pouvoir en parler en toute connaissance de cause.
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Cinq jours plus tard, le Président Paul Biya monta lui-même à la tribune de l’Assemblée nationale pour déclarer « La conférence nationale est sans objet…Tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit ».

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L’idée de l’écrire m’est venue à l’esprit le 15 décembre 2007, dans un bus de la société de transports routiers « Garanti Express », qui me ramenait d’un bref séjour de la ville de Douala. Deux mois plus tard, j’ai commencé à concevoir la méthodologie de sa rédaction. D’entrée de jeu, je me suis aperçu que, bien qu’ayant une formation pluridisciplinaire, je ne pouvais pas rédiger efficacement tout seul un livre sur un sujet aussi complexe que l’exception plurielle du Cameroun en Afrique. Je me suis donc résolu à mener cette entreprise avec la collaboration d’autres chercheurs compétents en la matière. Du 15 mars au 30 juin 2008, j’ai procédé à la sélection de ces chercheurs ; ensuite, du 1er juillet au 30 novembre 2008, je leur ai soumis individuellement le projet de rédaction du livre ainsi qu’une demande de collaboration. Tous les chercheurs ainsi sollicités ont spontanément accepté ma proposition ; en outre, tous se sont engagés à me livrer leur contribution à la date limite que je leur ai prescrite. Mais, à cette date, certains d’entre eux se sont débinés discrètement, m’obligeant ainsi à leur trouver, à mon grand désenchantement, des remplaçants. De là à provoquer un allongement de 8 mois du délai de rédaction de ce livre. Il aura fallu en tout, un an et demi de collaboration et de travail soutenus pour la boucler. Ce livre est pour ainsi dire le fruit d’un énorme investissement collectif en temps, en réflexions scientifiques et en moyens matériels, de la part de chercheurs désireux et fiers de livrer au public, de très précieuses connaissances, mais aussi le meilleur créneau pour eux de se mettre en valeur. Certains d’entre eux ont une notoriété scientifique reconnue ; les autres sont de jeunes chercheurs talentueux qui ne tarderont pas à entrer dans la cour des grands maîtres. Je sais particulièrement gré à tous ces auteurs de s’être acquittés de la lourde et délicate mission que je leur ai confiée avec enthousiasme, compétence et doigté. Par leurs textes riches et raffinés, ils ont grandement contribué à l’élaboration de ce livre ; les plus jeunes d’entre eux ont prouvé par leur forte quote-part des textes en question, qu’« aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ». Au total, 14 auteurs tous de nationalité camerounaise, dont moi-même, ont participé à sa rédaction. 13 d’entre eux exercent la profession d’enseignantchercheur : 8 à l’Université de Yaoundé I, 3 à l’Université de Yaoundé II et 2 autres à l’Université de Dschang ; quant au dernier auteur, il est en train d’achever la rédaction de sa thèse de Doctorat de géographie à l’Université de 10

Avant-propos

Yaoundé I. Les 14 auteurs considérés ici représentent 8 disciplines scientifiques : la géographie, l’histoire, la sociologie, la démographie, la géopolitique, les sciences du langage, celles de l’information et de la communication. Ils ont établi leurs contributions à partir de la littérature scientifique existante, de leurs propres travaux de recherches et de l’expérience vécue. Ainsi, ils ont réussi à faire toute la lumière sur les différentes marques de l’exception du Cameroun en Afrique. Ce livre n’est pas le seul fruit de l’effort des auteurs. D’autres personnes ont apporté un concours inestimable à sa réalisation. A cet égard, qu’il me soit permis de rappeler ici, le soutien que j’ai reçu de mes sept doctorants de l’Université de Yaoundé I, Paul Blaise Mabou, Paul Basile Eloundou Messi, Elvis Kah Fang, Joseph Ngandeu, Clotaire Ndzie Souga, Dieudonné Lekane Tsobgou et Ebénézer Ponka. Associés dès l’origine à ma pensée, ils m’ont accompagné lors de mes multiples démarches auprès des autres contributeurs ; en outre, ils m’ont fait d’utiles observations qui m’ont permis d’affiner certaines analyses. Pour le reste, les professeurs Jean-Emmanuel Pondi et Luc Sindjoun de l’Université de Yaoundé II, m’ont fait part de remarques pertinentes qui m’ont aidé à améliorer la structure et le contenu de ce livre. Enfin, mes collègues Samuel Ndembou et Simplice Tido, m’ont assisté dans la lourde tâche de relecture de ses contributions. Je tiens à adresser ici, mes plus vifs remerciements à GrégoireTamo, Inspecteur des services au ministère de l’Education de Base et ZéphirinTzukam, un vieil ami d’enfance, Madeleine Kengne Kapko, mon épouse et Carine Guilène Kengne Cheno, Jocelyne Pamela Kengne Kaptum, Joël William Kengne Fotso et Modeste Kiage Dzotam, nos enfants, pour leurs encouragements multiformes tout au long de la réalisation de ce livre. C’est un livre unique, par la multiplicité et la variété des sources documentaires auxquelles il se réfère, la diversité des champs disciplinaires qu’il implique, la quantité et la pertinence des analyses qu’il mobilise. Nul doute qu’il permettra aux lecteurs nationaux et étrangers de mieux comprendre, au-delà des préjugés et des idées reçues, les véritables tenants et aboutissants, ainsi que la richesse et la portée des différentes marques, qui distinguent nettement le Cameroun des autres pays d’Afrique, et qui fondent incontestablement son exception plurielle. Yaoundé - Cameroun, 15 février 2010. Kengne Fodouop 11

LES CONTRIBUTEURS

Kengne Fodouop, le directeur scientifique de cette publication est titulaire d’un Doctorat d’Etat en géographie de l’Université de Bordeaux III. Professeur des universités, il est actuellement en poste à l’Université de Yaoundé I. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Dschang, il est depuis 1993, président du Comité National de Géographie et depuis 2000, directeur de la Revue de Géographie du Cameroun. Membre du comité scientifique de plusieurs revues nationales et internationales, il est auteur d’une cinquantaine d’articles publiés au Cameroun, en France, en Afrique du Sud, au Maroc, au Togo, aux Pays-Bas et au Canada et de 15 livres. Achille Fossi, titulaire d’un Doctorat/Ph.D. en linguistique, enseigne au Département d’Etudes Bilingues de l’Université de Yaoundé I. Il s’intéresse aux questions de syntaxe, de bilinguisme et de contacts de langue. Albert Pascal Temgoua, docteur d’Etat-ès-lettres, est Maître de Conférences au Département d’Histoire de l’Université de Yaoundé I. Spécialiste d’histoire contemporaine, il s’intéresse à l’histoire de la colonisation allemande. Il est auteur de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques nationales et internationales, et éditeur scientifique de l’ouvrage intitulé : « La politique de la mémoire coloniale en Allemagne et au Cameroun » paru chez LIT VERLAG à Münster, en 2005. Baba Wame, diplômé du Centre Universitaire d’Enseignement de Journalisme (CUEJ) de l’Université de Strasbourg III et docteur en sciences de l’information et de la communication de l’Université de Paris II- Assas, enseigne à l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC) de l’Université de Yaoundé II. Coordonateur du 13

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Département des TIC de cette Ecole, il est aussi chroniqueur à divers magazines et médias audiovisuels tels que Jeune Afrique Economie, Afrique Football, Economia, Divas, Brune, Africa N°1- Paris et TF1. Benoît Mougoué est titulaire d’un Doctorat de troisième cycle en géographie urbaine. Après 15 années de bons et loyaux services au ministère camerounais de l’Urbanisme et de l’Habitat, il a rejoint l’Université de Yaoundé I en 1993. Il y exerce actuellement en tant que chargé de cours, au Département de Géographie. Il s’intéresse tout particulièrement aux recherches sur les villes et l’aménagement urbain participatif au Cameroun. Il est auteur de plusieurs articles scientifiques relatifs à l’amélioration du cadre et des conditions de vie des habitants de la ville de Yaoundé. Evina Akam, diplômé de l’Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD) de l’Université de Yaoundé II et de l’Institut de Démographie de l’Université de Paris I Sorbonne, est aussi docteur en démographie de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve. Actuellement, il enseigne en tant que Maître de conférences à l’IFORD de l’Université de Yaoundé II. Responsable de la direction des études et de la formation de cet institut, il est aussi auteur de plusieurs articles scientifiques et de deux ouvrages. Faustin Kenné, titulaire d’un Doctorat /PH.D., est enseignant-chercheur au Département d’Histoire de l’Université de Yaoundé I. Entre 2003 et 2009, il a assuré les fonctions d’enseignant vacataire à l’Université de Dschang. Il s’intéresse particulièrement aux questions d’histoire politique et militaire à l’échelle mondiale et à ce jour, il a publié plusieurs articles dans des revues scientifiques nationales et internationales. Gabriel Mba, docteur d’Etat en linguistique, est Maître de conférences à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé I. Assistant Editor de « African Journal of Applied Linguistics » et coordonateur des programmes de promotion des langues nationales au Centre de Linguistique Appliquée de Yaoundé, il participe depuis 1982 à la formation des enseignants et des producteurs de manuels didactiques de langues africaines, à travers le Programme Opérationnel pour l’Enseignement des Langues au Cameroun (PROPELCA). A ce jour, il a publié plusieurs articles dans des revues scientifiques nationales et internationales et plusieurs ouvrages dans sa spécialité. 14

Les contributeurs

Honoré Mimche, sociologue, est enseignant-chercheur à l’Institut de Formation et de Recherche Démographiques (IFORD) de l’Université de Yaoundé II. Ses travaux de recherche portent sur les stratégies familiales de scolarisation, les relations entre migration et famille et entre migration et identité culturelle. Jean Koufan Menkene, titulaire d’un Doctorat de troisième cycle en histoire de l’Université de Paris I - Sorbonne, est Vice Doyen chargé de la recherche et de la coopération de l’Université de Dschang. Spécialiste des relations internationales, il est auteur de plusieurs articles publiés dans des revues scientifiques nationales et internationales. Pierre Atangana, titulaire d’un DEA en géographie, est Chef de Division des Examens à l’Office du Baccalauréat du Cameroun, après avoir été successivement Vice Principal au Collège de la Retraite et Censeur au Lycée Général Leclerc de Yaoundé et Proviseur du Lycée de Soa. Depuis l’année académique 2004-2005, il mène à l’Université de Yaoundé I, une recherche doctorale sur le travail et la production des objets en bois dans la ville de Yaoundé. Roger Ngoufo, titulaire d’une Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) de l’Université de Bordeaux III, est Maître de Conférences au Département de Géographie de l’Université de Yaoundé I. Spécialiste de géographie physique et de gestion des ressources naturelles, il s’intéresse aux processus à l’interface nature-sociétés humaines et à la problématique du développement durable. A ce jour, il a publié de nombreux articles et collaboré à trois ouvrages scientifiques. Samuel Ndembou, docteur en géographie de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, est enseignant-chercheur associé à l’Université de Yaoundé I et à l’Université protestante d’Afrique Centrale de Yaoundé. Membre du groupe d’animation scientifique pluridisciplinaire de la Fondation Paul Ango Ela de Géopolitique de Yaoundé, il est auteur de plusieurs articles de géographie rurale et de géopolitique publiés dans des revues nationales et internationales et des ouvrages collectifs. Zacharie Saha, titulaire d’un Doctorat/PhD, est chargé de cours au Département d’Histoire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Uni15

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versité de Dschang. Président de l’association Esclavage-Mémoire & Abolition (EMA) et membre des ONG Action Stratégique pour un Développement Global (ASDEG) et Knowledge for All (KfA), il est auteur et/ou coauteur de plusieurs articles et d’un ouvrage.

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INTRODUCTION

Situé entre le Nigeria à l’ouest, la République centrafricaine à l’est, le Tchad au nord-est, le Congo Brazzaville, le Gabon et la Guinée équatoriale au sud, et l’Océan Atlantique au sud-ouest, le Cameroun se trouve être, sur plusieurs plans, un pays exceptionnel en Afrique. En effet, il se distingue des autres pays de ce continent sur les plans du milieu biophysique, de l’histoire coloniale, des processus de décolonisation et d’accession à l’indépendance et des paysages démographique, social et linguistique. Il s’en distingue aussi sur les plans de l’armature urbaine et des relations internationales. Il s’en distingue enfin sur les plans du palmarès du football de compétition et de la mise en œuvre des principes de la démocratie pluraliste. La présente publication s’emploie à rendre compte de ces différentes marques de l’exception du Cameroun en Afrique, avec objectivité et une grande rigueur scientifique. Ainsi, elle démontre à travers la contribution de Kengne Fodouop et Pierre Atangana (chapitre I) que, sur 11 degrés de latitude et 475 642 km2, le Cameroun rassemble en proportions variables, toutes les formes de relief, tous les climats, tous les régimes hydrographiques, tous les sols, toutes les formations végétales, toute la flore et toute la faune de l’Afrique intertropicale. Une telle diversité de son milieu biophysique vaut à ce pays d’être qualifié, d’« Afrique en miniature ». Elle devrait en faire une destination privilégiée pour les touristes occidentaux avides de dépaysement et de découvertes. Ensuite, elle explicite sous la plume de Kengne Fodouop et Benoît Mougoué (chapitre 2), l’armature urbaine originale du Cameroun, en Afrique sud saharienne. En effet, que cela tienne à l’héritage colonial, à l’abondance des res17

Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

sources économiques, à l’intensité des migrations interrégionales de population ou à des décisions administratives, ce pays est constellé de villes. Il jouit d’une répartition spatiale des villes relativement équitable. A l’heure actuelle, aucun village ne s’y trouve à plus de 250 kilomètres d’une ville digne de ce nom. A la différence de la majorité des pays africains au sud du Sahara, il a eu bien avant son accession à l’indépendance, une capitale politique différente de la capitale économique. Ainsi, il n’a pas été confronté au difficile problème de désenclavement de la capitale à la fois politique et économique, par la création ex-nihilo, sur un autre site, d’une capitale politique distincte de la capitale économique. L’armature urbaine y réunit trois générations de villes : les villes précoloniales, celles de la période coloniale et celles postérieures à l’accession du Cameroun à l’indépendance. De plus, elle s’y caractérise par une structuration en quatre niveaux hiérarchiques de villes fondées sur l’importance numérique de la population des villes considérées, la variété des fonctions et des services qu’elles offrent et leur degré d’ouverture sur le monde extérieur: les métropoles nationales, les villes d’importance régionale, les villes secondaires et les petites villes. Enfin, elle s’y densifie d’année en année, avec la création de nouveaux arrondissements et la transformation par l’administration publique, de gros villages en noyaux urbains. La contribution d’Albert Pascal Temgoua et Zacharie Saha (chapitre 3) révèle que, contrairement à l’écrasante majorité des territoires africains qui subirent à l’époque coloniale, la domination d’une seule puissance occidentale, le Cameroun connut une triple administration allemande, française et anglaise. D’autre part, à la différence de plusieurs anciennes colonies subsahariennes, qui furent intégrées à l’Afrique française ou à l’Afrique anglophone, ce pays ne fit partie ni de la première, ni de la seconde organisation. Bien que le travail forcé, le pillage des ressources locales, le recrutement des tirailleurs pour participer à l’effort de guerres, la perception de l’impôt per capita et la discrimination raciale y furent pratiqués, il bénéficia tout au long de cette période, d’un statut colonial particulier. En effet, après avoir été un protectorat allemand jusqu’en mars 1916, il fut ensuite placé par la Société des Nations (SDN) sous le mandat puis, sous la tutelle de la France et de l’Angleterre.

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Introduction

Faustin Kenne soutient au chapitre 4 que de tous les territoires d’Afrique subsaharienne jadis administrés par les puissances occidentales, le Cameroun est celui qui connut le processus d’accession à l’indépendance le plus sanglant. En effet, de 1958 à 1964, la répression de l’UPC, menée avec l’appui des officiers et des conseillers militaires français, y fut particulièrement meurtrière. En pays Bassa, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants périrent sous les balles des armes automatiques. Plusieurs dizaines de villages y furent incendiés ou rasés. En pays Bamiléké, l’armée régulière massacra entre 300 000 et 400 000 personnes. A vrai dire, aucun pays d’Afrique subsaharienne n’a payé aussi cher, en perte de vies humaines, son accession à l’indépendance. Evina Akam et Honoré Mimche exposent au chapitre 5 que le Cameroun se caractérise par une diversité ethnique sans pareille en Afrique subsaharienne. En effet, ce pays de 475 642 km2 et de 20 millions d’habitants, abrite près de 230 composantes ethniques d’effectifs variables qui se distinguent les unes des autres par leur rattachement à un terroir d’origine (on dit ici « village ») et jusqu’en ville par leur langue (déterminant essentiel). Il reste que la puissance publique n’a pas jusqu’ici, réussi à canaliser leurs capacités entrepreneuriales, pour impulser le développement tant espéré du Cameroun. Sur le plan linguistique, le Cameroun chevauche une ceinture transversale de fragmentation majeure et ses 230 langues appartiennent à presque toutes les familles bantoue (les deux-tiers de la population), adamaoua-oubanguienne, nilo-saharienne, tchadique, ouest atlantique, sémitique même qui se partagent le continent africain. C’est dire que contrairement à la majorité des pays africains, le Cameroun ne dispose pas d’une langue nationale dominante ou commune. Le brassage des populations tout en diversifiant les stratégies communicatives y a suscité deux langues hybrides, le pidjin-english et le camfrançais, que la population utilise dans des contextes particuliers. Ainsi, de nombreux commerçants se servent du pidjin-english (sorte de créole anglais) pour communiquer entre eux ou avec leurs clients. De son côté, la jeunesse urbaine et universitaire utilise le camfranglais, un argot complexe fait d’un mélange de français, d’anglais, de locutions vernaculaires camerounaises et même du verlan, pour se passer des messages. C’est la substance de la contribution de Gabriel Mba (chapitre 6).

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Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

Achille Fossi rapporte au chapitre 7 que le Cameroun est le seul pays d’Afrique continentale à avoir comme co-langues officielles le français et l’anglais. Héritage de la colonisation, ce bilinguisme lui permet de faire partie à la fois du monde francophone et du monde anglophone. Depuis la réunification des deux Cameroun en 1961 et surtout depuis l’unification du pays le 20 mai 1972, le bilinguisme « français - anglais » s’y développe et s’y renforce. De nos jours, tous les documents et communiqués officiels y sont rédigés en français et en anglais. De même, toutes les stations de radio et toutes les chaînes de télévision publiques et privées y diffusent des émissions dans les deux langues. Six des sept Universités d’Etat et la majorité des grandes écoles publiques y dispensent les enseignements indifféremment en français et en anglais et nombre de collèges, de lycées et d’écoles primaires y en font de même. D’ailleurs, les établissements d’enseignement, de la Maternelle à l’Université y constituent le premier vecteur d’appropriation de ces deux langues. La pratique du bilinguisme « français - anglais » n’est pas seulement un vecteur d’acquisition de connaissances scientifiques et technologiques et de promotion sociale au Cameroun. Elle est aussi un puissant facteur de rayonnement international de ce pays. Roger Ngoufo démontre au chapitre 8 que le Cameroun possède hélas, une société composée d’individus et de groupes d’individus égocentriques. En effet, la société camerounaise d’aujourd’hui rassemble des individus centrés sur eux-mêmes, qui placent leurs intérêts personnels au-dessus de l’intérêt collectif, une minorité de personnes qui vivent dans l’opulence et qui dominent par l’argent et les biens matériels, une majorité de gens qui croupissent dans la misère et le dénuement. Aucune autre société nationale d’Afrique n’offrirait un tel florilège de pratiques et comportements égocentriques. Ceuxci sont incontestablement un facteur défavorable au progrès économique et social du Cameroun. En effet, ils y entretienent un climat perpétuel d’antagonisme contribuant au blocage de toute décision ou action collectives. A titre illustratif, ils y empêchent les personnes démunies de coaliser pour manifester leur refus de subir les contingences et les incertitudes de la vie, les citoyens lésés de s’unir pour revendiquer leurs droits, les fonctionnaires et les employés du secteur privé d’exprimer d’une seule voix, leur ras-le-bol contre les baisses de salaires et les licenciements abusifs et les étudiants des universités publiques de faire bloc pour solliciter le rétablissement de la bourse d’études.

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Introduction

Kengne Fodouop relève au chapitre 9 que le Cameroun fait partie des rares pays africains qui ont, jusqu’ici connu, une indiscutable stabilité politique. En effet, hormis la tentative de putsch avortée de 1984, il n’a jamais connu de coup d’Etat, fait rare en Afrique subsaharienne. Ce demi-siècle de stabilité politique ne relève pas seulement de la volonté des groupes ethniques camerounais de vivre en paix et de la stratégie des deux régimes d’Ahidjo et de Biya de s’appuyer sur les autorités traditionnelles locales et sur un parti politique implanté à travers tout le pays pour y bâtir une cohabitation paisible. Elle relève aussi de la mise en œuvre de la politique d’unité et d’intégration nationales, de la fermeté étatique, et du soutien militaire et diplomatique permanent de la France. Au terme d’une aussi longue stabilité politique, le Cameroun devrait être aujourd’hui un pays développé, autrement dit, un pays où il fait bon vivre. Malheureusement, il est encore confronté à de multiples problèmes économiques et sociaux qui risquent, à terme, de le plonger dans l’anarchie et de le rendre ingouvernable. Kengne Fodouop démontre au chapitre 10, qu’en matière de mise en œuvre des principes de la démocratie pluraliste, le Cameroun est bien un pays à part en Afrique subsaharienne. En effet, si l’expérience démocratique pluraliste y est revenue sur les devants de la scène au début des années 1990, à la faveur des revendications et violences sociales, elle y a par la suite, suivi une trajectoire unique en son genre dans cette partie du continent africain. En effet, au lieu d’organiser comme ses homologues du Bénin, du Niger, du Mali, du Congo voire du Tchad, une conférence nationale souveraine que l’opposition politique réclamait de tous ses vœux, Paul Biya, le Président du Cameroun, fit tenir à Yaoundé du 30 octobre au 13 novembre 1991, la Tripartite, forum politique qui réunit le Gouvernement, l’opposition politique et la société civile à l’effet de définir un code électoral consensuel et les conditions d’accès des candidats aux élections législatives et présidentielles de 1992, aux médias publics. D’autre part, au terme de la première élection présidentielle pluraliste du 11 octobre 1992, avec seulement 39,9 % des suffrages exprimés en sa faveur contre 35,9 % à son principal challenger, le candidat du Social Democratic Front, le Président de la République en exercice Paul BIYA, fut proclamé vainqueur. Enfin, l’opposition politique camerounaise est profondément minée par des divisions internes, les ambitions personnelles de ses leaders et les manœuvres du parti au pouvoir, qui l’empêchent d’offrir une alternance de gouvernement crédible.

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Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

Jean Koufan Menkene y met en relief au chapitre 11, l’originalité du processus de décolonisation du Cameroun. En effet, il y souligne que ce pays est le seul en Afrique subsaharienne, où le mouvement politique nationaliste, qui fraya par le biais de la lutte armée contre l’occupant colonial, le chemin vers l’indépendance, a été jusqu’ici, exclu de l’exercice du pouvoir politique. Kengne Fodouop et Samuel Ndembou soulignent au chapitre 12, que dans le domaine de la diplomatie, le Cameroun est aussi une exception en Afrique. En effet, il est l’un des premiers pays d’Afrique qui s’exprimèrent et donc firent entendre leur voix à la tribune des Nations Unies à New York, avant la fin du système colonial en 1960. A cet égard, entre 1952 et 1954, Ruben Um Nyobe, le Secrétaire général de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), accompagné de quelques membres influents de son parti, fit trois apparitions à la tribune des Nations Unies à New-York, pour y exposer à la communauté internationale, la gravité de la situation socio-économique du Cameroun et plaider en faveur de son indépendance. C’est dire que la diplomatie camerounaise se caractérise par sa précocité. D’autre part, bien qu’utilisant le français et l’anglais comme langues officielles, le Cameroun indépendant garda pendant une trentaine d’années ses distances pour ne pas dire sa neutralité, vis-à-vis des deux entités politico culturelles de la Francophonie et du Commonwealth. Devenu membre de la première en 1991 et de la seconde en 1995, il est avec le Ghana, l’un des rares pays africains à appartenir aux deux entités politico-culturelles à la fois. En clair, dans le domaine de la diplomatie, comme le proclament ses dirigeants politiques, « le Cameroun n’est la chasse gardée de personne ». Enfin, depuis son accession à l’indépendance, ce pays mène une diplomatie de présence permanente, qui le conduit à prendre part à toutes les grandes rencontres internationales, à adhérer à des organismes de coopération interétatique, à ratifier des traités et des accords internationaux, voire à œuvrer pour l’insertion de ses ressortissants dans le personnel administratif des organisations du système des Nations Unies. Enfin, Baba Wamé et Kengne Fodouop soutiennent au chapitre 13 que le Cameroun est, incontestablement, le pays qui possède le palmarès du football de compétition le plus riche d’Afrique. Quadruple vainqueur de la Coupe africaine des Nations de football, ce pays détient le record de participations 22

Introduction

du continent aux phases finales de la Coupe du Monde de football (Coupes du Monde de football de 1982, 1990, 1994, 1998, 2002 et 2010). Vainqueur du tournoi olympique de football en 2000, il a pris part à trois éditions de cette compétition ; il a gagné cinq fois le titre de champion d’Afrique des clubs champions et trois fois celui de vainqueur de la coupe d’Afrique des clubs vainqueurs de coupe. C’est un club camerounais, l’Oryx de Douala qui remporta en 1965, la première édition de la Coupe africaine des clubs champions de football. Enfin, le Cameroun a remporté 10 ballons d’or africains sur les 41 attribués jusqu’ici. Un tel palmarès repose sur le talent et la foi à toute épreuve des footballeurs et sur la passion dévorante du peuple camerounais pour le football. Toutefois, le Cameroun accuse de profondes carences dans les infrastructures et dans l’organisation du football de compétition. En effet, celui-ci s’y pratique encore dans des stades en terre et bosselés suivant une organisation tatillonne et conflictuelle qui fait beaucoup de place à l’amateurisme et à l’improvisation. Ces carences ont commencé à ternir la réputation du football de compétition du Cameroun et risquent, si rien n’est fait pour les combler, de faire perdre au pays de Roger Milla, pour longtemps, sa place de numéro 1 dans ce sport en Afrique.

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Chapitre I

UNE DIVERSITE DU MILIEU BIOPHYSIQUE EXCEPTIONNELLE
Kengne Fodouop et Pierre Atangana

INTRODUCTION Pays d’Afrique centrale, le Cameroun s’étend entre les latitudes 1°40 et 13°05 N et les longitudes 8°30° et 16°10 E. Il épouse approximativement la forme d’un triangle isocèle dont l’hypoténuse mesure environ 1500 kilomètres du Lac Tchad au nord à la frontière gabonaise au sud, et la base 850 km de Campo à l’ouest à Ouesso à l’est. D’une superficie totale de 475 642 km2 dont 466 050 km2 de superficie continentale et 9 592 km2 de superficie maritime (DSCN, 1999), il est bordé à l’ouest par le Nigeria, au nord par le Lac Tchad, au nord-est par la République tchadienne, à l’est par la RCA et au sud par les Républiques du Gabon, de Guinée équatoriale et du Congo Brazzaville. Au sud-ouest il s’ouvre sur l’Océan Atlantique par près de 340 km de côtes. Pays indépendant depuis le 1er janvier 1960, il compte aujourd’hui près de 20 millions d’habitants. Sa superficie le place au 21e et sa population au 16e rang africain. Situé à la charnière de l’Ouest et du Centre de l’Afrique, le Cameroun jouit d’une diversité du milieu biophysique exceptionnelle. En effet, étendu sur 11 degrés de latitude du 1°40 au 13°05 de Latitude Nord, il rassemble tous les types de relief, tous les climats, toutes les formations végétales, tous les sols et tous les régimes hydrographiques de l’Afrique intertropicale. En outre, il constitue un atlas pour ne pas dire un résumé de la flore et de la faune inter25

Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

tropicales. Cette exceptionnelle diversité de son milieu biophysique vaut au Cameroun, l’appellation d’ « Afrique en miniature ». I- TOUS LES TYPES DE RELIEF DE L’AFRIQUE INTERTROPICALE C’est une lapalissade que d’affirmer que le Cameroun possède un relief varié à l’extrême. En effet, ce pays rassemble tous les types de relief de l’Afrique intertropicale. Des montagnes aux plaines en passant par les cuvettes et les plateaux, les inselbergs et les falaises, tous les types de relief de l’Afrique intertropicale y sont représentés. L’orographie extrêmement variée du Cameroun tient à la grande extension de ce pays en latitude, du 2° au 13° de Latitude Nord. I. 1. Les plateaux Les plateaux y sont le type de relief le plus répandu. En effet, ils couvrent les 3/4 de sa superficie : largement disséqués par différentes phases d’érosion, ils ne subsistent par endroits qu’en petits massifs isolés, témoins d’anciennes surfaces d’aplanissement. En gros, le Cameroun présente une succession de plateaux étagés dont la monotonie des paysages tabulaires est fréquemment rompue par la présence des reliefs importants, souvent rigoureux. Le haut plateau de l’Adamaoua, l’un des plus connus de tous, s’étend d’est en ouest entre le 6° et le 8° de Latitude Nord (altitude moyenne 1 000 - 1 100 m). C’est la deuxième surface d’érosion en extension du Cameroun après le plateau Sud camerounais. Il s’étale comme une large bande orientée ouest - est, depuis le pays Bamoun jusqu’au-delà de Bascar en République centrafricaine. On le retrouve également à l’ouest des monts de Bamenda matérialisé par les plateaux de Bafut, de Bali, de Batibo et de Wum, et au nord de la vallée de la Bénoué dans les monts Mandara avec la surface des Kapsiki. Dans l’ouest, le plateau Bamiléké constitué du bassin escarpé est adossé aux monts Bamboutos dont les basaltes l’ont protégé de l’érosion. Son altitude moyenne est de 1400 m mais elle se relève vers le sud jusqu’à 1 800 m (Batié). Ce plateau se prolonge vers la région administrative du Nord-Ouest. Le plateau Sud camerounais est la surface d’érosion la plus vaste du Cameroun. Il s’étend à l’altitude moyenne de 700 m, d’ouest en est de la ligne Matomb- Ebolowa à l’ouest, jusqu’au-delà de la frontière centrafricaine, à 26

Une diversité du milieu biophysique exceptionnelle

Nola et Berbérati. Vers le nord, il est limité par les contreforts de l’Adamaoua avec des escarpements de 200 à 400 m à l’ouest. Au sud, ce plateau déborde largement sur le Gabon. Ses rebords occidentaux sont escarpés et le passage à la zone côtière s’y fait par des falaises telles que celle de Matomb entre Eséka et Yaoundé, ou est encore marqué par la succession de chutes comme à Nyabessan sur le Ntem. Le plateau Sud camerounais se poursuit dans la région administrative de l’Ouest où les reliefs individualisent des unités plus petites. La plaine Tikar limitée par l’Adamaoua, les monts Mambila et le plateau Bamoun se rattachent par l’est au plateau Sud camerounais. La zone de Ndikiniméki adossée aux plateaux Bamiléké et Bamoun se raccorde à l’est à la dépression de Bafia. La plaine des Mbos enserrée entre le massif du Manengouba, les monts Bamboutos et le plateau Bamiléké s’ouvre vers le sud sur la région côtière, par un escarpement de plusieurs centaines de mètres. Plus à l’ouest encore, on retrouve la surface d’érosion du plateau d’Akwaya à la limite du Nigeria, à la région Nord de Wum, de la Katsena et de la Haute Ndonga (Olivry J. C., 1986). I. 2. Les basses terres Elles couvrent des surfaces réduites dans le Sud et le Nord Cameroun. Les surfaces les plus basses correspondent aux plaines côtières et aux cuvettes ou dépressions intérieures. Ce sont en fait des zones mixtes comprenant surfaces d’érosion et plaines alluviales. I. 2. 1. Les basses terres du Sud Cameroun Ce type de paysage concerne la majeure partie des plaines sédimentaires de la façade maritime. Celles-ci sont à peine ondulées et ne dépassent généralement pas 200 m d’altitude, leur partie la plus côtière est d’ailleurs franchement alluviale. A l’ouest, deux ensembles s’individualisent : la plaine côtière de l’Akwa Yafé et la cuvette de Mamfé drainée par la Cross River. Entre le Mont Cameroun et le fleuve Campo, la plaine littorale est continue. Elle est traversée successivement par les cours inférieurs du Moungo, du Wouri, de la Sanaga, du Nyong et du Ntem, principaux fleuves de la façade atlantique du Cameroun. Au sud-est, la cuvette congolaise constitue une entité particulière de par son altitude entre 300 et 400 mètres, les vieux terrains 27

Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

qui forment son substratum au Cameroun et sa morphologie très vallonnée (Olivry J. C., 1986). I. 2. 2. Les basses terres du Nord Cameroun Dans le Nord du pays, les zones les plus basses concernent deux entités : la première est constituée par les vallées de la Bénoué et de ses affluents, le Faro et le Mayo Kébbi. La seconde entité est constituée par la Cuvette tchadienne. Celle-ci est une vaste zone d’épandage d’alluvions tertiaires, quaternaires et actuelles, centrée sur le Lac Tchad et oscillant entre 280 et 350 m d’altitude. Elle est caractérisée par les vastes plaines du Chari inférieur et du Bas-Logone dont le Yaéré constitue un des paysages les plus typiques de l’Extrême-Nord du pays. Les limites de la dépression tchadienne correspondent au Cameroun à l’extension maximale du paléo-Tchad marquée par un vaste cordon dunaire de Mora à Kaélé.

II- TOUS LES CLIMATS INTERTROPICAUX En raison de sa configuration et de sa position géographique (triangle isocèle de 800 km de base reposant à l’horizontale sur le 2e degré de latitude audessus de l’Equateur, et de 1 500 km de côté droit orienté à la verticale et atteignant le 13e degré de Latitude Nord), le Cameroun jouit d’une extraordinaire variété de régimes climatiques. Du Lac Tchad aux abords de l’Equateur, sur 11 degrés de latitude, ce pays offre presque toute la gamme des climats intertropicaux, depuis le climat équatorial au sud jusqu’au climat sahélien à l’Extrême-Nord. Des reliefs importants et la proximité de l’Océan Atlantique y introduisent des nuances climatiques montagnardes et littorales. A vrai dire, trois grands domaines climatiques se partagent le territoire camerounais : le domaine équatorial, le domaine soudanien et le domaine soudanosahélien. La proximité de la mer et les reliefs montagneux y introduisent localement des nuances, si bien que de trois domaines climatiques, on arrive à neuf types de climats. Le domaine équatorial s’étend de la frontière sud du Cameroun jusqu’au sixième degré de Latitude Nord et se partage en deux types de climat : le 28

Une diversité du milieu biophysique exceptionnelle

climat équatorial de type «guinéen» à quatre saisons du plateau Sud-camerounais limité à l’ouest par la mer et la Basse Sanaga et au nord par la Metchié et le Lom. La température moyenne y est de 23-24 degrés Celsius (région de Yaoundé) et le total des pluies y oscille entre 1 500 et 2 000 mm. (Suchel J. B., 1988). Il y pleut toute l’année avec deux maxima l’un en septembre (grande saison des pluies et l’autre en mars-avril (petite saison des pluies). Les minima se situent en décembre-janvier (grande saison sèche) et en juilletaoût (petite saison sèche). Le climat équatorial de type « camerounien » très humide et chaud, est la variante du climat équatorial qui intéresse le SudOuest littoral entre Mamfé et l’embouchure de la Sanaga. Les pluies y sont abondantes, de 2 à 12 mètres (sur le flanc sud-ouest du Mont Cameroun) et continues. Ce régime particulier (pseudo-tropical ou de mousson équatoriale) est caractérisé par une courbe pluviométrique à un seul maximum. Les températures moyennes s’y situent autour de 26- 27 degrés Celsius dans la zone littorale (Douala, Limbé). Les Hautes Terres de l’Ouest et du NordOuest présentent des nuances dues à l’altitude. Une saison sèche plus marquée, une baisse des températures et une augmentation de l’insolation sont les principales variations de ce type. Les températures moyennes y tournent autour de 19-20 degrés Celsius (régions de Bafoussam et de Bamenda notamment). Le domaine soudanien ou tropical humide s’étend du 7e degré à un peu plus du 10e degré de Latitude Nord. On y trouve la nuance soudano-guinnéenne d’altitude du plateau de l’Adamaoua, où les pluies plus abondantes (Ngaoundéré, 1 500 mm de pluies par an) durent de mars à novembre avec des orages au début de juillet et un maximum en août (270 mm). Cinq mois y sont secs. Les températures y restent assez fraîches, 22 degrés Celsius en moyenne à Ngaoundéré, mais les écarts entre minima et maxima y sont sensibles. La moyenne des maxima en mars est de 34,6 degrés Celsius et celle des minima de janvier est de 10 degrés Celsius. Dans la cuvette de la Benoué règne un climat soudanien classique aux températures élevées (28 degrés Celsius en moyenne à Garoua) avec des maxima atteignant 40 à 45 degrés Celsius en avril, à la fin de la saison sèche. Les pluies y sont inférieures à un mètre par an. La saison sèche y dure six mois. On peut y observer de grandes irrégularités d’une année à l’autre et même d’un mois à l’autre. Au début et à la fin de la saison humide, les pluies tombent surtout en tornades courtes, violentes et localisées. 29

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Le domaine soudano-sahélien s’étend au nord sur les Monts Mandara et les plaines du Mayo Danaï et du Diamaré. Il se distingue du domaine climatique précédent par une diminution des précipitations (Maroua 515 mm) et un allongement de la saison sèche qui dure au moins sept mois. Enfin, au nord du 11e degré de Latitude Nord, on atteint la plaine du Tchad plus sèche encore. La saison des pluies s’y réduit à trois mois avec des précipitations comprises entre 300 et 500 mm (Kousseri : 450 mm) et variant beaucoup d’une année à l’autre. L’évaporation y est intense. Les températures moyennes y tournent autour de 32 degrés Celsius (Suchel J. B., 1988). Contrairement à la majorité des Etats africains de grande superficie, le Cameroun ne renferme pas de zones désertiques ; la majeure partie de son territoire est donc utilisable à des fins d’agriculture, d’élevage, de pisciculture, d’exploitation forestière et d’habitation. III- UN RESEAU HYDROGRAPHIQUE CARACTERISTIQUE DE L’AFRIQUE INTERTROPICALE Le Cameroun se distingue aussi en Afrique par un réseau hydrographique très particulier. En effet, ce dernier rassemble des fleuves de régime équatorial à deux périodes de crues correspondant aux deux saisons de pluies, d’autres encore de régime sahélien à une courte période de crues et une longue période d’étiage pouvant aller jusqu’à l’interruption saisonnière de l’écoulement et certains enfin de régime soudanien à une période de crues et une période d’étiage relativement équilibrées. Le réseau hydrographique du Cameroun est pour ainsi dire caractéristique de l’Afrique intertropicale. D’ailleurs, il participe au drainage d’une zone géographique qui déborde largement le territoire camerounais touchant 23 autres pays d’Afrique (Olivry J. C., 1986, p. 42). Ses fleuves qui proviennent dans leur écrasante majorité des hauts plateaux de l’Adamaoua et de l’Ouest du Cameroun, et de la dorsale NyongSanaga, se répartissent en quatre bassins hydrographiques : les bassins de l’Atlantique, du Congo, du Niger et du Lac Tchad. Le bassin de l’Atlantique le plus dense des quatre, regroupe 14 fleuves d’inégales longueur et importance économique. La Sanaga le plus long fleuve du Cameroun, draine à elle seule un bassin versant plus vaste que les autres cours d’eau du bassin de l’Atlantique réunis. Ce fleuve de 920 kilomètres de long collecte les eaux du plateau de l’Adamaoua méridional par la Vina et le 30

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Djérem et du plateau Sud camerounais par le Lom grossi du Pangar ; des hauts plateaux de l’Ouest du Cameroun, lui viennent le Mbam et ses affluents le Noun et le Kim. Au niveau des escarpements délimitant les différentes unités de relief qu’il traverse, il est marqué par des chutes et des rapides dont les dernières à Edéa ont permis la construction en 1957, à l’époque coloniale française, de la première centrale hydroélectrique du pays. La Sanaga a un débit annuel moyen de 2 160 m3/s, mais un étiage moyen de 500 m3/s en mars et des extrêmes de 6 300 m3/s en novembre. Les fleuves de la côte Atlantique nord que sont le Ndian, la Cross River, l’Akwalefo, la Momo, la Mémé, le Moungo et le Wouri, se dirigent vers les zones basses et amphibies du Calabar Rio-del-Rey ou vers l’immense estuaire du Cameroun. Ceux de la côte Atlantique sud, à savoir la Dibamba, la Sanaga, le Nyong, la Kienké, la Lokoundjé, la Lobé et le Ntem, rejoignent l’Océan Atlantique à travers des lits très resserrés et mal régularisés. Le bassin du Congo qui draine un territoire de forme triangulaire dont les sommets seraient Sangmélima, Garoua-Boulaï et Moloundou, est représenté dans le Sud-Est du Cameroun par la Kadéi et la Ngoko. La première reçoit d’abord les eaux de la Doumé, ensuite celles de la Mambéré avant de se jeter, en territoire centrafricain dans la Sangha, le deuxième affluent en importance du Congo, derrière l’Oubangui. De son côté, la Ngoko grossie du Dja et de la Boumba, conflue avec la même Sangha à un kilomètre en amont de Ouesso, au Congo Brazzaville. Le bassin du Niger dont l’aire s’étend dans le Nord du Cameroun entre le 7eet 10e degrés de Latitude Nord, réunit la Bénoué et ses affluents qui drainent leurs eaux du plateau de l’Adamaoua septentrional et des monts Mandara et Alantika. La Bénoué reste le principal tributaire en eau du Niger, fleuve dans lequel elle se jette en territoire nigérian. De la rive gauche, la Bénoué reçoit à hauteur de la frontière nigériane, le Faro, lui-même grossi du Mayo Déo. De la rive droite, le Mayo Kébbi, un ancien émissaire du Lac Tchad qu’empruntent encore les eaux de déversement du Logone lors des crues, puis le Mayo Rey, enfin le Mayo Godi dont le bassin versant débordant sur le Tchad, est plus vaste que celui de la Haute Bénoué. Le bassin du Lac Tchad qui draine l’Extrême Nord du Cameroun entre le 10e et le 13e degrés de Latitude Nord, réunit le Logone et le Chari et leurs affluents. Né dans le nord-est du plateau de l’Adamaoua de la fusion entre la 31

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Mbéré et la Vina du nord, le Logone profite de l’inclinaison de la pente vers le nord pour couler en direction du Lac Tchad. En période de fortes crues d’août à novembre, il se dirige au seuil de Bongor vers les lacs de Fianga et de Léré. Une partie de ses eaux rejoint ainsi par le Mayo Kébbi, la Benoué ; une autre partie se déverse dans l’immense plaine du Grand Yaéré. Celle-ci s’étend entre le bourrelet de berge du Logone à l’est et la digue de Mora-WazaTilde, juste avant la frontière nigériane à l’ouest, en englobant les localités de Yagoua, Bogo et Mora. D’août à novembre, et parfois plus tard, l’inondation y est quasi générale. A la même période, les grands mayos de la région de Maroua descendus des monts Mandara viennent se perdre dans le Grand Yaéré par des deltas où ils abandonnent toute leur charge solide. Enfin, le Chari se jette dans le Lac Tchad, en aval de Makary, par un delta dont le bras principal aboutit à Djimlilo. Il conflue avec le Logone à hauteur de la ville camerounaise de Kousséri. Venu de la République Centrafricaine et après avoir drainé une partie du Sud-Ouest du Tchad, le Logone devient à partir de Kousséri, un fleuve frontière entre le Tchad et le Cameroun. En aval de Kousséri et de Ndjaména, le Chari immerge en période de crues d’octobre et de novembre, les savanes boisées qui remplacent ici les plaines herbeuses du Sud. Les eaux essaiment alors dans les savanes boisées environnantes par l’intermédiaire de défluents importants comme le Serbewel et le Taf -Taf en territoire camerounais. IV- UNE PANOPLIE PRESQUE COMPLETE DES SOLS INTERTROPICAUX Le Cameroun jouit également d’une extraordinaire variété de sols liée à n’en point douter à la diversité des roches-mères, des facteurs topographiques, de l’âge et des milieux bioclimatiques auxquels ils se rattachent (Muller J. P., Gavaud M., 1979). Ainsi, huit grandes catégories de sols y sont représentées. Les sols minéraux bruts sont constitués de quelques centimètres de roche désagrégée et contiennent des traces de matière organique. On les trouve sur des reliefs montagneux. Si leurs roches supports sont meubles ou tendres, on les appelle des sols régosoliques, mais si elles sont dures, on leur donne le nom de sols lithosoliques. Ces sols sont localisés au nord de l’Adamaoua sur les reliefs : Monts Alantika, Montagnes de Poli, de Tcholliré et de Vina-Nord, Montagnes de Guider, Monts Mandara. Ils sont associés à des sols peu évolués dont la pédogenèse est un peu plus évoluée. 32

Une diversité du milieu biophysique exceptionnelle

Les sols peu évolués sont très variés. Dans le Nord Cameroun, ils peuvent provenir des sols bruts en étant plus altérés et plus riches en matière organique avec début de formation d’argile. Mais les sols peu évolués se développent surtout sur des matériaux d’apport récent. Ils peuvent être hydromorphes, carbonatés, planosoliques ou halomorphes (c’est-à-dire qu’ils contiennent des sels, généralement du sodium). Dans les pays Bamoun et Bamiléké, ils se forment sur des cendres volcaniques et des lapilli ; vers Kaélé, sur des sables éoliens ; au nord du Lac Tchad sur des sables de rivages ; dans les vallées des mayos de Maroua sur des alluvions récentes (Muller J. P., Gavaud M., 1979). Les vertisols sont des sols argileux foncés, affectés de mouvements internes de retrait et de gonflements saisonniers. Ils correspondent à l’évolution plus complète des sols précédents marqués par l’hydromorphie. Ils apparaissent essentiellement dans la partie septentrionale du Cameroun. Dans les plaines de Figuil, de Guider et de Kaélé, on a affaire à des sols ayant une couleur rouge, ocre ou rouille très accusée (rouge, ocre ou rouille) et qui ont subi une hydrolyse incomplète des minéraux. La fraction argileuse prépondérante forme avec les oxydes, des complexes stables et saturés dans les sols fersialitiques relativement fertiles. Les sols ferrugineux montrent une concentration séparée des sesquioxydes. On y distingue des sols peu lessivés avec faible entraînement du fer et de l’argile sur piémonts colluviaux, de sols lessivés nodaux de couleur ocre sur sable et rouge sur grès, des sols à concrétions et cuirasses où les sesquioxydes sont sous forme précipitée et des sols érodés et endurés dont les cuirasses affleurent par érosion. Les sols fersialitiques se rencontrent au nord de la Bénoué (Mayo-Kébbi) et dans la région de Maroua. Les sols ferrugineux sont surtout localisés entre la latitude de Garoua et la falaise nord de l’Adamaoua. Sur cette bande de près de 200 km de large, les sols ferrugineux présentent suivant les cas, des cuirasses en affleurement ou de simples horizons indurés ou à concrétions. Les sols lessivés planosoliques et solonetziques sont localisés à l’est et au nord des Monts Mandara sur les piémonts colluviaux ou pédiments et sur les alluvions anciennes de bordure de la dépression tchadienne. Les sols lessivés ont des horizons sableux épais. Dans les planosols, ces horizons sableux surmontent des argiles compactes épaisses et peu perméables. Enfin, les solonetziques, sols halomorphes contiennent du sodium toxique pour les plantes. 33

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Les sols ferrallitiques couvrent près des deux tiers du pays et sont situés au sud du 8 ème parallèle. Ils font suite aux sols ferrugineux et leur pédogenèse comporte une hydrolyse complète des minéraux des roches. Les sols podzoliques aérés ou orthiques sont les sols les plus répandus, de texture cendreuse très délavée. Ils sont le plus souvent recouverts de forêts, parfois épais de plusieurs mètres rouges argileux, très poreux et perméables avec peu d’humus. Les sols aliatiques sont également très poreux mais se différencient des précédents par une structure grenue très fine. Ils comportent presque toujours un horizon ferrugineux induré continu (carapace friable ou cuirasse dure) ou discontinu (nodules). Les sols hydromorphes ont une extension très significative dans le Nord et dans certains secteurs du Sud du Cameroun. Leur évolution est dominée par un excès d’eau. Dans les sols hydromorphes à Gley, cet excès d’eau est quasi permanent. Dans la plaine du Tchad par exemple, la présence d’argiles gonflantes les rend vertiques. Dans le Sud du pays, ils deviennent humiques (matière organique abondante). Dans les sols à pseudo Gley, l’excès d’eau est temporaire (saison des pluies). Les horizons sont tachetés de rouille. Les sols les plus communs se développent sur des alluvions (Muller J. P., Gavaud M., 1979). Les sols sableux et les sols siliceux abondent dans la région côtière. Les sols volcaniques couvrent la région du Mont Cameroun, une grande partie du département du Moungo, le nord du pays Bamiléké, la sous-préfecture de Foumbot et les plateaux de Bamenda dans la région des Grassfields. Les sols de mangrove occupent une place à part. Ce sont des sols à Gley évoluant en milieu salin, qui couvrent l’estuaire du Wouri et celui du Rio del Rey. Cette variété des sols est la condition qui marque le plus la diversité de l’agriculture camerounaise. Pour prendre quelques exemples, les sols sableux et les sols siliceux des basses altitudes sont propices au palmier à huile. Les sols volcaniques de plaine conviennent mieux à l’hévéa ou au caféier robusta, les sols volcaniques de plateaux au caféier arabica ou à l’eucalyptus.

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V- UN CONDENSE DE LA VEGETATION INTER-TROPICALE Le Cameroun bénéficie en outre, d’une extraordinaire variété de domaines de végétation. En effet, sa végétation représente un condensé de celle de l’Afrique intertropicale avec la forêt dense humide méridionale, la savane centrale, la steppe nordique, la forêt et la prairie de montagne groupant au total quelque 8 000 espèces, 1 800 genres et 230 familles de plantes angiospermes (Letouzey R., 1979). Les différentes zones phytogéographiques du Cameroun s’ordonnent d’une manière générale suivant une zonalité latitudinale et altitudinale traduisant ellemême, celle du climat et du régime des précipitations. La forêt de la façade maritime occupe une bande côtière jusqu’à 200 km de profondeur. Elle comprend d’abord la forêt littorale sur plaine, sablonneuse avec localement une forêt de mangroves particulièrement dense et aux futaies élevées. Cette zone est aujourd’hui touchée par l’exploitation forestière, mais aussi par les plantations industrielles (palmier à huile, café, hévéa, banane fruit et les cultures vivrières). Cette bande littorale est en continuité floristique avec la forêt atlantique située entre 200 et 800 mètres d’altitude et dont la caractéristique essentielle est son extrême humidité ; c’est la forêt toujours verte sempervirente dite biafrienne, hyper humide au nord-ouest vu l’abondance des pluies. Elle est essentiellement caractérisée par de grandes Cesalpiniacées plus ou moins grégaires accompagnées d’arbres et d’arbustes divers, constituant un étage intermédiaire au-dessus du sous-bois de lianes et de plantes herbacées. Elle couvre la cuvette de Mamfé et la plaine côtière au nord et au sud de Douala. Elle est hyper humide au nord-ouest (cuvette de Mamfé) et humide au sud-est (bassin de Douala et celui de Campo). Des raphiales marécageuses sont localisées le long du Moyen et du Haut Ntem. Une palmeraie vraisemblablement naturelle d’Elæis (palmier à huile) s’étend sur le flanc ouest des hauts plateaux de l’Ouest (région de Santchou Petit Nkam). De petites savanes à Borassus (rônier) sont localisées au pied du versant nord du Mont Cameroun sur de vieux champs de laves. Couvrant le bassin du fleuve et souvent sur des sols argileux, s’étend la forêt du Dja toujours verte et de type atlantique, mais pratiquement dépourvue de Cesalpiniacées (Letouzey R., 1979).

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Le Cameroun : autopsie d’une exception plurielle en Afrique

La forêt dite congolaise est toujours la forêt dense humide, mais observée pour des précipitations inférieures à 1 800 mm en milieu plus continental. Elle couvre la majeure partie du plateau Sud camerounais. A ce domaine se rattache la forêt marécageuse du Haut-Nyong à Sterculia Suviolacea (Efok) remplacée en aval par des prairies flottantes ou inondables ; ailleurs, des forêts également inondables sont bien caractérisées en sous-bois par des plantes à fleurs roses au ras du sol alors que des raphiales occupent parfois des surfaces étendues ; la végétation de rochers se localise dans la boucle du Dja sur des schistes rocheux. La forêt semi-caducifoliée (qui perd ses feuilles momentanément) et des savanes péri forestières s’imbriquent en une mosaïque complexe si l’on fait abstraction du massif forestier compact situé entre Batouri et Ouesso ; pour des raisons climatiques une tache de forêt semi caducifoliée se localise au pied nord-est du Mont Cameroun. Cette forêt (semi caducifoliée) possède un dynamisme qui lui permet de s’étendre vers le nord, en gagnant largement sur les savanes péri forestières non cultivées et non brûlées et également vers le sud, en s’insinuant dans les trouées pratiquées en forêt toujours verte. Au sud-est, son extension importante semble résulter de phénomènes paléoclimatologiques sans doute assez récents avec en outre, des taches de forêt clairsemée à strate inférieure de marantacées. Les savanes péri forestières ou guinéo soudanaises (car des éléments venus du Nord y apparaissent déjà), peuvent se différencier comme suit : 1) savanes herbeuses à Pennisetum Purpureum (sisongo) résultant de la destruction des lisières de la forêt ; 2) savanes herbeuses à Imperata d’origine agricole en général ; 3) savanes chétivement arbustives avec arbustes répartis au milieu d’un tapis de grandes herbes ; 4) savanes arbustives à Terminalia Glaucesceus au feuillage cendré, avec tapis herbeux et arbustes plus variés. On les trouve dans la région de confluence Mbam-Sanaga, dans l’Adamaoua et dans la région de Batouri. La forêt toujours verte d’altitude apparaît dès 800 mètres au voisinage de l’Atlantique mais seulement vers 1200 mètres aux Monts de Poli. Sous l’effet des facteurs biotiques, agricoles et pastoraux, cette forêt n’existe plus que 36

Une diversité du milieu biophysique exceptionnelle

RCA

Fig. 1. Les domaines de végétation du Cameroun 37