Le Changement organisationnel dans les services et établissements sociaux et médico-sociaux - 2e édition
352 pages
Français

Le Changement organisationnel dans les services et établissements sociaux et médico-sociaux - 2e édition

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Description

Un panorama critique des principaux courants et concepts de management du changement, assorti des méthodologies adaptées au cadre spécifique des établissements sociaux et médico-sociaux. De nombreuses situations réelles sont commentées en détail.
Cette nouvelle édition consacre un nouveau chapitre à la problématique des temporalités et du rapport au temps dans les organisations et les processus de changement.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de lectures 29
EAN13 9782810902194
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Langue Français

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P  réface
Lorsque Mîche Foudrîat m’a demandé de préfacer cet ouvrage, je ne connaîssaîs de uî que son précédent îvre,Socîologîe des organîsatîons. La pratîque du raîsonnement, pubîé aux Édîtîons Pearson. J’avaîs apprécîé ’effort de synthèse que constîtuaît cet ouvrage et, de façon pus générae, a posture de cet auteur tentant d’embrasser a socîoogîe des organîsatîons sous un ange très ouvert, c’est-à-dîre débarrassé de ’étroîtesse de vue à aquee conduît înexorabement a revendîcatîon (et son afichage) de ’appartenance excusîve à tee ou tee tradîtîon théorîque. Ce nouve ouvrage proonge ’întentîon du précédent en entrant dans a thématîque organîsatîonnee par a questîon du changement. Dans ce texte, Mîche Foudrîat suggère pusîeurs proposîtîons que je partage argement et que je voudraîs traduîre îcî à ma façon : – es scîences socîaes peuvent aîder à a mîse en pace d’organîsatîons « rélexîves » sans pour autant se dîssoudre dans e champ des scîences managérîaes ; – a dîversîté théorîque et méthodoogîque est ’une des cefs de a compréhensîon des mouvements à ’œuvre au seîn des organîsatîons ; – ’înterventîon d’un « tîers », sans être nécessaîrement încontournabe, constîtue e pus souvent une occasîon de mettre en travaî ’organîsatîon.
L’organisation réflexive
L’ouvrage de Mîche Foudrîat propose un détour par des consîdératîons hautement théorîques ain de se confronter à a questîon des changements organîsatîonnes. De façon nette, î reprend cette îdée prêtée à Poîncaré, et reprîse par K. Lewîn et bîen d’autres, seon aquee î n’y a rîen de pus pratîque qu’une bonne théorîe. L’ouvrage souîgne avec force e faît que a
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Le changement organisationnel dans les établissements sociaux…
rélexîon théorîque est gage decomportements organîsatîonnels pluspertî-nentscomportements organîsatîonnes pus. Ce que j’entends, îcî, par « pertînents » récame queques précîsîons. Aors que e monde organîsatîonne (qu’î reève du domaîne îndustrîe et marchand ou du secteur du travaî socîa et même de ’« économîe socîae et soîdaîre ») est baîgné par des appes încessants à ’eficacîté, a perfor-mance, a rentabîîté, ’eficîence, a quaîté, etc., a questîon de a rélexîvîté, c’est-à-dîre de ’anayse de a pertînence et du sens que revêt e travaî accompî par es acteurs de ’organîsatîon dans a perspectîve d’un enrîchîs-sement de ceuî-cî, sembe ne pas întéresser grandement dîrîgeants et mana-gers. La rélexîvîté suppose une înteîgîbîîté de ’actîvîté quî ne se aîsse pas enfermer par queques ratîos économîques, des îndîcateurs de produc-tîvîté ou encore des systèmes experts, des guîdes de bonnes pratîques et autres programmes înformatîques. Pour appréhender e fonctîonnement de ’organîsatîon et tenter de ’înléchîr, î convîent que es acteurs aîent a possîbîîté et es occasîons d’anayser ce qu’îs font, de donner du sens à eurs pratîques. Aînsî, une organîsatîon rélexîve est-ee conçue pour offrîr des temps, des îeux où, îndîvîdueement et coectîvement, a inaîté de eur actîvîté, ses formes, ses effets, son sens puîssent être înterrogés. D’un te processus émergent nécessaîrement des controverses : à partîr d’ees peut s’engager ’accroîssement de a pertînence des comportements organîsatîon-nes. En effet, c’est de ’échange quî s’organîse autour des formes de ’actî-vîté dont peut éventueement surgîr un înféchîssement de cee-cî. Ce mouvement d’anayse entreprîs dans ’organîsatîon et par es acteurs de ’organîsatîon, avec a perspectîve de réévauer e sens et es effets de eurs pratîques (mouvement que ’on peut désîgner sous e vocabe de « rélexî-vîté »), nécessîte évîdemment de recourîr à des modèes de ecture, d’înter-prétatîon. C’est îcî que es scîences socîaes sont décîsîves en ce qu’ees fournîssent de nombreux et împortants înstruments de compréhensîon. De ’anayse « stratégîque et systémîque » à ’anayse « pragmatîque » en pas-sant par a perspectîve « cognîtîvîste et constructîvîste », Mîche Foudrîat fournît queques exempes des dîrectîons qu’offrent es scîences socîaes. Aors que es organîsatîons sont soumîses au modèe domînant des scîences 1 de gestîon , que e dîscours managérîa est saturé de notîons dîrectement 2 décînées du « nouve esprît du capîtaîsme », es scîences socîaes peuvent constîtuer une aternatîve. En mettant en perspectîve ’agîr organîsatîonne sous un ange crîtîque ain d’en mesurer mîeux queques-unes de ses formes comme de ses conséquences, ees permettent de réléchîr à une questîon argement oubîée par es scîences managérîaes, cee du « pâtîr organîsa-3 tîonne ». Se confronter à ce « pâtîr organîsatîonne », quî se décîne sous es thématîques de a souffrance au travaî et des rîsques psycho-socîaux,
1. Gauejac V. (de),La socîété malade de la gestîon. Idéologîe gestîonnaîre, pouvoîr re managérîal et harcèlement socîal, Seuî, 1 éd., 2005. 2. Botanskî L., Chîapeo É.,Le nouvel esprît du capîtalîsme, Gaîmard, 1999. 3. I n’y a pas « d’agîr » sans « pâtîr » rappeaît Pau Rîcœur (Soî-même comme un autre», Seuî, 1990).Poînts essaîs , co. «
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Préface
ne correspond en rîen à une nouvee mode, comme e aîssaît entendre encore récemment un dîrîgeant d’une grande entreprîse de téécommunîcatîon. Ses condîtîons d’apparîtîon ne procèdent pas sîmpement de nouvees capa-cîtés d’énoncîatîon quî, désormaîs, rendraîent possîbe de parer d’un état de faît ancîen dont on vîendraît juste de trouver es moyens de sa mîse en mots. Ce sont es nouveaux systèmes de travaî quî, raréiant a pace des coectîfs et a possîbîîté de faîre de ceux-cî des entîtés possîbes de résîs-4 tances , fragîîsent es îndîvîdus dans eurs reatîons de face-à-face et au ina débouchent sur ’exîstence de sîtuatîons extrêmement vîoentes. I n’y a à aucune fataîté. La mîse en questîon des nouveaux systèmes productîfs et de eurs effets au moyen d’organîsatîons rélexîves est une façon de 5 résîster à ce que Jean-Robert Vîaet nomme « a mîse à mort du travaî ». Dans cette perspectîve, es scîences socîaes sont essentîees et ’ouvrage de Mîche Foudrîat partîcîpe de ce mouvement paîdant en faveur de a rélexî-vîté dans es organîsatîons.
La diversité théorique et méthodologique
Le partî prîs retenu par ’auteur est ceuî d’un certaîn « nomadîsme » théorîque et méthodoogîque. Ce choîx n’est pas sans effet. Parmî es consé-quences possîbes de ’adoptîon d’un te type de posture igure e rîsque de se voîr admînîstrer, par e « monde de ’Académîe », ’étîquette înfamante de « pensée post-moderne ». En effet, attacher ensembe des notîons, des concepts, quî constîtuent autant d’axîomatîques încompatîbes, reève de ’hérésîe pour ce « petît monde ». Les tenants de « a Scîence » (avec une 6 majuscue et au sînguîer ) ne souffrent, en effet, guère e « méange ». Mîche Foudrîat ne sembe pas craîndre de tomber sous e coup de cette înquîsîtîon. Pour ’auteur, comprendre une organîsatîon et es changements quî ’affectentpasse nécessaîrement par a mobîîsatîon de pusîeurs îgnes de 7 ecture. Pour comprendre, « tout est bon », suggéraît P. Feyerabend , maîs cet adage, reprîs en actes par Mîche Foudrîat, ne sîgnîie pas pour autant que tout est possîbe. Mobîîser pusîeurs conceptîons théorîques suppose une découpe en strates successîves de ’organîsatîon et des changements quî ’affectent. À ’înstar du géoogue quî repère es stratîicatîons du so, e socîo-ogue des organîsatîons s’occupe de mutîpîer es coupes organîsatîonnees.
4. Sur ce poînt, es travaux abondent. Voîr notamment Enrîquez E.,Clînîque du pouvoîr.Les igures du maïtre,Érès, 2007, ou encore Cot Y.,Travaîl et pouvoîr d’agîr, Presses unîversîtaîres de France, 2008. 5. Vîaet J.-R.,La mîse à mort du travaîl. La dépossessîon, documentaîre téévîsue, France téévîsîons, 2010. 6. La Scîence (avec une majuscue), nous dît Bruno Latour, fonctîonne comme une sorte de poîce épîstémoogîque dont se satîsfaît ma ’actîvîté scîentîique (Latour B.,Polîtîques de la nature. Comment faîre entrer les scîences en démocratîe, La Découverte, 1999). 7. Feyerabend P.,Contre la méthode. Esquîsse d’une théorîe anarchîste de la connaîs-sance, Seuî, 1975.
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Le changement organisationnel dans les établissements sociaux…
Pour chacune, des perspectîves théorîques dîfférentes peuvent être aternatî-vement mobîîsées. Le métîssage théorîque, puîsque c’est de cea dont î s’agît, ne se satîsfaît pas vraîment de ’empoî sîmutané de conceptîons dîfférentes. Vouoîr attraper en même temps des questîons trop dîssocîées, c’est rîsquer ’amagame, a confusîon, emeltîng-pot, e n’împorte quoî ! Par contre, mu-tîpîer es anges de vue par approches successîves ou aternées reève d’une tout autre démarche. C’est cee-cî que revendîque Mîche Foudrîat. Aînsî, a ecture des changements que connaït une organîsatîon peut être très dîfférente seon que ’on se pace du côté de ’examen des ressources organîsatîonnees quî, par esdîts changements, se trouvent ou non modîiées, ou bîen que ’on choîsîsse d’observer des pratîques rîtuees quî s’avèrentêtre, ou ne pas être, affectées, ou encore que ’on retîenne d’appréhender es éven-tuees transformatîons des unîvers symboîques de ’organîsatîon. Chacune de ces perspectîves requîert des corpus théorîques dîstîncts, des notîons à chaque foîs sînguîères. Sî eur empoî sîmutané n’a pas de sens, eur usage aternatîf a des vertus heurîstîques. De faît, c’est ce que suggère Mîche Foudrîat quî, pour gîsser d’un unîvers théorîque à ’autre, empoîe queques 8 « concepts échangeurs ». Ceuî d’« acteur » bîen sûr, quî trouve son sens aussî bîen chez es tenants de ’anayse stratégîque que dans a perspectîve prag-matîste, ceuî de « sîtuatîon » quî peut être mobîîsé dans une perspectîve ethno-méthodoogîque maîs aussî depuîs un poînt de vue systémîque, ceuî de « recherche-actîon » quî engobe, dans une întentîon générîque, pusîeurs manîères de penser ’înterventîon en organîsatîon. Aînsî, cette dernîère notîon est-ee assortîe à des postures quî « fonctîonnent » autant dans une perspectîve reevant de ce que Mîche Foudrîat nomme « a conceptîon co-constructîvîste du changement » que de cee quî promeut a notîon de « traductîon ». Avec cette référence à a recherche-actîon, ’auteur ouvre a rélexîon sur es questîons reatîves à a pace du tîers întervenant en organîsatîon et donc sur e statut du spécîaîste en scîences socîaes pratîquant ’înterventîon.
La place de l’anthropologue (ou sociologue) d’intervention: le tiers intervenant
Sî e changement en organîsatîon ne dépend pas nécessaîrement de a présence d’un tîers întervenant, Mîche Foudrîat nous montre comment ceuî-cî peut magré tout grandement contrîbuer à sa mîse en pace au travers de ce qu’î nomme une démarche « co-constructîvîste ». Ensembe, es acteurs de ’organîsatîon, avec ’aîde méthodoogîque du tîers, produîsent une anayse de eurs pratîques et de eurs effets. De ce processus résute un « contexte apprenant » quî correspond à ce que nous nommîons, pus haut,
8. Un concept échangeur permet, à ’înstar d’un « échangeur autoroutîer » quî auto-rîse de rebrousser chemîn ou de changer de dîrectîons, de se connecter sur d’autres orîentatîons théorîques.
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Préface
e surgîssement d’une organîsatîon rélexîve. Les controverses et confron-tatîons de représentatîons quî ont été rendues effectîves par e dîsposîtîf mîs en pace au cours de cette démarche « co-constructîvîste » débouchent sur de nouvees connaîssances de ’organîsatîon et du coup sur une possîbîîté de nouvees coopératîons. Depuîs cette perspectîve, ’auteur suggère que e conlît en organîsatîon n’est pas nécessaîrement synonyme de paraysîe. Le socîoogue d’înterventîon n’a donc pas pour mîssîon d’étouffer es ten-sîons, de faîre dîsparaïtre es contradîctîons. Tout au contraîre, î s’empoîe à rendre possîbe eur expressîon sur des scènesad hocquî matérîaîsent e dîsposîtîf sur eque prend appuî ’înterventîon. Sur ce poînt, comme sur es dîfférentes autres questîons abordées tout au ong de ’ouvrage, ’auteur ne se contente pas d’un propos excusîvement théorîque : à chaque foîs, î fournît des îustratîons quî provîennent de sa ongue expérîence de chercheur et d’întervenant en organîsatîons et quî permettent de mîeux saîsîr ses déveoppements. Évoquant un étabîssement de santé où es pratîques des professîonnes sont însufisamment débattues, î montre comment ’actîvîté a pu gîsser vers a matraîtance. La confron-tatîon des poînts de vue, a mîse en dîscussîon des conceptîons de chacun, rendues possîbes par ’înterventîon, ont été au ina autant de facteurs décenchants d’une transformatîon des modes de prîse en charge des popu-atîons accueîîes au seîn de cet étabîssement. En d’autres termes, Mîche Foudrîat nous montre que ’înterventîon du socîoogue, bîen que se sîtuant sur un regîstre cognîtîf, revêt égaement des dîmensîons pratîques, des aspects émînemment concrets. Dans un vocabuaîre dîfférent, maîs en aant dans e même sens que ’auteur, on pourraît îndîquer que toute înterventîon a pour objectîf de provoquer une mîse en travaî de ’organîsatîon. Cee-cî affecte à a foîs es îndîvîdus et es coectîfs, et revêt toujours des dîmen-sîons cognîtîves et psycho-affectîves-cognîtîves, au regard des connaîs-sances produîtes au cours de ’înterventîon, et psycho-affectîves en référence aux émotîons, aux réactîons, aux transformatîons des regards que es acteurs portent sur eux et sur es autres en cette occasîon. Les scîences socîaes, tees que es conçoît ’auteur tout du moîns, sont débarrassées du compexe cassîque sur es usages que ’on peut faîre d’ees-mêmes. Avoîr un rendement pratîque n’est pas synonyme pour ees d’une înféodatîon à a pratîque nî d’une dîssoutîon dans es scîences de gestîon.
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Bîen sûr, et comme toujours face à un ouvrage aussî dense, je conserve queques questîons et peut-être certaînes dîfférences de poînt de vue avec ’auteur. J’en évoqueraî deux. La premîère porte sur es terraîns que Mîche Foudrîat donne en référence tout au ong de son texte et a seconde sur a questîon du statut « ontoogîque » du changement. Pour aborder sa rélexîon sur e changement dans es organîsatîons, Mîche Foudrîat se centre sur des servîces et des étabîssements médîco-socîaux.
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Le changement organisationnel dans les établissements sociaux…
Aînsî, au i de a ecture et même sî ’auteur ne revendîque pas cette îdée, se dessîne ’împressîon que e prîsme du secteur professîonne pourraît déformer ’anayse d’ensembe sur a questîon du changement. En d’autres termes, tout se passe comme sî (même sî ’auteur ne e prétend à aucun moment) es perspectîves proposées sur a questîon du changement organî-satîonne ne vaaîent que pour es étabîssements socîaux et médîco-socîaux sans pouvoîr être nécessaîrement îmagînées comme opératoîres dans d’autres unîvers organîsatîonnes. Du coup, une questîon émerge : es raî-sonnements proposés par ’auteur vaudraîent-îs pour de petîtes ou grandes entreprîses îndustrîees, pour des admînîstratîons ou encore des înstîtutîons inancîères ? Pour ma part, appuyé sur une expérîence d’une vîngtaîne d’an-nées dans des mîîeux professîonnes extrêmement dîvers, j’aî tendance à penser que, magré es sînguarîtés de chaque secteur, es processus à ’œuvre orsque des changements sont întroduîts dans es organîsatîons sont très voîsîns. Sî es mîîeux dîffèrent, des « harmonîques » se dégagent. Du coup, ne donner à voîr que des sîtuatîons professîonnees reatîvement homogènes parce que reevant toutes du même domaîne, en ’occurrence e secteur sanîtaîre et socîa, affaîbît peut-être a démonstratîon d’ensembe. Le chan-gement organîsatîonne, où qu’î întervîenne, procède de mouvements ar-gement comparabes. L’outîage pour e saîsîr ou ’accompagner ne dépend pas, pensons-nous, du mîîeu où î s’opère. En outre, î convîent de souîgner que, tous secteurs confondus, c’est depuîs de nombreuses années déjà a même ame de fond quî submerge es organîsatîons, petîtes ou grandes, pubîques ou prîvées, îndustrîees ou non, à savoîr une îrrésîstîbe ratîona-îsatîon gestîonnaîre, appuyée sur une tout aussî înexorabe înstrumentatîon technîco-înformatîque. Pour saîsîr ce mouvement et tenter de montrer queques-uns de ses effets dévastateurs (et par à essayer au moîns de es îmîter), ’outîage théorîque généra que fournîssent es scîences socîaes nous paraït pouvoîr être mobîîsé et ce îndépendamment des (mî)îeux. Le dernîer poînt sur eque je voudraîs donner mon sentîment porte sur ce que je me propose d’appeer, de façon sans doute un peu rapîde, a questîon « ontoogîque » du changement. J’essaîe de m’expîquer. Sî ’auteur faît du changement ’objet à saîsîr et s’î montre parfaîtement es ectures dîfférencîées que ’on peut en proposer, î sembe s’înscrîre dans une perspectîve où e changement (îndîstînctement de son contenu, de ses formes, de sa temporaîté…) paraït être un mouvement înéuctabe pour es organîsatîons ; e comprendre pour mîeux e pîoter reève donc du seu împératîf quî vaîe. C’est cette sorte « d’évîdence » que je voudraîs înterroger, car j’aî e sentîment que ’auteur ne s’y confronte pas sufisamment. Dès ors qu’î est entendu comme un phénomène nature, un mouvement înhérent au monde du vîvant, e changement présente comme caractérîstîque de ne pas être dîscutabe. « Le changement en soî » devîent un passage obîgé ; quîconque s’y oppose se trouve en sîtuatîon d’être îrrémédîabement dîs-quaîié, « rîngardîsé ». « Sî vous ne savez pas vous adapter au changement, vous êtes condamné à dîsparaïtre ! », entend-on en substance un peu partout. J’îustre mon propos en queques mots.
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Préface
Au seîn d’une grande entreprîse de ’économîe socîae et soîdaîre, ras-sembant sur tout e terrîtoîre natîona pusîeurs centaînes de saarîés, igure de proue dans son secteur, ne ratant pas une occasîon de se déinîr comme une entreprîse mobîîsant des conceptîons aternatîves de ’organîsatîon, queques résîstances se font jour chez es personnes devant a poîtîque de changement proposée par ’organîsatîon. Cee-cî, soucîeuse de ne pas prendre du retard par rapport à ses concurrents sur des marchés d’assurance et de banque partîcuîèrement agîtés, se propose de mettre en pace de nouveaux dîsposîtîfs de gestîon : ixatîon d’objectîfs îndîvîdues en îeu et pace des résutats d’équîpe quî avaîent prévau jusque-à, înstauratîon de prîmes personnees « au mérîte », dîsposîtîf înformatîque permettant à tout moment a prîse en maîn des écrans de travaî de chaque saarîé pour contrôer eur actîvîté, pressîon sur ’encadrement de premîère îgne pour faîre dîsparaïtre es arrangements ocaux… Au demeurant, rîen que des orîentatîons très banaes, très gestîonnaîres, maîs peu ressembantes à ’îdéa promu par ’économîe socîae et soîdaîre. S’emparant dudît îdéa pour contester ces orîentatîons, es organîsatîons syndîcaes se confrontent aors à un argumentaîre déveoppé par a dîrectîon quî se trouve être partîcuîè-rement symptomatîque de ce que j’entends souîgner îcî. Aant puîser dans es travaux de Pasca Pîcq (paéo-anthropoogue du Coège de France), quî expîque combîen es espèces vîvantes ont toujours été ’objet de transfor-matîons încessantes et nécessaîres à eur survîe, a dîrectîon justîie sa posîtîon : sî ’adaptatîon au contexte (en ’occurrence a ogîque des marchés) n’est pas entreprîse par ’organîsatîon, cee-cî est condamnée à dîsparaïtre ! Depuîs cette perspectîve, es résîstants au changement sont présentés comme menaçant e cours même de a vîe de ’organîsatîon. La survîe de cee-cî suppose donc, outre son adaptatîon aux marchés, un soîde traîtement pour utter contre es ééments pathogènes quî menacent ’entreprîse d’enkys-tement. Les termes de a controverse sont nets ; au darwînîsme (seus es pus résîstants d’une espèce et es pus aptes à ’adaptatîon survîvent) socîa (es entîtés es pus faîbes sont vouées à dîsparaïtre) succède un darwînîsme organîsatîonne : es oîs de a vîe (en ’occurrence a oî du marché) împosente changement. S’y opposer est suîcîdaîre ! Cette « ontoogîe » du changement entendu comme mouvement înéuc-tabe, moteur de ’adaptatîon et du déveoppement, est au fondement de bîen des conceptîons managérîaes. C’est ce précepte que nous estîmons devoîr être dîscuté par es tenants des scîences socîaes pratîquant ’înterventîon en organîsatîon. En dernîère (comme en premîère) înstance, e changement n’est-î paré que de vertus ? Est-on condamné à ’accompagner à défaut de ne pas souhaîter e devancer ? Je n’aî évîdemment pas ’întentîon de répondre îcî à ces questîons, maîs je croîs pouvoîr dîre que Mîche Foudrîat aura à cœur de partîcîper à ’étayage d’un débat de ce type.
Gîes Herreros, professeur de socîologîe, unîversîté Lumîère Lyon 2
O 1. rganisation, changement et interventions en organisation
e e LesXIXetXXsîèces ont été marqués par un déveoppement sans précé-dent du phénomène organîsatîonne. Ceuî-cî s’est traduît, entre autres, par ’emprîse de pus en pus grande des organîsatîons sur des secteurs de pus en pus dîversîfîés des socîétés contemporaînes, par un accroîssement de a taîe des organîsatîons de toutes sortes et de a proportîon d’actîfs tra-vaîant en eur seîn. Cet essor a même été consîdéré par certaîns théorîcîens comme une des caractérîstîques des socîétés modernes. Dans e domaîne économîque, es entreprîses ont été confrontées, essen-e tîeement durant es dernîères décennîes duXXsîèce, à des împératîfs d’adaptatîon aux mutatîons de ’économîe contemporaîne. L’éaboratîon de projets, a défînîtîon d’înnovatîons, ’întroductîon de nouvees technoogîes et de nouvees méthodes de travaî, es restructuratîons, devîennent des condîtîons nécessaîres de a survîe et du déveoppement des entreprîses dans un monde domîné par es turbuences économîques et es încertîtudes. La probématîque du changement n’est pas spécîfîque aux entreprîses îndustrîees, aux banques et aux assurances, secteurs quî ont été es pre-mîers destînataîres de réfexîons managérîaes sur a questîon. Avec des questîonnements sembabes, ee concerne d’autres secteurs (hospîtaîer, socîa et médîco-socîa, éducatîf, coectîvîté ocae, e champ du déveop-pement terrîtorîa, es admînîstratîons, etc.) quî ne sont pas touchés de a même façon par a ogîque de profît maîs sont devenus de pus en pus concernés par des préoccupatîons économîques. De ce faît, es organîsatîons en tant qu’ensembes humaîns structurés par des fînaîtés d’actîon et de productîon sont concernées par es questîons de e e changement. Pour a fîn duXXet e début duXXIsîèce, e changement constîtue une des thématîques domînantes des réfexîons sur es organîsatîons. Les questîons théorîques et méthodoogîques posées par es înterventîons à vîsée de changement sont devenues des objets d’études încontournabes.
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Le changement organisationnel dans les établissements sociaux…
Le nombre împortant de îvres pubîés sur ce thème, durant cette pérîode, atteste de ’enjeu économîque et de ’întérêt socîoogîque qu’î représente.
1.1.L’étude des changements organisationnels : définitions et objectifs
Une organîsatîon se défînît par un ensembe de règes quî vîsent à rendre prévîsîbes es comportements de ses membres. Ces règes apportent des soutîons formees aux probèmes de dîfférencîatîon, de coordînatîon et de reatîon avec ’envîronnement ; ees défînîssent a dîvîsîon du travaî, e sys-tème de contrôe et de sanctîon, e système d’înformatîon et de communîca-tîon entre es membres et entre es partîes, e système de formatîon, de promotîon, de recrutement, etc. Ces règes sont prescrîptîves, c’est-à-dîre qu’ees contraîgnent théorîquement es membres à es respecter. Cet ensembe de règes défînîes ratîonneement vîse à permettre ’atteînte des objectîfs et des fînaîtés. Dans a réaîté des fonctîonnements organîsatîonnes, es comportements et es înteractîons pouvant être observés ne sont pas tou-jours ceux quî sont attendus : ’organîsatîon réee ne se réduît pas à ’ensembedes règes quî a défînît. Caractérîstîques formees et caractérîs-tîques înformees, règes théorîques et comportements rées sont es deux faces îndîssocîabes de toute organîsatîon. Le focus 1.1. rappee a dîstînctîon entre caractérîstîques formees et înformees.
Focus 1.1. La distinction entre caractéristiques formelles et informelles des organisations Les caractérIstIques formelles désIgnent les règles quI ont été déinIesa prioripar les concepteurs de l’organIsatIon. Ces règles précIsent la dIvIsIon du travaIl en départe-ments, les procédures, les délaIs, les formes de contrôle et de sanctIon en cas de manquements, les modalItés de communIcatIon, les crItères d’évaluatIon et de pro-motIon des IndIvIdus, l’attrIbutIon des moyens dIsponIbles pour la réalIsatIon des tâches, etc. Parce qu’elles sont consIdérées comme prescrIptIves, les règles ont pour but de générer des comportements conformes et prévIsIbles permettant l’atteInte des objectIfs de l’organIsatIon. Les caractérIstIques Informelles désIgnent tous les aspects réels, observables ou non, du fonctIonnement concret de l’organIsatIon. En effet, ce dernIer est composé de comportements et de relatIons non attendus quI constItuent les formes réelles de la réalIsatIon du travaIl. La communIcatIon Interne peut fournIr une IllustratIon de la dIstInctIon entre les aspects formels et Informels : les règles oficIelles prévoIent les cIrcuIts de communIcatIon, maIs, souvent, les observatIons montrent que ceux-cI ne sont pas respectés. Le court-cIrcuItage d’un nIveau hIérarchIque est un comportement Informel souvent cIté.
La compréhensîon du fonctîonnement organîsatîonne est dépendante de a façon dont ’observatîon et ’anayse prennent en compte, d’un poînt de vue théorîque, ces caractérîstîques. Ee sera dîfférente seon que ’accent
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Organisation, changement et interventions en organisation
sera mîs unîquement sur ’une de ces dîmensîons, sur ’autre ou sur es deux. Les orîentatîons pragmatîques seront, ees aussî, dîstînctes en fonctîon de a focaîsatîon retenue. Le changement organîsatîonne caractérîse des modîfîcatîons observabes et reatîvement durabes portant sur dîfférentes dîmensîons, entre autres : – es règes et es méthodes de travaî prescrîtes ; – es structures formees de ’organîsatîon ; – es comportements reatîfs au travaî quotîdîen, es pratîques profes-sîonnees ; – es communîcatîons entre îndîvîdus et entre servîces ; – es modaîtés înstîtutîonnees d’înformatîon et de communîcatîon ; 1 – es înteractîons et es réguatîons entre acteurs ; – es représentatîons par rapport au travaî et à ’organîsatîon même ; – es attîtudes par rapport au changement, etc. Pour a socîoogîe des organîsatîons, e changement concerne donc autant es caractérîstîques formees qu’înformees, autant a modîfîcatîon des règes que a transformatîon des comportements au travaî et/ou des modaîtés réees de réguatîon entre es membres. Seon ’approche théo-rîque avec aquee î est pensé, un changement organîsatîonne peut concer-ner un seu de ces aspects ou es deux. Troîs types de processus de changement peuvent aînsî être repérés : – e changement des règes ; – a transformatîon des attîtudes ; – ’expérîmentatîon vîsant a transformatîon des réguatîons et des 2 manîères de résoudre es probèmes se posant dans e travaî .
1.1.1.Une définition ambiguë
Le concept de changement comporte une équîvoque puîsqu’î peut désî-gner à a foîs un projet, un résutat et un processus : – pour a premîère acceptîon, e changement peut être référé à un contenu précîs et, dans ce cas, î renvoîe à une attente expîcîte, voîre à un objectîf (par exempe, un changement des pratîques d’accompagnement éducatîf d’une catégorîe d’usagers, un changement d’organîsatîon de réu-nîons înstîtutîonnees) ; – pour a deuxîème acceptîon, î désîgne e résutat concret et observabe d’une démarche voontaîre ou d’un processus spontané ; î est aors syno-nyme du constat de a transformatîon de pratîques professîonnees, de modes d’organîsatîon ou de réguatîons. Dans ce cas, e changement désîgne es nouvees règes de travaî, es nouveaux comportements, es nouvees communîcatîons et réguatîons, etc ;
1. Les notîons d’acteur, de jeu et es prîncîpaux apports de a perspectîve crozérîenne sont présentés en détaî dans e chapître 3. 2. Ces types de processus sont présentés dans e chapître 7.
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