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Le chemin du Désert

De
464 pages

Afin de fuir un passé familial douloureux, Claude quitte la France pour aller étudier au Québec. Mais un jour, sur Internet, un nom s’affiche, un nom qui va bouleverser toute son existence... Ce nom, c’est celui de Pierre Laporte.
Mais de quel Pierre Laporte s'agit-il ? De Pierre Laporte (1921-1970), vice-premier ministre Québécois, assassiné lors de la crise d'Octobre, ou bien de Pierre Laporte, dit Roland (1680-1704), chef Camisard exécuté en France pour avoir défendu la liberté de conscience ?


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-98777-8

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

À mon frère, mon père et ma mère

Pour l’éternité d’un instant perdu…

Merci à Pierre-Yves

Citations

 

 

« Il leur fit donc faire un détour par le chemin du Désert, du côté de la mer des Roseaux. »

(Exode, 13, 18)

« La mort et la douleur sont moins involontaires que le choix du désir. »

Anna de Noailles

« Je n’ai étudié que dans trois livres :

la Bible, mon cœur, la nature. »

Félix Neff

 

Arrivée

 

 

Le 17 octobre 2010

Même si je marche lentement et que j’avance à l’aveuglette, je ne désespère pas, car une voix, dans l’un de mes rêves, m’a dit : « Un jour, tu gagneras »… Je sais que je trouverai la lumière.

Il arrive parfois aussi que j’entende de la musique. Depuis peu… Il semblerait que ce soient des chants, fredonnés par des voix d’enfants, venant d’un ciel tout blanc. Cette neige, en grande souveraine de l’hiver, les accompagne… « Ah ! Comme la neige a neigé… » Le ciel est blanc, et je suis ici… Dans l’incertitude de ma vie… Mais ce sont surtout et le plus souvent, des mots qui se faufilent vers moi, des bouts de phrases. Ma voix retient son souffle. Je sens, je ne sais pas pourquoi, qu’elle veut m’aider. Me mettre en garde… Aujourd’hui, ma voix se manifeste dans la journée. Mais pas par la parole. C’est une phrase qui s’est illuminée à l’intérieur de moi, parce que je viens de voir quelque chose sur Internet… Certaines douleurs ignorent leurs commencements, ainsi que leurs fins, car elles sont éternelles.

Je me sens bien actuellement, car je fais enfin ce qu’il me plaît ; mon doctorat en Ethnologie, après ma maîtrise qui portait sur quelques liens entre les productions oniriques des Aborigènes d’Australie et des Amérindiens du Canada. Je travaille sur les oracles de Shirataka. En particulier, sur les dai, ceux qui sont les intermédiaires entre les Dieux, les Kami et les hommes.

J’ai lu et relu le Bardo Thödol… Et surtout, le Livre des Morts de l’ancienne Égypte… « Les dieux vivent comme moi, et je vis comme les dieux. Je vis en grain de blé, je croîs en grain de blé… » Car pour les Égyptiens de cette époque lointaine, les morts ne devaient pas mourir de faim. Les Égyptiens s’inquiétaient beaucoup de leurs morts, et parlaient même d’un « champ de nourriture » auquel devaient accéder les défunts. Ce qu’ils appelaient le blé des morts, croissait à cet endroit. Mais comme on n’est jamais sûr de rien, on prévoyait le pire : les Égyptiens veillaient à donner des provisions à leurs morts. Pour les amuser, on peignait des tableaux de vie, des scènes réalistes sur les murs des tombeaux : c’était le livre d’images du Kâ. Le Kâ, qui est une notion spirituelle de l’âme très importante pour les Égyptiens, était le double qui reproduisait dans ses moindres détails, l’image entière de l’individu auquel il appartenait. Des statuettes du Kâ étaient aussi offertes aux morts : tout était fait pour garantir l’identité des morts, pour les protéger des mauvais esprits qu’ils pouvaient rencontrer. Les biens qu’ils avaient eus pendant leurs vies, devaient être recensés, pour qu’ils puissent les demander dans l’au-delà. Un roi était accompagné par sa boulangerie, par exemple, ainsi que par des formules incantatoires comme celle-ci :

« Je suis un homme qui a du blé à Héliopolis

Mon pain se trouve dans le ciel chez le dieu Soleil,

Et sur terre, chez Keb.

Les barques matuline et vespérale

M’apportent du pain pour me sustenter

De la demeure du dieu Soleil. »

On appelait alors les Égyptiens « les mangeurs de pain »… Je roule ma bosse depuis tellement longtemps sur des cultures qui parlent de leurs rapports avec les morts… Et puis… J’ai pu venir ici, oui, officiellement pour faire ma thèse sur une dame qui parlait avec les morts… Mon psychiatre ne pouvait plus rien faire pour moi. Suite à mon accident, j’avais perdu mon travail. Avec le programme que l’on m’avait offert ici, j’avais pu reprendre mes études. Et puis, j’avais aussi ce but inavouable : aller noyer ma névrose au fond de l’eau.

C’est ma passion pour la littérature des trains japonais ainsi que pour la Pythie de Delphes, qui m’ont permis de rencontrer Shigeno, cette femme hors du commun. Les trains auxquels je dois tant… Nakai Shigeno (1903-1995), un dai exceptionnel, selon les dires du prêtre Shiotani du grand sanctuaire de Fushimi, avait perdu sa mère à treize ans, la vue à vingt-deux ans, et son mari à vingt-sept ans. Sa jeunesse avait été parsemée d’une succession de deuils. Shirataka, son dieu protecteur Inari, qui était un renard, lui révéla par l’oracle du rêve en 1934, qu’elle devait se rendre aux pieds de la grande divinité Tahamine le jour du 10, pour avancer sur la voie du bonheur. Il lui était aussi demandé de pratiquer l’ascèse durant trois années. Dans son entourage familial, elle avait sa grand-tante qui avait des facultés supra normales très puissantes, et elle aimait se trouver avec elle. À l’âge de huit ans, soit en 1911, elle reçut la première descente d’un kami. En 1927, ce fut la première descente de Shirataka en elle : elle fit 10 mois de retraite à la Cascade de Takidera. En 1935, elle s’installa dans l’oratoire de Tahamine, puis l’année d’après, on procéda à la pose de stèles. Les stèles… Victor Segalen pensait que c’est en cheminant par le Divers que l’on arrive au Centre. Un jour, un choc se produit, un choc arrive à quelqu’un. Pour lui, le choc s’est manifesté en Chine, dans un exil, le plus absolu qui soit. En se promenant dans la campagne chinoise, émaillée de « livres de pierre », les stèles, Segalen a eu l’idée de dire ses pensées les plus secrètes dans un recueil de poésies qui aurait une forme originale. « La forme Stèles m’a paru susceptible de devenir un genre nouveau dont j’ai tenté de fixer quelques exemples », avait écrit Segalen en 1912. Segalen écrivit donc « Stèles ». L’Empire du Milieu est le paradis des poètes, avait déclaré Judith Gautier, cette grande orientaliste de la fin du XIXe siècle, fille de Théophile Gautier. Mon poème préféré, peut-être, se trouve dans les « Stèles du bord du chemin », « Conseils au bon voyageur » :

« Ville au bout de la route et route prolongeant la ville :

ne choisis donc pas l’une ou l’autre […]

Montagne encerclant ton regard le rabat et le contient

[…]

Garde – toi bien d’élire un asile […] Ainsi, […] tu

parviendras, non point,

ami, au marais des joies immortelles,

Mais aux remous pleins d’ivresses du grand fleuve

Diversité. »

La montagne Inari, montagne dans laquelle Shigeno procédait à son ascèse aux monts Miwa et Ikoma, détenait deux mondes : celui des pierres et celui des eaux. Les pierres et les eaux étaient les signes visibles de la “descente” des kami : les tsuka étaient les stèles de pierres juchées sur les sommets, et dans les combes d’où surgissent les eaux. L’oracle du rêve avait dit : « Si tu fais l’ascèse pendant trois ans, je ferai en sorte que tu puisses vivre heureuse avec tes enfants. » Shigeno multiplia les circuits qui menaient aux montagnes, lieux de descente des kami, tout en pratiquant une ascèse assise. Les dai cherchaient à purifier par l’ascèse leur personnalité de tous les jours. Quand ils allaient dans la forêt, les dai s’efforçaient de se séparer du monde humain : ils venaient y chercher, non pas la beauté de la nature, mais ce qui en eux habitait dans la forêt. Ces lieux de nature étaient légués par des générations de dai ; les dai venaient y chercher cette culture et cette histoire, qui étaient leurs héritages.

Pour réfléchir aux liens que Shigeno entretenait avec les morts, j’ai commencé depuis peu à découvrir la culture encore peu connue des Yami de l’île d’Irala, appelée aussi l’île de l’Orchidée. La particularité des croyances des Yami est que dans le domaine du surnaturel, les dieux passent en second après les esprits. Pour les Yami, tout être humain possède un esprit principal, et plusieurs autres secondaires, ceux-ci siégeant dans les organes, les articulations, etc… La mort libère les esprits, qu’il est cependant possible de rappeler par la magie, par l’intermédiaire d’un sorcier, le makawah, seul capable de voir les esprits et de les conjurer. Quand la mort est naturelle, c’est-à-dire quand elle a été causée par la vieillesse, l’anito principal s’en va dans une île mythique, dite l’île Blanche. Mais si l’individu est mort, à cause d’un accident, d’une maladie douloureuse, ou d’un assassinat, il est alors mécontent, tourmenté, et ne peut aller dans l’île Blanche. Il revient alors hanter l’esprit des vivants ; lorsque ceux-ci ont accompli un acte qui peut l’apaiser, lui faire du bien, alors l’anito du défunt peut se rendre dans l’île Blanche. La culture malgache, qui est au croisement de l’Asie et de l’Afrique, met aussi l’accent sur les esprits invisibles qui participent au monde des vivants.

Mon directeur de thèse m’a demandé pourquoi j’avais choisi cette culture par rapport aux pratiques de Shigeno, et il a conclu ainsi : « Il faut que tu précises tout cela, Claude, que tu fasses même une revue de questions sur le sujet… Sinon, le lecteur aura l’impression d’être roulé : tu as du pain sur la planche. » Il me pose tout le temps des questions. Et moi, on me reproche toujours de ne pas savoir questionner, de ne pas parvenir à entrer dans la réalité ethnographique des autres. J’ai alors eu la présence d’esprit de lui parler des travaux de Georges Duby : « EnFrance, au XIIe siècle, unedame devait régir les obsèques des siens, effectuer les services que les ancêtres exigeaientdes vivants, lui ai-je fait remarquer. Je connais les travaux de Duby,mais jepréfère situer ma recherche en Orient. » Il m’a alors asséné cette question : « Pourquoi ? C’est intéressant, j’adore l’Orient, moi aussiMais pourquoi ne pas parler de ce qu’ils’est passé ici ? » Je n’ai rien pu lui répondre, à part ceci : « Merci pour tes remarques, Pierre, je vais y penser. »

*
*       *

Cette nuit, j’ai fait ces deux rêves.

– Je consulte une cartomancienne. Elle me dit que je pourrai exercer une activité de voyance, entre autres… Elle sort deux cartes pour moi, et me dit :

« Tu es une personne qui a été saisie. Il y a une personne morte sur toi.

Qui est-ce ?… Un homme ? Une femme ?

Tu es une personne de la Montagne, dans ta nature profonde. »

– Quelqu’un me parle du Lévitique et du Deutéronome. Je ne sais pas si cette personne en dit quelque chose, mais elle me demande de les lire.

Je les ai écrits sur mon cahier des rêves. Car oui, on est parfois débordé par la relation que l’on entretient avec soi-même. Il faut dire que la nuit, je creuse mon puits de Babel, selon le mot de Kafka, et le jour, je gratte mon inconscient avec une pierre-ponce. Une pierre-ponce… Et cette chanson de mots s’enchaîne toujours dans mon esprit quand j’utilise une pierre ponce : « Pierre ponce, PoncePilate, Hâte-toi, Toit du monde, Onde de choc, Octogone, Aune d’Anvers, Verre à eau, Eau à bulles, Bulle du Pape, Papauté, Théophile, Filioque, Que de larmes, Armure de Dieu, Dieu merci, Ciel d’hiver, Ver de terre, Taire sa foi, Foi… » Et je bute toujours sur le mot « foi ».

La nuit, je peux être somnambule. Dans ces cas-là, je me lève, sans savoir où je vais. C’est Grand-Mère qui l’a constaté. Après lesévénements… D’aller voir un psychiatre m’a permis de régler cela, après des années de paroles… Disons que quand j’ai quitté la maison pour venir ici, c’est là que ça s’est arrêté… Il semble que cela soit fini, mais sait-on jamais ?… Il y a toujours cette sombritude qui m’accompagne et se colle à mes pas, encore et encore…

Je cherche la vérité. Les deux livres mentionnés font partie de la Bible, je le sais, et j’ai dû les lire quand j’étais enfant. Je ne comprends vraiment pas pourquoi j’ai fait ce deuxième rêve. Si je voyais toujours mon psychiatre, le docteur Blanche, je sais qu’il aurait su faire une belle interprétation. J’ai la mémoire de ce que je ne connais pas, le souvenir de ce que j’ignore, et les traces de l’avenir. C’est ce qu’il me disait… Et puis, il me permettrait de poser les bonnes questions, qui m’amèneraient à voir les choses autrement. De tirer parti de cette annonce nocturne.

Je me souviens du premier rêve dont je lui avais parlé. Dans ce rêve, je me trouvais dans une pièce, avec un homme habillé en noir, tel un homme de loi : « Un homme habillé de noir, me fait sortir d’une pièce, d’une maison que je ne connais pas ; nous sortons donc ensemble de la maison. J’ai aux alentours de dix ans dans le rêve. Nous nous retrouvons à l’extérieur de la maison, devant laquelle se trouve une charrette attelée de deux chevaux noirs. Cet homme prend les rênes, et dirige cette calèche. Nous parcourons ainsi la ville. J’ai l’impression étrange que l’on m’exhibe : la ville est en ruines. »

Mon psychiatre a décrété que je devais effectuer des recherches sur les éléments qui s’y manifestaient, dans le domaine de la littérature. À force de lire, j’ai découvert un personnage qui avait subi dans un roman de chevalerie, ce que moi j’avais vécu en rêve. C’était dans “Lancelot ou leChevalier de la Charrette” de Chrétien de Troyes. Lancelot du Lac était l’un des douze chevaliers de la Table Ronde. Lancelot aimait la reine Guenièvre, et bien qu’elle soit mariée au roi Arthur, Guenièvre aimait en retour Lancelot. Guenièvre est à un moment enlevée, et nul ne sait ce qu’il est advenu d’elle. Lancelot, dans sa quête, rencontre un nain qui tire une charrette. Ce nain lui déclare que s’il monte dans la charrette, il apprendra la vérité au sujet de Guenièvre. N’écoutant que son cœur et faisant fi de sa vie, Lancelot grimpe dans la charrette : c’était la charrette d’infamie. Cette charrette était destinée aux félons, aux meurtriers, aux voleurs, et aux criminels. Celui qui était pris sur le fait, était aussitôt mis sur la charrette et mené de rue en rue à travers la ville. Toutes les dignités étaient perdues pour lui, et il ne pouvait plus être admis à la cour d’un roi ou d’un prince. C’était toujours un mauvais présage que de rencontrer cette charrette sur son chemin, car elle transportait les condamnés à mort. Des tas de gens se demandaient ce que ce jeune homme si bien fait de sa personne avait pu commettre pour se jucher sur la voiture de la mort. De quoi était-il coupable ? Une dame s’exclama même à propos de Lancelot :

– Un homme qui est traîné dans la charrette ne peut espérer que déchéance et malheur ! Mais quel crime a-t-il perpétré pour en arriver là ?

Se promener dans une ville en ruines dans un rêve, indique la déportation, m’a-t-on dit… J’ai alors pensé à Oradour-sur-Glane, ce village martyr du Limousin. Les nazis massacrèrent tous les habitants, et en particulier, les femmes et les enfants dans la maison de Dieu, le 10 juin 1944. Aujourd’hui, lorsque l’on se rend à Oradour-sur-Glane, on peut voir les ruines d’Oradour-sur-Glane, et à côté, la reconstruction d’un autre Oradour-sur-Glane. À l’entrée du village en ruines, du village fantôme, est fixé ce panneau, sur lequel il est écrit : « Souviens-toi ».

En m’intéressant à la civilisation Celtique, j’ai fini par arriver à Tara, en Irlande. Il y a bien longtemps de cela, à Tara, il se trouvait une charrette, plus précisément, un char royal. Ce char royal avait à ses attelles deux chevaux de même couleur : devant celui qui allait y monter et qui n’était pas destiné à la souveraineté, le char bondissait et les chevaux sautaient. Il y avait également deux pierres à Tara, Blocc et Bluigno. Devant l’être qui était accepté pour la souveraineté, les pierres s’écartaient, afin que le char passe entre elles. Le souverain pouvait alors poursuivre sa voie royale. Blocc et Bluigno étaient les portes de la souveraineté.

Ensuite, il y avait eu ce fait étrange, lorsqu’un jour, lors de ma troisième année de thérapie, mon psychiatre m’avait donné rendez-vous pour la consultation qui suivait. Il m’avait dit : « Je vous propose 15 heures, le 13 mai, pour notre prochainrendez-vous. » J’ai alors entendu : « … treizémé… Vous êtes trèsaimé… » Une voix s’était interposée à la sienne, et c’est comme si cette voix me disait : « Vous êtestrès aimé. » C’est à partir de ce jour, et sans aucune trêve, que cette voix s’est mise à me dire toutes sortes de choses… Je n’ai pas osé en parler à mon psychiatre, mais j’ai fait des recherches. J’ai eu envie de repérer les faits notables qui s’étaient produits un 13 mai.

Ce 13 mai s’est imposé à moi spontanément : l’attentat contre Jean-Paul II qui avait eu lieu le 13 mai 1981 à Rome. J’avais refusé ma religion au début de mon adolescence, je n’ai rien contre Dieu, mais je n’avais senti aucune relation avec Lui. J’aimais tout de même beaucoup Jean-Paul II. À cause de mon affection pour lui, j’avais même pensé à participer aux JMJ… J’ai consulté des livres, en tout cas, pour faire la connaissance de ce Pape si présent sur les écrans de télévision. Nostradamus, l’un des astrologues de Catherine de Médicis, avait, paraît-il, prédit son attentat dans la Centurie II, au Quatrain 97.

« Romain Pontife garde de t’approcher

De la cité que deux fleuves arrouse,

Ton sang viendra auprès de la cracher,

Toy et les tiens quand fleurira larose. »

L’attentat de Mohamed Ali Agça contre Jean-Paul II survint trois jours après l’élection à la Présidence de la République Française de François Mitterand, dont le symbole est une rose. Je découvris que la vie de Jean-Paul II avait même été annoncée par les visions des trois bergers de Fatima, des “simples d’esprits”, au Portugal en 1917, le 13 mai, jour anniversaire de l’attentat. Ces enfants analphabètes avaient entendu la Vierge leur dire : « La Russie se convertira. À la fin, mon Cœur triomphera… » La Révolution d’Octobre n’avait pas encore eu lieu : elle se préparait. Jean-Paul II affirma que c’était la Vierge de Fatima qui avait détourné la balle de son cœur : « Une main tiraet l’autre guida laballe. » Après son hospitalisation, Jean-Paul II parla aussi de l’« efficacité incomparable » de la souffrance « pour que se réalise le dessein du salut ». À vingt ans, Karol Wojtyla, ce jeune Polonais déjà très lié à la Vierge Marie, avait perdu toute sa famille. Pendant ces trois mois d’hospitalisation, suite à cet attentat, pendant lesquels il avait vécu entre la vie et la mort, Jean-Paul II comprit que pour sauver le monde de nouvelles guerres, de l’athéisme, c’était la conversion de la Russie qui devait être entreprise, d’après le message de Fatima. Cette coïncidence de l’attentat avec la date des apparitions de Fatima, donna du relief aux paroles de la Vierge adressées aux enfants : « Le Saint-Père aura beaucoup àsouffrir. » Le 13 mai 1982, le Pape se rendit en pèlerinage à Fatima, pour remercier la Vierge.

En 1984, il fut décidé que la statue de la Vierge de Fatima serait intégrée au Vatican. Le voyage commença pour elle le 24 mars : à son arrivée, elle fut placée à la chapelle paulinienne, chapelle qui se trouve à côté de la chapelle Sixtine et de la basilique Saint-Pierre, basilique que Stendhal avait qualifiée de « plus belle église de la plus bellereligion du monde ». La balle qui aurait pu tuer Jean-Paul II fut placée dans sa couronne, dans un orifice qui correspondait parfaitement à ses dimensions. Il semblait même que cette balle eût toujours été là. La consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie avait secoué les sommets de l’Église. À Fatima, le message de la Sainte-Vierge était clairement politique. Jean-Paul II apparut à tous les politiques comme un homme d’exception. Quelques mois avant que je ne vienne au monde, le président Ronald Reagan dans son discours du 10 mai 1985 au Portugal, avait déclaré que Jean-Paul II était un exemple pour le monde entier, et que ce sont dans les prières des personnes humbles – comme les petits bergers de Fatima-que résidait un pouvoir bien plus immense que dans celui des grandes armées et d’hommes d’État du monde. En 1987, les premiers symptômes de l’agonie du communisme international apparurent en Pologne.

Lorsque Jean-Paul II quitta notre monde, je n’avais pas encore vingt ans, et je terminais mon premier cycle d’ethnologie à l’Université. Le 2 avril 2005, au petit matin, j’avais été chercher la lettre enregistrée qui m’attendait à la poste. Tout s’effondra pour moi : ma candidature pour être guide-conducteur d’autobus sur la route 66 aux États-Unis, venait d’être refusée. On me répondait que j’étais encore trop jeune pour ce poste ! Quel coup ! Moi qui voulais mûrir avant de me lancer dans une maîtrise… Dans la journée, on apprit que Jean-Paul II venait de mourir. Ce fut Mgr Leonardo Sandri qui annonça au monde entier le décès du pape Jean-Paul II : « Notre Saint-Père est retournéà la Maison du Père, à21h37. » J’en avais les larmes aux yeux, et je l’entendais encore dire son emblématique : « N’ayez pas peur ! » Alors je n’ai pas eu peur. Et je me suis dit que tout cela était un signe, et que j’allais faire ma maîtrise en ethnologie. La route 66 attendrait… « Tout vient à point pour qui sait attendre » dit Hannibal Lecter à Clarisse Starling dans Le Silence des agneaux, mon film-culte. Et oui…

J’ai enfin pu sillonner la route 66, devenir guide-conducteur d’autobus lorsque j’ai eu 22 ans ; je venais de terminer ma maîtrise. Grand-Mère a accepté tant bien que mal ma nouvelle activité professionnelle, tout en me disant : « Pierre qui roule, n’amasse pasmousse… » Et d’ajouter, comme un peu à part pour elle : « Sur ces terres, souffle l’âmedes philadelphiens, avec celle des shakers… » J’ai roulé pendant deux ans sur la route 66… Et j’ai vu Bagdad-Café, la station et le film, avec les jeunes gens que je trimballais dans mon bel autobus… Rouler en train, rouler en voiture, rouler en autobus, découvrir des univers, toutes sortes de cultures, de personnes, c’est ma grande passion… Nous avons vu ensemble le classique Il était une fois dans l’Ouest… À propos d’Harmonica, Grand-Mère m’a fait remarquer : « “Il n’est pas de ceux qui parlent, ainsi que le dit lepoëte castillan, par la bouche de leur blessure, […]”. C’est Guilhem de Castro qui l’aécrit dans “Las Mocodades del Cid”, et c’est Victor Hugo qui rapporte cette phrasedans sa fameuse Préface de Cromwell. »

Tout a bien fonctionné pendant deux ans, jusqu’à cet affreux accident avec mon autobus… À cause d’un caillou de rien du tout… J’ai dû interrompre ce travail que j’aimais tant… J’ai supporté l’accident à cause de ce que Jean-Paul II avait dit : « N’ayez pas peur… » Alors, j’ai espéré, j’ai positivé… Et c’est ainsi que j’ai atterri ici, pour faire mon doctorat, en changeant de région. « Pour voir autre chose, ai-je dit à Grand-Mère, et peut-être aussi, pour voirautrement. »

Grand-Mère parle toujours de Dieu en des termes superlatifs. J’ai refusé de faire ma communion, encore jeune… De plus, il m’a semblé que les autres la faisaient, surtout pour avoir des cadeaux. Croire en Dieu, c’est croire que notre vie a un intérêt pour Lui, qu’Il attend quelque chose de nous. Je veux bien croire cela, mais pour le moment, tout est encore flou pour moi. Même si je ne comprenais pas ce que j’avais à faire avec Dieu, je me suis dit qu’Il valait mieux que de vulgaires présents. Je ne pouvais que demeurer dans ma sombritude habituelle…

Au moment où Jean-Paul II est mort, ma démarche a été d’aller consulter un psychiatre, afin qu’il m’indique la marche à suivre dans ma vie : je me sentais tellement gauche… Sa méthode préconisait une très forte attention aux rêves. Alors, je les note. Je crois que c’est ce qu’il y a de plus sûr et de plus raisonnable pour moi. Ils me parlent. J’existe pour eux. Mes rêves sont mes points de repère. Ce que je veux, c’est être moi-même. Parce que je ne crois pas au reflet de moi-même, qui me signale aux autres, ou plutôt à ma non-vie. J’ai toujours l’impression de jouer un rôle secondaire dans ma vie, et surtout, de ne jamais la vivre. Cette vie que je ne reconnais pas, qui m’aveugle de sa nuit, m’emprisonne depuis trop longtemps. Cette vie enclose, oui, dans laquelle je me débats… Elle m’empêche de vivre, elle veut me tuer, cette vie, qui n’est pas ma vraie vie… Et en moi, c’est ce combat entre deux vies ; entre la vie d’apparence et la vie réelle, profonde. Me sortir du double, de la dualité… Ce que je recherche, c’est la liberté. J’en ai assez de vivre et de marcher à côté de ma vie, d’être le témoin de mon existence. Pour ne pas être, pour ne pas faire ce que m’imposent les autres. Surtout, Grand-Mère… Grand-Mère veut toujours me dicter ma conduite… J’en ai plus qu’assez… Ce n’est pas que je veuille lui faire un procès, loin de là, je l’adore, mais bon, c’est dur… Car là, je suis en mille morceaux Les morceaux que les autres collaient sur moi, sur mon apparence de vie… Des morceaux brillants, des morceaux, je le sens, qui n’ont rien à voir avec ce que je suis vraiment. Mon psychiatre a diagnostiqué en moi une névrose d’abandon.

J’ai trouvé refuge dans les livres et le cinéma. On peut même dire que j’ai choisi de faire une bibliothérapie, avec mon psychiatre, ou plutôt, que c’est elle qui s’est imposée, en se mettant en place, presque naturellement. Mon psychiatre m’avait permis de choisir, et de démarrer avec la littérature que j’aimais. Il m’a dit : « Laissez-vous aller, retrouvez la confiance en vous. Les livres dont vous avez besoin, viendront à vous. Considérez les livres comme des personnes. Sachez qu’un livre peut tomber éperdument amoureux d’un autre livre : les livres ont leurs pages de rencontre, leurs stratégies de séduction entre eux, ainsi que des souvenirs communs. Certains ont parfois le même inconscient. Il leur arrive de choisir un lecteur qui va les marier. Quand le lecteur devient un marieur, c’est le signe qu’il est absolumentguéri. » À travers les livres, on apprend à voir, c’est sûr.

Les romans policiers me subjuguent depuis mon enfance, et m’ont permis de voyager, même si je ne quittais pas ma maison. Et c’est ainsi que j’ai découvert le Japon, avec le roman fondateur des « Travel Mysteries », Tokyo Express, écrit par Seichô Matsumoto en 1958, qui se passe dans un train. Il a été traduit en français deux ans avant ma naissance. Ensuite, j’ai eu le coup de foudre pour Tony Hillerman, cet écrivain américain, qui a écrit 29 romans, dont dix-huit sont des policiers qui se déroulent en milieu amérindien, avec l’inspecteur navajo Joe Leaphorn, et son antithèse, Jim Chee, neveu de chamane, qui apparaît pour la première fois, dans Le peuple de l’ombre.

René Chicoine, auteur québécois, montre un jeune architecte qui rencontre sur le Circuit29, une ligne de tramway de Montréal, Claire Routhier, qui va être accusée de meurtre. Il va voler à son secours. René Chicoine en profite pour citer le roman de Gabrielle-Roy, « Bonheur d’occasion », qui vient de paraître, et surtout, qui a remporté le prix Fémina. En 1947. Huit ans après, ce sera le roman « Le pays oùl’on n’arrive jamais » d’André Dhôtel qui l’obtiendra en 1955. Le paysoù l’on n’arrive jamais est le livre de mon enfance : c’est dans ce roman que Gaspard Fontarelle se met à suivre un autre adolescent, dont le nom de famille est Drapeur. Drapeur prétend chercher sa famille et son pays. Par rapport à mes études, j’ai exploré l’incontournable Claude Lévi-Strauss, dont je porte le prénom, et ses Tristes tropiques ; LeVaudou Haïtien d’Alfred Métraux, qu’il a publié en 1958, spécialiste des peuples d’Amérique latine, d’Haïti et de l’île de Pâques, puis d’autres expressions du vaudou, avec les sorciers Gnawa du Maroc si bien présentés par Bertrand Hell… J’ai découvert ces ouvrages, à la manière d’Alexandra David-Néel, orientaliste, qui a exploré toutes sortes de contrées lointaines. Avec un coup de foudre particulier pour le Golem de Gustav Meyrinck…

Dans Le Silence des agneaux, Hannibal Lecter conseille à Clarisse Starling, la jeune étudiante, accréditée par le F.B.I. : « Cherchez en vous-même, Clarisse Starling. Allez voir une vieille patiente à moi, MademoiselleModier. » Starling découvre Esther Modier, dont l’anagramme est « Le reste de moi ». Elle le comprend comme cela : « Allez voir ce qu’il restede moi. »

Ce que j’ai encore d’intact à l’intérieur de moi-même ? La vie s’est ravivée en moi, avec le Rameau d’or de Frazer. Frazer est mon parrain intellectuel. C’est grâce à lui que j’ai su ce que j’allais faire dans ma vie, et son livre est ma bible. Je me sens proche de lui, car son père voulait qu’il fasse des études de droit afin de s’inscrire au barreau, mais George avait découvert à dix-sept ans l’ethnologie ! Tout comme moi ! Ma famille souhaitait que je brille dans le droit, comme mon père, et que je marche dans le droit chemin, surtout ! Voilà un morceau que l’on a collé sur moi, et que je cherche à décoller de ma personnalité véritable. Avec ma fameuse pierre ponce et tous ses mots décapants. De son temps, Fraser était apprécié, mais aujourd’hui… Malgré qu’il apparaisse comme démodé, j’ai continué, en dehors de l’Université à le lire.

Un chapitre que je trouve passionnant, dans le Rameau d’or, c’est celui qui s’occupe des « périls de l’âme ». La première partie du chapitre s’attache à montrer l’âme comme un mannequin. Encore un lien avec LeSilence des agneaux : Buffalo Bill, le tueur en série, qui dépèce la peau des femmes qu’il enlève, a chez lui, des tas de mannequins. En tout cas, j’aime beaucoup l’anecdote du missionnaire européen. Celui-ci explique à des Noirs d’Australie, qu’il n’est pas un, mais deux. Comme son auditoire éclate de rire, il leur précise qu’il est deux en un ; je pense que ses dires ne peuvent que combler les défenseurs de l’écologie spirituelle : « […] ce grand corps que vous voyez est un ; et, au-dedans, il y en a encore un petit qui n’est pas visible. Le grand corps meurt ; il est enterré ; mais le petit s’envole quand l’ombre périt. » Lorsqu’ils abordent ensemble la question de savoir où va le petit corps après la mort, certains répondent qu’il va derrière le buisson, d’autres dans la mer, pour ceux qui fournissent une réponse. Les Hurons considèrent que l’âme a une tête et un corps, qu’elle serait un modèle réduit de l’homme lui-même. Les Nootkas de la Colombie-Britannique pensent que l’âme est un petit homme, dont le siège est le sommet de la tête. Quand il se tient droit, son propriétaire est en bonne santé. Mais s’il perd sa position verticale, le propriétaire perd la raison. J’ai vu sur Internet une publicité qui montrait une jeune femme avoir mal à la tête, parce qu’elle avait son petit bonhomme sur le crâne qui se balançait dans tous les sens. Le remède préconisé, c’était un médicament. Mais on ne parlait pas de Frazer.

Les tribus indiennes du fleuve Fraser inférieur ont la conception suivante de l’âme : l’homme a quatre âmes. La principale a la forme d’un mannequin, les trois autres sont des ombres. Les Malais, quant à eux, se figurent l’âme comme un homme invisible de la grosseur d’un pouce qui vit dans le corps de l’homme. Ce mannequin est immatériel, mais peut causer un déplacement lorsqu’il pénètre un objet physique. Lors du sommeil, de l’extase et de la maladie, cet « homme-pouce » peut s’envoler.

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Grand-Mère m’énerve… Je l’adore, mais elle est tellement autoritaire avec moi. On dirait que je suis un enfant. J’ai quand même vingt-cinq ans ! Depuis deux mois tout de même !! Il faut toujours qu’elle décide de ma vie et c’est toujours son avis qui prévaut sur celui des autres. Un peu avant que je parte, c’est à ce moment-là que ma voix s’est adressée à moi, pour la première fois, à l’extérieur de ma maison, alors que je marchais dans un centre commercial : “La Bête arrive… ”

Mon psychiatre m’a dit aussi : « Ce qui a amené chacun d’entre nous à effectuer notre première lecture, c’est l’appel d’unlivre à l’intérieurduquel il y a un personnage qui a quelque chose à nousdire. » Le premier livre sur lequel j’ai accroché pendant mon enfance, c’est Le pays où l’on n’arrive jamais d’André Dhôtel.

Il raconte l’histoire d’un adolescent, Gaspard Fontarelle, qui vit à Lominval, dans les Ardennes, en France. Sa tante très autoritaire a décidé de prendre sa vie en mains : elle destine Gaspard à reprendre son hôtel, l’hôtel du Grand Cerf. Le roman commence avec son baptême. « Le jour du baptême, on voulut oublier que la mère était cartomancienne, que le père s’exprimait dans un langage douteux et que les deux filles faisaient les folles. » Beaucoup d’incidents cocasses survinrent lors de ce baptême, qui se termina par un roulement de tonnerre. Gaspard a le chic de déclencher, sans le vouloir, toutes sortes de catastrophes. Lors d’un jour du mois de mai, il se promène dans la rue principale de Lominval, et entend depuis la fenêtre de la maison du maire, ce communiqué à la radio qui l’intrigue. Il apprend qu’un adolescent, originaire d’Anvers, de Belgique, a fugué de chez son tuteur, un diamantaire nommé Monsieur Drapeur. On fournit un portrait du jeune homme. Il est précisé qu’il prétend chercher sa famille et son pays. « Quel pays ?…C’est la question », se demandent deux commerciaux alors de passage à l’hôtel. Gaspard écoute cette conversation, comme si elle le concernait au premier chef. Au cœur de Lominval, Gaspard croise un adolescent. À son regard désespéré, Gaspard comprend qu’il s’agit du fugueur ; il n’oubliera plus jamais ce regard. Une fois l’enfant enfermé dans l’hôtel du Grand Cerf, placé sous la férule de la Police, Gaspard parvient à mettre en scène une diversion efficace, qui permet à Drapeur de s’évader. Quelque temps après, un mystérieux cheval-pie, dont on ignorera toujours le nom, permettra à Gaspard de retrouver l’enfant perdu. Pour l’accompagner dans sa quête. Comme Drapeur, j’ai l’impression que je dois chercher quelque chose. Et puis évidemment, toujours et encore, Le Silence des agneaux, avec Jodie Foster et Anthony Hopkins. Cette scène surtout.

Clarisse Starling, alors qu’elle vient d’être déchargée de l’affaire Buffalo Bill, va rendre visite à Hannibal Lecter de sa propre initiative, dans sa nouvelle cellule de Memphis dans laquelle il vient d’être transféré. Hannibal Lecter est un psychiatre psychotique, cannibale, interné depuis longtemps en hôpital psychiatrique. Une relation de courtoisie s’est toutefois installée entre Clarisse et lui. Clarisse tient vraiment à sauver Catherine Martin, enlevée par Buffalo Bill, le dépeceur de peaux, qui a déjà fait cinq victimes. Clarisse interroge Lecter afin d’obtenir des indices sur l’identité de Buffalo Bill dont il connaît le nom...