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Le corps en souffrance

128 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 75
EAN13 : 9782296278905
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LE CORPS EN SOUFFRANCE
UNE ANTHROPOLOGIE DE LA SANTÉ EN CORSE

Collection dirigéepar Jean Nadal et Michèle Bertrand

SANTÉ, SOCIÉTÉS ET CULTURES *

Peut-on être à l'écoute de la souffrance, en comprendre ses racines et y apporter des remèdes, hors d'un champ culturel et linguistique, d'un imaginaire social, des mythes et des rituels? Qu'en est-il alors du concept d'inconscient? Pour répondre à ces questions, la collection Santé, sociétés et cultures propose documents, témoignages et analyses qui se veulent être au plus près de la recherche et de la confrontation interdisciplinaire. Déjà parus: Ophtalmologie et Société, par B.Z. Nizetic et A. Laurent Cinq essais d'ethnopsychiatrie antillaise, par Ch. Lesne Bouddhisme et psychiatrie, par Luon Can Lien Fous de Rousseau, par C. Wacjman Les thérapies traditionnelles dans la société Kabyle, par N. Navet Mohia Le feu et la cendre, travail de deuil et ritesfunéraires dans un village libanais A paraître: La souffrance comme projet de vie, par T.C. Carreteiro L'injure à fleur de peau, par T. Largueche La crise de l'école, approche interdisciplinaire, par J. Levine La folie ou la rivalité pathologique, par B. Badji

* Éditions L'Harmattan, Paris.

5, rue de l'École-Polytechnique,

75005

Marie-Françoise POIZAT-COSTA

LE CORPS EN SOUFFRANCE
UNE ANTHROPOLOGIE DE LA SANTÉ EN CORSE
Préface de François LAPLANTINE

Éditions L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

DU MÊME AUTEUR Le problème corse, essai d'anthropologie L'Harmattan. philosophique, Éditions

En couverture: Illustration de J.-Cl. MILLELIRI @ L'Harmattan, 1993 ISBN: 2-7384-1976-3 ISSN: 1151-969-X

A Émile Raimbault, psychanalyste (ancien responsable de l'unité de psychologie médicale de l'Institut Gustave-Roussy à Villejuif).

Ce livre n'a pas été écrit pour dire du mal des Corses, dont je suis par tout mon être, et que j'aime profondément, mais pour montrer la souffrance de certains d'entre eux dans une société bloquée, et essayer de débloquer les choses. Il a été écrit à partir des travaux d'un groupe de recherche comprenant des médecins et des administratifs de la santé. Vous y découvrirez l'individu dans son rapport à une de ses composantes, la maladie, et d'une manière plus générale à son corps et à la société dans laquelle il vit.

« Si la mer est amère (selon le proverbe sicilien), la mère (terre, civilisation) pétrifie I'homme dès sa naissance, le cloue au berceau. Pour échapper au royaume de la mère, il est un mythe qui, en filigrane, se dessine dans toute la littérature méridionale: celui de l'androgyne, qui témoigne du désir de sortir d'une condition existentielle insupportable » (...) « De Simone nous guide dans le seul vrai royaume du Sud, celui des mères. Dans le Sud, les hommes ne se sauvent qu'en fuyant l'univers maternel: l'écriture déjoue le piège. » Jean-Noël Schifano Analyse de la littérature sicilienne dans « Désir d'Italie» (L1Ie, p. 33) (Édition Gallimard-Folio Essai)

« Toi aussi, il n'y a pas de doute, tu as tes droits. Cherche-les, cO,nquiers-Ies et fais-les valoir» « L'adieu aux mères». Etude de l'œuvre de Vittorini: (L11e p. 65).

Préface
par François Laplantine

Voici un petit livre qui ne passera pas inaperçu. En l'écrivant et en le publiant, son auteur a fait preuve d'un certain courage que je tiens à saluer, car c'est une lecture qui va provoquer et peut-être même rendre furieux plus d'un Corse. On connaissait déjà Marie-Françoise Poizat-Costa, à laquelle on doit une très stimulante introduction à la société corse. Cette fois, elle déplace et précise son propos, en centrant son attention sur la question médicale. A partir de chiffres irréfutables qui lui ont été fournis, et d'enquêtes minutieuses qu'elle a elle-même effectuées, nous sommes amenés à ce constat: la consommation médicale de 1'«lIe de beauté» est en progression constante. C'est l'une des plus fortes de France. Et comme la France est l'une des plus grandes consommatrices de médecine et de médicaments du monde, Marie-Françoise Poizat-Costa suggère que la Corse détiendrait sur ce point le record absolu de la planète. On sera particulièrement attentif aux chiffres extrêmement élevésde consultations en cardiologie et en psychiatrie ainsi qu'au fait que c'est dans les époques où la Corse vit ses plus grandes périodes de crise que le recours à la médecine (ainsi qu'aux soins infirmiers) diminue. Mais l'intérêt du texte que l'on va lire réside moins, à mon avis, dans l'analyse statistique et sociologique de la maladie et de la médecine que dans les relations établies par l'auteur entre ces faits que l'on peut qualifier de « médicaux» ou de « médicalisants» et les sociétés méditerranéennes d'une part, entre ces faits et le politique d'autre part. Sur le thème du corps méditerranéen, Marie-Françoise Poizat-Costa prend à rebrousse poil bien des stéréotypes. Les gens du Nord retiennent souvent des sociétés du bassin méditerranéen leur aspect cordial, festif, chaleureux. Des sociéIl

tés de la parole dans lesquelles les contacts humains sont effusifs. Des sociétés - que je connais personnellement surtout par leurs prolongements latino-américains - où l'on cherche davantage à montrer qu'à démontrer. Tout cela est parfaitement vrai. Mais tout cela est par ailleurs, très insuffisant. Les corps en fête ne doivent pas dissimuler le corps en peine, le corps souffrant, trouvant, comme le dit l'auteur, le plaisir d'une manière « hystérique », c'est-à-dire en manifestant théâtralement des signes qui sont ceux d'un appel au secours. Si l'on en croit Marie-Françoise Poizat-Costa, en Corse on aime montrer, mais ce que l'on montre ce sont surtout des symptômes. De même, contrairement à ce que l'on pourrait penser, à Bastia, à Ajaccio ou à Calvi, on ne parle pas tant que cela. C'est le plus souvent le corps qui parle à la place des mots. La Corse, c'est le pays de la somatisation, « le pays du mal de tête et de la fatigue». La seconde relation établie par l'auteur est encore plus troublante. Il s'agit cette fois de tisser des liens non seulement entre une anthropologie de la maladie et une anthropologie du corps, mais entre une anthropologie de la maladie et une anthropologie politique. Or, en Corse, une grande partie des hommes politiques sont par ailleurs des médecins. J'écris par ailleurs, mais l'auteur nous suggère que nous serions bel et bien en présence d'une seule et même activité. L'homme du politique est aussi l'homme du médical. C'est lui qui soigne, protège, fait office de relai de l'État dont on est si loin. C'est à lui que l'on demande assistance. Marie-Françoise PoizatCosta esquisse ici ce qu'il faut bien appeler une pathologie de la famille méditerranéenne, dont la Corse ne serait peut-être que l'un des cas de figure. Élevé dans un rapport de très grande proximité avec la mère, l'enfant fait l'expérience d'une absence, ou du moins d'un certain retrait du père, qui reprendrait le pouvoir à travers notamment le politique et assurerait plus tard la protection de ses enfants sous forme de médecin. Le livre de Marie-Françoise Poizat-Costa pose, on le voit, un très grand nombre de questions. Il nous conduit notamment à nous interroger sur le rôle de la protection et de la dépendance thérapeutique dans les sociétés dépendantes ou du moins en transition. Il nous amène à poser la question: y aurait-il une pathologie caractéristique des sociétés insulaires? 12