Le déjà-là de la mort et du sexuel

Le déjà-là de la mort et du sexuel

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Livres
174 pages

Description

Pour travailler la question de l’originaire dans le champ psychanalytique, Philippe Bessoles interroge à partir de son expérience clinique auprès des névrosés et des psychotiques les fondements de la vie que représentent les deux déjà-là de la mort et du sexuel. Par ses implications en institutions hospitalières auprès de personnes en fin de vie, par son intérêt pour la psychologie des phénomènes liés à la grossesse, l’auteur soutient une recherche rigoureuse et sensible qui a le mérite de lier l’engagement thérapeutique à une réflexion théorique avancée qu’il n’hésite pas à ouvrir aux champs de l’anthropologie et de l’esthétique.


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Date de parution 19 mars 1996
Nombre de lectures 8
EAN13 9782353714520
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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LE DÉJÀ-LÀ
DE LA MORT ET DU SEXUEL

 

Philippe Bessoles

 

préface de Claude-Guy Bruère-Dawson

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Pour travailler la question de l’originaire dans le champ psychanalytique, Philippe Bessoles interroge à partir de son expérience clinique auprès des névrosés et des psychotiques les fondements de la vie que représentent les deux déjà-là de la mort et du sexuel. Par ses implications en institutions hospitalières auprès de personnes en fin de vie, par son intérêt pour la psychologie des phénomènes liés à la grossesse, l’auteur soutient une recherche rigoureuse et sensible qui a le mérite de lier l’engagement thérapeutique à une réflexion théorique avancée qu’il n’hésite pas à ouvrir aux champs de l’anthropologie et de l’esthétique.


Auteur : Philippe Bessoles, psychologue clinicien, psychanalyste, est docteur en psychopathologie clinique. Enseignant chercheur à l’université, il intervient au DU de sciences criminelles (faculté de droit), de dommages corporels et capacité en médecine légale (faculté de médecine).

 

PRÉFACE
du professeur Claude-Guy BRUÈRE-DAWSON

 

L’originaire reste une question aporétique et énigmatique dans le champ de la psychopathologie clinique et il ne saurait y avoir, en ce domaine, de réponse définitive. Le mérite de Philippe Bessoles est de se risquer dans cet exercice difficile et périlleux de mise en travail de cette thématique. Articulant métapsychologie et poïétique, esthétique et anthropologie, l’auteur propose une réflexion originale et féconde en interrogeant les modèles freudiens et lacaniens qui étayent sa pratique clinique. Psychanalyste attentif et fin clinicien, il déploie sa recherche tout en insistant sur la prudence nécessaire d’appréhension des vecteurs théoriques posés.

Sans forcer la démonstration et s’appuyant sur une connaissance approfondie des travaux de Serge Leclaire, Donald Winnicott, Piera Aulagnier, Jean Laplanche, Julia Kristeva, etc., il convoque avec beaucoup de pertinence le travail créatif du plasticien Hans Bellmer dans sa tentative pour illustrer le rapport du virtuel et du réel de l’objet. Ses observations cliniques d’une rare finesse sont la rythmique d’une élaboration théorique soutenue. Cependant son ancrage à la métapsychologie freudienne comme sa référence à Jacques Lacan freinent parfois sa propre avancée de théorisation du côté du «refoulement de l’originaire» et de la «forclusion non pathogène du sens». Son plaidoyer pour une «esthétique de la clinique» ouvre une voie pertinente qui démultiplie, sans la gauchir, l’approche psychanalytique en psychopathologie. Si les changements de plan de l’auteur exigent parfois une lecture serrée, on mesure autant la complexité de la question traitée que la qualité d’une recherche déjà bien avancée. Dans une écriture très personnelle, Philippe Bessoles argumente — ce qui n’est pas sans charme — une qualité d’écriture qui fait de la lecture de cet ouvrage didactique un moment de plaisir, ainsi qu’une rencontre culturelle.

Dans sa distinction entre origine et originaire, l’auteur emprunte à Jacques Lacan les notions de Réel et d’Autre. De ce bornage, se dégage le concept de «déjà-là» — et sa version pathogène qu’il nomme «a priori» — pour en déployer l’espace de passe et d’avènement de la singularité. Entre fond et fondement, ces deux «déjà-là», de la mort et du sexuel, habitent tout processus d’émergence de la psyché. Trouvant argumentation dans la clinique des psychoses, Philippe Bessoles interroge le rapport de la réalité psychique au Réel, notamment dans la question de l’hallucination. Là où Jacques Lacan disait que «l’imaginaire non symbolisé ressurgit dans le Réel», l’auteur, dans une filiation marquée à Serge Leclaire, interroge «cette réminiscence non pacifiée du Réel». En cela, il accorde à la fonction maternelle un rôle de porte-pensée et porte-parole. Son postulat d’une topique intra / interpsychique reste à préciser afin de mieux cerner l’hypothèse qu’il fait de la matrice utérine comme premier miroir, ainsi que celle du placenta comme dette au Réel.

Sûrement, il y a ici des perspectives cliniques et théoriques que Philippe Bessoles ne manquera pas de travailler dans la rigueur qui nous lui connaissons. Les mouvements de passe qu’il repère dans le travail de cure sont effectivement pertinents en particulier dans ce qu’il soutient des processus de passe métonymique au Réel et de passe métaphorique à l’Autre. Dans les effets de traces — de fueros —, l’auteur inaugure une approche novatrice de la constitution de l’inconscient ou tout au moins des phénomènes pré-inconscients du quantum d’affect et de la motion pulsionnelle.

Rejoignant l’apport princeps de Jacques Lacan à propos de «das Ding», il accorde, dans une perspective décalée, la fonction de tampon, d’entre-deux, au sexuel maternel. Il repère dans le déjà-là de la mort — qu’il distingue de la passe du mourir — la fiducie du retour au Réel (condition humanisante) et au déjà-là du sexuel l’inscription désirante de la singularité (condition humaine). L’accès à la scène primitive cristallise l’inscription signifiante à l’ordre symbolique, à la fondation des origines là où l’originaire œuvre en tant que fondement de l’originisation.

Incontestablement, s’appuyant sur une déjà longue expérience de la psychopathologie clinique comme sur une vraie sensibilité aux créations artistiques, Philippe Bessoles fait preuve d’un talent certain de chercheur, n’hésitant pas à mettre à l’épreuve sa propre avancée de modélisation, y compris dans les éclairages de champs connexes ou éloignés comme la phénoménologie ou la médecine.

Dans une analogie à la création sculpturale, l’auteur accorde aux figures du neutre une fonction centrale. Il y aurait ici à s’attarder plus amplement à l’articulation qu’il reprend aux travaux d’Henri Maldiney du quotient de profondeur et du gradient d’ouverture. La mise en branle rythmique des protoreprésentations pictogrammiques ne fonde-t-elle pas après coup un fond originaire ayant valeur basale ? Et ne serait-ce pas seulement à l’occasion de ce stade ultérieur de la prise en charge de ses formes par le signifiant que se pratiqueraient la coupure du signe et l’opposition en spécularité des représentants? Il y a ici une contre-hypothèse que l’auteur, trop soucieux de conformité avec la «doctrine» historique de la psychanalyse, doit maintenant envisager. Cela lui permettrait de déployer la question des signifiants archaïques, du contact qu’il aborde par le biais de l’Hilflosichkeit ou dans sa référence au cas Schreber. Si comme Philippe Bessoles le soutient, le psychotique souffre d’absence de refoulement originaire, quel lien fait-il avec son postulat du refoulement de l’originaire qu’il situe à un moment, certes hypothétique, pré-inconscient? Est-ce là où il situe, dans sa référence à Jacques Lacan, la «forclusion non pathogène du sens»?

Alors qu’il s’agisse de l’au plus près pictogrammique ou des signifiants archaïques, tout cela sent le «chaudron de la sorcière» comme écrivait Sigmund Freud à propos de la métapsychologie. Sorcière en costume de muse poétique préfère l’auteur dans sa belle expression de «négritude du verbe». Négritude bien nommée dans l’esclavage du symbolique quand il arrache les chaînes de la puissance dissolvante de la chose pour s’affranchir dans l’ordre du mot. Négritude structurelle et non culturelle; c’est là où Philippe Bessoles signe ici une recherche qui n’est pas que du semblant en l’illustrant, dans un travail in situ, par des exemples et contre-exemples auprès du peuple maohi du Pacifique Sud, pascuan de l’île de Pâques, balinais d’Indonésie, etc.

Enfin, puisque l’esthétique plastique donne de la couleur à ce texte, autant à mon tour m’effacer devant un chef d’orchestre de la poésie, dans ce temps diapason qui donne le «la» de la rime, et laisser à la négritude d’Aimé Césaire le rythme d’une ponctuation :

«Le rythme enfin, et peut-être est-ce là que j’aurais dû commencer, car c’est en définitive l’émotion première, prière d’injonction, qu’annonce d’abord sa rumeur. D’où venu ? Non artificiellement imposé du dehors, mais jailli des profondeurs. Nuit du sang bondissant au jour et s’imposant; le temps de la vie, sa saccade; non la musique des mots captés, mais ma plus profonde vibration intérieure.»

Claude-Guy Bruère-Dawson

À SERGE LECLAIRE,

In Memoria

MI-DIRE / PLUS-DIRE INTRODUCTIF

Entre relation d’inconnu et révélation d’inachèvement, l’originaire œuvre à l’infini et c’est bien de cet infini que je suis convoqué ici. En cela, il ne peut qu’y avoir de mi-dire dans la négritude du verbe face à la brillance du monde. Dans le contrat supposé d’échanger sa vie contre un sens, la réciproque est trop osée à vouloir, sur le balcon du beau, se pencher en avant pour attraper sensible et esthétique. Le plus-dire se montre sans se dire, dans la fulgurance de la tache de couleur, dans l’éphémère de la note de musique, dans la pâle réplique de la représentation de mot au «lieu-dit» de la présence de chose. Entre mythe et mystique, éthique et esthétique, ma «sans prétention» à vouloir saisir l’insaisissable par la pointe de mon stylo ou le bout de mon pinceau est risquée.

L’énigme de l’originaire «m’énigme» à l’énigmatique tant du côté de l’(en)quête policière de l’aveu du Réel (l’objet du délit de l’Urszene — scène primitive —) que du côté de «l’esprit de concierge» de l’Autre (l’accès de l’immeuble psychique est interdit à tout Vorstellungrepräsentanz — représentant de la représentation). Avec la grande hystérique comme compagne de voyage, entre passe et impasse, de l’impensable originaire dans le pensable des origines, il y a à médire. Vestige de l’objet saturant comme vertige de l’objet manquant, c’est ici un voyage au bout de soi-même pour finir au commencement où était l’amour. L’originaire est toujours au début. Il est aussi toujours à la fin.

Le commencement n’est pas le fond des choses. Entre fondement de l’originaire et fondation des origines, le mot reste une médisance. Alors toute quête est sacrée à condition que le profane s’engage, réaliste. À l’impossible, le sujet est convié pour que du possible s’y passe. Là est le seul risque. Sur fond de pelliculaire en voici quelques filmiques:

Avez-vous assisté, du temps de vos culottes courtes, à une «crise d’épilepsie»? Je n’étais pas grand, tout au plus en moyenne section de l’école dite maternelle et elle était tombée à la renverse. Sa bouche écumait une bave dégoûtante et après quelques saccades inquiétantes, elle semblait vivre d’étranges voluptés. La robe retroussée par la chute dévoilait un intérieur de cuisse immaculé. Et surtout, plus haut, une frise de dentelle bordait un tissu blanc. J’avais vu la culotte de la maîtresse.

Avez-vous assisté, du temps de «vos cliniques», un mourant? Pas une vieillesse fatiguée, une jeunesse «pétante» d’à peine trois ans qui gomme en un instant votre présupposé savoir, vos soirées studieuses, les certitudes de vos maîtres. La sidération de l’inéluctable file entre vos doigts et surprend, au pied levé de la lettre, votre notable contre-transfert. Ça vous bouscule à faire appel pressant aux choses ânonnées au catéchisme, lever les yeux au ciel avec insistance et chavirer, à en pleurer, votre bienveillante neutralité.

Avez-vous fixé l’espace d’une seconde d’éternité les yeux d’un nazi? Pas un clone tout aussi dangereux, un vrai, un vrai du IIIe Reich, bien gardé dans sa prison berlinoise de Spandau avec ce qu’il faut de chemise brune, d’imperméable vert kaki, de sourcils épais, de teint diaphane de «Nacht und Nebel» (Nuit et brouillard). Ça vous renvoie en pleine figure le grand-père déporté, le jeune maquisard traîné du village à Béziers, le «collabo» du café et la folle d’à côté rasée, qui avait couché.

Avez-vous, enfin, tenté de dire, au fou d’arrêter de jouer, de faire son ciné, en ayant l’intuition dérangeante que c’est lui, le jouet. Clown triste et désarticulé, entre deux «dangerosités», il vous prend par la main et vous récite Baudelaire et Apollinaire, disserte sur Sisyphe… Puis avec gravité il vous demande quelle folie vous conduit chez les fous: mourir de chagrin ou mourir de rire.

De ce contexte à faire vivre les poissons dans les volières et réciter par cœur que «la terre est bleue comme une orange», y a-t-il quelques pictogrammes éloignés et quelques «j’ai soif» de connaître au moins notre — mon — infirmité dans la démarque et démasque de notre — mon — sectus? Il n’y a pas de parole asexuée. L’originaire reste à venir et Maurice Blanchot (1980) le clame: «mort, tu l’es déjà». Antécédence du cimetière et préséance du désir pour ne point fatiguer Hortense «dont les racines les meilleures sont devant elle, dans les paroles qu’elle proférera» (S. Leclaire, 1991) reste à ne plus s’écrier afin que quelques traces s’écrivent.

Guérir — c’est-à-dire parler — reste à pouvoir enfin représenter les choses autrement que dans l’ordre de la douleur, ne serait-ce que dans l’espace de son histoire, fût-elle parfois ou toujours douloureuse. Entre dette de transmission et don de filiation, entre empreintes de l’éphémère et figures temporelles, entre logos et ananké, quelques esquisses, tant au fusain qu’à la sanguine, s’estompent. Les mots cicatrisent les blessures de l’insaisissable. Il est temps alors d’en rassembler l’éphémère avant qu’il ne se dissolve, sans trace aucune, sinon celle de sa souveraineté.

Souveraineté comme toile de fond et fond de présence de ce qui fait insistance pour supporter l’existence; il en va de la patence — et de la latence — des choses comme de l’esthétique sensible déployant une esthétique plastique. La clinique n’est que l’après-coup de l’esthétique. Pousse-à-jouir, dirait Jacques Lacan, à condition qu’un cratère de jouissance perfore la toile saturée de «ses gribouillages». In-stase du pulsionnel comme préalable à l’ex-stase de la jouissance; si sainte Thérèse jouit, sans doute aussi, trépasse-t-elle.

Quelque chose plutôt que rien reste cette énigme de la butée. Paradoxe ou aporie, la présence de la forme convoque aussi son absence. L’œuvre d’art porte en elle-même la marque du non-lieu de la création. Comme l’écrit Henri Maldiney, elle «rend visible l’invisible». L’essentiel réside dans ce système d’opposé primitif qui initie une mise en tension pour que vibre le premier rythme. C’est le «quotient de profondeur» qui augure «le gradient d’ouverture», en sculpture, ce sont les vides et les pleins, en peinture les froids et les chauds, en clinique le sens opposé des mots primitifs. La stérilité, autant créatrice que procréatrice, tient à la forclusion de toute viduité et l’errance est le prix à payer.

Dans l’insaisissable de l’échappé, dans la dérobade (Serge Leclaire, 1977), la saisie de l’éphémère donne à voir ce moment de grâce de l’éprouvé: poïétique de la touche picturale comme fulgurance du mot. On ne touche que des yeux. La «capacité à faire mouche» tient de la révélation. Émergence d’une formalisation de mise en sens du fond dans la reviviscence de la mise en scène, elle apparaît dans la brillance insistante du signifié comme dans l’éclat du Signifiant, entre émiettement et éblouissement. Le mot vibre à l’unisson du monde, il libère sa présence, son rythme, son souffle, sa balance, en une im/expression: sa musicalité.

Temps béni de la psychanalyse quand elle (re)noue avec l’esthé­tique; il y a des jours comme ça où tout vous réussit; le contraire est aussi vrai. Le pathos est la fausse note de l’harmonie. Pourtant, le contretemps est figure de style; de quoi se faire comme Arletty, «une gueule d’atmosphère» pour, de son visage défait, faire «bonne mine». Anacrouse de «la belle gueule», Quasimodo rompt avec les charmes dans l’espérance d’Esméralda. Palpation du sensible dans l’accordage de ses «cordes et de ses vents» pour être à la hauteur du «ut majeur», il y a dans le sacré de la partition des dieux, un passible de consécration. Est-ce là la reconnaissance? Le cultuel s’efface dans la mascarade d’idolâtrie; l’irreprésentable nourrit les figures du vide comme une ombre portée. Purgatoire du mot face à l’illumination du visage de la femme quand apparaît, dans ses tons contrastés, au fond du test de grossesse: l’auréole.

Les plasticiens ont sans doute vu Dieu et, en bons apôtres, transmettent la bonne parole nommée «quête du beau». Les cliniciens sont alors les traqueurs des «faiseuses d’anges» entre roman familial et fantasmes des origines. Grâce des premiers contre disgrâce des seconds, en «odeur de sainteté», par le «judas» de la porte de l’originaire, chacun cherche à bénéficier des bonnes grâces.

Moment pathique de l’esthétique «pendulant» avec moment pathétique de la clinique, il y a des «accidents heureux» où l’harmonie tient à l’éblouissement des jaunes, au criant des rouges, à la froideur des bleus, au piquant des verts, à la douceur des écrus… Sensorialité des couleurs comme peinture de l’émotion autant que la couleur de la sensorialité comme peinture de la convocation, il ne peut y avoir qu’esthétique dans la clinique.

De tout cela, en contexture, l’originaire est dans la suite et, «de grâce», s’il exige quelques sacrifices, autant s’y laisser prendre sans s’y méprendre.

PROBLÉMATISATION

 

S’il y a une question autant aporétique qu’énigmatique dans le champ de la psychopathologie et de l’anthropologie cliniques, c’est bien celle de l’originaire.

Énigmatique dans le sens où l’originaire se montre sans se dire, s’éprouve mais se dérobe, fait signe et s’échappe tel le furet de la comptine: il est passé par ici, il repassera par là. Il laisse quelques fueros (traces) et quelques indices sur le terrain psychique assignant le clinicien à l’épreuve de la preuve, à l’à peu près du Nachträglich (après coup), à l’au plus près de l’aesthésique. Sans doute, est-ce là le bégaiement et l’humilité de la clinique et non de l’idéologie, de l’indicible et de la butée, du fondement et non du fond du contact mundique?

Aporétique dans le sens où l’originaire convoque le clinicien à cet exercice difficile — et périlleux — de la poïétique, voire à une esthétique de la clinique, au risque de se voir reprocher le manque de rigueur — ou le vulgarilis. Il tente, l’inconscient, de s’inscrire dans l’extension dynamisante du concept, alors que son intention rigoriste lui était, somme toute, plus confortable. Prise de risque contre risque de méprise.

Ouvrir l’endogamie à l’exogamie de cette contexture, comme ne point rabattre la dynamique au topique est le pari de quelques approximations vectorisantes supposées fécondes tant du côté des jaunes de Vincent Van Gogh — ou des bleus de Paul Gauguin — que du côté des déferlantes du quantum d’affect­ et des motions pulsionnelles, dans les «sans distances» des sculptures de Giacometti, les cristallins de la voix de Barbara Hendricks ou le velours de celle de Nina Simone. Telle est la tissure des fils de chaîne et de trame que je m’essaye à mailler, une maille à l’endroit du mot, une maille à l’envers de la chose.