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Le Fabuleux Destin d'Amélie Boudin

De
186 pages

L'histoire de Raphaël aurait pu être banale, celle d'un jeune homme timide, calme et réservé, qui mène sa vie posément sans rien demander à personne. Le destin va mettre sur son chemin Amélie, jeune femme mariée qui s'ennuie dans sa vie de couple, une Madame Je-sais-tout au caractère lunatique, fourbe et croqueuse d'hommes, qui ne s'assume pas et qui va vite polluer son univers paisible.


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Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-84934-2

 

© Edilivre, 2015

Introduction

Bonjour, bonsoir ou bonne nuit, lorsque je relirai ces lignes, je ne sais pas quelle heure il sera et la question est loin d’être assez importante pour mériter une quelconque réponse de ma part donc je vais juste dire « Salut », ce sera plus simple…

Salut,

Si vous lisez cette lettre, c’est sans doute que j’ai dû la laisser traîner quelque part où il ne fallait pas. De ce fait, je vous serai gré de bien vouloir me la retourner bien entendu, sans en lire le contenu, c’est quand même assez personnel. D’autre part, il s’y trouve des détails d’ordres privés qui seraient susceptibles de nuire à certaines personnes et je ne voudrais pas me rendre responsable de tensions qui pourraient survenir dans votre environnement suite à la divulgation de certaines informations. Mais si, malgré mes avertissements, vous décidiez de votre propre chef (je ne vous impose rien) de poursuivre la lecture, je vais commencer par me présenter assez brièvement :

Je m’appelle Quentin, je suis de Montargis… Euhhh, non, attend, ce n’est pas moi ça, je reprends, calme-toi…

Je m’appelle Raphaël, j’ai une trentaine d’années environ, en tous cas pour l’instant et je suis originaire d’une petite ville du Nord qui se nomme Lille. Dans les six cents kilomètres carrés pour un million et quelques habitants, ça n’est pas si grand, il ne faut pas abuser non plus…

Je suis issu d’une famille pas aisée du tout et l’aîné des quatre garçons que ma mère a eu la chance d’avoir. Mon père, lui, a eu cinq enfants de plus mais ça, c’est une autre histoire que je n’aborderai pas ici pour la simple et bonne raison que ce n’est pas le sujet ! J’ai eu une enfance assez heureuse malgré le peu de moyens financiers mais quand on a l’amour des siens, on sait se contenter de l’essentiel, à savoir un toit et de quoi se nourrir, et l’apprécier à sa juste valeur. D’ailleurs, les gens matérialistes sont généralement des gens qui manquent d’affection, c’est pourquoi ils donnent de l’affection à ceux qui leur offrent du matériel, on s’étendra un peu plus longuement là-dessus dans quelques paragraphes…

J’apprenais plutôt bien à l’école jusqu’à ce que je tombe dans les pièges que sont la télé, les jeux vidéos, la musique, etc… Tous ces divertissements que la société de consommation nous propose afin que l’on se désintéresse de notre évolution cérébrale et de notre conscience morale. Arrivé au lycée premier de la classe, je suis vite parti rejoindre les derniers et j’ai fini par arrêter les études à seize ans, comme quasiment tout le monde dans le quartier où je réside, lors de ma deuxième seconde générale. A ce propos, si jamais un de mes anciens professeurs venait à lire ces mots, je tiens personnellement à demander pardon pour cet échec cuisant, je sais qu’il y en avait, et pas qu’un seul, qui croyaient en moi. J’ai tout foiré, je m’en excuse. J’essaie toutefois de corriger le tir, j’ai repris sérieusement mon instruction en main à l’aide d’internet comme quoi, la technologie peut parfois avoir un sens pratique. J’ai appris pas mal de trucs surtout en histoire, la seule matière où l’on peut considérer comme une victoire le fait d’avoir toujours eu zéro. Bon, moi je suis mal, j’ai toujours eu six ou sept sur vingt mais une fois qu’on sait que tout ce qu’il y a d’écrit dans les livres d’histoire de Fernand Nathan, c’est de la merde, il n’y a rien de vrai ou très peu de choses finalement… On se dit « Là, j’ai bien fait de dormir en cours, tous comptes faits ! ».

Une fois les cours appartenant au passé, il s’est ensuivie une période plutôt tragique. J’ai perdu coup sur coup deux êtres chers à mes yeux, mon oncle, qui était un peu comme mon grand frère, et mon grand-père aux âges insolemment jeunes de vingt-trois et cinquante-cinq ans. Autant dire que je n’étais plus que l’ombre de moi-même. Déjà d’un naturel très discret, je frisais l’invisibilité, si l’on n’ouvrait pas la porte de ma chambre, on ne savait pas que j’existais. J’ai d’ailleurs fini par attenter à mes jours, fort heureusement sans réussite. Des fois, ça vaut le coup d’avoir séché les cours de biologie car si j’avais réussi mes études, je ne serais peut-être plus là pour en parler… On ne sait jamais pourquoi ce qui nous arrive nous arrive mais tôt ou tard, les pièces du puzzle se mettent en place et tout finit toujours par nous paraître limpide, clair, net et précis si tant est que l’on se pose les bonnes questions sans attacher la moindre importance aux mauvaises réponses. Il faut avancer, point barre !

Donc à dix-huit ans, majeur et vacciné, je me mets au boulot, enfin à la recherche d’un boulot pour commencer. Mais que faire quand on n’a pas de diplôme et pas d’expérience dans aucun domaine ? J’avais une petite expérience quand même en cherchant bien… En fin de collège, ils nous font faire un stage, normalement obligatoire, en entreprise pour avoir une vision du monde capitaliste qui nous attend. A cette occasion, j’avais travaillé une semaine en tant que préparateur de commandes dans une boulonnerie. Il est donc tout naturel pour l’Agence Nationale Pour l’Emploi de m’envoyer faire des formations dans ce domaine. Le genre de métier où on est payé que dalle mais j’avais toujours été habitué à n’avoir rien donc ça me convenait parfaitement.

Entre les contrats de remise à niveau, qui ne servent à rien sinon d’obtenir une rémunération de l’état, des missions d’intérims, un contrat de qualification et d’autres missions intérimaires, j’acquière en quelques années assez d’expériences et de compétences prouvées par diplômes dans le secteur de la logistique. Ce qui m’amène au sujet principal…

J’avais alors vingt et un an, j’étais encore tout jeune, je le suis toujours mais un peu moins… Un vendredi matin, l’agence Manpower me téléphone vers neuf heures à peu près. J’y avais passé un entretien deux ou trois jours avant pour bosser chez Danone. Avec la prime de froid, on est payé un peu plus que dans les autres boutiques là-bas. Je me suis dit que l’entretien avait dû être concluant pour qu’ils me rappellent aussi vite mais en fait, pas du tout ! Je n’étais pas pris chez Danone, ils voulaient savoir si j’étais disponible de suite pour faire de la préparation de commandes chez Auchan, j’ai dit « Tout de suite, je ne suis pas trop chaud là mais à la limite, demain, pourquoi pas !? ». Ce à quoi je ne m’attendais pas, ils ont dit « D’accords, demain, sept heures ! ». Moi qui pensais être tranquille jusqu’au lundi, c’était raté. Me voilà donc parti un samedi matin pour LA mission qui allait me mener tout droit vers une embauche. Bien sûr, je ne pouvais pas encore le savoir à l’époque, je donnais le maximum de mon potentiel à chaque entreprise dans laquelle je mettais les pieds dans l’espoir qu’un jour, un employeur finisse par décider de me garder et il semble que ma boite d’intérim ait enfin réussi à m’en dégoter un. Bravo Manpo sans vouloir faire de pub…

C’est drôle de démarrer une semaine le samedi mais bon, je suis bien accueilli, il y a une bonne ambiance, le personnel me paraît sympathique, je ne suis pas trop mal tombé. Je dis ça parce qu’on a toujours une appréhension quand on attaque un nouveau job, il y a des endroits où c’est hyper stricte mais là, c’est assez détendu, ça me plaît bien.

A la fin de cette première journée, le gars qui m’a formé confirme au responsable du service que tout s’est très bien passé. Le chef me prévient :

– Ici, on fait des heures sup’ !

– Ok, pas de problème…

– Ici, on bosse le samedi !

– Pas de soucis non plus…

– Je te dis à lundi, 7h !

– Parfait !

Et voilà, c’était parti ! Je ne savais pas que j’allais rencontrer dans cette boutique une personne qui m’en ferait voir de toutes les couleurs…

Amélie

– Bonjour, ici l’agence Manpower, pourrais-je parler à Amélie Déchaussés s’il vous plaît ?

– Oui, c’est elle-même.

– Nous aurions une mission à vous proposer chez Leroy Merlin, vous commenceriez demain, êtes-vous disponible ?

– Oui, bien sûr.

– Pourriez-vous passer à l’agence dans la journée afin que je vous donne toutes les informations ?

– Oui, pas de soucis, je me mets en route.

– Très bien, je vous dis à tout à l’heure.

– A tout à l’heure.

Un sourire aux lèvres, Amélie reposa le combiné, sa nouvelle vie semblait bien démarrer.

Elle était arrivée à Paris la semaine dernière pour s’installer chez son petit ami Franco. Elle l’avait rencontré lors de sa dernière année du bac professionnel logistique, il était formateur CACES. Bien sûr, ça n’avait pas plu à son ancien copain qu’elle le quitte pour le formateur mais elle avait dix-neuf ans et désormais, elle voulait un homme avec une voiture qui pouvait l’emmener partout où elle avait envie d’aller. Et c’est dingue comme le hasard faisait bien les choses, Franco était parisien et c’est justement à Paris qu’Amélie voulait aller, voici son rêve exaucé.

Depuis la naissance, elle n’a jamais manqué de rien. C’était la petite dernière d’une famille de trois filles et ses parents ont toujours manifesté une préférence plutôt pour elle qu’envers les deux autres plus âgées. Pourtant, l’avenir nous révélera que les deux aînées mèneraient une vie stable et posée tandis que la cadette continuerait de courir inlassablement d’homme en homme au grand dam de son père qui pensait la protéger des vices de ce monde en la chouchoutant. Plus tard, de là-haut, il regretterait sans doute ce qu’il en avait fait au vu de ce qu’elle deviendrait mais on verra ça plus tard.

Elle n’avait jamais été très douée à l’école, d’ailleurs, elle n’avait aucune perspective d’avenir. Quand il avait fallu choisir une orientation, c’est la proximité du lycée professionnel de Sallaumines qui lui avait fait choisir cet établissement. Il se trouvait à une dizaine de minutes de bus en partant de chez elle à Lens. C’est donc tout à fait par hasard qu’elle s’était retrouvée dans la branche logistique.

Là où elle était plus douée en revanche, c’était dans les rapports humains. Elle aimait bien être entourée, elle se sentait importante. Elle était réellement devenue la star du collège à sa rentrée en cinquième quand elle avait raconté à ses copines que, ça y était, elle l’avait fait. Il faut dire aussi qu’elle était la plus âgée de la classe comme elle avait eu l’occasion de redoubler deux fois dans sa scolarité, elle avait donc quatorze ans le jour où, pendant les vacances d’été dans sa famille, elle s’était laissée aller à offrir sa virginité à un de ses cousins mais c’était un détail qu’elle n’avait pas révélé à ses amies. Dès lors, toutes les filles la jalousaient et tous les garçons la voulaient. C’est une situation dont Amélie était très fière, elle avait toujours aimé que l’on s’intéresse à elle et là, elle avait réussi. Et toute sa vie, elle fera toujours en sorte de rester le centre d’intérêts de tous ceux qui l’entourent.

Le rendez-vous à l’agence se passa assez rapidement une fois que la personne qui était avant elle eut fini de compléter son dossier. C’était quelqu’un d’originaire d’un autre pays vu son bronzage intensif et qui avait du mal avec la langue française. Elle en avait croisé peut-être deux ou trois sur Lens en vingt ans mais il semblait qu’à Paris, qui n’était pas si loin, ils fussent légion. C’était une chose à laquelle elle aurait du mal à s’adapter mais Franco la logeait, la nourrissait… Qui ferait ça pour elle à Lens ? Son ex compagnon n’avait pas de boulot et vivait encore chez ses parents, elle n’aurait quand même pas pu envisager de vivre avec…

L’hôtesse transmit à Amélie un carton de présentation qu’elle devrait remettre le lendemain matin lors de sa prise de poste. Il lui faudrait demander un certain Monsieur Christophe Boudin. Son travail consisterait à contrôler les marchandises à l’expédition afin de minimiser les erreurs de préparation. Après avoir confirmé que le travail lui convenait, l’hôtesse la remercia. En fin de compte, le trajet aura été beaucoup plus long que l’entretien mais le plus important, c’était qu’elle avait du boulot. Pour combien de temps, cela n’était pas bien grave, elle souhaitait juste prouver à Franco qu’elle cherchait du travail, elle avait hâte de lui dire qu’elle en avait trouvé un. Le bonhomme n’était pas stupide, si elle ne bougeait pas, il finirait vite par s’apercevoir qu’elle profitait de lui.

En rentrant à l’appartement, elle passa aussitôt un coup de fil à Franco pour lui annoncer la bonne nouvelle. Cette semaine, il était dans un centre de formation de bordeaux. Il avait trouvé le bon filon, avec ses cinq années d’expérience en tant que formateur, il avait passé le concours et était devenu formateur de formateur. Quasiment le même boulot mais en bien mieux payé et avec de jolis avantages comme hôtel et voiture de location car il dispensait ses formations dans toute la France. L’ennui, c’est qu’il ne rentrait chez lui que le week-end mais pour l’instant, Amélie n’avait pas de problème avec ça.

En pensant à la journée qui l’attendait le lendemain, Amélie décida d’aller se coucher tôt ce soir-là mais eut du mal à s’endormir. Si bien que quand son réveil se mit à sonner à cinq heures du matin, elle n’était pas capable de dire si elle avait dormi ou non.

Elle se leva donc sans problème pour son premier jour de travail, prête à affronter les bouchons matinaux qui ornaient la capitale. C’était un truc qu’elle n’avait pas non plus dans sa ville d’origine, le trafic était bien perturbé aux heures de pointes mais ici, ces heures maudites semblaient se prolonger toute la journée.

Une fois sur place, elle commençait à sentir le stress la gagner, elle allait rencontrer ses nouveaux et même ses premiers vrais collègues, elle espérait que tout se passerait bien, que la mission durerait plus d’une semaine qu’elle puisse, au moins, fêter l’obtention du job dignement ce week-end avec son petit ami. Elle profita de croiser quelqu’un sur le parking pour lui demander où elle pourrait trouver Monsieur Boudin.

– Tu ne le verras pas avant neuf heures, c’est la boite d’intérim qui t’envoie ?

– Oui.

– Je vais t’amener au responsable de terrain.

Elle le suivit donc à l’intérieur de l’entrepôt à la rencontre du responsable en question.

– Il va arriver d’ici dix minutes, il n’est jamais en avance, lui.

– Ah, d’accords.

– Je t’offre un café en attendant ?

– Non merci, c’est gentil.

– Ok, comme tu veux ! Tu peux l’attendre dans le bureau là, il ne va pas tarder.

– D’accords, merci.

En effet, le chef ne tarda pas, il fit son entrée dans le bureau cinq minutes plus tard un café à la main, les cheveux un peu hirsutes, il ne se levait pas en avance pour se préparer apparemment. Il se dirigea vers elle pour se présenter :

– Bonjour, Cyril. Vous êtes ?

– Amélie Déchaussés, c’est Manpower qui m’envoie pour faire du contrôle.

– Ok, le temps que je sorte les papiers, tu peux… Je peux te tutoyer ?

– Oui, pas de soucis. (L’autre ne s’était pas gêné.)

– T’as le temps de boire un café, fumer une clope, après je t’explique tout, tu verras, c’est très simple.

Elle ne fumait pas mais alla se prendre un café à la machine du réfectoire où elle était passée un peu plus tôt avec l’autre gars. C’était bête, si elle avait su elle aurait accepté son café, apparemment, c’était comme ça que tout le monde commençait la journée ici.

De retour auprès de Cyril, il était fin prêt à lui expliquer en quoi consisterait sa mission et comme il lui avait spécifié, c’était très simple. Elle devait vérifier sur un certain nombre de commandes avant leur expédition si elles ne contenaient pas d’erreur de référence ou de quantité. En somme, s’assurer que ce qui part soit conforme à ce qui a été demandé.

Christophe arriva à neuf heures comme prévu et comme à son habitude, il embarqua Cyril avec lui pour son café et sa cigarette du matin. Christophe, c’était le petit jeune qui grimpait, ça aidait d’avoir de la famille bien placée dans la société. Du haut de ses vingt-six ans, il était déjà agent de maîtrise et commençait à lorgner sur un poste de responsable de zone. Il faut dire que le déplacement ne lui faisait pas peur, il avait commencé en bas de l’échelle comme tout le monde, il avait d’abords été ouvrier dans le Pas-de-Calais d’où il était originaire et quand il y eut un poste plus élevé à prendre, il ne s’en était pas privé même si c’était sur Paris.

– Elle est arrivée la nouvelle contrôleuse ?

– Oui, à sept heures.

– Comment elle est ?

– Pas trop mal, une petite blonde de vingt ans, une belle poitrine… Par contre, elle a un drôle de truc sur le front, une petite boule, on dirait un clitoris mais je me la ferais bien quand même…

– Qui est-ce que tu ne te ferais pas, en même temps ? dit Christophe sur un ton ironique, ce qui les fit tous deux éclater de rire. J’irai lui dire bonjour après… ajouta-t-il avec un clin d’œil.

La matinée se déroulait plutôt bien, Amélie s’aperçut assez rapidement qu’avec le travail qu’on lui avait donné, elle n’avait vraiment pas besoin de se dépêcher. Elle qui voulait un job tranquille pénard, il lui semblait l’avoir trouvé.

– Bonjour !

Elle était tellement concentrée dans ce qu’elle faisait ou perdue dans ses pensées, en fait, elle ne saurait le dire, qu’elle eut un léger sursaut en entendant cette voix à la fois douce et autoritaire.

– Désolé, je vous ai fait peur. dit Christophe avec un léger sourire. Tout se passe bien ?

– Bonjour, oui, tout va bien, jusqu’ici, je n’ai rien vu de problématique.

– Tant mieux alors, vous êtes du Nord, non ?

– Je viens de Lens, ça s’entend tant que ça ?

Elle commençait à se sentir détendue en la présence de cet individu. En même temps, c’était la première vraie discussion qui s’engageait depuis qu’elle était arrivée mis à part le café qu’elle n’avait pas osé accepter. Bien qu’il ne s’était pas ouvertement présenté, elle en avait déduit de par sa prestance qu’il devait sans doute s’agir du Monsieur Boudin qu’elle devait demander en arrivant et à le voir en face d’elle, elle ne le trouvait pas si boudin que ça. Si elle ne venait pas de s’installer chez Franco, elle se laisserait volontiers tenter.

– Tiens, ça pour une coïncidence ! Moi aussi, je suis de Lens. Fervent supporteur des sangs et or ! Qu’est-ce qui vous amène sur Paris ?

– Je me suis installée chez mon petit copain qui a un appartement ici !

– Eh bien, il en a de la chance ! Je vous laisse poursuivre, s’il y a le moindre souci surtout, n’hésitez pas, je serai quelque part dans le coin.

Il commençait à s’éloigner lorsqu’il se rendit compte qu’il avait oublié quelque chose.

– Au fait, moi c’est Christophe, je suis le responsable du service.

– Moi, c’est Amélie ! dit-elle en empoignant la main qu’il lui tendait.

Elle le regarda s’éloigner quelques secondes avant de reprendre son activité où elle l’avait arrêtée. Elle ne savait pas trop quoi mais elle avait ressenti quelque chose, elle aurait aimé que cette discussion se poursuive un peu plus longtemps. C’était sans doute Franco qui lui manquait, ne le voir que le week-end occasionnait une sorte de manque tout à fait normal. D’un coup, elle prit conscience de la difficulté de leur relation. Pendant un an, il avait régulièrement fait le voyage dans le Pas-de-Calais pour la voir et assez souvent, elle l’accompagnait à l’hôtel une semaine par ci par là où il donnait ses formations. Et maintenant qu’elle s’était décidée à se mettre en ménage et qu’elle commençait tout juste à travailler, les inconvénients de la vie commune avec quelqu’un qui n’était pour ainsi dire jamais là commençaient à la brusquer. C’était vrai qu’elle aurait dû y penser avant mais là, ce n’était pas le moment non plus. « Pense à ton taf, ça ira mieux ce week-end ! » se dit-elle pour sortir de ses pensées et revenir à la réalité.

La semaine arriva à son terme petit à petit sans encombre. La complicité montait crescendo entre Amélie et son responsable. Chaque jour, il s’arrêtait pour échanger quelques mots avec elle, ils parlaient de tout et de rien, de la pluie et du beau temps, du score du RC Lens, etc… Dès le vendredi, ils se faisaient la bise et buvaient le café de neuf heures ensemble, ça ne la dérangeait pas de respirer la fumée des chefs. Christophe avait toujours deux ou trois blagues salaces en stock qui ne manquaient pas de faire rire Amélie aux éclats du genre « Deux bites au cinéma : – J’espère que ce n’est pas encore un film porno… – Pourquoi tu dis ça ? – Sinon on va devoir rester debout pendant tout le film !

Quelle est la différence entre avant et après l’amour ? Avant, tu as le sang qui boue et après, tu as le bout qui sent.

Une fille regarde ses parents par le trou de la serrure : Et dire qu’on me fait voir un psychologue parce que je suce mon pouce… ».

En rentrant du travail ce vendredi soir, elle ne savait ce dont elle avait le plus hâte, revoir son copain qui serait de retour en fin de soirée ou que la semaine reprenne qu’elle puisse retrouver Christophe… En tous cas, l’avantage, c’était qu’elle n’avait pas vu la semaine passer et ce soir, elle avait promis de fêter son entrée dans la vie active. Pour bien accueillir son compagnon qui serait certainement fatigué par la route, elle commanda un bon repas chez un traiteur, avec sa carte de crédit à lui bien sûr vu qu’elle n’avait pas encore de revenus. Et comme c’était une occasion spéciale, elle prit également une bonne bouteille de champagne. Une fois le tout livré, elle alla s’allonger un peu en l’attendant.

C’est vers une heure du matin qu’un doux baiser la sortit de ses rêveries.

– Je t’ai réveillée ?

– Non, je t’attendais…

Le repas et le champagne restèrent sur la table cette nuit-là, Franco prit directement le dessert au lit. La route ne l’avait pas tant épuisé que cela ou alors Amélie lui avait énormément manquée car le jour commençait à se lever quand ils finirent par s’endormir dans les bras l’un de l’autre.

Ils ne virent quasiment pas passer le week-end. Ils mangèrent quand même leur repas du lendemain qui bien que réchauffé était tout de même excellent quant au champagne, rien à redire dessus, Amélie s’y connaissait en alcool, ça devait certainement venir de ses racines lensoises. Comme elle se plaisait à le répéter assez souvent « On est 6.2 où on ne l’est pas ! ».

Après une ballade au parc, où ils en profitèrent pour se raconter chacun leur semaine, suivi d’un resto chic, l’heure des « au revoir » était déjà venue. Franco devait déjà repartir pour une nouvelle semaine loin d’elle. Amélie se consola en pensant que la semaine passerait vite avec le boulot et puis surtout, elle s’entendait à merveille avec ses collègues. Dans la solitude de cette soirée, elle se surprit à fantasmer sur ce que donnerait sa vie si elle la partageait avec son chef.

Les semaines se succédèrent ainsi pendant plusieurs mois, entre les week-ends en amoureux et la relation amicale devenant de plus en plus intime avec Christophe. L’absence de son homme la semaine lui pesait sur le cœur et elle se confiait à son nouveau meilleur ami qui savait se montrer très compréhensif. Si bien qu’il lui proposa un jour de venir dîner chez lui le soir si elle se sentait vraiment seule et c’est ainsi qu’elle prit l’habitude d’y aller deux ou trois fois par semaine en tout bien tout honneur. Puis de fil en aiguille, leurs rapports évoluant, ce qui devait arriver arriva, ils devinrent amants et du coup, ce fut les semaines complètes qu’elle passait chez lui ne rentrant chez son concubin que le week-end. Elle savait que, tôt ou tard, elle devrait choisir, elle avait même déjà fixé son choix. Mais, craignant la réaction de Franco, elle ne savait pas comment lui annoncer qu’elle souhaitait rompre. Elle ne l’avait jamais énervé, pas même chagriné ou simplement déçu. C’était le genre de mec toujours heureux de vivre quoiqu’il arrive, elle ne savait pas comment il réagirait à ce genre de nouvelle et n’avait...