Le jour où le mur de Berlin n

Le jour où le mur de Berlin n'est pas tombé

-

Livres
224 pages

Description

Et si le mur de Berlin n'était pas tombé? L'hypothèse uchronique est vertigineuse. Qui peut dire à quoi ressembleraient les cartes dans nos atlas? À quoi ressembleraient nos vies? Nos guerres? Nos idéaux? À quoi ressemblerait Internet? Les crabes royaux parleraient peut-être russe au Kamchatka, des murs se propageraient comme des ronces invincibles. Des hackers dissidents briseraient les frontières numériques, on boirait du Coca bleu et on porterait des masques à gaz dans l'Utah. Et peut-être que cet autre monde ne serait qu'un reflet déformant de notre propre réel.

Découvrez l'anthologie d'un autre monde possible, imaginé par plus de soixante auteurs et artistes. Sombre, drôle, incisif, onirique, le livre des Uchroniques vous embarque dans une aventure para-moderne dont vous ne ressortirez pas indemne.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 20 mars 2014
Nombre de visites sur la page 56
EAN13 9782953344493
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
© Les Uchroniques, 2014 Paris-Sorbonne, 1, rue Victor Cousin, 75005 Paris ISBN : 978-2-9533444-9-3
Tous droits réservés pour tous pays. Il est strictement interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire partiellement ou totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit. AVERTISSEMENT Pour un confort de lecture optimal, nous vous conseillons d'activer l'orientation portrait. ePub optimisé pour le logiciel iBooks sur les iPad, Iphone et Mac. L'utilisation d'une autre configuration matérielle ou logicielle pourrait se traduire par une expérience de lecture dégradée.
Au cours de votre lecture, vous rencontrerez plusieurs logos :
vous permettra de revenir au sommaire,
vous permettra d'accéder à la traduction de la contribution.
LES ÉDITEURS
Marlène Bertrand Angélique Cadinu-Campana Adèle Couture Iris Dion Rose Labourie Pierre Marquand-Gairard Jeanne Mauboussin Charlotte Monnier Guillaume Müller-Labé Bénédicte Petit Mélodie Quercron Diane Ranville Alice Turner Giulia Viola Christelle Vuklisevic
Pour les éditions Uchroniques
http://lesuchroniques.fr/qui-sommes-nous/
SOMMAIRE
Renseignements Les éditeurs Avant-propos Micro-trottoir, Marion Gourdin Tea Time, Adèle Couture Le surveillant général, Gabriel Féraud Dernier soldat en vie, Louis Vitalis De la fenêtre de ma chambre, Clément Moret La petite fille et le Panoptès, Anthony Boulanger Tian’anmen mascarade, Louis Vitalis « Cuba au Venezuela vivent les Républiques ! », Diane Ranville C'est normal, Thomas Trépied Mstislav. R., Gilles Vairel Noé 89, J.L.G. Die Mauer, Jacques Turner Dix années rouges pour le Venezuela, Diane Ranville Miroitement, Anne Klippstiehl David Hasselhoff, Delphine Legrand Les entraîneuses se tirent, rencontre avec saint Benoît, Louis Vitalis L’Albanie :1984en tout petit, Arthur de Boutiny Décret officiel ordre de mobilisation générale du peuple chinois, Laure Giroir Le dernier roi du Kamchatka, Yacine Majidate L'Effet Hasselhoff, Morgan Sans titre #2 (Limonov), Controp La Guerre du mur, Benoît Camus Espéranto : la langue rouge, Sylvain-René de la Verdière Poèmes inondés, Ed Anon La Bombe temporelle, Danny Mienski Le Procès, Charles Mordacq Catherine II revient, Gilles Luneau Dessin de presse, Luth Ostinato Notice biographique d’Erich Honecker, Elio Possoz Affiches des sans-murs, Guilps&Claude Piralgue Sans titre #3 (Arar), Emmanuel Bonnefont Sans titre #4 (Zone 51), Emmanuel Bonnefont L'Histoire dont vous êtes le héros, Élio Possoz
Alors, Fred Griot Sans titre #5 (Pripyat), Emmanuel Bonnefont Illustrations de Paul Goldstein, Emmanuel Bonnefont Signes, Fabienne Jacob Affiche "Voyagez en famille !", Roca Balboa La Pays du Coca bleu, Olivier Shané Liste de courses, Adèle Couture Pauvres pépés, Jamie Cumindor Antonin Gardon, un danseur dans le froid, G M.-Labé Cassettes en stock, Léonard P. Beck Notre-Dame-des-fleurs, François Goblet The Seven Big Ones, Adèle Couture Soviezo, Simon Decottignies-Renard Extraits du carnet de Frankie Dyer, Adèle Couture La Traversée, Vincent Pigeon (RE)UNITED : et s’il n’était plus ?, Yohann Frot Lettre d'une dissidente Torii, Guillaume M.-Labé & Yuki Higashinakano Un beau bordel, Loïc Geneste New York / Tapei, Diane Ranville / Morgane Schmitt-Giordano Die Hollywooden, Thomas Florin "Youssah va faire mal !", Hugo de Faucompret Operation Zéro Red Thirty, Jean-Charles Ray Sans titre #7 (Le Port), Djilian Deroche Herr Tüte, Alexis Potschke Les auteurs Remerciements Copyrights
AVANT-PROPOS
Ce qui est fait est fait. Reste la ressource de le refaire en secret, et en pure perte.
Emmanuel Carrère, Le Détroit de Behring
On était quinze étudiants et on jetait des idées en l’air, on triturait l’histoire à coups de « si » et de « peut-être », on voulait faire une uc hronie. Puis l’idée a surgi, comme un mur qui sort de terre et s’il n’était pas tombé ? Et si cette chute qui accompagna la naissance de notre génération n’avait jamais eu lieu, à quoi aurait ressemblé le monde dans lequel nous vivons ? La voie était libre, rout e déviante de l’histoire attendant qu’on l’explore. Mais nous n’étions pas des aventuriers, bien que nouveaux éditeurs. Il nous fallait dénicher une équipe d’explorateurs.
Ils sont auteurs, artistes, témoins des réalités possibles et impossibles. Ils sont partis vaillants vers ce temps inconnu, et ils en ont dessiné les contours. Aujourd’hui ils reviennent avec des récits, des croquis, les fragments d’un autre réel.
Suivez leur trace.
MICRO-TROTTOIR
Marion Gourdin
Irgendwo (RDA) 13 août 2013
Micro-trottoir, chaque mardi à 11 h 05 sur ICI Radio (89.1 FM). Mardi 13 août 2013 « À l’Est rien de nouveau ? » P ropos recueillis à Irgendwo (RDA), par notre correspondant.
« Cinquante ans et des brouettes. Déjà ! C’est mon âge, c’est dingue. Cinquante-deux ans si tu veux être précis ; comme c e tas de béton. Enfin qu’est-ce que ça change pour moi, qu’il soit là ? Vous en avez des questions, vous, les journaleux de trottoir ! Ce foutu mur, en fin de compte, moi j e l’aime bien. Il est là, sans y être. Depuis toujours, il fait partie du décor ; c’est un peu mon faux jumeau. Voir comment c’estvraimentl’autre côté ? Qu’est-ce que j’en ai à faire ! Comme ces images de qu’on voit sur Internet, et qu’on n’est pas censé regarder… Mais moi je m’en fous ! Je vis dans le présent, dans le réel. Je ne m’invente pas des histoires, avec deset si. Je suis bien ici. Vous vous attendiez à quoi avec vos questions ? Que je vous livre en vociférant qu’à l’Ouest, ce ne sont que de sales capitalistes corrompus et qu’ici, on fait bloc ? Mais moi, tout ça, ça me dépasse. Du moment qu’on me fout la paix. La seule chose, à la limite, qui pourrait me faire réfléchir, c’est si j’avais des gosses, pour leur avenir… Et encore. Vous imaginez, vous, hop, comme ça, un jour, une brèche, un trou, un passage puis pouf ! Envolé, le béton ; exit les barbelés ; ou alors tiens, carrément, un bon coup de dynamite. Ouais, un putain de beau spectacle quand même ! Y aurait un mec rock ’n’ roll qui nous ambiancerait tout ça, comme mon pote Hans quand il imite Bruce Springsteen à son concert en 1988. Et puis je récupèrerais des morceaux de béton à droite à gauche, et tiens, je les vendrais. La blague ! Non mais sérieusement, vous y croyez, vous ? Et ça changerait quoi au final, pour moi ? Vous en avez de bonnes des questions, vous, quand même !
Adèle Couture
Berlin-Est 9 novembre 1989
Centre de traitement de la dissidence 5 novembre 1995
LE SURVEILLANT GÉNÉRAL
Gabriel Féraud Illustration de Flore Cazalis
— Bonjour, asseyez-vous, je vous en prie. — Je suis déjà assis, monsieur. L’homme regarda Julien, silencieux. Debout, en cost ume-cravate noir, chemise blanche, lunettes aux verres fumés, il croisa les bras. Julien remua légèrement. Ce n’était pas évident, le s menottes à ses poignets le maintenaient aux pieds de sa chaise en métal, l’obligeant à tendre le cou pour regarder son interlocuteur. Dans sa combinaison orange, il avait froid. Il avait peur. Il venait de dire une bêtise. Une simple table les séparait. Le sol de béton était brut. De grands néons suspendus éclairaient la pièce de leur lumière froide. L’homme ne disait rien. Julien inspira.
— Asseyez-vous, je vous en prie. C’était plus fort que lui, il provoquait. Contre toute attente, l’homme sourit et s’exécuta. — Merci monsieur, c’est bien aimable de votre part. Il tira une chaise, comme celle de Julien, de derri ère la table et s’assit, croisa ses mains sur le plateau. Amusé. — Je suis si drôle que ça ? La peur aurait dû le museler mais tout ceci était tellement ridicule. L’homme secoua la tête, soupira, l’air navré. — Non, monsieur. Et vous êtes malpoli, pourtant vous donniez l’air du contraire. Vous ne me laissez pas me présenter. — Je m’en fous. Julien déglutit. Il regrettait lui-même ce qu’il disait, il ne sereconnaissait plus.