Le lien social

Le lien social

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Livres
128 pages

Description

C’est en faisant référence à sa crise supposée que l’on aborde le plus souvent, en France, la question du lien social. 
Les bouleversements que traversent les sociétés européennes du XIXe siècle sont l’occasion de réfléchir aux fondements d’un lien individu/société qui, aujourd’hui, ne va plus de soi. 
Après avoir présenté les apports les plus récents de la sociologie des réseaux et des réflexions en termes de capital social, l’ouvrage dresse un tableau nuancé de la réalité française. Le lien social moderne, parce qu’il est fondamentalement de plus en plus électif, est aussi plus fragile. Il est sans doute moins mis en danger par les transformations qui touchent la sphère privée que par les problèmes de cohabitation, notamment dans les espaces publics, qui s’imposent à chacun. Cette 2e édition a été mise à jour avec les données les plus récentes. 

Pierre-Yves Cusset est agrégé de sciences économiques et sociales.

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Informations

Publié par
Date de parution 18 mai 2011
Nombre de visites sur la page 95
EAN13 9782200272890
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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© Armand Colin, Paris, 2011 pour la 2e édition.

ISBN : 978-2-200-27289-0

Sous la direction de François de Singly

Dans la même collection :

Série « L’Enquête et ses méthodes » :

Arborio Anne-Marie, Fournier Pierre, L’Observation directe (3e édition).

Bertaux Daniel, Le Récit de vie (4e édition).

Blanchet Alain, Gotman Anne, L’Entretien (2e édition).

Copans Jean, L’Enquête ethnologique de terrain.

Duchesne Sophie, Haegel Florence, L’Entretien collectif.

Kaufmann Jean-Claude, L’Entretien compréhensif (2e édition).

Martin Olivier, L’Analyse de données quantitatives.

Singly François de, Le Questionnaire (3e édition).

Série « Domaines et approches des sciences sociales »

Adam Philippe, Herzlich Claudine, Sociologie de la maladie et de la médecine

Alonzo Philippe, Hugrée Cédric, Sociologie des classes populaires.

Avenel Cyprien, Sociologie des « quartiers sensibles » (3e édition).

Berger Laurent, Les Nouvelles Ethnologies.

Bobineau Olivier, Tank Sébastien, Sociologie des religions.

Bozon Michel, Sociologie de la sexualité (2e édition).

Bresson Maryse, Sociologie de la précarité (2e édition).

Copans Jean, Introduction à l’ethnologie et à l’anthropologie (3e édition).

Copans Jean, Sociologie du développement (2e édition).

Corcuff Philippe, Les Grands Penseurs de la politique.

Corcuff Philippe, Les Nouvelles Sociologies (2e édition).

Cusset Pierre-Yves, Le lien social.

Darmon Muriel, La Socialisation (2e édition).

Duret Pascal, Roussel Peggy, Le Corps et ses sociologies.

Ethis Emmanuel, Sociologie du cinéma et de ses publics (2e édition).

Fleury Laurent, Sociologie de la culture et des pratiques culturelles.

Grafmeyer Yves, Sociologie urbaine (2e édition).

Heilbrunn Benoît, La Consommation et ses sociologies (2e édition).

Lafaye Claudette, Sociologie des organisations.

Laplantine François, La Description ethnographique.

Lascoumes Pierre, Le Galès Patrick, Sociologie de l’action publique.

Martin Olivier, Sociologie des sciences.

Munoz-Dardé Véronique, Rawls et la justice sociale.

Péquignot Bruno, Sociologie des arts.

Queiroz Jean-Manuel de, L’École et ses sociologies (2e édition).

Rollet Catherine, Introduction à la démographie (2e édition).

Segalen Martine, Rites et rituels contemporains.

Stroobants Marcelle, Sociologie du travail (3e édition).

Série « Sociologies contemporaines »

Berger Laurent, Les Nouvelles Ethnologies.

Corcuff Philippe, Les Nouvelles Sociologies (2e édition).

Duret Pascal, Sociologie de la compétition.

Martuccelli Danilo, Singly François de, Les Sociologies de l’individu.

Pierre-Yves CUSSET est agrégé de sciences sociales.

Internet :

Armand Colin Éditeur • 21, rue du Montparnasse • 75006 Paris

Introduction

Une des premières caractéristiques de la notion de lien social est d’être aussi souvent convoquée que rarement définie. Elle désigne de fait des réalités multiples, qui vont de l’ensemble des relations concrètes que l’on entretient avec sa famille, ses amis, ses collègues ou ses voisins, jusqu’aux mécanismes collectifs de solidarité, en passant par les normes, les règles, les valeurs et les identités qui nous dotent d’un minimum de sens d’appartenance collective. Une autre caractéristique de cette notion est qu’elle est le plus souvent mentionnée sur le mode de la perte. Les esprits anxieux évoquent tout à la fois l’expansion de la vie solitaire, la désunion des familles, le développement de l’indifférence aux autres, le déclin de la morale civique, la montée des incivilités et le triomphe d’un individualisme exacerbé, compris comme un mélange de repli sur soi et d’utilitarisme grossier. Le but de cet ouvrage est, précisément, d’explorer les multiples dimensions du lien social et de discuter le discours relativement convenu qui est tenu au sujet de son délitement.

À cette fin, nous reviendrons dans la première partie sur la façon dont la tradition sociologique a appréhendé cette notion. Nous verrons, en particulier, que la sociologie comme discipline s’est constituée au xixe siècle dans un contexte de vive inquiétude face à une société qui semblait alors, déjà, se défaire, sous les coups de boutoir des révolutions démocratique et industrielle. Les transformations profondes que traversent les sociétés européennes à cette époque, parce qu’elles rendent moins évidents des états de la société qui semblaient jusque-là aller de soi, engendrent une grande créativité conceptuelle chez les fondateurs de la sociologie, qui nous fournissent ainsi des outils d’analyse aujourd’hui encore irremplaçables. Au xxe siècle, une partie de la sociologie délaisse la question des relations entre individus au profit d’une analyse des déterminants sociaux des comportements. Ce n’est pas le cas de la sociologie des réseaux qui se donne justement pour ambition d’analyser le plus finement possible ces relations, mais dans deux voies assez distinctes : l’une s’intéresse avant tout aux réseaux pour mettre en évidence les stratégies de pouvoir et d’influence qu’ils autorisent, tandis que l’autre, plus proche de nos préoccupations, raisonne en termes de sociabilité. Au niveau international, c’est au milieu des années 1990 que la question du lien social revient au premier plan, avec les débats qui entourent les réflexions sur le « capital social », notion qui désigne, lorsqu’elle est considérée comme un attribut de la société, le degré de coopération, de réciprocité et de confiance qui la caractérise.

Dans la deuxième partie, nous nous pencherons sur le débat relatif à la crise du lien social. Il existe, il est vrai, un certain nombre de tendances susceptibles de justifier quelques inquiétudes, notamment celles qui concernent l’isolement, la délinquance violente, l’investissement dans la sphère politique ou les mécanismes d’intégration des populations d’origine étrangère. Néanmoins, un certain nombre de ces évolutions peuvent être analysées comme la contrepartie de libertés nouvelles portées par l’approfondissement – et peut-être l’accélération – d’un processus lent et ancien d’individualisation. Celui-ci se manifeste, entre autres, par un déplacement du centre de gravité du lien social, de plus en plus construit à partir de l’individu et de moins en moins hérité du passé ou imposé par le groupe. Mais l’évolution des liens électifs, plus fragiles mais aussi, souvent, plus nombreux et plus gratifiants, n’épuise pas toute la question du lien social. Les tensions liées à l’approfondissement du processus d’individualisation concernent en effet peut-être moins les liens privés que la cohabitation avec les anonymes dont la présence « s’impose » à nous dans les espaces publics. C’est pourquoi il convient sans doute de prêter davantage attention aux éléments – matériels ou normatifs – qui déterminent la qualité des interactions qui y prennent place.

Partie I

Le lien social et la tradition sociologique

1

Les fondateurs de la sociologie
 et le lien social

« Il nous faut constamment voir dans les idées exprimées à chaque époque la réponse à des crises, aux défis que représentent les changements majeurs qui affectent l’ordre social ».