Le mariage chrétien au Cameroun

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Il n'y a pas de peuple sans religion, pas de société humaine qui ne fasse référence au mariage. Chaque peuple se construit une anthropologie selon la vision qu'il a du monde et de l'être suprême. L'Afrique au contact de l'occident par la voie de l'évangélisation et de la colonisation se verra imposer deux formes de célébrations matrimoniales : le mariage civil et le mariage sacrement qui se pratiquent de façon parallèle. Ne pourrait-on pas concevoir un rite matrimonial qui tienne compte des trois dimensions : anthropologique, civile et sacramentelle ?

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Date de parution 01 juin 2010
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EAN13 9782296256101
Langue Français

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LE MARIAGE CHRÉTIEN AU CAMEROUN Une réalité anthropologique, civile et sacramentelle
Collection ÉGLISES D’AFRIQUE Dirigée par François Manga-Akoa
Depuis plus de deux millénaires, le phénomène chrétien s’est inscrit profondément dans la réalité socio-culturelle, économique et politique de l’Occident, au point d’en être le fil d’Ariane pour qui veut comprendre réellement les fondements de la civilisation judéo-chrétienne. Grâce aux mouvements d’explorations scientifiques, suivis d’expansions coloniales et missionnaires, le christianisme, porté par plusieurs générations d’hommes et de femmes, s’est répandu, entre autres contrées et à différentes époques, en Afrique. D’où la naissance de plusieurs communautés ecclésiales qui ont beaucoup contribué, grâce à leurs œuvres socio-éducatives et hospitalières, à l’avènement de plusieurs cadres, hommes et femmes de valeur. Quel est aujourd’hui, dans les domaines économiques, politiques et culturels, le rôle de l’Église en Afrique ? Face aux défis de la mondialisation, en quoi les Églises d’Afrique participeraient-elles d’une dynamique qui leur serait propre ? Autant de questions et de problématiques que la collection« ÉGLISES D’AFRIQUE» entend étudier.
Dernières parutions
Jules Pascal, ZABRE,Chrétien, image du Christ !, 2010. Pépin Wenceslas Firmin DANDOU,Les Conférences des évêques d’Afrique, 2009. Rubin POHOR,École et développement,2009. Roger HOUNGBEDJI, O.P.,L’église-famille de Dieu en Afrique,2009. Armand Alain MBILI,D’une Église missionnaire à une Église africaine nationale. L’observatoire du grand séminaire d’Otélé(1949-1968). Jean Paulin KI, Michel BELEMGOUABGA, Abraham ZERBO,Lutter contre la pauvreté en Afrique par l’Évangile, 2009. Jean-Baptiste SOUROU,Comment être africain et chrétien ? Essai sur l’inculturation du mariage en Afrique, 2009. Jean-Claude DJEREKE,Les évêques et les évènements politiques en Côte d’Ivoire(2000-2005), 2009. Francis BARBEY,L’Église et la politique en Afrique. Éléments de réflexion pour dédramatiser le débat, 2009. Gabriel TCHONANG,L’essor du pentecôtisme dans le monde. Une conception utilitariste du Salut en Jésus-Christ, 2009. Jean-Claude DJEREKE,Les évêques et les évènements politiques en Côte d’Ivoire(1980-1989), 2009. Jean-Claude DJEREKE,Les évêques et les évènements politiques en Côte d’Ivoire(1990-1999), 2009.
Antoine ESSOMBA FOUDA
LE MARIAGE CHRÉTIEN AU CAMEROUN Une réalité anthropologique, civile et sacramentelle
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-11841-6 EAN : 9782296118416
PRÉFACE
En Afrique noire, peut-être bien davantage qu'en d'autres cultures, la famille, c'est l'incontournable place forte, c'est l'épine dorsale qui maintient en sa vie originale chacune des innombrables ethnies de ce vaste continent. Dans un tel contexte, il n'est pas étonnant que les vagues successives de conquérants se soient heurtées à de très fortes résistances locales, lorsque ces colonisateurs entendaient imposer leurs propres valeurs conjugales, matrimoniales et familiales. L'opposition des anciens, gardiens-nés des traditions, a trouvé un écho inattendu chez nombre de prêtres et de théologiens africains, lorsqu'ils ont pris conscience que les berceaux occidentaux du christianisme, pour heureux qu'ils soient, n'avaient pas nécessairement valeur universelle. Faut-il ajouter que la pluralité des Eglises oeuvrant en Afrique, avec leurs doctrines et leurs disciplines particulières, apportèrent leur obole dans cette persuasion de la relativité des modèles de vie chrétienne importés et enseignés ?
En réalité, annoncer l'Evangile au cœur de populations jusqu'alors étrangères au christianisme, c'est se retrouver dans la situation des premiers témoins de la résurrection de Jésus de Nazareth, tels les apôtres envoyés en Galilée, cecarrefour des nations,véritable Babel culturelle de l'époque, là où les évidences humaines et spirituelles s'entrecroisaient et s'affrontaient. e (cf Mt. 28, 10). Face aux cultures asiatiques, les missionnaires des XVI -e XVIII siècles se heurtèrent eux aussi, durablement et douloureusement, aux immenses problèmes de ce que l'on nomme aujourd'hui l'inculturation de l'Eglise à distance de ses bases.
Quand on observe les grands sujets retenus par les Africains doctorants en théologie, on constate immédiatement que les problèmes matrimoniaux occupent une place dominante. Dans leur ensemble, ces recherches se situent à partir d'une position avantageuse pour ces étudiants, puisque bien souvent leurs maîtres et leurs examinateurs ne connaissent que par ouï-dire la culture des ethnies qui servent de référence aux travaux présentés.
Non sans une réelle agressivité qui porte parfois atteinte à leur objectivité démonstrative, certaines de ces thèses s'en prennent à la quasi totalité de l'entreprise évangélisatrice venue d'ailleurs, comme si celle-ci ne pouvait être que contre-productrice. Avec sérieux et sérénité, la soutenance doctorale ici présentée se situe résolument à l'opposé d'une optique
systématiquement contestataire. En effet, c'est de l'intérieur de l'Eglise catholique et à partir de ses documents officiels que l'auteur entend démontrer le bien-fondé de ses propositions.
Ces dernières ne sont aucunement le fruit d'une réflexion spéculative menée en chambre, mais elles situent leurs fondements dans la complexité même des coutumes matrimoniales chez les Bëti du Cameroun. Celles-ci se voient présentées ici avec compétence, y compris dans leurs modifications au contact des populations occidentales occupantes. Cela donne l'avantage à l'auteur de se trouver de plain-pied pour aborder l'actuel rituel du mariage arrêté pour les catholiques camerounais.
L'auteur relève que, au-delà de la colonisation, les législations civiles des nations africaines devenues indépendantes ont souvent maintenu des éléments inconnus des traditions matrimoniales d'autrefois. Et à l'inverse, certaines démarches symboliques de jadis, faute d'encouragements, ont continué à tomber en désuétude. Au Cameroun en effet, autour des années 1925-1935, se sont succédés de multiples décrets réglementant l'état civil indigène. On a relevé que les usages matrimoniaux locaux ont été davantage respectés quand il s'agissait de zones musulmanes soumises au droit coranique, contrairement aux autres populations, pratiquant ce que l'occupant français appelle alors étrangementle mariage fétichiste. Après 1960 et l'indépendance politique du Cameroun, le mariage civil est demeuré fort proche du modèle français, faisant ainsi l'impasse sur certains éléments tenus pour indispensables par la tradition, tels le consentement des parents, la compensation dotale, les échanges traditionnels des cadeaux et le lieu habituel de la résidence pour le couple et ses enfants. Ainsi, au niveau civil et administratif,le mariage perd-il son caractère familial ou communautaire, et devient une affaire strictement individuelle entre deux époux(p. 67). De son côté, le droit canonique, lui aussi, se contente uniquement du libre consentement des deux contractants baptisés, les tenant ainsi pour validement et sacramentellement mariés.
Afin de prouver combien la célébration du mariage entre chrétiens est simultanément une affaire ecclésiale et communautaire, l'auteur parcourt quantité de rituels où se déploient des paroles et des gestes liturgiques, et cela dès les premiers siècles de notre ère. Avec l'ensemble des liturgistes et des pasteurs, notre auteur constate qu'en vue de davantage de clarté et de simplification, les Pères du concile de Trente en sont arrivés à un essentiel de type juridique plutôt squelettique, ne véhiculant guère la dimension sacramentelle de l'engagement des époux, et faisant abstraction de la portée familiale et communautaire de toute célébration matrimoniale.
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Sur la lancée du concile Vatican II, le rituel romain du mariage de 1969 donne heureusement une place de choix à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu. Ainsi étoffé, l'échange des consentements des époux trouve alors naturellement sa place au cœur d'une célébration eucharistique. Une seconde édition de ce rituel, enrichie et complétée, fut mise en circulation en 1991, en sorte que les différentes conférences des évêques puissent préparer les versions les mieux adaptées aux cultures régionales.
La navigation entre le modèle-type du rituel matrimonial romain et les rituels adaptés aux populations catholiques relevant de cultures non-occidentales demeure une affaire très délicate. Il convient en effet de prendre en considération l'avertissement du pape Jean Paul II, rappelant que l'inculturation de la célébration du mariage ne vise aucunement à la création de rituels alternatifs, mais à oeuvrer en sorte que le rite romain puisse conserver l'essentiel de sa propre identité, tout en accueillant les adaptations opportunes (cf. discours devant l'Assemblée plénière de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, 26.01.91). La conservation del'unité substantielle du rite romainest perçue par le Vatican comme le garant d'une saine tradition, indispensable à la communion et à l'unité au sein de l'Eglise. Une fois ce principe de base reconnu, il y a place pour de larges adaptations et innovations, mais celles-ci doivent recevoir l'aval romain. A l'évidence donc, dans l'Eglise catholique, l'inculturation liturgique n'est nullement laissée à la seule initiative ou au dilettantisme d'un chacun.
En analysant les rituels du mariage en usage dans le Cameroun moderne, Antoine Essomba Fouda relève leur insuffisance charnelle et spirituelle. Il propose donc toute une entreprise d'incarnation et de catéchèse, à l'instar des investissements opérés lorsque l'Afrique puis l'Occident contemporain ont mis en place un long catéchuménat en vue du baptême des adultes. Le rituel matrimonial catholique suggéré doit donc, en accord avec les traditions, prendre tout le temps nécessaire pour qu'il soit intensément vécu, par exemple en se déployant sur deux journées. Ainsi, les étapes coutumières retenues pourront-elles être chrétiennement assumées et bien comprises par les personnes présentes, y compris celles moins initiées aux arcanes de la symbolique nuptiale occidentale. Cela suppose bien entendu l'introduction de variantes rituelles, utilisables en fonction des besoins particuliers des époux et de leurs proches. Avec le constant souci pastoral derépondre aux exigences de la célébration liturgique que sont la sobriété, la simplicité et la solennité(p.157). Ainsi, au-delà de la seule mise en règle canonique des nouveaux époux, une nouvelle et ample liturgie ainsi déployée symbolise l'indispensable investissement humain et spirituel pourcoudre le mariage, selon la riche expression de la langue ewondo (p.166). 7
A la suite de ce long parcours réflexif portant sur l'anthropologie, la théologie et la pastorale liturgique, l'auteur passe lui-même aux travaux pratiques. Il est courageux, voire téméraire diront certains, d'oser se lancer, à partir du mot à mot latin du rituel-type romain, dans de nouvelles visitations théologiques et pastorales des rituels précédemment en usage. Un remodelage qui s'exprime à travers une langue plus juste, plus parlante, plus ancrée à la fois dans la richesse de la symbolique coutumière et dans l'ewondo régional. Avec un scrupule qui l'honore et le pousse à justifier chacun de ses choix, Antoine Essomba Fouda explique le pourquoi de chacune de ses options. De plus, il rend compte de l'articulation de celles-ci avec le modèle imposé par l'actuel rituel romain, ne débordant jamais les marges autorisées.
Pour se prémunir contre d'éventuelles critiques à l'endroit de telle ou telle traduction délibérément choisie, l'auteur rappelle à plusieurs reprises la nécessitéd'une rencontre harmonieuse entre la culture biblique et la culture du peuple Bëti(p. 203). Cela demande donc de proposer éventuellement une autre traduction que la simple transcription du latin en français ou en ewondo, en sorte de rester fidèle au contenu plutôt qu'à la littéralité ou à l'identité verbale. D'où l'acceptationd'innover la forme littéraire en fonction du génie de la langue ewondo.(id.). En ce sens, on peut parler ici d'une réussite pour la célébration inculturée du mariage des catholiques, et cela dans une fidélité exemplaire aux prescriptions du rituel romain :l'élément culturel dans la célébration du mariage joue un rôle de base. Le rite du mariage traditionnel bëti est donc le point de départ sur lequel les éléments civils et religieux viennent s'agréger.(p.221).
L'ampleur d'une telle célébration inculturée s'accompagne d'une authentique splendeur anthropologique et ecclésiale. Celle-ci est annonciatrice de toutes les fertilités, comme l'exprime la participation joyeuse et tutélaire des familles et des communautés sociale et spirituelle. Et cela, sous le regard bienveillant des ancêtres au cœur droit.
Pour l'auteur, l'un des signes de la fécondité de ses recherches et de ses propositions serait un rapprochement en une unique célébration matrimoniale des trois formes historiques du mariage actuellement pratiquées séparément au Cameroun : forme culturelle, forme civile et forme religieuse. Quitter la simple juxtaposition, voire la concurrence, n'est-ce pas un réel progrès sur les chemins du dialogue et de l'enrichissement tous azimuts ?
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Une proposition aussi achevée se suffit à elle-même : le mariage entre baptisés, en sa forme sacramentelle, demeure le cœur du rituel ici inculturé. Peut-être en de futurs travaux, Antoine Essomba Fouda pourrait-il étendre ses investigations en vue d'un accueil pastoral et rituel au bénéfice de nombreux catholiques qui ne peuvent accéder à la plénitude de la sacramentalité conjugale. Par exemple, parce que ces catholiques se trouvent engagés avec une personne non baptisée, ou encore parce qu'ils sont définitivement séparés d'un précédant conjoint.
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Michel Legrain, avril 2010