Le métier d'éducateur spécialisé à la croisée des chemins

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Français
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Pour le métier d'Educateur spécialisé, la fin de cette décennie représente à la fois une date d'anniversaire, puisque 40 ans plus tôt a été institué le Diplôme d'Etat et aussi un moment charnière : la formation initiale de ces professionnels vient de se voir profondément réformée. Cette tentative d'"état des lieux", s'intéressant aux mouvements à l'oeuvre aujourd'hui, met à jour des propositions d'action, des ajustements, des stratégies des acteurs concernés pour faire face aux changements.

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Date de parution 01 mai 2010
Nombre de lectures 386
EAN13 9782336278711
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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PierreMaille
Président duConseil général duFinistère
Ouverture du colloqu e
Mesdames, messieurs,
Je remercie les organisateurs de m’avoir invitéà intervenir à l’ouverture
de vostravaux. Au nom du Conseil général du Finistère, je souhaite que
vos deux journées de réflexion sur le métier d’éducateur spécialisé soient
fructueuses etriches devos échanges.
En découvrant les documents que vous m’avez transmis et le programme
de votre colloque, il m’a semblé– j’espère que je me suistrompé– que
vous étiez unpeu «entre vous» etque la place des « donneurs d’ordre »,
par exemple, était assez réduite. Les collectivités publiques, le Conseil
général enparticulier, sonttrès attentifs à la formation destravailleurs
sociaux,à celle des éducateursspécialisés puisque c’est l’objet de notre
rencontreaujourd’hui.
Carsi demainnous serons employeurs, en accueillant chaque année de
nombreux stagiairesausein de nos équipes, nous contribuons également à
la formation:actuellement plus de 30 élèves éducateurssont présents soit
sur lesterritoires d’action sociale, soit ausein des foyers départementaux
de l’enfance.Nous sommes heureux de lesaccueillir, heureux de leur faire
prendre contact avec leur futur métier, heureux surtout de bénéficier de
leur enthousiasme,de leur curiosité,de leur regard sur notre action,de
l’apport de leurs idéesqui contribuentà l’évolution de nospratiques.
Les métiers dutravail social,celui d’éducateur spécialisé, sont en
permanence traversés par des interrogations. Vous êtes à la croisée de
l’éducatifet dusocial dansune société qui bouge: la vie des personnes,
des jeunes,des famillessemble leur échappersous lessoubresauts de
l’économie; l’action publique réagit parune production réglementaire ou
législative abondanteetqui remetrégulièrement en cause les cadres de
l’intervention sociale; les frontières de l’espace public et de l’espace privé
– je penseau développement de dispositifs de vidéo-surveillance– ne sont
plus très précises… Loi Perben en 2004, loi sur l’égalité des chances e n
72006quiintroduit le contratparental, réforme de laprotection de l’enfance
en 2007, qui renforce lesprérogatives des maires dans la relation éducative
avec la cellulefamilialeetqui remet le Conseil général au c œur des
politiques de protection de l’enfance, …cetteénumération montre bien les
évolutions de ces dernières années et ceglissement progressif vers une
confusion entre sécurité publique, éducation, action sociale,
comportements privés, règles de vie collective. La permanence, nous
devons la rechercher dans lesrègles de déontologie, l’éthique de l’action.
Le dialogueentre professionnels, formateurs, élus doit nourrir cette
recherchepartagée du cadre de l’action.
L’organisation de l’action sociale départementaleest forcémenttouchée
tant par les évolutions de la société que par les changements législatifs.
Nousallons dansquelques jours délibérer pour réorganiser lesservices de
protection maternelleet infantile,ceux de la protection de l’enfance, la
prévention spécialisée, le cadre de travail desassistants familiaux.
La prévention spécialisée ne peut être un travail isolé surun quartier
déterminé, mais doits’inscrire désormais dansun travail d’équipe suru n
territoire large avec l’ensemble des acteurs locaux. Nous devons nous
doter d’indicateurs et d’observatoires partagés, mesurer ensemble le s
évolutions et faire de la réactivitéet de l’adaptabilité une règle commune.
Pour la protection de l’enfance, nous voulonsque les parcours des enfants
qui nous sont confiés, leur réussite scolaire, leur bien-être affectif soient,
plus fortementqu’hier,au c œur de notrepréoccupation.
Nous voulonsque les assistants familiaux soient des partenaires des
équipessocialesparticipantà un travail collectifautour de l’enfant.
Tout cela, il est importantque nous enparlions pour que vous en teniez
compte dans votre réflexion sur le métier etsur la formation.Je le disaux
responsables de l’ITES et de l’UBO, nous souhaitons être des partenaires
dans la formation destravailleurssociaux.
Il est vrai que c’est leConseil régional quia la compétence des formations
sociales. Nousavons besoin de renforcer la coordination entre nous,dans
l’intérêt même des jeunesqui s’engagent dans ces filières deformation.Il
faut qu’ilssachent le nombre de postesque nous pourrons offrir dans le s
prochaines années, le nombre de stagiairesque nous pouvons accueillir
dans de bonnes conditionsausein de nosservices.Nous ne souhaitons pas
8être mis devant lefaitaccompli,comme il n’est passouhaitable que soient
trompés des jeunesqui ne trouveraient nilesterrains de stage niles
débouchésprofessionnelsvers lesquels ilspensaients’engager.
La formation initiale des éducateursspécialisés, vous en êtes convaincus,
doit leur permettre d’évoluer car ils neferontsans doute pas la même
activité toute leur vie. Nous avons besoin de professionnels capables
d’apprendreenpermanence,de s’adapter et d’évoluer vers des missions
diverses. De travailler en transversalité, ayantune vision globale de
l’action publique, une bonne connaissance de l’ensemble desacteurs pour
construire despartenariats indispensables.
Vous le voyez, nous avons besoin de maintenirun dialogueétroit, au
service de l’action que nous menons, auservice des jeunesque vous
formez etqui ont choisi de s’engager dansunmétier exigeant, ouvert sur
lesautres, soumisàdesévolutionspermanentes.
Je souhaite que vostravaux soient fructueux, pour vous professionnels et
formateurs, qu’ilssoient motivants pour les jeunesqui s’orientent vers un
métierquiprivilégie la relation humaine.Notre sociétéena besoin.
9NathalieConq
Chef de service éducatif
Sauvegarde de l’Enfance duFinistère
Introduction
À la fin de l’année 2006,amenéà travaillersur la réforme de la formation
d’éducateur spécialisé dansun centre deformation autravail social
(l’ITES deBrest), nous nousavisionsqu’ilya maintenantquaranteans, le
décret du22 février 1967 instituait officiellement le Diplôme d’État
d’éducateur spécialisé (DEES).Voilàdonc plus de quaranteannéesqu’un
corps professionnel d’éducateursspécialisés était officiellement constitué.
Est née alors l’idée de prendre appui sur cet anniversaire àchiffre rond
pour s’arrêterunmomentsur cetteprofession etson évolution.
Après bien des péripéties,cette idéea pris corps eta donnéfinalement lieu
à un colloque co-organisé par l’Atelier de Recherche Sociologique de
l’Université de Bretagne Occidentale, en la personne d’Alain Vilbrod ;
l’ITES, en la personne de Jean-Pierre Kervella, L’association pour la
Sauvegarde de l’Enfance du Finistère, représentée par nous-mêmes et le
Centre régional d’études et d’actionssur les inadaptations et les handicaps,
le CREAI de Bretagne, représenté parson directeur Yann Rollier. Ce
colloque s’est tenu les22 et23 janvier2009 dans les locaux de laFaculté
Victor Ségalen à Brest. Le présent ouvrage en constitue les actes, avec
toutefois destextesrevus, retravaillés le cas échéant, par la quasi totalité
des intervenants àces deux journéesqui ontregroupé plus de 200
participants (au moins autant ont dû hélasrenoncer àyvenir, faute de
places pour les accueillir, preuve que le thème abordé s’est avéré
d’actualité….)
L’idée était doncde regarder de plus prèsà la fois l’état et l’évolution de
cette profession, etainsi de s’interrogersur ses perspectives,auregarddes
multiples mouvementsà l’ œuvreaujourd’hui.
En effet, au fil de cesquarante années,de multiples changements sont
venus modifier progressivement à la fois les missions des éducateurs
spécialisés, les contextes de leurs interventions mais également les
contenus de leur formation initialeet les modalités d’obtention du
11Diplôme d’État. Ces mouvements opèrent encore aujourd’hui et certains
des changements en jeuremettentsans contesteen question le s
positionnements, les pratiques, le cadre d’exercice des acteurs. Nous
savonsque chaque profession, quelque soit le secteur d’activité, évolue
dansune dynamique complexeen interaction avec son contexte
environnemental, mais le modèle dutravail social estaujourd’hui remis e n
1cause de tous côtés : Pénalisation accrue ici,contraintes économiques et
gestionnaires comme jamais là, sans oublier l’étendue des compétences
qui reviennent lesunes après les autres aux collectivitésterritoriales,de
l’échelon régional,départemental au plus local, etc. Ces profonds
changements ne manquent pas d’interroger la profession d’éducateur
spécialisé.
Cette profession est d’autant plus difficileà saisirqu’elle restefortement
fragmentée:derrière unmême intitulé de diplômeetune socialisation
professionnelle intégrée à la formation,des postes fortement diversifiés
demeurent. Depuistoujours, le champ de l’éducation spécialisée est
multiple: lestypes d’employeurs, les caractéristiques des populations
concernées par l’action, les modes d’intervention des éducateurs, toute s
ces dimensions, malgré la création du diplôme unique, fragmentent
l’identité du métier, avec pour corollaire l’émergence d’un classement
taciteentrefonctions nobles et positions plus subalternes. Sous une
apparente homogénéité, se distinguent depuistoujours des clivages,des
spécificités,des classements implicites. En s’organisant et en se
structurant, la profession n’a rienperdu de sa diversité: les formes
d’emploi des éducateursrestent multiples, tant dans les missionsassurées,
les publicsrencontrés, les outils professionnelsutilisés. La diversité
s’observeaussi dans lestypes d’employeurs (privéassociatif, ou fonction
publique)ou dans des institutionsà taillefortement contrastée.
Ce colloquea été l’occasion d’une tentative d’«état des lieux» de la
profession: ennous intéressant aux mouvements à l’ œuvre aujourd’hui,
nous avons pu observer les modificationssignificatives dans le champ
professionnel des éducateursspécialisés et nousavons cherché,cefaisant,
à mettreà jour lespropositions d’action, lesajustements, lesstratégies, mis
en œuvre par lesacteurs pour fairefaceaux changements, pour s’yadapter
oupour les maîtriser.
1Cf. le mouvement « 7.8.9. Vers les états généraux dusocial»; mais aussilestravaux
cordonnés parJean-NoëlChopart dans le cadre de laMiRe :LesMutations dutravail social,
Paris, Dunod, 2000. Voir aussi Michel Chauvière, Jean-Michel Belorgey, Jacques Ladsous
(dir.),Reconstruire l’action sociale,Paris,Dunod, 2006.
12Notre «état des lieux de la profession»a exploré différents axesque se
rappellent dans les différentes contributionsréunies dans cet ouvrage.
La place de l’éducateur spécialisé ausein de la branch e
professionnell e
L’idée même d’une profession unifiée d’éducateur spécialisé ne va pas de
soi. La quête des origines du métier d’éducateur spécialiséet des
conditions d’unification de cette profession est d’ailleurs, en un sens, une
vaineentreprise. En effet, on n’en finirait pas de relever ici et là tout ce
qui, entre les deux guerres enparticulier, préfigure déjà l’organisation de
ce champ telle qu’elle va s’accomplirau fil desannées.Cette diversité liée
au cadre d’emploi témoigne de la relative hétérogénéité des activités
professionnelles des éducateursspécialisés. Mais derrière ces
dissemblances, peut-on lire tout de même une identité de métier
fédératrice? Si on sefieà l’avènement de titrestelsque les «assistants
socio-éducatifs» ou les « délégués à la tutelle », en lien avec les
conventions ou le code dutravail, on pourraitsouscrire à l’idée d’u n
brouillageactuel de la référenceau métierau profit d’une identité liéeau
cadre d’emploi.
Cette thèse peut être soutenueenobservant aussi que certains postes
auparavant occupés par des éducateursspécialisés diplôméssont
aujourd’hui accessibles pour tout travailleur social muni d’un titre de
niveau III. De plus,de nouveauxvenus se sont imposés dans le champ
professionnel des éducateurs. Certains ont étéformés à l’universitéet
d’autres au contraire se présententsans formation mais munis d’une
expérienceacquiseau contact direct des populations les plus stigmatisée s
(«grands frères» desquartiers sensibles par exemple) entraînantune
concurrenceentre lesacteurs, notamment dans le secteur de l’insertion ou
du développement local. On voittrès nettement dans certainssecteurs
d’emploi s’imposer la logique de la compétence (liée aux besoins des
employeurs) en lieu et place d’une logique de la qualification organisée
par les partenairessociaux.On lira utilementsur ce sujet l’avis de Didier
Tronche, Directeur général du Syndicat nationale des associations de
Sauvegarde de l’Enfanceet de l’Adolescence(SNASEA).
L’évolution de la formation et desvoies d’accèsau diplôm e
Avec la création officielle du diplôme d’éducateur spécialisé, se structure
progressivementune offre deformation initiale s’appuyantsur des
13directives nationales.Depuis les origines de la formation, l’expérientiel est
régulièrement mis en avant. La formation initiale se positionnee n
référence à la pédagogie de l’alternance, qui se présente comme u n
processus intégratif d’articulation entre théorieet pratique. Plus
récemment, la validation des acquis de l’expérience (VAE)a permis la
construction d’un référentiel métier «éducateur spécialisé ». La venue de
cette mesureet du dispositif afférent vient modifier les parcours
d’obtention dutitre professionnel.La validation desacquis de l’expérience
promeut une logique de compétence qui s’écarte de la notion d’identité de
métier, affirmant ainsi une logique «individuelle» de la qualification et
une reconstruction de l’identité liéeà l’activité.
Toutefois l’expérience de la misee n œuvre du dispositifVAEau fil de ces
deux dernières années montre que les candidats à laVAE «éducateur
spécialisé» s’avèrent être majoritairement des professionnels déjà
titulaires d’une qualification dans la filièreéducative (aide
médicopédagogiques, moniteurs-éducateurs, …). Paradoxalement,cette logique
individuelle de la qualification nefait donc pas disparaître unmouvement
promotionnel basé sur l’idée de progression et de capitalisation et l’idée
même d’une «filièreéducative» porteuse d’une culture collective. En
positionnant des grands domaines de compétences et enproposantune
lecture des domaines d’activités des éducateurs,ce référentiel est un repère
qui peut fédérer les détenteurs dutitreet participer en cela à la
réidentificationprofessionnelle desactivités d’éducation spécialisée.
Ce rôle spécifiqueportéparun éducateur spécialisé,commentse
construitil et commentse transmet-ilaujourd’hui?ÉdithMontmoulinet, partant de
sa récente thèse de Sociologie, expose commentse construit aujourd’hui
l’identité professionnelle de l’éducateur spécialiséentre lieu deformation
etsecteur d’emploi.
La formation des éducateursspécialisésa toujours intégréétroitement
formation basée sur des éléments théoriques etréflexion sur la pratique
professionnelle.De cefait, elleaffirme danssonorganisation même, l’idée
d’inscription de l’étudiant dansune culture professionnelle. Toutefois les
orientations liées notamment aux directives européennes concernant les
formationssupérieures, ont amenéà organiser les parcours deformation
defaçon de plus enplus individualisée. La logique de crédits, l’idée d’un
parcours étudiantsur mesure adapté àchaque projet individuel de
formation entraînent la formation initiale vers unmodèle libéral de
compétence individuelle.Parallèlement, la régionalisation de la formation
peut aussiintroduire des logiquesterritoriales de besoins (tantqualitatifs
14que quantitatifs)amenant potentiellement des différences entre lesrégions
françaises et mettant à malle modèle du « diplôme d’État» figure de
référence dutravail social,au moins pour les formations de niveauIII.Sur
ce point, Camille Thouvenot, administratrice de l’IRTS de Montpellier,
montreen quoila démarche compétence vient bousculer les ancienne s
identitésprofessionnelles.
L’identité collective affirmée à travers les discourssur
euxmêmes des éducateursspécialisés
Nous nous sommes évertués, au fil du colloque dont le présent ouvrage
rapporte nombre d’avancées,de saisir comment les éducateursspécialisé s
parlent d’eux-mêmes et de leur pratique. Pour cela nous nous sommes
tournésutilement vers la recherche menée par Laurent Cambon,directeur
d’un service d’accueil d’urgenceen Seine-Saint-Denis. Son étude vise,à
partir des outils de la socio linguistique,à identifier lesréférentsà l’ œuvre
dans la construction identitaire des éducateursspécialisés.
Si on se reporte à l’origine de la formation d’éducateur spécialisé, les
péripéties et les interrogations ayant accompagné la création du diplôme
fontréférence, entre autres,à une interrogation du Ministère: pouvait-on
faire profession de cettefonction ou était-ce seulementune occupation
limitéeà quelquesannées d’engagement de jeunesse? Aprèsquaranteans
d’existence du diplômeet en regardant la pyramide des âges de ce corps
professionnel, forceest bien de constaterque des carrières d’éducateur s
spécialisés existent bel et bien. Pour saisir comment les éducateurs ont
« fait carrière »,comment ils ontrésisté, navigué ou évolué dans leur
champ professionnel, l’analyse des parcours post formation que Jacques
Queudet,éducateur spécialiséet formateurà l’IFRAMES deRezé-Nantes,
a développée estassurément intéressanteetaussiassez impertinente.
L’évolution de la commande socialeet politique
La décentralisationamorcée dans lesannées 1980a introduit de nouveaux
acteurs et de nouveaux niveaux de décision et definancement desactions
professionnelles. La fin annoncée de l’État providence, la découverte du
territoireet des politiques de la ville, l’empilement pastoujours cohérent
de prestations ont profondément modifié certaines conceptions aux
fondements dutravail social, lefaisant passer d’une logique de mission à
une logique de prestations.La notion de sujeta été remplacée par la notion
d’usager. Or derrière ces variationssémantiques, se profile un débat
15fondamental pour l’action socialeet l’action éducative: le travail social
peut-il être assimilé à une prestation de service? Et de quel« service »
serait-il alors question? Comment définirson contenu, etqui en serait
«l’acheteur»? Roland Janvier,directeur général de la Fondation
MasséTrévidy,dans leFinistère,analyse icil’évolution des commandessociales
et desréglementations, et leur impactsur laprofession.
Commentse réorganise,dans le contexte actuel, la production des
professionnels? Entreexigences des commanditaires - financeurs et
usagers-clients d’une prestation, observe-t-on une simple adaptation
technique des éducateurs ou peut-on lire une affirmation d’un rôle
professionnel spécifique? Jacques Ion,directeur de recherche au CNRS,
expose de son côté bien des pistes de réflexion sur cette question, en
montrant comment l’individuation à l’ œuvre aujourd’hui«percute »
véritablement laprofessionnalitééducative.
Nous avonsquestionné aussiles impacts des contraintes législativessur
les pratiques professionnelles (loi du 02 janvier2002sur le droit des
usagers ou encore imposition de planning horaireen conformité avec les
amplitudes horaires définies par le droit dutravail) ennous demandantsi
ces modifications ébranlent fortement les positions des éducateurs et/ou
leurs outils d’intervention (présence de nuit en internat, présence de
l’ensemble des membres de l’équipe professionnelleen réunion,
accompagnement desstagiaires ou implication dans la formation initiale
par exemple) les privant enpartie de leurs moyens d’agir, ousi, au
contraire,ces contraintes ont entraîné une simple transformation des
formes d’intervention et/ou despratiques.
Cesquestions ont fait l’objet de différentsateliers centréssur lesquestions
suivantes :
-Quelle place pour les éducateurs dans les foyers de vieet lesrésidences
pour personnes handicapées?
-Quels moyens d’action éducativepour les éducateursexerçant en internat
aujourd’hui ?
-La contractualisation, la notion de service rendu et la judiciarisation de s
rapportssociaux: quelles conséquencessur le travail des éducateurs
spécialisés?
- Quelles évolutions des conventions collectives etquels impacts sur le
métier d’éducateur spécialisé ?
- Face à la précarisation grandissante des publics fragiles, quelle place
pour les éducateursspécialisés dans le champ de l’insertion ?
16- Quelle place pour l’engagement politiqueet citoyen dans le métier
d’éducateur spécialiséaujourd’hui ?
-Quelle place pour la clinique dans la pratique des éducateursspécialisés
aujourd’hui ?
Tracesseront données des différentes interventions, au fil de cinq de ces
ateliers,des débats et des échangesqui ont permis d’identifier, parmile s
« figures» d’emploi des éducateurs aujourd’hui, les positions defragilité
(la place de l’éducateur spécialiséen foyer de vie pour adulte handicapé
aujourd’hui, ou encore les perspectives professionnelles pour la prévention
spécialisée…) et cellesqui se révèlent plusassurées,afin de saisir la forme
et la densité queprendce champ professionnelaujourd’hui.
Nous rapporterons ensuite ce quia pu être dit,dès lors que nous avons
regardé vers l’avenir pour tenter de saisir les perspectives possibles pour
les éducateursspécialisés.
Quelles perspectives dans ce contexte ?
Nous avonstenté de comprendre ce qui reste des mythes originels de
l’éducation spécialisée et où en est alors la culture professionnelle des
«éducs ». Alain Vilbrod, Professeur de sociologie,a souligné,cefaisant,
les lignes deforce qui marquent l’histoire du métier, les valeurssur
lesquelles ilssefondent et ceen quoi cela participe du processus de
construction identitaire du métier d’éducateur spécialisé.
Reprenant le débat entre logique de la qualification et logique de
compétence dans ce champ professionnel et observant la formalisation
grandissante des fiches de poste des professionnels dusecteur prenant e n
compte l’apparition récente d’un référentiel métier,nous nous somme s
aussi demandéssila tendanceest à l’éclaircissement desrôles des
différents acteurs et à la légitimation de la compétence spécifique des
éducateurs, ousila segmentation desrôles professionnels concourt au
contraire à positionner l’éducateur sur des fonctions floues ou
inconfortables (rôlefonctionnel de « coordonnateur» de service sansrôle
hiérarchique par exemple), l’éloignant de ses pratiques antérieures
(accompagnement duquotidien, animation de la dynamique degroupe,
utilisation de « techniques éducatives », par exemple).En d’autrestermes,
nous nous sommes interrogéssur lefait de savoirsila régulation
institutionnelle prévaut aujourd’hui sur la régulation professionnelle (des
normes d’action plus précises bornent désormais les conditions de
l’activité ou de l’organisation collective dutravail, s’imposantà tous et à
17chacun, etréduit la part d’autonomie de chaque professionnel). Michel
Chauvière,directeur de recherche au CNRS,aabordé icila question du
passageactuel d’une définition statutaireà une définition pragmatique des
métiers en soulignant le contexte contingentàcette transformation.
Sommes-nous face à une déconstruction de la profession liée à
l’imposition du modèle managérial en lien avec une commande sociale
normativeet procédurière? Les incidences des nouvelles orientations
politiques(loi du11 février2005 sur l’égalité des chances et la citoyenneté
par exemple) entraînent des modificationssur le profil des populations
orientées vers les établissements spécialisés (en instituts éducatifs,
thérapeutiques et pédagogiques –ITEP– par exemple). Les éducateur s
observentqu’une part de la population avec laquelle ilstravaillentsubit
une stigmatisation etuneexclusion plus forte. Dans certainssecteurs
d’intervention, s’affirme une logiquegestionnaire de prestation de service
et de contrôle au lieu et place d’une logique de mission basée surune
action préventive promotionnelle visantau développement des personnes.
Jean Lavoué,directeur général de la Sauvegarde de l’enfance du
Morbihan, au fil de sa contribution, met clairement en garde contre les
dérives possibles de ces logiques etsouligne les principes éthiques
auxquels la pratique des éducateurs devrait continuer à se référer pour
accompagner etsoulager lessouffrancessociales.
Dans certains champs d’activité, on peut considérerque les éducateur s
sont devenus des agents d’exécution d’une action sociale territorialisée
encadrée et évaluée par les élus politiques; maisailleurs,au contraire, on
peut lire la résistance voire la réaffirmation d’une volonté d’autonomie
professionnelle collective,basée sur les idées d’engagement et de
créativité, en lien avec un statut etune organisation conventionnelle du
travail.Là est défendue l’idée qu’êtreéducateur,c’est justement être là où
1cela fait mal, où on ne se sait pas vraiment ce qu’il faut faire…
JeanPierreKervella, sociologueetresponsable deformationà l’ITES deBrest,
se posealors la question de l’engagement politique dans la formation des
travailleurssociaux en en soulignanttous les enjeux éthiqueet citoyens,
rappelant au passage que les pratiques éducatives ontun rapport direct
avec la reproductionounon de l’ordre social.
Nous laisserons enfin la place à tout ce que l’expérienceet le recul de
JacquesLadsous, éducateur,ancienvice-président duConseilSupérieur du
TravailSocial,a pu présenter, en clôture de ce colloque sur l’évolution de
1JLadsous, inM.Chauvière,J.M.Belorgey,J.Ladsous (Dir), op. cit.
18l’éducation spécialisée et plus particulièrement du métier d’éducateur
spécialisé, entendu comme une profession «au milieu degué », tiraillée
entre ses mythes fondateurs et la nécessité de se conformerà l’évolution
de la commande sociale,dansun contexte plus général dépassant le
secteur éducatifetsocial de déclin desrégulations professionnelles du
travail.
19DidierTronch e
DirecteurGénéral duSNASEA
La branche professionnell e
et les métiers de l’éducation spécialisée
Mon intervention s’articuleraautour de trois grandsaxes :
-l’éducateur spécialiséest-il encore unefigure centrale des dispositifs
d’intervention sociale ?
- faut-ilopposer logique de qualification et logique de compétence ?
-les engagements de la branche professionnelle sanitaire, socialeet
médico-sociale non lucrativeet despartenairessociaux.
Pour aborder cestrois axes, je souhaiteévoquer, enpréalable, quelques
éléments de contexte.
État des lieux de l’emploi tel que lestravaux de l’Observatoir e
prospectif des métiers et desqualifications nous le livre ave c
l’Enquête-emploi nationale de 2007(et déclinée parrégion)
Cetteenquêteemploia été rendue publiqueeta été réalisée avec le
concours de la Direction Recherches Etudes et Développement
d’UNIFAF, Fonds d’Assurance Formation de la branche professionnelle
sanitaire, socialeet médico-sociale non lucrative. Que constatons-nous ?
Uneprogression surtrois des principaux métiers éducatifs.
Éducateursspécialisés 43600 (8%) 4
Moniteurs-éducateurs23700 (4%) 4
Aides médico-pédagogiques31 700 (6%) 4
Éducateurstechniquesspécialisés2 800 (0,5%) 5
Cesquatre métiers se retrouvent essentiellement dans le secteur social et
médico-social qui regroupe autotal 359000 emploissur les 560000
recenséssur l’ensemble de la branche.À eux quatre ilsreprésentent
ème
101 800 emplois(près d’1/5 des effectifstotaux de la branche).
21Si nous examinons chacun destrois principaux, nous constatons le s
donnéessuivantes :
LesÉducateursspécialisés :
- 70% travaillent dans la branche
-Ilssontprésents danspresque un établissementsur deux
-Il s’agit de l’emploi de référence (27% dans emploi du domaineéducatif,
même si sapart diminueparrapportauxME etAMP
-Leur emploi est stable,avec un taux deCDI de95 %
-C’est unmétierau deux-tiers fémini n
-Il est exercéessentiellementà temps complet; le nombre de temps
partiel est inférieurà10% ;
-Le taux de non diplômés enattente deformation est de8%(plus
dans le secteur social que dans le domaine du handicapoù il est
de6 %)–enquêteGEST E
-Un éducateur sur deux travaille dans le domaine du handicap, mais cela
reste à relativiser car le domaine du handicap couvre 209 500
emplois contre80000 dans le secteur de l’enfanceet
l’adolescenceen difficulté
- La brancheen formeenviron1 600 par an,dont300/350 apprentis,
600/650VAE, le resteenvoie directe
- Le besoin de renouvellement est estiméà3 500 par an jusqu’en 2012,
soit 8% de la masse jusqu’en 2012. La brancheenprenddonc
près d’un tiersà sa charge.
Trois facteurs d’évolution de cettefigure d’emploi sontà retenir :
- L’évolution de l’emploi est marquée par la diversification des prises e n
charge, le rapport à l’usager et aux familles dans le projet
personnalisé, lepoids desastreintesqui est enaugmentation.
-L’évolution des profilsqui entraîne moins d’implication dans l’agir, plus
dans la conception, la conduiteet l’animation de projets. Les
repères éducatifspersonnelssemblentplus théoriques.
- L’évolution de la fonction va dans le sens de l’expertise,de la
coordination et de l’encadrement de projets individuels ou
collectifs.
LesMoniteurs éducateurs :
- 75% exercent dans la branche
-Ilssontprésents dansun établissementsur trois
22-Onobserve uneforte croissance sur lapériode 2000/2005
-C’est unmétierau deux-tiers fémini n
- Il existe des besoin de qualification majorés (12% exercent dans le
secteur enfants etadultesen difficulté)
-La structure d’âge est laplus jeune
-Le recoursauxCDD estplus marqué
- 2/3 desemploissont dans le secteur du handicap ;
-Il s’agit d’unemploi moinstransverse que celui d’éducateur spécialisé
-Le besoin de renouvellement est de2 100 paran jusqu’en 2012soit 9%,
dontun tierspour la branche.
S’ilapparaîtque le nombre deformés est globalementsatisfaisant pour le
renouvellement de l’emploi, la question pourrait être différente si on
considère que c’est une voie d’accès vers le Diplôme d’État d’éducateur
spécialisé (DEES) etsi on devait accentuer la qualification des
faisantfonction.
LesAides médico-psychologiques :
-80% exercent dans la branche
-Ilssontprésents dans26% des établissements
ème
- Ilsreprésentent le 2 emploi ennombre après les éducateur s
spécialisés et leur emploi est en forteprogression(+13%/an)
-90% exercent dans le secteur du handicap
-En termes de perspective, ilya une deforte progressionàattendre dans
le secteur personnesâgées mais peut-être desstabilisations et/ou
desrééquilibrages dans celui desadultes handicapés
- 80% de ces emploissont occupés par des femmes-Il s’agit d’un emploi
bien repéréet identifié dans le secteur du handicapmais dans les
autressecteurs c’est un diplôme de niveau5 parmi d’autres- Le
besoin de renouvellement est de3200 paran jusqu’en 2012soit
10 % assurés à plus des¾ par la formation professionnelle
continue.Donc il n’ya pas de difficultésréellement en vue si on
prend en considération que la formation initialepar lavoie directe
estouverteet misee n œuvre dans beaucoup de régions.
Le métier d’AMP est un emploi qui évoluera vers d’autressecteurs
(personnes âgées etsocial), un emploi fortement institutionnel dansson
cadre d’exercice qui devraprendreen compte les nouveaux modes deprise
en charge, un emploi qui peut être une voie d’accès pour beaucoup dans le
secteur etservir de baseà une trajectoireprofessionnelle.
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