Le monde de la prostitution à Paris au XVIIIe siècle

Le monde de la prostitution à Paris au XVIIIe siècle

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Livres
276 pages

Description

« Le plus vieux métier du monde ». Mille fois répétée, cette expression incarne et représente la place qu'occupe la prostitution dans l'imaginaire collectif : celle d'une activité pour le moins controversée mais pourtant perpétuellement présente. Cet ouvrage examine le monde de la prostitution à Paris au XVIIIe siècle pour tenter de décrypter le mode de fonctionnement du réseau lui-même, dans sa constitution et son organisation, et pour s'interroger sur l'existence possible d'un « métier » de la prostitution au Siècle des Lumières.

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Date de parution 21 décembre 2018
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EAN13 9782140108617
Langue Français

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Le monde de la prostitution e à Paris au XVIII siècle Métier de corps, corps de métier ?
Chemins de la Mémoire e Série : XVIII siècle
Le monde de la prostitution e à Paris auXVIIIsiècle
Métier de corps, corps de métier ?
Chemins de la Mémoire Fondée par Alain Forest, cette collection est consacrée à la publication de travaux de recherche, essentiellement universitaires, dans le domaine de l’histoire en général. Relancée en 2011, elle se décline désormais par séries (chronologiques, thématiques en fonction d’approches disciplinaires spécifiques). Depuis 2013, cette collection centrée sur l’espace européen s’ouvre à d’autres aires géographiques. Derniers titres paruse Laporte (Samy),siècle (1795-La vie quotidienne des Juifs de Pologne au XIX 1914),2018. Giacchetti (Claudine Anne),Les déplacés. La diaspora juive est-européenne dans la France occupée. Témoignages et combats, 2018. Lafage (Franck), Louis III, dernier roi de Bavière, (1913-1918),Un souverain dans la tourmentede la Première Guerre mondiale,2018.Louis (Abel A.),Le livre et ses lecteurs en Martinique de la fin du Directoire à la Monarchie de Juillet (1799-1848). Essai d’histoire sociale et matérielle, 2018. e e Lagardère (Vincent),au xviiiCommerce fluvial et batellerie sur l’Adour du xvii siècle. Les ports de Dax, Saubusse, Port-de-Lanne, La Marquèze, 2018. Louis (Abel A.),Le monde du négoce à Saint-Pierre sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), Essai d’histoire sociale et matérielle,2017.Feinermann (Emmanuel),La tradition juive et sa survivance à l'épreuve de la shoah, Tome 1 et 2,2017. Louis (Abel A.),Les bourgeoisies en Martinique (1802-1852). Une approche comparative,2017. Massé (Paul),Le monde au siècle de Louis XIV. Faits historiques et politiques, société, économie, sciences, littérature, arts, religions,2017. Vignal Souleyreau (Marie-Catherine),« La raison de guerre », Correspondance du cardinal de Richelieu, Année 1635,2016. Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent.La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
JuliaTORLET
Le monde de la prostitution e à Paris auXVIIIsiècle
Métier de corps, corps de métier ?
© L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-15849-5 EAN : 9782343158495
Introduction  « Le plus vieux métier du monde »… Mille fois répétée, cette expression incarne et représente la place qu’occupe la prostitution dans l’imaginaire collectif : celle d’une activité pour le moins controversée, mais pourtant perpétuellement présente. Au cours des siècles, à travers tous les pays, traversant cultures et civilisations, le commerce du corps est une constante qui se renouvelle sans cesse. Produit même de la société qui l’entoure, la prostitution y demeure profondément ancrée et s’adapte à son évolution : du racolage près des temples antiques jusqu’aux annonces sur Internet, le métier se métamorphose et joue de toutes les ressources qui lui sont accessibles afin d’être toujours plus efficace. Pourquoi parler d’efficacité ? Parce que la prostitution est avant tout un commerce et, à ce titre, se doit d’exploiter le marché et d’en suivre les tendances. Commerce du corps, commerce des sens et commerce humain : il est peu étonnant que la prostitution déroute. La « marchandise » de ce commerce, le plaisir, est à la fois insaisissable et pourtant pleinement matérielle puisqu’elle passe par le biais du corps humain. Et c’est précisément parce que le véhicule de cette vente est un véhicule humain que la prostitution occupe cette position si particulière dans la conscience collective. Elle n’est que très – trop – rarement considérée comme un métier, une profession à part entière. En revanche, la société l’a affublée de bien des sentiments, tous aussi divers que contradictoires. Du simple mépris pour ceux qui « s’abaissent à se vendre » jusqu’à une pitié excessive envers ces « esclaves de la société », toutes les opinions coexistent et se heurtent sans cesse au cours de débats dont les protagonistes ne sont presque jamais,
paradoxalement, les acteurs de la prostitution eux-mêmes. Ces derniers sont quasiment invisibles. Ils ont beau hanter le cœur des villes, passer des heures au coin des rues ou des forêts, peupler un large pan de la littérature et même, de temps à autres, occuper le devant de la scène médiatique, ce ne sont jamais les prostitué-e-s ou les proxénètes qui s’expriment directement, mais le plus souvent des organisations qui au mieux les représentent, ou bien défendent prétendument dans leur intérêt de grandes causes telles que les conditions des femmes ou les droits humains essentiels. En somme, la prostitution est un sujet tabou. Tabou parce qu’il aborde la question des libertés humaines, tabou parce qu’il est directement lié à la sexualité, tabou enfin parce qu’il remet perpétuellement en cause le fonctionnement de la société. Cette remise en cause est due majoritairement au statut qui est accordé à la prostitution au sein de la société, variable en fonction du pays, de l’époque et de la civilisation. Certains pays considèrent actuellement la prostitution comme une activité légale et, à ce titre, réglementée, tandis que d’autres la maintiennent dans la clandestinité et la forcent ainsi à s’exercer en cachette, non seulement dans la crainte des autorités mais aussi dans les conditions de travail les plus déplorables. En effet la réglementation, en fournissant un cadre strict au sein duquel peut être exercée l’activité, permet d’instaurer une certaine sécurité pour les acteurs de la prostitution. De plus, elle met également en place la reconnaissance d’un véritable statut juridique qui leur est propre et permet donc une reconnaissance professionnelle.  Historiquement, ce sont ces mêmes points d’articulation qui structurent le discours sur la prostitution. Les questions de la présence du métier au cœur de la société – et donc souvent de la ville –, de son interdiction ou de son autorisation, de son rapport aux autorités, à
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l’Etat et à l’ensemble de la population, et enfin du jugement moral qui lui est porté demeurent primordiales. Car si ces questions fondent leur raisonnement sur l’existence déjà pérenne de la profession, elles en façonnent également, par les conséquences qu’elles impliquent, l’évolution à venir.  En France, la situation de la prostitution connaît plusieurs revirements. Globalement tolérée dès le XIIe siècle, elle est par la suite, jusqu’à la fin du Moyen Age, encouragée et organisée, notamment afin de lutter contre les violences excessives faites aux femmes dans les communautés villageoises et urbaines. C’est Saint-Louis le premier qui, après avoir fermement interdit la prostitution, l’autorise finalement en 1256, en lui assignant quelques rues de référence à Paris, esquissant déjà le cœur géographique de la débauche, à savoir la quartier entourant les rues Saint-Martin et Saint-Denis. L’Eglise adopte tacitement la même posture que le pouvoir séculier en déclarant, à la suite de Saint-Augustin, que la prostitution est un moindre mal, et que le désordre serait bien pire si ce commerce n’avait plus cours. C’est pourquoi, bien qu’elle ne puisse réellement approuver la prostitution qui va à l’encontre de l’idéal de vie conjugale, elle se montre relativement laxiste sur le sujet et tolère sa présence. L’époque moderne connaît en revanche un durcissement de la répression des prostituées. Ce changement est dû essentiellement à la vague de contagion syphilitique de la fin du XVe siècle et du XVIe siècle. La prostitution fait alors l’objet d’une méfiance extrêmement forte, non seulement sur le plan de la morale, comme toujours, mais également désormais sur celui de l’hygiène et de la santé publique. Dès 1560, l’ordonnance d’Orléans défend « tous bordeaux ». Cette interdiction subsiste tout au long du XVIIe siècle et recourt essentiellement à l’exclusion, qui sert de moyen de punition. La création de
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