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Le Monde juif au temps de Jésus-Christ et des apôtres

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132 pages

Pour comprendre ce qu’était le monde Juif au temps de la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il faut remonter un peu en arrière.

Jusqu’au jour où les habitants du royaume d’Israël, puis ceux du royaume de Juda, avaient été emmenés en captivité par les rois de Ninive et de Babylone, les Juifs n’étaient guère sortis de la terre de Chanaan. Si la captivité marque une date importante entre toutes dans l’histoire des Juifs, ce n’est pas surtout parce qu’elle fut un temps de désolation pour le peuple de Dieu, c’est plus encore parce qu’elle est la date d’un changement complet dans ses habitudes et dans ses rapports avec les autres nations.

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Émile Beurlier

Le Monde juif au temps de Jésus-Christ et des apôtres

PRÉFACE

La religion chrétienne n’a pour base ni un traité dogmatique ni un code de lois. Son divin fondateur n’a écrit ni dicté un exposé systématique de sa doctrine et des préceptes de sa morale. Elle repose tout entière sur des livres historiques, les Evangiles, qui nous racontent la naissance, la vie publique, la passion, la mort et la résurrection d’un descendant de David, Jésus de Nazareth, en qui nous adorons le Fils de Dieu fait homme, le Messie, prédit par les prophètes. Le Nouveau Testament se complète par un autre livre historique, les Actes des Apôtres, où sont racontés les débuts de l’Eglise et les premières prédications des Apôtres, par les lettres ou épîtres que les Apôtres écrivaient aux Eglises qu’ils avaient fondées, et enfin par un livre prophétique : l’Apocalypse ou révélation de saint Jean. De ces derniers écrits, nous n’aurons pas à parler dans ce travail. Notre but est uniquement de rendre plus clairs à nos lecteurs les récits des Evangiles et des Actes, en leur faisant connaître le milieu dans lequel se passèrent les événements qui y sont racontés.

Les Evangiles ne sont en effet autre chose qu’une biographie, c’est-à-dire que les auteurs se bornent au récit des faits de la vie de Jésus. Ils écrivent pour des lecteurs au courant des mœurs et des événements de leur temps et ils ne donnent ni sur les institutions, ni sur les personnages historiques dont les noms se rencontrent sous leur plume, des renseignements inutiles à leurs contemporains. De même l’auteur des Actes se borne à raconter ce qui regarde directement les Apôtres et les premiers chrétiens.

Ce qu’était le monde Juif, comment fonctionnait l’administration romaine, quels partis divisaient les Israélites, quelles institutions les régissaient, tout le monde chrétien le savait au premier siècle. Les récits des Evangiles et des Actes s’encadraient à merveille dans les souvenirs des lecteurs. Il n’en est plus de même pour nous. Pour comprendre les scènes décrites par les Evangiles ou par les Actes des Apôtres, pour saisir les nuances du dialogue, pour nous rendre compte de la façon d’agir des personnages qu’y s’y rencontrent, nous avons à faire un travail préalable de recherches. Il faut par un effort d’imagination, précédé d’une patiente étude des documents, sortir du milieu où nous vivons et redevenir contemporains, d’Auguste et des Hérodes, de Tibère et de Pilate. Tel est le but de ce travail... L’intention de l’auteur est de rechercher quel était l’état du monde Juif au moment de la naissance du Sauveur, à l’époque de sa vie publique, enfin dans la période contemporaine de la fondation de l’Eglise chrétienne. Ces trois périodes en formeront la division naturelle.

Que de chrétiens ne lisent jamais les Evangiles et encore moins les Actes des Apôtres ! Malgré les exhortations des pasteurs, ces livres qui contiennent la parole de Dieu et qui par conséquent seraient pour eux d’un tout autre profit que les livres humains, même les meilleurs, sont comme s’ils n’existaient pas. La plupart des catholiques n’en connaissent que les fragments qu’ils trouvent dans les livres liturgiques et qu’ils lisent en assistant à la messe. La raison de cette négligence si regrettable n’est-elle pas dans la difficulté que nous signalions tout à l’heure ? On ne lit pas les Evangiles parce que, faute de connaissances suffisantes, le texte reste à demi obscur pour le lecteur.

Tout au contraire, les scènes évangéliques, la vie des premiers disciples du Sauveur auront pour lui un charme incomparable s’il les replace par la pensée dans le milieu contemporain. Les personnages seront pour lui des êtres vivants dont il connaîtra les idées, les préjugés et les passions. La moindre allusion sera saisie par lui et il découvrira aux paroles de. Jésus et de ses Apôtres un sens qu’il n’avait pas soupçonné.

Michelet disait : « L’histoire est une résurrection. » On ne saurait mieux la définir. Hélas ! elle ressuscite souvent de tristes personnages et de tristes événements. Qu’elle serve du moins à nous faire revivre au milieu de ceux qui eurent le bonheur d’entendre les enseignements du Sauveur et des pêcheurs de Galilée à qui il confia la prédication de la bonne nouvelle. Les heures que nous passerons avec eux compteront parmi les meilleures et les plus profitables de notre vie.

L.-E. BEURLIER.

PREMIÈRE PARTIE

LE MONDE JUIF AU TEMPS DE JÉSUS-CHRIST

CHAPITRE PREMIER

Le monde Juif à l’époque de la naissance de Jésus-Christ

I. — LES JUIFS DE LA DISPERSION

Pour comprendre ce qu’était le monde Juif au temps de la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il faut remonter un peu en arrière.

Jusqu’au jour où les habitants du royaume d’Israël, puis ceux du royaume de Juda, avaient été emmenés en captivité par les rois de Ninive et de Babylone, les Juifs n’étaient guère sortis de la terre de Chanaan. Si la captivité marque une date importante entre toutes dans l’histoire des Juifs, ce n’est pas surtout parce qu’elle fut un temps de désolation pour le peuple de Dieu, c’est plus encore parce qu’elle est la date d’un changement complet dans ses habitudes et dans ses rapports avec les autres nations.

Jamais, depuis ce moment, les fils d’Abraham ne revinrent tous au pays de leurs pères et, quand Cyrus leur permit de regagner leur patrie, ce fut seulement la minorité d’entre eux qui profita de la bienveillance du roi des Mèdes1.

Un grand nombre des membres des dix tribus, et même des tribus de Juda et de Benjamin (Esther appartenait à la tribu de Benjamin) restèrent en Babylonie et en Susiane2. Pour se rendre compte de l’importance de la population juive dans l’empire des Perses, il suffit de se rappeler que, pour autoriser les Juifs à se défendre contre les persécuteurs soudoyés par Aman, le roi fit écrire aux autorités des cent vingt-sept satrapies de son empire3. Au IVe siècle, à la suite des guerres d’Artaxercès III, il y eut des colonies juives sur les bords de la mer Caspienne. Certains auteurs ont été jusqu’à vouloir retrouver de leurs descendants dans les populations de l’Himalaya, du Malabar, de l’Afghanistan, du Turkestan, du Kaschmir, de la Tartarie et même de l’Amérique du Nord.

Leur principal établissement était à Babylone. Là ils formaient un groupe prospère qui produisit de nombreux docteurs. La colonie de Babylone était si honorée à Jérusalem qu’on lui donnait le pas sur toutes les autres4.

Quand il eut conquis le pays, Alexandre confirma les privilèges des Juifs babyloniens et, sous le gouvernement des Séleucides, se fondèrent à Antioche, à Smyrne et ailleurs encore, de nouvelles colonies.

Il en fut de même en Egypte, sous les Ptolémées. La ville d’Alexandrie était une ville juive presqu’autant qu’une cité grecque. Les Juifs habitaient un quartier à part, situé à l’est des quartiers grecs. Il en était de même à peu près partout. Ce n’est pas qu’ils fussent relégués dans un ghetto, comme ils le furent plus tard dans l’Europe chrétienne, c’est qu’ils conservaient une organisation à eux, non seulement une organisation religieuse ayant pour centre la synagogue, où ils se rassemblaient pour prier et pour lire la loi que commentaient les rabbins, mais une organisation politique, avec un Ethnarque ou chef de la nation, un conseil, des tribunaux. Ils formaient en un mot un État dans l’État5.

Ces Juifs de la dispersion avaient presque tous oublié la langue maternelle. Si, dans quelques pays orientaux, ils parlaient une langue sémitique, l’araméen, partout ailleurs, ils ne savaient guère que le grec, et c’est à l’usage des Juifs hellénisants que fut faite, en Égypte, cette traduction des Livres saints qu’on appelle la traduction des Septante, dont la légende a entouré l’origine de tant de circonstances merveilleuses.

En quittant la terre de Chanaan, le peuple juif avait changé de mœurs et d’esprit. Les Juifs de la dispersion n’étaient plus ces pasteurs ou ces agriculteurs que nous décrivent les livres des Juges et des Rois, ils étaient devenus un peuple commerçant, et peu à peu ils avaient conquis de grandes richesses.

En même temps, avaient attiré à eux de nombreux prosélytes d’origine païenne. Beaucoup, parmi les âmes les plus élevées, avaient quitté le culte des idoles pour celui du Dieu unique. Nombreuses surtout étaient les femmes qui avaient été attirées par une religion qui offrait à leur piété un aliment plus pur que l’adoration de Vénus ou d’Astarté.

Par contre, les Juifs, surtout les Juifs d’Égypte, s’étaient initiés aux lettres et à la philosophie grecques. Au début du premier siècle avant notre ère, l’école juive d’Alexandrie produisit des Histoires à la façon de Thucydide, des Tragédies à la manière de Sophocle, dont le sujet était pris dans Bible. D’autres étudiaient Platon et Aristote, et ils étaient étonnés de rencontrer dans les œuvres de ces philosophes un enseignement semblable, sur un grand nombre de points, à celui des Livres saints. Il ne leur vint pas à l’esprit que les païens aient pu s’élever par leurs propres méditations jusqu’à la vérité, ils en conclurent que la philosophie grecque était empruntée au judaïsme et que Platon n’était que Moïse parlant grec. Pour mieux concilier les deux philosophies, ils interprétèrent l’Écriture dans le sens allégorique, comme les Grecs d’alors interprétaient l’Iliade. Abraham devint la personnification de la sagesse, Sarah celle de la vertu, Noé représenta la justice et les quatre fleuves du paradis, les quatre vertus cardinales6.

En Occident, les Juifs étaient peu nombreux ; à peine en comptait-on quelques-uns dans les villes du sud de l’Italie. A Rome seulement ils formaient un groupe assez compact. Mais Rome était alors une ville cosmopolite et les Juifs n’y avaient qu’une situation fort médiocre. Ils habitaient un faubourg au delà du Tibre et c’étaient de petites gens, d’anciens esclaves, méprisés à la fois de l’aristocratie et de la plèbe romaines.

Tous ces Juifs, dispersés dans le monde, avaient conservé un centre. Si, dans chacune des villes ils avaient, comme nous l’avons dit plus haut, des synagogues, des maisons de prières et de réunion, ils continuaient à observer la loi qui interdisait d’offrir des sacrifices hors du temple de Jérusalem. Tous les ans, ils envoyaient consciencieusement à la ville sainte les deux drachmes7 exigées par Moïse, et cet impôt produisait des sommes considérables. Le plus souvent qu’ils le pouvaient, ils se rendaient à Sion, pour y offrir eux-mêmes des sacrifices au Seigneur.

La nation Juive était donc un peuple nombreux, répandu dans tout l’empire et franchissant même les limites du monde romain, un peuple uni par les liens d’une foi commune, qui restait intacte dans ses lignes principales, même au milieu des païens.

Telle était la vie des fils d’Israël qui n’étaient pas revenus sur le sol natal ou qui l’avaient de nouveau quitté après y être revenus. Mais qu’était devenu, pendant ce temps, le pays de David et de Salomon ?

II. — LA PALESTINE

En revenant de l’exil, les Juifs avaient trouvé leur patrie occupée par des étrangers transportés des provinces assyriennes. Ils reprirent sur eux le territoire des tribus de Juda et de Benjamin, mais le pays de Samarie resta presque entièrement entre les mains des étrangers. Dès lors la Palestine fut partagée en trois parties très distinctes.