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Le Râle de l'industrie française

De
347 pages

Une crise fatale, dont les plus aveugles ne sauraient nier l’existence, pèse aujourd’hui sur la plupart des industries françaises : la métallurgie, le lainage, le cotonnage, etc.

De tous côtés :

Les manufactures, les ateliers se ferment ;

Les feux des hauts fourneaux, des forges, des verreries, etc., s’éteignent ;

Les patrons ruinés se désespèrent ;

Les ouvriers chôment, et leurs familles meurent de misère.

On se tromperait étrangement si l’on nous taxait d’exagération.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Jules Du Mesnil-Marigny

Le Râle de l'industrie française

Et les interpellations qu'il a provoquées au Corps législatif

PRÉFACE

DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Notre cri d’alarme a été entendu !

Dans la première édition de ce livre, nous avons dépeint la déplorable situation de nos industries. Nous avons démontré, en outre, l’urgence d’une enquête sérieuse dont les investigations, si elles ne provoquaient pas la dénonciation des traités de commerce, mettraient, tout au moins, obstacle à ce qu’ils fussent renouvelés.

Les détails douloureux dans lesquels nous sommes entré, et, nous devons le dire, de nouveaux désastres industriels, parfaitement constatés, ont ému au dernier point le Corps législatif.

Saisi d’une demande d’interpellations à ce sujet, seule nature d’enquête que, d’après la Constitution, il ait le droit d’ordonner, elles ont été autorisées par ses bureaux, à l’unanimité.

Alors nous avons assisté à une lutte des plus vives entre les adeptes du libre échange absolu et les partisans d’une protection modérée. Les conséquences, sans aucun doute, en ont été fort heureuses pour ces derniers ; mais les succès qu’ils ont obtenus auraient été plus accentués, plus décisifs, si, par une stratégie mieux entendue, ils avaient eu le soin de porter le débat sur son véritable terrain.

Les protectionnistes se sont trop attachés à démontrer, à maintenir l’exactitude de tels ou tels chiffres d’exportation, d’importation, de transit, etc., et, d’après nous, ce n’était que subsidiairement qu’ils devaient recourir à ce mode d’argumentation.

Ces chiffres, consciencieusement relevés, étaient bien tout à la fois la mise en accusation et la condamnation des traités de commerce ; mais, infailliblement, ils devaient être contestés par d’habiles avocats devenus ministres, habitués à faire parler les. statistiques au point de vue de l’optimisme gouvernemental, et disposant de véritables armées de commis sans cesse inscrivant, transcrivant, et relevant des nombres, qui méritent à bien plus juste titre le surnom d’officieux que celui d’officiels.

Que fallait-il donc faire ?

C’était aux principes mêmes du libre échange que l’on devait particulièrement s’attaquer. Il fallait les prendre un à un pour mettre à nu leur faiblesse, pour les saper dans leurs fondements.

La question économique, brillante-de lumière, se serait alors dégagée des ombres dont on l’obscurcissait. Aucune hésitation, aucun doute, ne seraient demeurés dans les esprits, et pas une de ces pernicieuses idées que nous combattons, et qu’un petit nombre de vains sophistes ont la prétention d’implanter en France, ne serait restée debout.

Néanmoins, bien que l’ordre du jour ait été prononcé, décision dictée par une sage politique, ainsi que nous le démontrerons tout à l’heure d’éclatantes vérités, favorables à la cause industrielle, n’ont pas manqué de surgir, en traits lumineux, au-dessus de ces chaleureux débats, et le libre échange absolu n’y a recueilli que de notables déconvenues.

Nous en donnerons pour preuve les déclarations suivantes que MM. les Ministres ont faites à la tribune du Corps législatif, déclarations qui sont assurément l’aveu du mouvement rétrograde des libres échangistes absolus, forcés d’abandonner les positions qu’ils occupaient et qu’ils n’ont pu défendre :

  • 1° Non-seulement les traités de commerce ne seront pas aggravés, malgré le vouloir et la prise d’armes même d’une certaine école, mais encore ils ne seront pas renouvelés.
  • 2° Ces traités continueront, il est vrai, à subsister ; mais on se réserve à l’avenir la faculté de ne leur laisser jamais plus d’une année à vivre.

Après la glorification qui, si souvent, en a été faite naguère, pourquoi cette conduite timorée, cette réserve, cette réaction même à leur égard ?

Ne démontrent elles pas à tous que si les Ministres reculent devant la dénonciation immédiate de ces traités, du moins ils regrettent de les avoir acceptés dans leur teneur, puisque, non plus comme en 1860, ils veulent aujourd’hui, dès à présent, avoir la possibilité de leur donner, chaque année, un congé définitif.

Nous dirons plus : ils sont arrêtés par une sorte de point d’honneur, il y a là un faux-fuyant dans lequel se réfugie leur orgueil. En courbant la tête, on cherche à sauver les apparences, on n’ose avouer franchement ses torts ; car il est probable, il est presque certain qu’avant peu lès traités vont être remaniés dans leurs dispositions qui nous sont si funestes.

  • 3° Bien que, dans toutes les chaires publiques, il ne soit permis que de professer le libre échange, le Pouvoir n’en a pas moins déclaré du haut de la tribune qu’il n’adoptait ni ne suivait ce système, mais bien le vrai, le salutaire ; celui dont nous proclamons la supériorité depuis nombre d’années1 et qui consiste dans une protection modérée en faveur des industries qui la réclament à juste titre, et, dans le libre commerce, pour celles qui peuvent se passer de protection2.

Dominé par la force des choses, par l’évidence des faits, le gouvernement a donc été contraint de désavouer les principes qu’il avait tant exaltés, et qu’il cherchait à propager parmi la jeunesse française.

Le libre échange international peut être un mode de transaction utile en certains cas, funeste dans d’autres ; mais, quant à lui faire l’honneur de le qualifier, dans l’ordre de choses actuel, du nom dè principe, c’est une véritable dérision3.

  • 4° Le Corps législatif, dont l’école radicale du libre échange déclinait la compétence pour la fixation des taxes que l’on doit prélever à la douane, sera consulté4 désormais, lorsqu’il s’agira de les réviser.

A notre époque, où le Pouvoir met tant d’ardeur, tant de persévérance à relever le principe d’autorité, ne reconnaît-il pas implicitement, en revenant à l’ancien régime qui investissait les Chambres législatives de cette fixation, qu’il s’est fourvoyé d’une manière indigne.

Ajoutons que, dans leur déplorable défense du régime économique actuel, les ministres n’ont prouvé qu’une seule chose : c’est que la grande industrie française aurait été presque complétement anéantie sans les faibles droits de douane qui ont été conservés.

N’est-ce pas là encore un hommage rendu au système protecteur ?

Tels ont été les trophées que ce système a recueillis dans le conflit économique que le Corps législatif vient de laisser engager dans son sein, malgré les fautes de stratégie qui ont été commises.

Il est bien vrai, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, qu’à la suite des interpellations l’ordre du jour a été prononcé. Mais, après le nouveau langage des ministres, après leur nouvelle profession de foi économique, qui attestent un revirement dans leur gestion commerciale et industrielle, il ne pouvait en être autrement, surtout si l’on tient compte des circonstances politiques au milieu desquelles on se trouvait.

A ce moment, les catastrophes de certaines grandes Compagnies françaises, et les ruines dont elles étaient la cause, soulevaient d’incessantes récriminations contre nos gouvernants. Le public les accusait de n’avoir pas déféré à la justice l’agiotage effréné et illégal de ces Compagnies.

Il croyait même voir, dans cette inexplicable indulgence, une participation, une sorte de complicité du haut fonctionnarisme à leurs criminelles manœuvres.

Sourd à la voix de l’opinion publique, le gouvernement avait laissé, par son inaction, la Prusse triompher à Sadowa. On l’accusait d’avoir fait déchoir la France de la haute position qu’elle occupait en Europe.

L’argent, le sang, l’honneur français, venaient de couler à pleins bords dans cette déplorable expédition du Mexique.

En présence de l’agitation des esprits, il était impossible que l’Assemblée législative. sanctionnât une nouvelle accusation d’impéritie contre le Pouvoir. Elle ne pouvait permettre que l’on inscrivît au passif, déjà bien lourd, dé ce dernier, les funestes mesures économiques qu’il avait prises, ce système libre échangiste dont il avait assumé sur lui toute la responsabilité.

D’une désapprobation trop nette, trop catégorique, ne pouvait-il pas résulter de fatales conséquences ? Qui sait si l’on ne serait pas entré dans cette phase terrible qui, sous la Restauration, suivit le vote des 221 !

Toutefois, pour indiquer aux ministres la direction économique qui lui paraissait la plus convenable, le Corps législatif, tout en les soutenant, a été bien loin de leur accorder, cette majorité de suffrages à laquelle ils étaient habitués depuis si longtemps5.

Autre fait caractéristique.

Les orateurs, à qui l’on doit les protestations les plus énergiques contre le libre échange, ne siégeaient point sur les bancs de l’opposition. Ils comptent, au contraire, parmi les députés les plus dévoués à l’Empire.

Dira-t-on que ce sont des renégats, d’indignes soldats qui ont tiré sur leurs généraux ? Non ; la vérité, la conviction, l’intérêt général, ont été les seuls mobiles de leur conduite. Les paroles sévères qu’ils ont fait entendre, leur vote, désaveu formel du régime adopté, doivent être considérés comme un rappel à la prudence, à la sagesse.

Que messieurs les libres échangistes absolus ne se glorifient donc pas de cet ordre du jour ! Il ne fut qu’une nécessité politique, et non une victoire économique. Bien au contraire, dans les chaleureux engagements, dans les hostilités mêmes qui ont eu lieu, leur système a reçu une atteinte dont il ne se relèvera jamais.

II

Depuis ce vote de clôture, accordé par la majorité du Corps législatif aux ministres pour leur épargner la confusion que leur ménageaient les réponses d’orateurs arrivant à la tribune les mains pleines de faits irrécusables ; — depuis qu’il est bien avéré que ce secours in extremis doit être attribué à la faiblesse des arguments officiels, aux chiffres sophistiqués sur lesquels ils s’appuyaient, les temps sont bien changés pour le libre échange absolu.

Il faut qu’il replie les banderoles, les oriflammes qu’il agitait si victorieusement dans les airs. Ses partisans doivent se résigner ; ils sont tenus de fermer discrètement leur bouche à ces outrecuidantes paroles dont ils se sont montrés, autrefois, si prodigues. Quelque dépit qu’ils en aient, ils ne sauraient plus, sans s’exposer à la risée publique, traiter les protectionnistes de fossiles antédiluviens, de mastodontes horribles à voir, de phénomènes paléontologiques dont la race avait disparu.

Toutes ces malfaisances, qui n’étaient pas sans produire un certain effet sur le public ignorant, devront être reléguées, maintenant, dans le musée rétrospectif des curiosités du libre échange, avec toutes les autres armes ébréchées dont il s’est servi pour répandre ses doctrines.

Nous n’entendrons plus les courtisans de l’Empereur proclamer d’un ton superbe qu’il était le promoteur unique des traités de commerce, qu’à lui seul en revenait, toute la gloire !

Le satirique Boileau nous avait déjà appris que

« L’ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,
De tout temps rencontré de zélés partisans. »

On regrette, maintenant, ces imprudentes paroles6.

Dieu merci ! nous voici à jamais délivrés de ces tirades à effet, de ces périodes brillantes, de ces grands mots sonores, par lesquels nos hommes d’État se plaisaient à célébrer le système du libre échange absolu, comme le dernier terme du progrès commercial et industriel, comme le trait d’union sublime qui devait amener l’ère de la fraternité universelle.

On a enfin reconnu l’affreux vide de cette doctrine ; on en a apprécié toutes les déceptions7.

Désormais, il ne suffira plus aux ministres de monter au Capitole pour déjouer, pour repousser, en matière économique, les attaques de leurs adversaires. Les interpellations ont détruit le prestige, dissipé les illusions dont ils ont abusé certains esprits faibles. Ils ont été même réduits aux arguties, pour se défendre d’avoir outrepassé les droits qu’ils tenaient, disaient-ils, de la Constitution8, et qui les autorisaient à conclure avec l’étranger des traités de commerce, directement et sans aucun contrôle.

III

Ce n’est pas sans peines, sans efforts, que l’on est parvenu à obtenir de nos Excellences les concessions, les explications que nous avons reproduites. Il a fallu qu’une évidence irrésistible les mît en demeure de reconnaître les sinistres signalés de toutes parts.

Mais l’important, l’essentiel, c’est le compromis qu’ils ont accepté ; ce sont les concessions auxquelles ils ont été forcés d’acquiescer devant l’Assemblée législative. Certes, cette Assemblée, si dévouée qu’elle fût à l’Empire, ne pouvait, cependant, pas se rendre solidaire de la déconsidération qui pèse sur ceux qui ont imposé au pays d’aussi fâcheuses mesures économiques.

Étrange résistance, étrange conduite, que cependant nous voyons se renouveler chez les représentants du Pouvoir absolu, chaque fois qu’après avoir pris des décisions imprudentes, étourdies, ils ont à se défendre contre les reproches d’incurie, d’imprévoyance, qu’on ne manque pas de leur adresser.

Ils ont beau se succéder les uns aux autres, cariatides à la pose toujours uniforme, toujours identique, c’est de la même manière qu’ils soutiennent leur gouvernement.

Opposer constamment des dénégations formelles aux témoignages les plus véridiques qui les condamnent ; telle est leur tactique habituelle. Mais les faits qu’ils dénient arrivent à parler avec l’éloquence souveraine, avec la brutalité qu’on leur connaît. La vérité éclate et c’est la honte, au front, que ses puissants détracteurs sont forcés de lui rendre hommage.

N’avons-nous pas déjà assisté à ce triste spectacle, lors de la discussion sur la bifurcation des études ? Les représentants du Pouvoir soutenaient l’extrême bonté de ce règlement scolastique. Ils le maintenaient, en dépit des réclamations les mieux fondées ; puis un beau jour, le langage du lendemain s’est trouvé entièrement opposé à celui de la veille. Il fallut l’avouer, la bifurcation abaissait le niveau des études.

C’est à regret que nous rappelons de nouveau la campagne du Mexique. Mais quelles dénégations éloquentes des réalités qui parvenaient à se faire jour à travers l’Océan ! Quel avenir glorieux ! Quels succès, jusqu’au jour où les voiles, qui recouvraient le fatal secret, furent horriblement déchirés à la bataille de Queretaro !

Parlerons-nous du système suivi en Algérie ?

Combien de fois et sur combien de tons n’a-t-il pas été préconisé ! Ce qui n’empêche pas que les désastres, aujourd’hui connus, et auxquels on devait s’attendre, nécessitent une révolution radicale dans le régime administratif de ce malheureux pays.

Que dire encore de cette habile politique que l’on prétendait suivre en Italie, en Allemagne, etc., et à laquelle ont succédé des angoisses patriotiques9 ?

Ce même esprit d’optimisme a guidé nos ministres lorsque, si longtemps, ils ont fermé les yeux sur les désastres industriels qui se multipliaient à l’entour de nous. Ils en constateraient encore bien plus qu’ils n’en reconnaissent, si, toujours animés du même esprit, ils ne se refusaient pas à l’enquête qu’on leur demande.

Ils comprennent que, si cette enquête s’ouvrait, leur éloquence ne pourrait les empêcher de sombrer. Déjà, au dire même de leurs amis, pour maintenir leur navire à fleur d’eau, n’ont-ils pas été obligés de faire des sacrifices, en jetant par-dessus bord une forte partie de leur cargaison ?

Imprudents, pourquoi ces détours ? pourquoi ces ruses ? A quoi bon vouloir masquer des erreurs dont il faudra que vous conveniez un jour, et qu’alors vous expierez bien plus cruellement ?

Que l’on ne nous accuse pas de manquer de civisme, parce que nous insistons sur les torts du gouvernement ; n’est-ce pas au contraire faire acte de bon citoyen ? Ne se montre-t-on pas en agissant de la sorte, ami plus sincère du Pouvoir, que les complaisants qui l’applaudissent toujours et quand même ?

Détestables flatteurs, présent le plus funeste
Que puisse faire aux rois la colère céleste10

Quoi ! le patriotisme ne se manifesterait qu’en niant les fautes qui se commettent dans les hautes régions ; qu’en traçant le tableau menteur d’une prospérité imaginaire ? On serait traité d’anarchiste par cela seul que, simplement, sans exagération aucune, on indiquerait du doigt les plaies vives de l’industrie !

Qu’est-ce donc que ce patriotisme de convention, tel que l’entendent ceux qui porteront éternellement le nom de satisfaits ?

Non, la vérité seule peut jeter aux gouvernants le cri sauveur de Garde à vous ! C’est en la mettant en pleine lumière, cette sainte vérité, que l’on parviendra à faire entrer les nations dans des voies de salut et de prospérité.

Oh ! qu’il serait d’une meilleure politique de se montrer toujours franc et loyal ! Comme on s’appuierait solidement sur la confiance de ses administrés, si, toujours consciencieux, on regardait comme son premier devoir celui d’être sincère !

Le gouvernement personnel est donc essentiellement dangereux ; non-seulement, parce qu’il est plus faillible que tous autres, mais encore parce qu’il emploie tous ses efforts, met en œuvre toutes les ressources dont il dispose pour empêcher qu’on ne reconnaisse le mal qui a été fait et, en conséquence, qu’on n’y porte remède.

Qu’il en est différemment, lorsqu’une nation se gouverne elle-même ! Chaque jour marque un pas nouveau fait plus avant dans le champ de l’expérience. On n’a point à déguiser les erreurs, à nier les mesures, imprudentes, mais on cherche à les réparer immédiatement, on cherche surtout à n’y plus retomber.

IV

Aux termes des discours prononcés par MM. les Ministres, en réponse aux interpellations, n’est-on pas en droit de se poser les questions suivantes que nous trouvons dans une pétition adressée tout nouvellement au Sénat ; pétition dont nous espérons qu’il sera tenu compte.

« Pourquoi ne professe-t-on que le libre échange absolu dans toutes les chaires créées par le gouvernement, soit en province, soit à Paris ?

Pourquoi, du haut de ces chaires, l’excellent, l’officiel système économique de la protection modérée pour certaines industries, et du libre échange, lorsqu’il est convenable de l’appliquer, y est-il journellement honni, conspué ?.

Évidemment, une telle direction imprimée aux études nationales est illogique et funeste ; elle fausse, elle pervertit le jugement de la jeunesse française ; elle lui donne les notions les plus erronées sur la véritable science économique que l’on ne saurait trop répandre ; elle nuit essentiellement aux intérêts de la France.

Loin de nous de vouloir nous opposer à ce que les libres échangistes absolus propagent à leur gré, et par les moyens dont ils disposent, leur système si préjudiciable à la France. Mais quant aux chaires dont les professeurs émargent au budget, il nous paraît convenable que, tout au moins, elles soient partagées par moitié, entre ceux qui soutiennent le système gouvernemental et ceux qui le combattent. »

Quand bien même notre espoir serait déçu, la France est maintenant trop éclairée, pour que la bonne économie politique qui, pendant un certain laps de temps, sous l’étreinte des libres échangistes, avait été forcée de rétrograder, ne regagne pas bientôt le terrain qu’elle avait perdu. Nous pouvons déjà reconnaître le chemin qu’elle a fait, pendant les trois ou quatre mois qui viennent de s’écouler.

En publiant cette seconde édition, nous n’avons pas manqué de passer en revue les arguments11 mis par le ministère au service de la cause libre échangiste, durant la polémique ardente et lucide à laquelle ont donné lieu les interpellations au Corps législatif. On ne pourra s’empêcher de reconnaître l’insignifiance, la nullité de ces arguments. Aussi, la verve poétique et satirique de notre chansonnier populaire Nadaut, s’en est-elle inspirée dans la charmante fable dont nous donnons l’extrait suivant :

Sérapis, qui régna jadis en Zanguebar,
Eut le tort de conclure un traité de commerce
Avec Madapollam, roi de Madagascar.
Ce traité suscita longtemps la controverse.
Sérapis le voulait ; ses nombreux partisans
Le déclarèrent bon, utile, indispensable ;
Il fut donc fait d’accord et signé pour dix ans.
Madapollam en eut une joie ineffable.

 

A ce régime-là plus d’un peuple eût péri.
Celui dont nous parlons avait tant de ressources,
Qu’il existait toujours, comme un fleuve appauvri
Qui coule encore après qu’on a tari ses sources.
Les choses cependant suivaient le même cours ;
Le roi Madapollam emplissait sa cassette,
Et son gouvernement (qui se plaignait toujours)
Sans faire un seul emprunt amortissait sa dette.
Quatre ans, six ans, huit ans venaient de s’écouler,
Le traité décennal approchait de son terme :
« Sérapis est content, il va renouveler,
Disait Madapollam ; tenons donc fort et ferme. »
Sérapis écrivit à son cher allié :
« Tout homme, fût-il roi, peut faire une sottise ;
Il n’en convient jamais tant qu’il se sent lié.
Mais, le bail expiré, sans honte il se ravise. »
Madapollam reprit : « Votre intérêt, le mien,
Le droit, la liberté, le progrès, l’abondance.... »
 — « Pardon, dit Sérapis, les mots ne prouvent rien,
Et votre liberté sent trop la dépendance :
J’ai signé ce traité, je l’ai fait à mon dam ;
Il est mort, Dieu merci ! » Tels furent les messages
Du feu roi Sérapis à feu Madapollam.
Tous les rois d’aujourd’hui ne sont pas aussi sages.

PRÉFACE

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

La France, par ses opinions économiques, appartient essentiellement au système protecteur.

Elle a fait dans le passé et elle fait dans le présent une trop douloureuse expérience de la doctrine opposée, pour que même les tentatives obstinées de propagande libre échangiste, opérées par le gouvernement, puissent, modifier ses croyances à cet égard.

Maîtresse d’elle-même, en possession de son libre arbitre, jamais elle n’eût consenti à ratifier le traité de commerce, qui, en 1860, fut conclu avec l’Angleterre. Mais un jour, éperdue, affolée de terreur et influencée, entraînée par un nom qui réveillait de glorieux souvenirs, elle eut le tort de remettre ses destinées économiques aux mains d’un seul homme dont, cependant, les écrits témoignaient hautement de convictions semblables aux siennes1.