Le sens de la peine

Le sens de la peine

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96 pages

Description

Dans ce bref essai polémique, nourri par une solide expérience d'intervenant en prison, Nicolas Frize en fait la démonstration implacable : plus le motif du « sens de la peine » envahit le discours des hommes politiques et des représentants de l’institution judiciaire et pénitentiaire, moins ce sens apparaît dans la réalité de l’exécution des sanctions pénales. En un temps où prévalent les approches sécuritaires des crimes et délits et de toutes les formes de « déviance », et où l’emportent les pratiques répressives, le sens de la peine, tel que le condamné est supposé se l'approprier, est tout entier capté par le désir de vengeance des victimes et l'intention d'intimidation de l'autorité. L'injonction : « Donne un sens à ta peine ! » est aussitôt recouverte par cette autre : « Entre dans notre monde coercitif, soumets-toi aveuglément aux règles disciplinaires du jeu judiciaire et de l'institution pénitentiaire. »

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Date de parution 06 janvier 2015
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EAN13 9782756105482
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Nicolas Frize
Le Sens de la peine
État de l’idéologie carcérale Dans ce bref essai polémique, nourri par une solide expérience d'intervenant en prison, Nicolas Frize en fait la démonstration implacable : plus le motif du « sens de la peine » envahit le discours des hommes politiques et des représentants de l’institution judiciaire et pénitentiaire, moins ce sens apparaît dans la réalité de l’exécution des sanctions pénales. En un temps où prévalent les approches sécuritaires des crimes et délits
et de toutes les formes de « déviance », et où l’emportent les pratiques répressives, le sens de la peine, tel que le condamné est supposé se l'approprier, est tout entier capté par le désir de vengeance des victimes et l'intention d'intimidation de l'autorité. L'injonction : « Donne un sens à ta peine ! » est aussitôt recouverte par cette autre : « Entre dans notre monde coercitif, soumets-toi aveuglément aux règles disciplinaires du jeu judiciaire et de l'institution pénitentiaire. » Nicolas Frize est compositeur ; il est en outre responsable du groupe de travail « Prisons » de la Ligue des droits de l’homme. Historienne, Madeleine
Rebérioux est présidente d’honneur de la Ligue des droits de l’homme. EAN numérique :997788--22--77556611--0055448-72-5EAN livre papier : 9782849380017www.leoscheer.com
w w w.centrenationaldulivre.fr
LE SENS DE LA PEINE
©Éditions Lignes & Manifestes, 2004
NICOLAS FRIZE
LE SENS DE LA PEINE
État de l’idéologie carcérale
Préface de Madeleine Rebérioux
Editions Léo Scheer
Préface
La musique. Le travail sur les droits, individus et collectifs. L’action concrète pour les détenus. Je croyais connaître quelques facettes de Nicolas Frize. Je l’ai rencontré pour la première fois au musée d’Orsay lorsque nous préparions un concert pour saluer la fin du chantier. Quinze années au moins se sont écoulées, au fil desquelles je l’ai retrouvé, sous la pluie, à Montreuil, pour célébrer le bicentenaire de la Révolution, puis à Saint-Denis où, dans la basilique chère à nos rois, il dirigeait des centaines de gamins et de gamines. C’était un jour de grève générale des transports ! La basilique était archicomble, et les noms de tous les chanteurs ornaient, ou plutôt constituaient le programme. Enfin vint la prison. Manière de dire. Car détenu, il ne le fut pas. Mais avec eux. En République, en citoyenneté, ce mot aujourd’hui quelque peu galvaudé. Presque autant que les « droits de l’homme ». On peut ici se rappeler Aragon, jeune homme : «J’ai fait le mouvement Dada, disait le dadaïste. Et en effet, il l’avait fait.» Répéter, annoncer, bavarder à la télé, soit. Mais faire, après avoir fait.
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Or Nicolas Frize fait. Il agit. Il est de ceux chez qui l’écriture même, musicale ou autre, engage la vie réelle. C’est pourquoi j’ai eu du bonheur à lire ce petit livre où il communique non seulement les raisins, mais les raisons de sa colère. Certes, il y a des garants, plus âgés :Surveiller et punir. Puis le Groupe d’information sur les prisons (GIP). Mais leGIP, né en février 1971, se dissout au bout de deux ans à peine. Chacun dès lors, qu’il appartienne ou non à la génération de Foucault, marche à son pas. Que faire après cette initiative ? Je ne prétends pas reconstruire la démarche qu’il a suivie. Mais je suis de ceux pour qui elle a un sens. Il y a la Commune de Paris en hommage à laquelle il a orchestré (qui le sait ?) des chansons, populaires forcément. Il y a les salariés qui ont construit Orsay. Il y a les bambins des lointaines banlieues et les malades des hôpitaux où affluent les Maghrébins chassés par la misère. Et il y a la prison. « Nul de nous n’est sûr d’y échapper. » En effet : Algériens qui se battaient pour leur indépendance, Kurdes, Français et étrangers résistants, mauvais garçons et jolies filles, « Arabes » présumés terroristes. Comment y vit-on, comment y survit-on ? Comment y est-on privé non seulement de liberté (c’est cela la peine, et c’est beaucoup), mais de tout respect, de toute identité ? Comment y apprend-on à se soumettre ? On dira : rien de nouveau sous ce sombre soleil, ce soleil lumineux dont sont privées les cellules des détenus. Mais si. Même si le surpeuplement relève dulamentotraditionnel, jamais ne fut aussi intense l’usage de la préventive. C’est être puni, sans justice, sans preuve. Pour le plaisir alors ?
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