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le Sociographe n°13 : Clandestins ?

De

Ce dossier fait suite à un projet mené par un groupe d’étudiants en travail social auquel j’appartenais. Dans le cadre de notre formation d’éducateur spécialisé, nous avons organisé une conférence-débat sur la question des mineurs étrangers isolés (qui s’est tenue en septembre 2002 à l’IRTS du Languedoc-Roussillon).Pourquoi « Clandestins » avec un point d’interrogation ? Peut-être parce que nous voulions nous pencher sur ce qui semble être contradictoire dans la situation de ceux qui sont trop souvent nommés des « irréguliers ».


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Le sociographe
Numéro treize
Clandestins ?
coordonné par Bertrand Gaudel, éducateur spécialisé
La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL
Edito Partir pour là
Point d'interrogation
I/ Migrants en galère
Table des matières
Quand l'impensable se produit... Un médecin face au bidonville de migrants Roms tsiganes Jean Faya
Régularisation des « sans papier » Bienfaits, limites et idées reçues Smaïn Laacher
Olivier Clochard Quel bilan du camp de Sangatte ?
Nolwenn Leroux Enfants migrants, caractéristique : sans parents...
II/ En sortir quand même ?
Lorraine Nicolas Sans papiers en situation régulière A la recherche d'une légitimité
Pascale Ruffel et Zoubir Chattou Migrer : un enjeu (réel et symbolique) de vie et de mort Roman familial d'un jeune Marocain
Adam Tyar et Martine Mafféi Clinique de l'asile
Bonaventure Kagné Les « sans-papiers » en Belgique De l'illégalité à l'action collective citoyenne
Pour suite
Notes de lecture
Edito
Partir pour là
On ne saurait évoquer la migration sans référence à la circulation et au déplacement ; termes trop souvent confondus et qui pourtant s’exclus l’un l’autre. « Circuler, il n’y a rien à voir », tel est l’expression « régalienne » pour éloigner les badauds ou témoins gênants. Par contre, lors de guerre ou de grande famine, lors d’appel à de la main d’œuvre, lors de transformation sociale profonde, c’est le « déplacement de population » qui fut le terme utilisé. La circulation, dans son acception quasi mathématique, ne déplace rien, elle ne fait que « faire un petit tour ». Par contre, se déplacer d’un point A à un point B, c’est changer de nature, sans certitude d’un retour possible. Si la circulation suppose un éternel retour, le déplacement se présente toujours comme un possible non-retour. Ainsi, la question de la migration qui paraît poser politiquement des problèmes récurrents à mesure que s’affirme la libre circulation des personnes, semble paradoxalement affirmer la circulation contre le déplacement.
Autrement dit, la circulation se présenterait comme un outil de reproduction sociale puissant, là où le déplacement nécessiterait la production d’un être-ensemble et d’un devenir-autre. La circulation spatialise, là où le déplacement est temporalité. D’ailleurs, si la circulation, dans le libéralisme ambiant, cherche à se défaire de toute réglementation, le déplacement fourni aujourd’hui plus que jamais, une inflation légaliste de règles et codes en tout genre.
Le déplacement dérange, que celui-ci soit géographique, social ou même psychique. Ce que pose la migration de personnes avec leur lot de répression, peut nous servir de mesure pour observer la manière dont, dans l’écoute par exemple, le déplacement est tout autant réprimé. Écouter quelqu’un se résout trop souvent dans l’écoute de son besoin, de sa demande, de son manque. Il semble n’y avoir d’écoute que condescendante, comme si le locuteur qui trouvait une oreille était réduit, amputé, amoindrie. Ce n’est pas sans poser question sur la nature des relations que nous entretenons. Faut-il que l’écoute se réduise au contenu d’un contrat de travail qui subordonne le locuteur ? L’écoute serait tant réprimée qu’elle trouverait boissons, musique constante et bruits de toutes sortes pour s’assurer que personne ne s’écoute hors contrat ? C’est que l’écoute dérange, elle aussi. Elle transmet et peut déplacer des choses plutôt que reproduire l’existant. Dans l’écoute, il n’y a pas quelqu’un qui appelle en se subordonnant (au téléphone, au mail, SMS, ou autre), qui a besoin, qui demande, etc. L’écoute, c’est être pris dans le risque du devenir-autre. Être pris dans une rencontre de laquelle on peut ne pas en revenir. C’est risquer de se déplacer ailleurs avec l’autre.
Ce qu’on appelle la « crise d’adolescence » pourrait aussi être appréhendé par le prisme de la migration. Elle pose la question de l’écoute d’une manière cruciale. C’est un moment de l’existence où il faut que l’enfant devienne adulte en quittant ses parents, en déménageant, en allant ailleurs, en se déplaçant avec quelqu’un d’autre pour faire une famille autre. Or, on sait la manière dont l’adolescence tend à s’étendre dans l’âge, comme si le déplacement devenait de plus en plus difficile. Il semble que les jeunes sortent, partent, mais reviennent toujours au « bercail », comme si c’était là leur unique existence. On peut même comprendre que dans cette
perte de référence au déplacement qui donne de l’historicité au temps, la nature des relations dans la famille puisse aussi se dérégler, en confondant les générations dont le cas extrême est la pédophilie. Dans la circulation, on repasse toujours au même endroit, on se reproduit dans le même espace. Le devenir se fait horizon. Le déplacement suppose le franchissement d’un seuil qui amène aussi une transcendance.
La figure du migrant apparaît quelque peu désuète en ces temps de mondialisation. Elle est pourtant porteuse du devenir non seulement de ceux qui sont loin, mais aussi de ceux qui nous sont tout proches. La réalité lointaine nous touche souvent au plus près, sans qu’on s’en rende compte. Le migrant ne nous invitent-ils pas sans cesse à chercher à saisir ce qui s’en va, ce qui se déplace, ce que nous perdons, ce qui nous échappe, et qu’on ne peut, par définition, jamais saisir ? En ce sens, la figure du migrant est tout autant irréductible que la figure du temps qui nous fait corps ; corps que nous cherchons toujours, et qui nous échappe tout le temps.
À l’image de cette migration, souhaitons que la revue donne à ses lecteurs cette même perspective. En nous déplaçant à chaque numéro sur une thématique différente, puissions-nous amener le lecteur à saisir ce qui, dans les différentes réalités de ceux qui traversent le travail social, est irréductible .
GNP
Point d'interrogation
> dossier coordonné par Bertrand Gaudel éducateur spécialisé
Le dossier fait suite à un projet mené par un groupe d’étudiants en travail social auquel j’appartenais. Dans le cadre de notre formation d’éducateur spécialisé, nous avons organisé une conférence-débat sur la question des mineurs étrangers isolés (qui s’est tenue en septembre 2002 à l’IRTS du Languedoc-Roussillon). Nous avons pu voir lors de cette conférence que ce sujet interpellait bon nombre de professionnels (éducateurs, assistants de service social, magistrats, enseignants, personnels soignants...) souvent démunis lorsqu’ils devaient effectuer l’accompagnement de ces jeunes. De plus, militants associatifs et politiques alimentèrent également le débat.
Cependant, l’absence de responsables institutionnels, que nous avons pu constater et regretter malgré les invitations, témoigne du sujet polémique et politiquement dérangeant.
Le rédacteur en chef du Sociographe, modérateur du débat, nous proposa de prolonger et d’élargir ce projet par la coordination d’un numéro. Seul à répondre à cette proposition, il me revient donc de présenter ce numéro : Clandestins ?
Pourquoi « Clandestins » avec un point d’interrogation ? Peut-être parce que nous voulions nous pencher sur ce qui semble être contradictoire dans la situation de ceux qui sont trop souvent nommés des « irréguliers ».
La première partie intitulée « Migrants en galère », est une description et une analyse des conditions de vie de ces personnes sur le territoire français. Elle éclaire les aspects juridiques ainsi que les représentations et les idées reçues contenues dans la situation de ces dits « irréguliers ».
Le témoignage de J. Faya, médecin bénévole au sein d’une association médicale, est tout à la fois un aveu d’impuissance ainsi que l’affirmation d’une indignation. L’auteur s’interroge sur le racisme spécifique dont sont victimes les populations Roms tsiganes. S. Laacher nous permet de remettre en cause quelques sens communs sur la réalité sociologique des personnes dans la migration et des phénomènes migratoires. Il nous permet de mieux comprendre certains de ceux qui quittent leur pays pour s’installer ailleurs, vivre une nouvelle vie dans un pays qu’ils ont choisi. O. Clochard dresse un portrait sans concession de ce qui s’est passé dans ce fameux camp de Sangatte, entre son ouverture en 1999 et sa fermeture en 2002. Zone de non-droit, ce centre ne semble avoir eu d’humanitaire que le nom.