//img.uscri.be/pth/ee559fad96cf118177a927b93c11c4f472a1f2db
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,99 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

le Sociographe n°17 : S'habiller. Socialisation, médiation, corps.

De

Le vêtement inspire bien souvent quand il s'agit de l'enlever, il inspire sans doute moins quand nous nous proposons de l'étudier. Et pourtant, derrière les matières tissées se cachent de multiples réalités que nous souhaitions mettre à nu. Tirer un peu plus le fil afin que se dévoilent les rouages, les enjeux de ce que nous portons, ôtons, de ces matières aux formes diverses et aux couleurs variées qui siéent aux uns et si mal aux autres, emprisonnant une partie de nous-mêmes par le biais d'odeur peut-être (le linge sale...), mais aussi d'apparence (reflet d'âme...), de forme (ou de difformité, handicap ou disgrâce d'un corps ainsi masqué, déformé, conscient d'une nature contre culture...), d'appartenance (marques ou griffes qui s'inscrivent à même le corps...), de distinction (singularité illusoire ou quand le prêt-à-porter s'apparente à un prêt-à-penser...), de tradition.


Voir plus Voir moins

cover.jpg

Le sociographe

Numéro dix-sept

 

S’habiller

Socialisation, médiation, corps

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

img1.jpg

 

Table des matières

 

 

Editorial Travail social : un métier à tisser ?

Etre et paraître

I/ Socialisation Denis Fleurdorge Du vêtement en général...  et de celui de l’exclusion en particulier

Just wear it Sur la prédominance des marques dans l’habillement des jeunes

Etienne Wéber Humeurs étudiantes... sur le vêtement des travailleurs sociaux

Géraldine Landry Branding games Modes, marques, magie

II/ Médiation

Vincent Tournier Vêture du bébé, investiture du papa

Thierry Berquière Perceval se change

Pierre Boiral L’hôpital par son linge Analyse socio-linguistique d’une organisation

III/ Corps

Sylvie Pouilloux La construction vestimentaire Au carrefour du social, du symbolique et du psychique

Françoise Blaise-Kopp Habits vécus Nudité, intimité, identité

Anne-Marie Bouzon Habiller le corps handicapé L’exemple d’Habicap

IV/ Ailleurs

Martine Elzingre Des bédouines en Jordanie Vie tribale et identités

Pour suite

Note de lecture

 

img2.jpg

Editorial
Travail social :
un métier à tisser ?

 

Le sociographe ne présente jamais des articles ou des auteurs «en couverture», comme le font

certains médias en essayant de « pousser des coudes » parmi ceux qui veulent faire la « couverture médiatique » d’un événement. Nous n’avons pas d’événement ici, si ce n’est une réalité sociale vécue par des personnes qui sont ceux pour qui œuvre le travail social de manière générale, et les instituts de formation du travail social en particulier.

Le problème de la couverture, c’est qu’elle participe souvent à recouvrir toute réalité sociale de son substrat. Ne reste alors qu’une couverture de surface dont on observe les plis et les déchirures tant elle est tirée de tous côtés. La couverture reste essentialiste, recouvrant les réalités sociales du côté de l’utilité, de la nécessité et de son contraire, le manque ou l’absence de couverture qui expose alors au froid. C’est que la couverture n’est pas le vêtement, lui-même plus subtil, désignant des réalités plus fines et plus complexes.

Le vêtement est en effet autre chose que ce qu’on voit. Les sous-vêtements sembleraient ne pas être encore le vêtement ; comme le survêtement, le pardessus ; ni même les accessoires du vêtement que peuvent être l’écharpe, le foulard, la cravate, les gants, les bijoux, les chapeaux, les parapluies ; voire les « objets nomades » que sont les téléphones portables et autres iPod qui pourtant cherchent leur place dans les vêtements et même à se vêtir des apparats les plus chic. Notre photographe, pour ce numéro, semble d’ailleurs l’illustrer…

Pour autant, le vêtement renvoi à la couverture, ou plutôt au fait de se couvrir et de se découvrir. Il y a des vêtements « chauds », ou « légers » ; et le médecin, avec pudeur parfois, demande à son patient de se dévêtir. Ce qui n’est pas le cas de l’habit qui, s’il peut être « chaud » ou « léger », renvoi à l’apprêtement, à la coordination des couleurs et son corollaire, le maquillage. Sans fard, le vêtement couvre et découvre les réalités sociales comme du tissage, du métissage social. Le vêtement prend son sens ni dans sa fonction de recouvrement, ni dans les rôles de distinction de l’habit ; il tisse, il maille la nature des relations sociales qui habitent les personnes et la manière dont celles-ci les habitent.

En ce sens, le vêtement se trouve dans la coupe de l’habit, dans sa matière et son procédé de tissage ou de tricot ; bref, dans son façonnage. Le vêtement est une façon !

L’accros à la chemise ou au pull, la guenille, le boutonnage du « mercredi au jeudi », ou mettre son polo « devant-derrière » renvoi plus sûrement au vêtement que ne pourrait le faire la couleur, la forme ou la marque de l’habit. Le vêtement est une texture composée de fils et de laines, eux-mêmes façonnés. L’ourlet, le pli, la reprise, donne aux couturiers, au ravaudage et à la stoppeuse des fonctions sociales dont on a souvent repris le sens dans le travail social.

Face à la déchéance de certaine personnes, ne parle-t-on pas de réparation, de reprise, voire de ravaudage, de donner le pli, de stopper certaines pratiques ? Filer la métaphore, permet de penser le vêtement comme une sorte de seconde peau qui met au monde social les personnes. Il n’y a pas si longtemps que les pères ôtaient leur chemise à la naissance de leur enfant pour les entourer de l’activité sociale.

Aussi, serions-nous autorisé à penser que les métiers du travail social sont une sorte de métier à tisser. Non pas que ces métiers tissent du lien social, mais que dans le jeu social, ils peuvent sans doute être les instruments par lesquels du lien se tisse, se façonne, se pli.

 

La rédaction d’une revue reproduit à sa manière le métier à tisser. Le façonnage d’un ouvrage de papier et d’encre reprend largement la terminologie du vêtement. On parle de couverture également, mais aussi de « dos carré collé ». La couture des pages ainsi que leur dorure et la parure d’un ouvrage semblant ouvrir sur l’habit.

Qui plus est, le travail de rédaction qui associe plusieurs instituts de formation de travailleurs sociaux conduit chaque membre de la rédaction à tisser des liens, des relations dans cette tentative de contribuer, dans le langage et par le langage, à la constitution d’un monde où l’altération n’est pas le signe d’un manque mais d’une activité sociale qui s’élargie et s’étend. Le Sociographe ne cherche pas tant à habiller ceux qui n’auraient pas d’habits, qu’à rendre compte des manières d’user les vêtements qui, dans les pratiques sociales, prennent toujours des formes plus larges et étendues.

GNP

img3.jpg

img4.jpg

Etre et paraître

 

> dossier coordonné par Marie-Christine Llorca, docteur en sciences de l’éducation et par Gérald Dudoit, sociologue

 

Le vêtement est accessoire et pourtant l’accessoire se fait essentiel dans nos

rapports aux autres et à nous-mêmes. A l'heure du voile, d'un prétendu retour à l'uniforme maintes fois envisagé à l'école, l'habit et nos façons de l'habiter surgissent de temps à autres au détour de discours bien trop souvent convenus.

Le vêtement inspire bien souvent quand il s'agit de l'enlever, il inspire sans doute moins quand nous nous proposons de l'étudier. Et pourtant, derrière les matières tissées se cachent de multiples réalités que nous souhaitions mettre à nu. Tirer un peu plus le fil afin que se dévoilent les rouages, les enjeux de ce que nous portons, ôtons, de ces matières aux formes diverses et aux couleurs variées qui siéent aux uns et si mal aux autres, emprisonnant une partie de nous-mêmes par le biais d'odeur peut-être (le linge sale...), mais aussi d'apparence (reflet d'âme...), de forme (ou de difformité, handicap ou disgrâce d'un corps ainsi masqué, déformé, conscient d'une nature contre culture...), d'appartenance (marques ou griffes qui s'inscrivent à même le corps...), de distinction (singularité illusoire ou quand le prêt-à-porter s'apparente à un prêt-à-penser...), de tradition.

 

A l'origine de ce numéro, un appel à auteur et une multitude de questions tant cet objet, malgré le fait que nous le côtoyons au plus prés de façon quotidienne, semble en son essence empreint de contradictions. Nous avons endossé un costume, celui de co-coordonnateur et avons essayer d’agencer ces divers éléments de manière cohérente. Socialisation, médiation, corps et une vue d'ailleurs composera cet assemblage.

 

— Dans une première partie, la question du vêtement est envisagée sous l'aspect de la socialisation. Marques, logos ou quand les « faiseurs d'habits » s’emparent de la période de l'adolescence pour promouvoir, dans une illusoire démarcation, une construction vesti-identitaire pré-fabriquée (Joseph). Marques et modes, mais également magie ou lorsque la mode se révèle être féerie du code, hantant toutes les sphères de la vie sociale (Landry). Fonctions sociales toujours, autour de la question de l'existence d'un vêtement spécifique de l'exclusion à même de nous renseigner sur celui qui en est le porteur, pour qui sait le lire (Fleurdorge). Enfin, une enquête menée auprès de futurs travailleurs sociaux se propose d'alimenter la question de l'apparence en travail social (Weber).

— Dans un second temps, l'habit est considéré comme objet de médiation. Le linge comme analyseur d’une institution de soins, soulèvera quelques questions sur nos manières actuelles d’observer (Boiral). L'institution familiale ensuite, ou comment penser la relation du père au nourrisson à travers le vêtement, qui nous apparaît toujours comme une prérogative maternelle (Tournier). Le corps habillé par la mère d'un Perceval, déshabillé sous l'angle symbolique ; ou comment changer en se changeant ou le travail de perte et de transformation du statut des enveloppes vestimentaires (Berquière)

— Le corps est décliné sous toutes ses formes ou comment habiller ce corps handicapé, non conforme, qui en définitive impose à l'habit sa mesure (Bouzon). De l'habit comme discours, comme seconde peau, transition entre un corps nu intime et celui couvert, socialisé (Pouilloux). Et enfin, le vêtement qui couvre et recouvre ce corps changeant que nous portons ou supportons de la naissance à la mort (Blaise-Kopp).

 

Enfin, une vue d'ailleurs qui a le mérite comme toute ouverture vers le lointain, l’altérité, de nous faire réfléchir à nos propres pratiques. Ou quand l'habillement et la parure concourent à reproduire un certain type d'échanges pour la fécondité et la cohésion du groupe chez les bédouins en Jordanie (Elzingre).

 

Si le vêtement nous dit quelques chose de nous-même et si la tendance vers l'uniformisation se poursuit inéluctablement, nous ne saurions que trop prendre garde à assimiler l'autre à ce que l'on conçoit de lui dans une appréhension immédiate ou le temps de la découverte fait cruellement défaut. Conçut pour l'homme et la femme modèle, pour cet être statistique, théorique, le vêtement efface toute singularité, l'homme normé devant s'adapter au costume, à un tout prêt-à-endosser standardisé. Ce n'est pourtant pas la conformité à une norme, à une mode, mais bien plus son unicité qui fonde l'individu en tant que tel. Il semble à ce sujet plus nécessaire que jamais, que les travailleurs sociaux s'attachent à cette singularité et non à ce par quoi cet autre nous apparaît immédiatement accessible et a priori compréhensible. Il demande à être entendu, vu comme un détail unique, revêtu de sa nature d’exception.

G. Dudoit

img5.jpg

I/ Socialisation
Denis Fleurdorge
Du vêtement en général...
et de celui de l’exclusion en particulier

 

> D. Fleurdorge est sociologue. Maître de Conférences en sociologie à lUniversité Montpellier III. Formateur vacataire à l’IRTS-LR. Mel : Denis.Fleurdorge@univ-montp3.fr

 

La codification vestimentaire participe à la mise en scène du social du simple fait qu’il est vu et qu’il est lu.

Il est vu, sous son apparence immédiate et à ce niveau propose un ensemble de « micro-indices » révélateurs d’une position individuelle en termes de différenciations signalétiques : d’âge ; de taille vestimentaire normalisée ; de sexe (vêtement pour les hommes ou lesfemmes) ; d’utilisation (vêtement de travail ou de loisir,  vêtement du quotidien ou de cérémonie, etc.).

Il est lu, c’est-à-dire interprété, comme marque d’une position ou d’une « image » sociales : appartenance, rang, hiérarchie, privilège, etc. Ainsi, comprendre le vêtement à partir d’échanges sociaux, en termes de distinctions et d’ordonnancement des groupes sociaux, contribue à dresser une « cartographie » de la gestion et du contrôle des apparences dans un souci de recherche d’un lieu de définition d’une reconnaissance sociale, de mise en oeuvre de prérogatives et maintien d’égards et, plus accessoirement, d’une manière de « se poser ». Roland Barthes (1957) a souligné l’importance du passage de l’habillement de « l’objet vêtement » au costume, c’est-à-dire à « l’acte de vêtement » : acte par lequel l’objet vestimentaire servant à protéger le corps devient un signe collectivement reconnu comme valeur et comme norme d’un groupe social donné.

IMPRESSIONTEXTILE