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le Sociographe n°21 : L'expérience est-elle qualifiable ?

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L'actualité récente de la formation professionnelle des travailleurs sociaux met l'expérience sur le devant de la scène. Désormais, les diplômes peuvent s'obtenir, par la « validation des acquis de l'expérience » (VAE). L'expérience peut donc être calibrée, mesurée, compactée, convertie en « modules » qui, s'ils sont déclarés « acquis », permettent à la personne d'être dispensée de tout ou partie du programme de formation.


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Le sociographe
Numéro vingt-et-un
L’expérience est-elle qualifiable ?
Compétences et qualifications en travail social
La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL
Editorial Graine de...
L’expérience est autre
I/ Peut-on qualifier l’expérience ?
Table des matières
Guy-Noël Pasquet L’illusion de l’expérience
Thierry Braganti L’expérience comme présence diffuse Du passé dans le présent de l’action
II/ Jeux et réalité de l’expérience
Cédric Frétigné Stage en entreprise d’entraînement Une expérience professionnelle ?
Bernard Balzani Jouer pour pouvoir penser Le sociodrame, un atelier de jeu scénique groupal
Brigitte Pagnani Quelle expérience des « emplois-jeunes » ? Activité de médiation sociale ; enjeux de professionnalisation
III/ Expérience et qualification : une opérationnalité incertaine
Gilles Pinte L’expérience au carrefour de quatre potentiels
Serge Jamgotchian L’expérience de l’ES à l’épreuve du Réferentiel professionnel
IV/ Ailleurs
Héloïse Guay L’étrange expérience de la rencontre avec l’oeuvre d’art
Editorial
Graine de...
Avant de publier un numéro sur la VAE qui sera pour l’année prochaine, nous avons voulu consacrer un dossier à l’expérience. Conformément à notre ligne éditoriale, nous avons en effet choisi de montrer l’expérience et son double, et peut-être de commencer par le double, la partie plus discrète, plus ineffable de l’expérience.
Ce qui est trouble dans l’expérience et qui la rend double, c’est sans doute sa prise dans la temporalité de la maturation. Celle-ci se caractérise par la transformation dans le temps où un état prend la place d’un état précédent, un peu à l’image de la métamorphose de la chenille en papillon par exemple. Dans la maturation, le nouvel état est donc toujours une négation de l’état précédent. La maturation nous permet de comprendre le processus éducatif à l’œuvre dans la formation géophysique et anatomo-physiologique.
La graine, pour laisser place à la plante, entre dans un processus de dégénérescence. Elle se décompose à mesure que la plante prend forme. Et on peut dire qu’il ne reste plus grand chose de la graine dans la plante. Pour autant, la plante à son tour va, par ses fleurs, égrener sa semence puis engrainer son environnement. D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un cycle, de l’engrenage de la vie (Cf. notre couverture), comme si la graine était toujours la même, comme si toutes les graines se valaient. Comme si les graines d’hier et de demain devaient à jamais être semblables. En ces temps de croyances parfois aveugles à la génétique, il semblerait que la temporalité soit réduite à son cycle qui doit toujours ramener l’autre à l’identique. Toujours la même graine, pour manger toujours les mêmes plantes et toujours les mêmes produits ! L’idée d’une transformation de la graine, c’est la peur de l’émergence de ce qui est autre, étrange, étranger… À la transformation, on préfère la modification selon des procédures « certifiées conformes » à la « norme française et européenne », c’est-à-dire une transformation dont on maîtriserait le processus, la maturation, la temporalité. Ce serait alors compiler des procédures visant la maîtrise de ce qui advient dans le devenir. Qu’une graine pousse, certes, mais conforme à la représentation de la plante qu’elle doit donner.
D’une certaine manière, il faut saluer un certain nombre de prouesses technologiques permettant ce contrôle. Et si la différentiation des graines permet incontestablement d’agir sur le confort des consommateurs, l’altération des graines, le fait qu’elles puissent devenir autre, se transforme en stupéfaction. Stupéfaction de plantes interdites dont on ne parvient pas à juguler la consommation, mais également plantes stupéfiantes qui produisent des allergies à tel point que nombres de nos avenues se trouvent amputés de leurs platanes par exemple. Ainsi, la modification, la différentiation de la graine semble avoir comme corollaire une résistance accrue à toute altération, de ce qui peut apparaître comme autre, étrange, étranger.
Aussi, ramener l’expérience singulière à des procédures de référentiel, c’est sans doute faire œuvre d’intégration, incontestablement. Il n’en reste pas moins que c’est aussi se retirer de l’expérience comme apparition de quelque chose d’autre et autre. Dans nos secteurs de travail social, la personne porteuse de handicap est souvent perçue du côté du manque, du disfonctionnement, comme si la référence était une « graine » standard. Mais ces personnes
autres, ne nous conduisent-elles pas à côtoyer des mondes autres, des possibles devenir de notre humanité ? L’intégration forcenée de la personne handicapée, que l’on ne peut que saluer, doit-elle se faire contre une certaine intégration du handicap dans l’altération de notre monde ?
Le projet du Sociographe, n’est pas seulement de proposer des approches multiples du travail social, mais également de donner place à des écritures plurielles. Si les approches peuvent toutes plus ou moins se référer à une temporalité repérer par le calendrier ; les écritures ouvrent plus largement à des temporalités durées, beaucoup plus ineffables, mais où on entend la parole, le vivant, le souffle de l’expérience singulière qui mature…
En attendant pour l’année prochaine quelques récits sur les expériences de VAE qui, là aussi devraient être multiples et plurielles, gageons que ce numéro saura mettre en perspective les métamorphoses de la question de l’expérience .
GNP
L’expérience est autre
> dossier coordonné par jacques Papay, docteur en sciences de l’éducation, responsable de centre d’activités à l’IRTS PACA et Corse (jacquespapay@wanadoo.fr)
La question de l’expérience est devenue incontournable dans notre société de ce début de XXIème siècle. Cela peut paraître étonnant en cette période d'intenses progrés technologiques, produits de la recherche expérimentale et scientifique. Faut-il y voir une mise en question, une relativisation des savoirs savants, qui n'auraient pas été capables de fournir des explications et des solutions aux problèmes rencontrés par les sociétés ? Faut-il y voir plutôt une preuve de sagesse, les hommes ayant compris que la connaissance pouvait aussi valablement, être élaborée à partir des actions menées ?
L'actualité récente de la formation professionnelle des travailleurs sociaux met l'expérience sur le devant de la scène. Désormais, les diplômes peuvent s'obtenir, par la « validation des acquis de l'expérience » (VAE). L'expérience peut donc être calibrée, mesurée, compactée, convertie en « modules » qui, s'ils sont déclarés « acquis », permettent à la personne d'être dispensée de tout ou partie du programme de formation.
Lorsque nous avons, en comité de rédaction, convenu de travailler sur la question de l'expérience, le débat fut d'abord assez vifs entre ceux qui souhaitaient que l'on aborde tout de suite la question de la VAE et ceux qui proposaient d'attendre que les mises en place soient plus conséquentes. Finalement, l'option retenue a été celle de préparer deux numéros non consécutifs. Le premier d'entre eux, celui que vous avez entre les mains, est axé davantage sur la notion d'expérience mise en rapport avec la possibilité de la qualifier. En quelque sorte, nous avons le projet de « débroussailler » le terrain dans ce numéro 21, et nous aborderons franchement et plus complètement la question de la VAE dans notre futur numéro 24.
Le titre interrogatif de ce numéro cache à peine le doute qui est le nôtre. Il n'est pas sûr du tout que toute expérience soit qualifiable. Parce que le terme « qualifier » contient la recherche de « qualités » à donner, et qu'il y a de l'innommable dans l'expérience, soit parce qu'elle passe dans l'inconscient, ou parce qu'elle dépasse l'entendement pouvant être établi par les mots.
D’abord (1/Peut-on qualifier l’expérience ?), nous explorons ce que l'on pourrait appeler les « mystères » de l'expérience : Qu'est ce que ça veut dire l'expérience ? Le texte de Guy-Noël Pasquet porte et développe cette réflexion, et la mise en évidence de tout ce dont on ne parle jamais en termes d'acquis de l'expérience, doit nous mettre en alerte intellectuelle sur nos choix et leurs présupposés culturels et idéologiques. Thierry Braganti montre dans son article que l'expérience ne recouvre pas l'ancienneté ou le temps chronologique. On a de l'expérience, mais encore faut-il en faire quelque chose.
Dans une seconde partie (2/ Jeux et réalité de l’expérience), Cédric Frétigné nous parle d'expériences professionnelles en entreprises virtuelles. Les participants font alors l'expérience
de quoi ? De l'entreprise ou de la situation de virtualité ? Cette seconde possibilité est-elle inférieure à la première ? Bernard Balzani nous emmène vers le sociodrame, les jeux de rôles et il parle, lui aussi, d'une expérience qui pourrait « valoir » sur d'autres scènes. Ces deux textes attirent notre attention sur le caractère non-direct de l'expérience. Certaines d'entre elles ne porteront leurs fruits qu'en dehors de l'espace-temps considéré et sur d'autres objets. Enfin, Brigitte Pagnani revient sur une expérience menée avec des « emplois-jeunes ». Etait-ce si utopique et insupportable que cela de fournir à des jeunes des contrats de cinq ans et une formation ?
La troisième partie (3/ Expérience et qualification…) se rapproche de la question de la VAE et lance le pont avec le numéro 24. Gilles Pinte amène le terme de « problématisation » à propos de l'expérience. Finalement, l'expérience peut être la pire ou la meilleure des choses, cela dépend ce que l'on en fait, et de ce point de vue là, l'auteur propose d'intéressantes manières de faire. C'est certainement le texte de Serge Jamgotchian qui ouvre le plus directement sur la VAE, mais en élargissant le champ conceptuel. Il nous propose des références nouvelles, peu présentes dans les formations en travail social : expérience, oui, bien sûr, mais surtout, processus de questionnement et de production de l'expérience par le processus de réflexion.
En fin de numéro, Héloïse Guay nous emmène Ailleurs. La rencontre avec l'art est une expérience, et à partir de la réflexion sur « ce qui advient dans la rencontre », il semble possible de retenir qu'il advient toujours autre chose que ce que l'on croit.
Alors, si l'expérience n'est pas toujours qualifiable, est-il raisonnable ou tout simplement possible de valider des acquis à partir d'elle ? C'est une autre histoire qui sera développée dans le numéro 24 .
J. Papay