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le Sociographe n°23 : L'homme, la bête et le social

De

L’homme, la bête et le social, titre de ce numéro, veut témoigner à la manière d’une fable des temps modernes, de la place ambiguë prise ou donnée à l’animal aujourd’hui. Évidemment, la dimension critique de cette dernière ne trouve pas toujours trace ou écho dans les témoignages, analyses, articles ou documentaires, illustrant peut-être le caractère presque blasphématoire de propos négatifs sur ce compagnon du quotidien devenu désormais sacré (même s’il le fût dans de nombreuses civilisations, mais là n’est pas mon propos). N’entend-on pas dire que « ne pas aimer les animaux, c’est ne pas être humain », même si comme l’écrit Jean-Pierre Digard, on ne les aime pas tous autant et de la même manière. Membre d’une famille, membre d’une équipe pédagogique, soignante ou de secours, homme et animal semblent désormais pacsés, partageant une même condition et les mêmes craintes : l’abandon, l’isolement, la désaffiliation – l’affaiblissement du lien social ou le désarroi moral étant propice à tous les accommodements et toutes les substitutions.


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Le sociographe

Numéro vingt-trois

 

L’homme, la bête et le social

Homo Animalis

 

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Table des matières

 

Editorial Pense-bête

Une fable des temps modernes

1/ Portrais d’animaux

Maurice Leduc Bécassine en foyer de vie Une oie, son prolapsus et les résidants

Diane Debey Médor et C ie L’accompagnement par l’animal de compagnie

Céline Chantepy Compagnons de galère Le coq d’Eddy, les chiens et les SDF

II/ Bestiaire de l’accompagnement

Marie-Gabrielle Mathely La peluche et ses doubles Chronique enfantine

Josiane Vitali D’un animal, l’autre En ITEP et au cirque

Corinne Chaput Joseph contre les cyclops Quand l’animal est en nous

Ludovic Varichon «Je ne suis quand même pas une bête...» L’animal comme dernier recours identitaire

III/ Bêtes à penser

Isabelle Autran Les animaux ont-ils une sexualité ? Anthropologie, fantasme et imaginaire

Emmanuel Gouabault Petite mythologie du delphinarium Antibes et ses dauphins

Frédérique Césaire L’animal, cet infatigable travailleur social Un acteur de la médiation ?

IV/ Ailleurs

Jean Christophe Panas La dame en violet Un dimanche à la campagne

Ahmed Nordine Touil La dame en noir Le blues du cafard

 

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Editorial
Pense-bête

 

La bête est sans doute le meilleur analyseur de l’homme social.

Son apparition est toujours concomitante de ce qui départit l’institué de l’instituant, les espaces publics des espaces privés, le signifié du signifiant, le dressage de l’éducation, le sacré du profane, le réel de l’imaginaire, etc.

Prendre en compte l’animal en travail social, c’est prendre en compte la part animale en chacun de nous. Si les faits divers des animaux exercent la fascination, ils n’en révèlent pas moins l’importance capitale pour penser tout à la fois l’attrait et la répulsion qu’exerce l’animal, mais peut être aussi ceux qui sont qualifiés d’« usagers ». Lorsque l’animal engendre ou met en péril les économies, il est à la fois au centre des intérêts de profit et des angoisses de crac économiques. L’animal maîtrisé, manifeste, ou supposé tel (aussi bien l’animal domestique et son commerce que l’animal d’élevage pour sa viande) se double de la bête sauvage, indomptable qu’il faut repousser, contraindre et qui se manifeste aussi dans les animaux (les puces, les tiques, les virus et bactéries dont la « grippe aviaire »). Dans un cas comme dans l’autre, l’intérêt porté suppose que la bête soit toujours au loin, qu’il y a des espaces pour les animaux (les zoos, les cirques, les SPA, les laboratoires…) et des espaces pour les hommes où les bêtes sont interdites. L’un et l’autre pourraient cohabiter, mais ne se mélange pas ! On aime bien les bêtes, mais en cages, ou les siennes, pas celles du voisin. La bête met en œuvre la propriété, les frontières, l’entre soi (les fréquentations, les conflits de voisinage, le coq du matin, le « chien méchant », les déjections sur les trottoirs,...

Il y a une osmose identificatoire entre la bête et l’humain{1}. La bête est tout à la fois signifiée et signifiante. L’animal fait parler (les animaux comme « objets » de conversation) tout autant qu’il parle nos rapports (bête comme ses pieds, chercher la petite bête, etc.). C’est bête, mais ça cause ! Même rendu à l’état de bête, les « gens de peu » se terrent, se tapissent dans leur terrier face à ceux qui aboient. Dénoncer les rapports de forces inégaux passe souvent par la caricature emprunté à l’animal (le loup et le chien, le chien et le chat, le chat et la souris, etc.). La bête analyse, découpe des horizons, révèle des situations dans les institutions : quand la bête apparaît, la tranquillité du projet d’établissement, la tolérance, la convivialité, le recueillement se transforme en crispation, exclusion, réclamation et irruption de colère qui ne se contient plus. La bête vient trancher dans la bonne éducation pour remettre en question ce qui distingue éducation et dressage et la manière dont le dressage sert toujours de relégation. Le redressement vient après l’éducation comme pour reléguer une population dans la sphère des indomptables et les consacrer du côté des bêtes. Il y aurait ceux qui passent avec le symbole de « l’esprit de la lettre » (sym bolos ; avec la parole) et ceux qui s’abîment dans les « Motordu »{2} de l’antre diabolique (dia bolos ; tordre la parole).

La bête s’introduit, s’immisce, pénètre, renifle et produit ses déjections et autres odeurs là où on ne l’attend pas, dans les lieux les plus privés, intimes ou sacrés. La bête traverse nos délimitations en y installant d’autres rapports. Le territoire de la bête ne recoupe jamais nos territoires sacrés, intimes, privés. Ainsi, la bête souille le propre, contamine le sain, tâche l’immaculée. On voudrait ne pas la suivre « à la trace » (de poils, de pas, de crottes, d’urine, etc.) et lui demander de nous suivre « à la trace ». La bête « fourre son nez partout » alors que nous souhaitons qu’elle nous obéisse « au doigt et à l’œil ». La bête partage avec l’analyse le fait que ce n’est pas l’œil, l’image qui prévaut, mais d’autres manières d’appréhender le monde. Les odeurs, l’ouïe, ne donnent pas d’images mentales immédiates. Elles invitent à des compositions et recompositions quasi permanentes, un peu comme les parfums ou de la musique. La bête investie le monde autrement, renifle l’objet autrement que ce qu’on le voit, ne s’y cogne pas là où il nous fait trébucher. La bête découpe les corps parce qu’elle s’y insinue, s’y introduit et peut aller jusqu’à produire des maladies qui elles-mêmes altèrent les états de conscience. Peut-être est-ce là que la bête contamine notre corps, entre en osmose (faire corps à corps avec la bête) voire, transforme notre corps en son corps.

Les transmutations de corps avec les animaux (l’homme loup, le centaure, le minotaure, etc.) sont d’ailleurs à l’origine de nombre de nos mythes, fantasmes, légendes, récits traversant l’imaginaire social (cinéma, littérature, « morphing »…). La transmutation de la bête fonctionne comme un lieu de projection de nos propres transformations. La chenille en papillon, l’asticot en mouche, la mue du serpent sont investis des fantasmes de nos propres modifications corporelles : le travestissement, la puberté, la mue chez les garçons, etc. De la même manière, les pratiques sexuelles des animaux renvoient inévitablement à la manière dont nos propres corps sont clivés. Le rut des chiens sur le trottoir ne manquera pas de retenir l’attention, fut-elle réprobatrice. La mante religieuse également qui dévore son « mari » après l’accouplement est toujours le « spectacle » incarné de nos fantasmes. Dans ce jeu d’observation, il faut aussi prendre en compte la contre observation : le chien présent durant un acte sexuel, dormir avec une araignée au plafond, le nez à nez avec la mouche, le chien ou le chat, et tous les moments où l’on est observé par un animal.

Faut-il alors que les bêtes aient un droit ? Le droit des animaux ? Ce serait une façon de les maintenir hors de portée des hommes, les contenir dans un espace où l’homme serait dispensé. La « bonté d’âme » voudrait que le tordu, le difforme, le monstrueux ne soit pas humain, mais toujours relégué dans un droit spécifique, un droit des sous-hommes, un droit des bêtes. La question de l’insertion des personnes dites « en situation de handicap » est, d’une certaine manière, la même que celle du droit des animaux. Existerait-il un lieu de non droit ? Un lieu hors la loi ? Ou les pratiques ne seraient-elles qu’une déclinaison d’un rapport à la loi si celle-ci intégraient la variabilité des formes du vivant ? À quand la possibilité d’être traité « comme des bêtes », et que celles-ci soient des nôtres ?

 

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Une fable des temps modernes

 

> Dossier coordonné par Ahmed Nordine Touil, formateur-consultant à l’Ireis Rhône-Alpes (nordinet@ireis.org)

 

Nous sommes aujourd’hui face à un animal de compagnie réincarné, redessiné, hyper-socialisé, qui pose la question de la frontière entre animalité et humanité, et donc de l’ordre, de la place et du rôle de l’animal dans notre société Il suffit de s’y attarder pour mesurer combien la bête ou l’animal a pris une place prépondérante, outrepassant la dimension sauvage pour épouser celle du domestique ou du compagnon.

Parce que l’homme a un rapport concret et privilégié avec son animal, au travers d’une relation qu’il est souvent difficile de qualifier tant cette dernière paraît à la fois forte et trouble, la bête réelle ou imaginaire a trouvé sa place sur de nombreux champs dont le travail social. Jouant parfois un rôle idéal et dans une parité d’estime avec des intervenants sociaux ou médicaux, il partage désormais des projets divers et variés, en direction de publics aussi hétéroclites que les enfants autistes, les malades mentaux, les adolescents dits difficiles, les personnes âgées, etc…

 

L’homme, la bête et le social, titre de ce numéro, veut témoigner à la manière d’une fable des temps modernes, de la place ambiguë prise ou donnée à l’animal aujourd’hui. Evidemment, la dimension critique de cette dernière ne trouve pas toujours trace ou écho dans les témoignages, analyses, articles ou documentaires, illustrant peut-être le caractère presque blasphématoire de propos négatifs sur ce compagnon du quotidien devenu désormais sacré (même s’il le fût dans de nombreuses civilisations, mais là n’est pas mon propos). N’entend-on pas dire que « ne pas aimer les animaux, c’est ne pas être humain », même si comme l’écrit Jean-Pierre Digard, on ne les aime pas tous autant et de la même manière. Membre d’une famille, membre d’une équipe pédagogique, soignante ou de secours, homme et animal semblent désormais pacsés, partageant une même condition et les mêmes craintes : l’abandon, l’isolement, la désaffiliation – l’affaiblissement du lien social ou le désarroi moral étant propice à tous les accommodements et toutes les substitutions.

 

Ce numéro se décline en 4 tableaux et des Portraits d’animaux en constituent le premier. D’une oie qui vient questionner et modifier le quotidien d’un établissement d’accueil (Leduc), au chien qui s’impose dans la relation et la prise en charge de l’usager par un intervenant social (Debey), aux compagnons de galère du SDF qui fusionnent avec son propriétaire et conditionne ainsi son identité et sa reconnaissance par les autres (Chantepy), telles sont en substance les scénettes qui constituent ce premier acte.

Au travers du second tableau, nous avons choisi de saisir l’animal dans la manière dont il travaille le corpus du travail social. La bête est ainsi mobilisée comme cheville ouvrière dans des objectifs et projets divers, lui conférant parfois la primeur, l’individu ou le professionnel ne devenant in fine que l’accompagnant ou le second rôle dans une composition à deux. Le Bestiaire de l’accompagnement met donc en exergue et sous plusieurs formes animal et travail social, jusqu’à reconsidérer la bête dans sa déclinaison oratoire (Varichon). Animal du quotidien dans la vie enfantine (Mathély), animal de cirque (Vitali), animal squatteur des espaces multiformes que nous sommes (Chaput), ou animal de discours, voilà une ballade riche au pays des déclinaisons animalières et des figures de styles, permettant de saisir un même objet dans des traitements pluriels.

L’animal a certes fait couler beaucoup d’encre, et les mondes de la recherche lui ont consacré de belles pages, nous invitant à reconjuguer la dimension naturelle ou élevée de son image et de son identité réelle, construite ou fantasmée. Dans ce troisième tableau, Bêtes à penser se décline donc comme un espace de réflexion et de reconsidération de nos croyances, nos regards et nos connaissances (ou supposées telles) sur l’animal. En reconsidérant la sexualité de l’animal (Autran). En portant un autre regard sur Antibes et ses dauphins (Gouabault). En combinant histoire de l’animal et histoire de l’homme (Césaire). Ou, ce troisième acte veut semer le trouble dans nos modalités de voir de penser ou de regarder l’animal, nous invitant à revisiter nos ballades au zoo ou au delphinarium. 

Parce qu’il peut être parlé Ailleurs et autrement que dans l’unique champ de l’expérience, du vécu ou de la recherche, deux textes viennent traquer la bête autrement. A saisir ailleurs que dans l’espace de la contextualisation immédiate, ce quatrième tableau invite à la rencontre avec deux dames dans l’interstice de la non-formalisation. Davantage billets d’humeur, rumeurs que légendes urbaines ou rurbaines, ces textes mettent en perspective l’infiniment petit dans l’infiniment grand, mêlant la dimension du quotidien ou de l’insignifiant et celle des grands ensembles (Panas, Touil). Ni prêt à lire, ni prêt à penser, mais plutôt figures à recomposer, voilà encore une manière différente d’aborder une thématique où les règles peuvent se réinventer. D’ailleurs, quels liens y a t-il entre La dame en violet et sa bibliographie ?  Ca a l’air compliqué et pourtant, c’est tout bête….

Ahmed Nordine Touil

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