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le Sociographe n°32 : Confessions

De

À l’heure du retour en force des communautarismes religieux, le travail social ne peut plus ignorer ces croyances qui rassemblent autant qu’elles exacerbent les différences. Souvent, la confession du bénéficiaire n’est pas prise en compte au nom de la fausse dichotomie entre appartenance religieuse et laïcité. Comment les pratiques professionnelles peuvent, doivent prendre en compte les croyances ? L’action sociale est-elle à même de reconnaître sa propre Genèse, et le travailleur social ses propres croyances ?


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Le sociographe

Numéro trente-deux

 

CONFESSIONS

Croyances en travail social

 

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Table des matières

 

Editorial Pensée des pauvres et pauvre pensée

Les nouveaux héritiers... de Dieu

1/ Genèse

Jean-Daniel Causse Croyance et lien social  Entre imaginaire et symbolique

Jean-Marie Gourvil Du religieux et de l’Action sociale Crises des origines

2/ Des pratiques professionnelles face aux croyances

Vincent Tournier Croyances et maladies Relations d’aide en situation d’interculturalité

Nabil Hajji Petit « catéchisme » coranique A l’usage des travailleurs sociaux

Brigitte Mortier Petites croyances en familles Une éduc’ dans le bocage

3/ Confessions identitaires

Corinne Chaput et Julie Laurence Croyances de demandeurs d’asile Effondrement d’un repère identitaire

Pascale Faure L’honneur des gitans Evangélisation, conversion, confession

4/ Ailleurs

Frédérique Sicard A l’école : pour une prise en compte du fait religieux

 

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Editorial
Pensée des pauvres et pauvre pensée

 

Simmel, dans son ouvrage sur les pauvres, montrait assez brillamment la manière dont on naissait pauvre, comme une catégorie donnée de toute éternité et que son jeu avec la richesse

était ritualisé par les figures du bouffon, les carnavals et autres moments de renversement de l’ordre social. En effet, l’être pauvre était le corolaire du « sang bleu » de la noblesse. La pauvreté et la richesse étaient des états dialogiques qui permettaient à Rabelais de pouvoir exprimer par la langue leurs rapports dialectiques.

Dans ces conditions, les institutions religieuses ouvraient leurs portes à la pauvreté et il n’y avait guère que les confessions qui leur portaient une sorte de considération.

Après les révolutions industrielles et que l’on ait coupé quelques têtes de nos rois et nobles dans une alliance historique de la bourgeoisie et des ouvriers, la condition de pauvreté n’était plus une donnée de naissance, mais un état d’existence conjoncturelle. La pauvreté devenait la condition de la richesse et inversement. S’il fallait s’enrichir, c’était pour ne pas être pauvre. La laïcisation, la démocratisation et la mise en œuvre de l’Etat contre la nation, tente de régler cette relation entre richesse et pauvreté en instaurant l’égalité et la redistribution des ressources qui fera de la loterie le modèle des raisons qui font que l’on est pauvre ou riche.

Dans ces sociétés, s’enrichir c’est toujours produire de manière induite de la pauvreté. Et la production de pauvreté semble bien devenir la pratique majeure de la production de richesse. On le voit bien sûr dans les formes de délocalisation de la production des marchandises où acheter « pas cher » ou « en solde » donne toujours l’idée que l’on reste encore un peu plus riche après. Mais, chose plus insidieuse, on le voit aussi régner dans la production du savoir et de la connaissance.

Si la recherche énonce comme visée l’objectivité, on voit bien que le sujet épistémique est pris lui-même dans ce que Husserl appelait le sujet transcendental. Autrement dit que l’implication du chercheur, dans sa volonté d’enrichir le savoir et la connaissance, produit de la pauvreté.

Aujourd’hui, ce n’est plus tant l’institution religieuse qui s’occupe des pauvres. On pourrait même dire que la pauvreté intéresse beaucoup de gens, mais pas tant pour la réduire que pour la produire. Les « objets » de recherches ne sont pas des champignons que l’on va ramasser après la pluie, mais bien des personnes, des sujets avec lesquels le chercheur vit quotidiennement. Aussi, pour s’extirper du risque conjoncturel de la pauvreté, le chercheur projette au moins inconsciemment sur son « objet » toutes ses craintes de devenir pauvre. Aussi, nombre de chercheur fabrique leurs pauvres comme pour se rassurer qu’ils n’en sont pas. « Montre-moi ton pauvre, je te dirais quelle est ta recherche ». Il est de bon ton de travailler sur les pauvres, les chômeurs, les sdf, les quartiers, les « beurs », les femmes, les prostitués, etc. Mais qui abordent ces populations dans leur relation transférentielle aux riches, aux salariés, à l’habitat, aux centres villes, aux « blancs », aux hommes, aux gigolos et aux clients. Encore moins fréquent est celui qui analyse dans son travail sa propre relation de chercheur par rapport à son angoisse de sombrer dans son « objet ».

Trivialement, on trouve cette condescendance à l’œuvre dans ces idées reçues que le chercheur sait plus que l’ignorant, que le savoir est un capital, sinon financier, au moins symbolique. Construire ses pauvres, c’est renvoyer son « objet », c’est-à-dire l’autre, son semblable, à la croyance contre le savoir. « Moi je sais, vous vous ne faite que croire ! » Ce savoir là ignore justement que tout savoir, y compris le plus objectif, ne se constitue que sur les croyances du sujet transcendantal et la manière dont le sujet épistémique travaille son « objet » dans des projections imaginaires dont il ne peut se défaires.

Si les institutions religieuses s’emparent en effet du savoir qu’elles entendent détenir et ne donner que parcimonieusement lors des prêches, c’est oublier que le religieux sans institutions ne prétend pas croire, mais bien au contraire savoir. Le livre lui dit tout, lui a tout appris et il sait tout. L’orthodoxie n’appartient pas qu’à la religion orthodoxe. Toute religion tient le livre comme son orthodoxie (voir notre reportage-photo). C’est pourquoi d’ailleurs le savoir ne parvient pas à faire front aux extrémismes les plus fous. Le savoir, avec la croyance, n’empêche pas les fanatismes de tout poil, l’obscurantisme et les doctrines les plus dures ou du moins les plus insidieuses. On peut considérer d’ailleurs que beaucoup de nos hommes de sciences sont des hommes de cultes. Alors quid des incultes…

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Les nouveaux héritiers... de Dieu

 

> Dossier coordonné par Gérald Dudoit (g.dudoit@free.fr)

 

Que penser, que dire, qu’écrire de la question religieuse dans l’espace social, et plus particulièrement dans ses rapports au travail social ?

La question religieuse, confessionnelle, la question de la croyance, le fait religieux s’impose et il serait vain de vouloir l’ignorer. L’ignorance de ces questions aurait sans nul doute pour effet de laisser toutes interprétations aux seules communautés religieuses et plus particulièrement à leurs représentants, s’emparant ainsi bien souvent de manière dogmatique de l’expérience individuelle du transcendant et réduisant la diversité de ces manifestations aux seuls credo.

Si le travail social se pense à même de prendre en considération la totalité de l’être avec lequel il est ammené à travailler, peut-il encore ignorer, feindre de voir que l’individu est enraciné, certe dans une histoire sociale, mais également dans une « histoire religieuse », dans une croyance au fondement d’une identité qui ne peut se construire sans intégrer les repéres culturels, cultuels dont il est l’héritier ? A contrario, comment penser ou repenser le « vivre ensemble » sans tomber dans une homogénéisation dans laquelle l’être ne serait pas simplement une unité statistique dénué de sens et de valeur, ni tomber dans une segmentation du corps social par exacerbations des particularismes ?

 

Ce numéro du Sociographe rend compte de quelques-unes de ces interrogations :

 

- Genèse : Jean-Daniel Causse ouvre et enracine notre numéro sur la question du fondement du lien social au regard de la croyance, s’interroge et nous interroge sur la sécularisation, le retour du religieux, sur l’athéisme et la déconstruction de la figure du divin et enfin se demande si les traditions religieuses ne sont pas à même d’apporter certaines ressources afin de repenser les conditions d’un universalisme pluraliste. Jean-Marie Gourvil quant à lui nous entraîne dans une perspective historique afin de comprendre et d’interroger la crise de l’action sociale. Détour et retour sur une histoire religieuse et chronique d’une institutionnalisation de la religion.

 

- Des pratiques professionnelles face aux croyances, nous entraîne autour de la relation d’aide en situation d’interculturalité ou quand croyances et maladies s’entremêlent (Vincent Tournier). Situation et approche interculturelle encore, lorsque un travailleur social propose de nous instruire autour d’un petit « catéchisme » coranique à l’usage des travailleurs sociaux. Ici, l’exégèse religieuse parle et donne à voir comment nous parlons également d’une religion (Nabil Hajji). Enfin, Brigitte Mortier, éducatrice, nous ammène au cœur de l’étrange étrangeté et de diverses croyances partagées en famille.

- Confessions identitaires souligne l’importance de la croyance et de sa réhabilitation chez les demandeurs d’asiles qui sont en perte, en effondrement de repères identitaires (Corinne Chaput et Laurence Julie) ; mais aussi la place d’une identité confessionnelle chez les populations gitanes qui comporte une signification religieuse et sociale dévoilant les enjeux complexes qui se trament tant au niveau du groupe, de la famille que de l’individu (Pascale Faure).

 

- Ailleurs nous entraîne à l’école, dans le « temple » de la laïcité. Frédérique Sicard, au regard de son expérience et de ses recherches pose sans dogmatisme la question de la prise en compte du fait religieux dans l’espace scolaire.

 

 

On pourrait reprocher aux religions de fonder la croyance au détriment de l’expérience, de ne pas considérer l’individu et de tenter de le modeler, de le façonner, de l’enfermer dans un cadre collectif aliénant, tant les « églises » prônent des convictions traditionnelles et collectives qui ne reposent plus en rien sur une expérience mais sur une croyance irréfléchie qu’on ne perd que trop facilement de vue lorsqu’on se laisse aller un tant soit peu à la réflexion. Nous croyions sans aucun doute que ces temps qui nous apparaissaient d’un autre âge étaient définitivement révolus et que les traces de religiosité qui nous apparaissent ci et là ne sont que superstitions et relents d’un monde ancien teinté d’obscurantisme que la lumière de la raison n’aurait pas encore atteint. Les dieux sont morts par conséquent, ils ont quitté les églises et à la place ainsi laissée vacante, il ne nous resterait plus qu’à nous y asseoir.

On ne peut cependant ignorer le retour du religieux dans nos sociétés modernes sous ses formes diverses et variées. L’énergie que véhiculait les religions n’a jamais effectivement été perdu, on l’a vu revenir au siècle précédent sous le biais de toutes les idéologies qui ont pris la relève des religions et qui se sont présentées à leurs tours comme des vérités métaphysiques, dogmatiques dans laquelle l’individu n’a pas non plus de place mais apparaît comme un grain de sable parmi les autres.

 

L’image de Dieu a connu au cours de l'histoire une série de métamorphose : des dieux mi-homme mi-animal au Dieu vengeur et inconscient de l'Ancien Testament, au Dieu plein de bonté du Nouveau Testament. Si Dieu et mort, il est mort à plusieurs reprises autrement dit, le mythe se transforme et se perpétue. Comme toutes les valeurs projetées les dieux sont soumis à l'usure mais ils n'en restent pas moins présent. Les formulations religieuses apparaissent ainsi comme des catégories mythiques par lesquels il reste possible de saisir et d'assimiler ce qui échappe à la compréhension.

Gérald Dudoit

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