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Le suicide il faut en parler

De
175 pages
Le suicide ? Il faut en parler. Il nous fait peur, il nous dérange. Une réalité qui nous dépasse. Pour beaucoup d'entre nous la mort c'est la vie. Pour d'autres un simple passage à l'acte. Le suicide rode autour des actifs, des jeunes, des personnes âgées. Que dire de ces morts au nom des sectes. Que dire de l'euthanasie et de l'aide au suicide ? Combien de morts par suicide ? Cet ouvrage nous mène dans les tous les arcanes du suicide.
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LE SUICIDE IL FAUT EN PARLER

Pour Comprendre
Collection dirigée par Jean-Paul Chagnollaud L’objectif de cette collection Pour Comprendre est de présenter en un nombre restreint de pages (176 à 192 pages) une question contemporaine qui relève des différents domaines de la vie sociale. L’idée étant de donner une synthèse du sujet tout en offrant au lecteur les moyens d’aller plus loin, notamment par une bibliographie sélectionnée. Cette collection est dirigée par un comité éditorial composé de professeurs d’université de différentes disciplines. Ils ont pour tâche de choisir les thèmes qui feront l’objet de ces publications et de solliciter les spécialistes susceptibles, dans un langage simple et clair, de faire des synthèses. Le comité éditorial est composé de : Maguy Albet, Jean-Paul Chagnollaud, Dominique Château, Jacques Fontanel, Gérard Marcou, Pierre Muller, Bruno Péquignot, Denis Rolland.
Dernières parutions

Michel PARAHY, L'inconscient de Descartes à Freud : redécouverte d'un parcours, 2010. Jean-François DUVERNOY, La fabrique politique Machiavel, 2010. Gérard LAROSE, La stratégie de la vie associative, 2010. Xavier HAUBRY, Le contrôle de l’inspection du travail et ses suites, 2010. Franck BACHELET, Politiques et institutions sociales, 2010. Jean-François DUPEYRON, Nos idées sur l’enfance, 2010. Georges CHEVALLIER, Systèmes de santé : Clés et comparaisons internationales, 2010. Yves THELEN, Éveil à l’esprit philosophique, 2009. Frédéric ALLOUCHE, Comment la philosophie peut nous aider à vivre, 2009. Fernando BELO, Pour comprendre la philosophie avec les sciences, 2009. Xavier BOLOT, La lumière neutre. Une nouvelle approche du dessin et de la peinture apportée par les sciences du XXIe siècle, 2009.

Marie-Hélène Porri

LE SUICIDE IL FAUT EN PARLER

L’Harmattan

DU MEME AUTEUR * En collaboration avec Sampiero Porri Le Guide de l’Immobilier aux Editions Nathan (1981) La Loi Quilliot et les Nouveaux Rapports Propriétaires-Locataires aux Editions du Moniteur (1983). Trois éditions La Loi Méhaignerie et les Nouveaux Rapports Propriétaires-Locataires aux Editions du Moniteur (1988). Cinq éditions * Sous le nom de Marie-Hélène Porri Des Enfants de Lumière (roman) aux Presses du Midi (2003)

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13611-3 EAN : 9782296136113

PREAMBULE

chronique ou épidémie liée à la société contemporaine ? L’année 2009 et son été meurtrier, le début d’année 2010 nous rappellent que le suicide n’est pas un acte banal, que l’on compte un suicide par jour dans la population. Le suicide en prison ? Il est dû à la pression psychologique propre aux établissements pénitentiaires et à l’angoisse d’être soumis à une action judiciaire. Maladie ultra-moderne ? L’épidémie revient régulièrement au pas de charge. Oui, il faut que l’on bouge. Oui, il faut en parler. Le suicide n’est pas qu’un phénomène social, psychiatrique ou psychologique ; de nombreuses recherches ont produit des résultats intéressants et surtout très variés Les problèmes de santé psychologique au travail connaissent une croissance importante avec l’intensification de celui-ci. Les impacts se font sentir dans la société, les organisations, les individus et ce, dans tous les secteurs économiques. Le suicide n’est pas une fatalité. De nombreux facteurs biologiques peuvent aussi prédisposer les gens à adopter un comportement suicidaire. Fort heureusement, de nombreuses organisations tentent d’intervenir avant même que les conséquences soient considérables. Toutefois, il existe encore peu d’informations et d’articles pratiques permettant de mener une démarche préventive pour agir sur les problèmes de santé psychologique au travail. Il est évident qu’on ne peut avancer seul dans l’obscurité. De la théorie à la pratique il y a un monde, mais si l’on en juge par tous les « mal être » sur le lieu de travail, le jeu en vaut la chandelle.

Epidémie

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Trouver des coupables ? Oui… Et alors ? Il faut surtout faire de la prévention afin que cela se reproduise de moins en moins et pourquoi ne pas tendre vers le risque zéro ? Il faut que les mentalités changent/évoluent pour que les problèmes en terme de sécurité soient efficaces. Notre société se capitalise de plus en plus, l’être humain ne fait plus partie des priorités. On peut espérer que la reprise par la presse des différents cas de suicide au travail sert au moins à faire émerger dans l’espace public un véritable débat sur cette question des conflits du travail. Ils permettront de mettre cette question sur l’agenda politique. Le risque demeure, cependant, que cette question reste cantonnée au cas des suicides alors que le problème est plus large. Un numéro vert n’y suffira pas. Bien des facteurs biologiques peuvent aussi prédisposer les gens à adopter un comportement suicidaire. Dès le XVIIIe siècle, des auteurs ont décrit des phénomènes d’agrégation familiale du suicide et rapporté l’existence de « familles suicidaires », accréditant la thèse d’une composante biologique du suicide. La répartition chiffrée suivante paraît d’ailleurs confirmer cette hypothèse : on estime à environ 90 % que les personnes qui décident de s’enlever la vie souffrent de maladies mentales, notamment de dépression nerveuse (40 %), de toxicomanie (40 %), de schizophrénie (7 %) ou de maniaco-dépression (10 %), autant de maladies où l’hérédité joue un rôle important. Cela dit, il n’est pas exclu que des personnes ne souffrant pas de maladies mentales soient prédisposées au suicide. En ce qui concerne le suicide au travail, il n’y a pas vraiment de statistiques approfondies en France. Les capteurs ne nous disent rien. Pourtant pour les médecins psychiatres, « il n’existe pas de gène du suicide ». La réponse est à trouver dans les recherches des anthropologues. Chômage ? Le suicide, de nos jours, reste encore difficile à cerner, à en connaître les raisons. On ne peut parler d’un suicide, mais plutôt, de suicides, même si certains médecins prétendent 6

Le suicide, il faut en parler

qu’il n’y a qu’un suicide, celui du désespoir, de l’homme non intégré. Pour le docteur Emmanuel Escart, « la demande du suicide est la manifestation extrême d’une détresse psychologique sévère chez des individus vulnérables. Le développement économique, des soins en fin de vie, et du droit à l’autodétermination n’est pas un rempart à cette détresse profonde. La gestion rationnelle de cette demande peut masquer la profondeur des enjeux et nous convoque a des défis qui débordent les compétences techniques et nous contraint aux débats éthiques et politiques ». Dans son excellente étude sur la culture du silence et la culture du suicide, ce même psychiatre nous apprend, que l’acte du suicide exprime, en plus du désespoir, une espérance peutêtre folle et déliée qui s’adresse à la grande région inconnue audelà de la mort. « L’homme se tue souvent parce qu’il ne peut et ne veut pas désespérer… Si nous avions l’assurance que l’après-mort était joyeuse, alors l’espèce humaine serait menacée ici et maintenant ». Mettra-t-on un jour le doigt sur le gène du suicide ? Pour les médecins psychiatres, « il n’existe pas de gène du suicide, mais des gènes de prédispositions. L’idée n’est surtout pas d’oublier les facteurs sociaux. Si les facteurs de risque augmentent avec certains gènes, ça prend aussi un contexte social et un environnement particulier pour commettre un geste suicidaire ». A l’analyse des différentes réflexions, sommes-nous en mesure de percer les mystères qui entourent cette « maladie » ? La réponse est délicate. Et si le nombre de suicides n’est pas quantifiable, pour l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et selon une enquête nationale de l’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM), les statistiques de mortalité sont sous-estimées d’environ 20 %, en raison des difficultés à recenser les informations. Toutefois, elles permettent de repérer l’évolution et les tendances de ce phénomène. En revanche, on manque cruellement de données en matière de tentatives de suicide : les statistiques hospitalières ne les identifient pas en tant que telles et, de surcroît l’hospitalisation des personnes n’est pas toujours répertoriée.

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A l’inverse du suicide, toujours selon l’enquête de l’INSERM, la tentative de suicide touche deux fois plus de femmes que d’hommes. Globalement, plus d’un tiers des suicidants ont moins de 25 ans et 7 sur 10 ont entre 15 et 34 ans. Dans 80 % des cas, les jeunes ayant fait une tentative de suicide ont absorbé des médicaments. On estime qu’en France 12 000 personnes mettent fin à leurs jours chaque année (pour 160 000 tentatives). Il y a plus de morts par suicide qu’avec la route et le sida réunis. Il y a des âges plus touchés que d’autres et les jeunes sont de loin les plus attirés par le suicide. Suicides chez les jeunes, suicides en prison, suicides des personnes âgées, suicides collectifs, suicides assistés ou euthanasie, il n’y a pas de jour où les médias ne se font l’écho de la difficulté chez certaines personnes de vivre une profonde détresse. Pourtant, d’autres personnes s’écrieront : à quoi bon se suicider il suffit d’attendre ! Le suicide reste encore un choix… celui de mourir quand on le désire. La décision de se supprimer est-elle mûrement réfléchie ? Pas toujours. Ce peutêtre une décision soudaine, prise à la suite d’un événement grave ou d’une perturbation psychiatrique, une pulsion subite. Pour de nombreux suicidaires, on va rechercher dans les études philosophiques antiques la meilleure façon de partir en douceur, du moins choisir la mort la plus honorable, à l’instar des kamikazes. Les sectes, elles, proposent des « départs » collectifs. Au nom de la foi, on choisit les attentats-suicides. Se faire aider ? Aider au suicide reste encore difficile à admettre. Dans leur majorité, les Français ne sont pas prêts à franchir le pas. Et l’Union européenne reste muette à ce sujet. Parler. Parler. On ne répètera jamais assez qu’il faut établir un dialogue avec une personne en souffrance et bien souvent seule. Et pourtant, une parole peut souvent soulager. Aussi, il nous faut rappeler les paroles de l’Abbé Pierre à un candidat au suicide : « Ne te suicide pas. Avant, viens me voir j’ai besoin de toi ». Quelques mots tout simples. Le suicidaire a arrêté sa démarche. Il serait donc possible de raisonner, de toucher un suicidaire ? 8

Le suicide, il faut en parler

La nouvelle d’un suicide laisse toujours une impression de désespoir pour celui qui la reçoit. Et la question que l’on se pose immédiatement est, pourquoi ? Nombreuses sont les motivations et il convient de les analyser une à une. Avant tout, il convient de savoir si le suicidaire était atteint de graves troubles psychiatriques, à savoir, une dépression, où s’il se trouvait dans des conditions de vie devenues insupportables, voire une incarcération. Il semble qu’il se dessine un mécanisme dans l’intention de se donner la mort. Dans un premier temps, la personne qui souffre considère l’idée de suicide comme non véritablement intentionnelle, mais comme une possible solution à ses problèmes et à sa propre douleur. Le suicide est vu comme l’ultime façon de fuir ses problèmes. Et commencer à entrevoir le suicide de manière positive. Le suicidaire n’a plus peur de lui il voit la mort comme une « amie » qui le réconfortera. Parfois, le candidat au suicide prend exemple sur les suicides célèbres, qui ont un aspect romantique. Successivement, celui qui veut mourir commence à prendre en considération son intention de mettre fin à sa propre existence. Il pèse le pour et le contre du choix final il combat des sentiments opposés, entre la volonté de vivre et celle de mourir entre le désespoir et l’espérance. Enfin, arrive la décision finale, celle de se suicider. Là encore, même si le suicidaire prend la décision de mourir, au dernier moment, l’instinct de survie est souvent plus fort et il revient sur sa propre décision qui était de mourir. Un sursaut de dernière minute ? Une nouvelle énergie ? La vie vaut peut-être la peine d’être vécue. Et si on essayait encore de vivre … Face à ces intentions de vouloir se donner la mort car on n’a plus envie de lutter, une explication sociologique semble souvent être la solution la plus adaptée à ces décisions. Le sociologue Emile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie moderne, écrivait déjà en 1897 que, de tous ces faits, « il résulte que le taux social des suicides ne s’explique que sociologiquement.

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C’est la constitution morale de la société qui fixe à chaque instant le contingent des morts volontaires. Il existe donc pour chaque peuple une force collective, d’une énergie déterminée, qui pousse les hommes à se tuer. Les mouvements que le patient accomplit et qui, au premier abord, paraissent n’exprimer que son tempérament personnel, sont, en réalité, la suite et le prolongement d’un état social qu’ils manifestent extérieurement ». Alors, épidémie chronique ou épidémie liée à la société contemporaine ? Le débat reste ouvert.

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LA MORTALITE PAR SUICIDE EN FRANCE

Selon un rapport de l’Inserm, la France demeure l’un des
pays industrialisés les plus touchés par le suicide, avec 10 000 à 12 000 décès enregistrés chaque année 10 500 pour l’année 2008, année pour laquelle on dispose de données validées sur les causes médicales du décès. Le suicide représente la première cause de mortalité chez les adultes jeunes, avant les accidents de la circulation et, pour l’ensemble de la population, il correspond, toujours selon les mêmes sources, à la troisième cause d’années de vie perdues, après les maladies coronariennes et le cancer ce qui fait dire que la prévention du suicide s’impose comme une priorité de santé publique. La France n’est pourtant pas en tête de peloton du nombre de suicides pour une quinzaine de pays de l’Union européenne. La Finlande arrive en tête, avec le taux de suicides le plus élevé surtout chez les hommes de 15 à 24 ans et avant les accidents de voitures. Particulièrement touchés par le phénomène, la Belgique, l’Autriche, le Luxembourg. Les plus faibles taux de mortalité par suicide sont enregistrés en Grèce, au Portugal, en Italie et en Espagne. La Grande-Bretagne et les Pays-Bas présentent également des taux relativement faibles. Cette hiérarchie s’observe aussi bien pour l’ensemble de la population qu’en termes de mortalité « prématurée », c’est-à-dire avant 65 ans. La surmortalité masculine, la plus élevée (7 décès sur 10), est une caractéristique constante, quel que soit le pays considéré. Et le suicide des femmes reste très proche de celui observé chez les hommes.

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Toujours selon les statistiques de l’Inserm, si la part des décès par suicide dans la mortalité générale diminue sensiblement avec l’âge, il n’en n’est pas de même pour leur nombre et leur taux. 5 % des décès par suicide surviennent avant l’âge de 25 ans, 65 % entre 25 et 64 ans et 30 % après 64 ans. Des taux qui progressent après 85 ans. Et si l’on parle plus souvent du suicide chez les jeunes, les personnes âgées sont davantage concernées par le suicide. Les taux de décès par suicide les plus élevés concernent les veufs (58 ,8 %), les divorcés (37,5 %), les célibataires (20,4 %) et les couples (16,8 %) Si l’on compare le nombre de décès par suicide et par région en France, on s’aperçoit que les régions Nord-Ouest, Bretagne et Pas-de-Calais sont en situation de surmortalité viennent ensuite le Nord des pays de la Loire et les régions rurales du centre de la France. Par contre, l’Est et le Sud-Ouest se trouve en situation de sous-mortalité en ce qui concerne le suicide. La surmortalité est très importante chez les hommes en Bretagne et plus particulièrement dans les Côtes-d’Armor et dans le Finistère. Puis viennent la Basse-Normandie, la Picardie et les Pays de la Loire et en particulier la Sarthe. Les régions du Sud de la France, l’Ile-de-France et l’Alsace sont en sous-mortalité. Ces disparités géographiques sont restées relativement stables au cours des vingt dernières années. Nous l’avons vu, le taux de mortalité par suicide est plus important chez les hommes. Selon les chiffres, en France, il représente 26,6 % pour 100 000 hommes et 9,5 % pour 100 000 femmes. Cette surmortalité masculine peut s’expliquer par un recours aux soins moins fréquents que chez la femme ; les hommes sont moins enclins que les femmes à exprimer leur mal-être ou leur état dépressif ; enfin, les hommes se suicident de façon plus violente que les femmes.

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Le suicide, il faut en parler

Comment se suicide-t-on en France ? L’annonce d ‘un suicide laisse toujours un sentiment de grande tristesse pour qui la reçoit. Et la question immédiate que l’on se pose est pourquoi. Comment, la personne aimée s’est elle suicidée ? Le choix le plus fréquent reste celui de la pendaison (environ 41 % hommes et femmes confondus), surtout dans les campagnes. Ces modes de suicide qui varient selon les sexes. Chez les hommes, (pour 46 %, c’est la pendaison) l’usage d’une arme à feu (25 %). Pour les femmes, on aura recours à l’empoisonnement par médicaments (27 %), à la pendaison (27 %), à la noyade (17 %), au saut dans le vide (10 %). Ces façons de suicider qui varient selon l’âge. Le recours aux médicaments est la principale cause de décès chez les femmes de 35 à 54 ans avec une tendance similaire pour les hommes de cette tranche d’âge. Le suicide par arme à feu est plus fréquent chez les hommes entre 35 et 54 ans. Ces tendances ont peu évolué en dix ans. Se jeter sous un train ou sous un métro est très fréquent. Pour l’année 2007, la RATP évoque le chiffre de 70 « accidents graves ». D’autres sources parlent de plus d’une centaine de cas. Un lundi matin, sur la ligne 9 du métro parisien, la voix du conducteur retentit et signale un « accident grave de voyageurs ». Les passagers sont priés de descendre de la rame. Fort heureusement, ce jour là, la candidate au suicide n’a pas été heurtée par le métro car le conducteur, attentif, a pu s’arrêter à temps. Les quelque 3 milliards de voyageurs qui utilisent le métropolitain chaque année sont malheureusement habitués à ce que de tels incidents surviennent et plus spécialement aux heures de pointe. Jusqu’à maintenant, que ce soit une personne qui tombe accidentellement, un inconscient qui traverse les voies ou des tentatives de suicide, la RATP restait discrète sur ces « accidents 13

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de personnes ». Depuis, les choses ont évolué. Lors d’un accident grave, les passagers sont désormais prévenus du motif de l’arrêt du métro. La RATP précise que « la propension de suicides est plus faible qu’on ne l’on croit ». Des barrières de séparation des voies, des portes palières et d’autres installations continueront à être aménager sur les lignes de métro pour prévenir un plus grand nombre de tentatives de suicide. De son côté, la SNCF annonce qu’elle se veut plus transparente sur les suicides des voyageurs. Là encore, le tabou est en train de se briser concernant le suicide sur les rails. Il y a un accident tous les deux jours, estiment ses dirigeants, rien que sur le réseau francilien 22 % de plus qu’en 2007. Le RER tue plus que le métro. Il y a en effet peu de rescapés du train. Tout comme pour le métro, les « accidents graves » ont lieu aux heures de pointe, le matin très tôt et en fin d’après-midi., les lignes les plus concernées étant la C et la D du RER et la H du Transilien. Pour Guillaume Pépy, le président de la SNCF, « la montée des suicides nous inquiète. Un suicide, c’est trois heures d’interruption totale sur la ligne. On ne peut plus dissimuler ces évènements et se contenter de parler « d’accidents de personne ». Il faut dire la vérité ». Dans de nombreux cas, il est possible d’entendre : « suite à

un suicide, le train N°3557 aura du retard ».
Si à la campagne on se pend plus facilement aux arbres ou on se tue par arme à feu, les Parisiens, tous comme les banlieusards, ont trouvé leur mode de suicide, une mort qu’ils considèrent comme inéluctable.

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LES FRANÇAIS ET LE SUICIDE

Mal de vivre ? Un homme ou une femme se tue toutes les
50 minutes plus de 150 000 personnes font chaque année une tentative de suicide. Un rapport du Conseil économique et social publié en 1993 présentait le suicide comme un « problème important de santé publique ». L’année suivante, le Haut Comité de la santé publique le classait comme « priorité nationale de santé ». Pour connaître l’attitude des Français à l’égard de la question du suicide, une étude a été menée du 25 décembre 2005 au 7 janvier 2006 par la société ANACOM, à la demande de l’UNPS (Union Nationale pour la Protection du Suicide) et de la MACIF-PREVENTION. Cette étude nous révèle que le phénomène social du suicide reste sous-estimé et méconnu. Alors que sont dénombrés environ 150 000 cas d’hospitalisation par an liés à une tentative de suicide, la sous-estimation du phénomène s’est aggravée entre 2000 et 2006. De la même façon, le nombre de décès par suicide (plus de 10 500 par an) est plus largement sous-estimé que lors de la précédente enquête (2000). Et l’étude de poursuivre que la méconnaissance du fait suicidaire est confirmée, puisque le décès par suicide est nettement associé à l’adolescence. Il existe une réelle différence entre les personnes qui tentent de se suicider et celles qui meurent par suicide : - une différence de sens, la tentative étant le plus souvent vue comme un appel à l’aide ; - une différence de population.

Marie-Hélène Porri

Il est intéressant de constater que le taux de suicide serait en diminution entre l’adolescence et la vieillesse, alors qu’inversement le taux de décès par suicide augmente avec l’âge, devenant six à sept fois supérieur après 65 ans qu’entre 15 et 25 ans et que les tentatives de suicide sont plus nombreuses chez les femmes que chez les hommes. En poursuivant l’étude précitée, on constate, que la propension au suicide a sensiblement augmenté en six ans : - 17 % des personnes interrogées au cours de cette enquête, déclarent avoir sérieusement envisagé de suicider contre 13 % en 2000 et parmi ces personnes, 7 % aurait déjà fait une tentative de suicide menant à une hospitalisation ; - si on comptabilise le nombre de personnes ayant envisagé de se suicider et celles qui ont pensé à la mort d’une façon vague, les chiffres restent stables. Par contre, si le nombre de tentatives de suicide est en augmentation, le passage à l’acte est moins mortel. Un véritable désespoir Si l’enquête nous rapporte que, de façon massive, les personnes interrogées refusent l’idée même du suicide, elles estiment pourtant que d’autres solutions sont toujours envisageables. L’attitude de résignation face au suicide comme seule issue a doublé depuis l’enquête de 2000. Triste constatation, le suicide est perçu comme un état de profonde détresse ou d’une souffrance insupportable. Les évènements précis de la vie entrent en ligne de compte : problèmes financiers, solitude, dépression, maladie, rupture sentimentale, deuil. En ce qui concerne l’état de chômage, il semblerait qu’il se banalise. S’il existe une réelle détresse, il ne semble pas qu’on ait trouvé de moyens suffisants pour apporter une aide suffisante. Pour le Professeur Thierry Tournebise, qui forme du personnel hospitalier, même s’il y a des âges plus touchés que d’autres, ils sont tous concernés. Pour lui, il est important de vraiment avoir 16

Le suicide, il faut en parler

une qualité d’écoute et d’aide avec ces personnes si blessées que, pour elles, mourir est moins douloureux que vivre. Dépression et suicides Si la dépression constitue la cause de la moitié des suicides, on considère la consommation d’alcool ou de drogue comme une forme de dépression. Le professeur Tournebise précise que « lorsque nous parlons de dépression, nous ne pensons pas aux situations dérisoires mentionnées ci-dessus. Nous pensons à des états infiniment douloureux qui laissent la personne prostrée, sans motivation avec des désirs de ne plus vivre. Plus rien n’a d’intérêt, plus rien ne vaut la peine. On y ressent une sensation intense et douloureuse de vide que rien ne comblera jamais. La douleur y est monumentale. » Pour le psychiatre, la négation de soi par les autres et par soimême engendre une douleur sans cesse compensée par de multiples occupations ou projets… Quand ces occupations ou projets ne marchent pas… le vide de soi réapparaît cruellement. Vient alors la déprime (dé-primer, c’est ne plus pouvoir mettre en premier ce qui était en premier). Le phénomène de la déprime, c’est quand l’intérêt disparaît pour que l’attention apparaisse. Pour de nombreuses personnes, on assiste à un désir passif de ne plus vivre. « Je préfèrerais mourir » ou « si je mourais, ça m’arrangerai » Pourtant, le projet est rarement de mourir mais plutôt de cesser de souffrir. Mourir doit être moins douloureux que vivre. Le Professeur Thierry Tournebise nous encourage à ne pas nous laisser emmener dans l’engrenage du chantage au suicide, mais qu’il est important d’aider la personne à exprimer sa douleur et ce qui la fonde. Il y aura là un sérieux travail de thérapie ou au moins d’aide ou d’écoute à offrir à une telle personne. En effet, pour le médecin, « vivre avec un dépressif n’est pas facile et encore moins pour lui de trouver l’aide dont il a besoin. Et de rappeler, « qu’à l’hôpital, on a cessé de donner des soins violents aux suicidaires pour les décourager, comme pour les punir de leur acte. Et que 17