Le traumatisme psychique
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Description

Source classique de désorganisation, le traumatisme peut aussi avoir des effets positifs pour la psyché. C'est à l'élucidation de cette double perspective que sont consacrées les différentes contributions, ainsi qu'à l'aptitude du psychisme à faire émerger du nouveau.

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Publié par
Nombre de lectures 5
EAN13 9782130738893
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0135€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

2005
Sous la direction de
Françoise Brette, Michèle Emmanuelli et Georges Pragier
Le traumatisme psychique
Organisation et désorganisation
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2015 ISBN numérique : 9782130738893 ISBN papier : 9782130551645 Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Table des matières
Présentation(Françoise Brette, Michèle Emmanuelli et Georges Pragier) Le cheminement théorique Du côté de la pratique Les traumatismes collectifs Freud, le trauma : culpabilité et détresse(Sylvie Dreyfus) Trauma et sexualité Traumatisme et détresse du moi Le concept detraumachez S. Ferenczi(Thierry Bokanowski) Le traumatisme en psychanalyse : bref rappel du développement des conceptions freudiennes Le concept de traumatisme infantile chez S. Ferenczi : LeTrauma S. Freud « Lecteur » de S. Ferenczi La « pensée clinique » de S. Ferenczi Clivage, fragmentation, douleur Le travail de l’analyste La « cicatrice traumatique originelle » : l’ururtraumatisch En conclusion Au cœur de la théorie psychanalytique : le traumatisme(Claude Janin) Le traumatisme dans ses fonctions organisatrices et désorganisatrices (Robert Asseo) A - La fonction de la réalité et la constitution du sujet B - Reprise du concept de trauma dans les apports de la psychosomatique et les travaux contemporains Conclusion Le traumatique : effets positifs et organisateurs(Françoise Brette) La notion d’après-coup Les traumatismes organisateurs Conclusion Traumatisme et contre-transfert(Louise de Urtubey) Conclusion Présentation deMémoires de l’inhumain, de Sidney Stewart (1919-1998) (Joyce McDougall) Trauma et réalité psychique(Sidney Stewart) Le cas de Karl Le cas de Joe
Conclusion Les héritiers des génocides(Janine Altounian) Le caractère double du vécu traumatique Délocalisation en l’absence d’image narcissisante Le souvenir de la terreur dans le rapport aux autres La mutilation ou l’incapacité d’être Stratégies de déplacement de l’héritage Devenir audible à sa filiation Paradoxalité d’un tel lieu d’énonciation Nécessité du métissage pour se séparer des morts et transmettre leur mémoire Bibliographie(Françoise Brette, Michèle Emmanuelli et Georges Pragier)
Présentation
Sous la direction de Françoise Brette
Michèle Emmanuelli
Georges Pragier
Le cheminement théorique a notion de traumatisme est dès l’origine au cœur de la théorie psychanalytique. LTravaillée par l’évolution de celle-ci, elle occupe tout au long de l’œuvre de Freud une place importante : S. Dreyfus suit son parcours de 1895 (Études sur l’hystérie) à 1939 (L’homme Moïse et la religion monothéiste), montrant comment elle y fait l’objet de reprises majeures. Celles-ci, témoignant de remaniements épistémologiques, mettent l’accent successivement sur le traumatisme sexuel, sur le point de vue économique (1920), sur la problématique de perte (1926) et sur le narcissisme (1939). Certains de ces points de vue s’intègrent aux précédents sans les remplacer tout à fait, enrichissant la perspective théorique et clinique. Le dernier ouvrage,L’homme Moïse, propose une théorie du trauma où se trouvent liés processus singulier et processus collectif, genèse des névroses humaines et psychologie des masses. La question du traumatisme porte en soi des zones douloureuses pour l’histoire même de la psychanalyse, à partir de points de friction qui aboutiront à la rupture entre Freud et Rank ainsi qu’avec Ferenczi, et qui se trouveront ultérieurement au centre de divergences répétitives. En témoigne le désaccord entre Freud et Ferenczi sur la conception du traumatisme infantile et la prise en compte de la réalité du traumatisme. Toutefois, certains apports de Ferenczi se sont avérés novateurs, jetant les fondements des développements ultérieurs proposés par M. Klein et D. W. Winnicott. T. Bokanowski en souligne la portée, qui fait de Ferenczi un précurseur dans l’étude des états limites ; il en montre aussi l’influence dans les derniers travaux de Freud. Dans le « tournant des années 1920 », à la suite de Freud, S. Ferenczi prend la mesure de l’impact de la compulsion de répétition sur la cure. Travaillant à partir de la clinique de cas dits difficiles, il propose une conception de la cure plus axée sur l’aspect primaire de la relation et le transfert de type maternel. Dans sa perspective, le trauma est précoce ; il adapte donc sa pratique à ses conceptions, essayant, par des techniques actives, permissives, d’approcher l’enfant dans le patient, d’aborder les traumatismes subis et d’en atténuer les effets. La conception du traumatisme infantile proposée par Ferenczi ainsi que les conséquences thérapeutiques et techniques qui en découlent rendaient inévitable le conflit avec Freud. Toutefois, T. Bokanowski nous montre, dans les derniers écrits, un
Freud « lecteur » de Ferenczi qui dégage, dansL’homme Moïse, une conception du traumatisme au regard de la problématique narcissique et évoque les effets positifs et négatifs du traumatisme. C. Janin reprend, en l’illustrant par le développem ent de ses propres travaux, le parcours des notions de trauma et traumatisme dans la théorie psychanalytique, au cours des vingt dernières années. Les notions de noyau froid et noyau chaud du traumatisme sont des propositions théoriques qu’il a avancées pour sortir des apories induites par l’opposition des approches de Freud et Ferenczi sur la nature de la réalité en jeu dans le phénomène traumatique, opposition révélée par la traduction, dans les années 1980, de l’œuvre de Ferenczi. Il montre comm ent l’approfondissement de la pensée de Freud et de ses successeurs, en particulier Winnicott, a permis aux analystes de cette génération d’essayer de penser ensemble la dimension structurale et historique – caractérisant le traumatisme – articulée dans le cadre de la première topique, et la dimension économique, qui caractérise le traumatique, prise en compte dans la seconde topique. C’est dans le transfert que les aspects négatifs du traumatisme peuvent se déployer. R. Asseo montre, de son côté, comment la psychosomatique, développée à partir des travaux de P. Marty, peut être considérée comme coextensive à la théorie du trauma, ce dont rend compte par exemple la parenté structurelle entre le fonctionnement du traumatisme et celui des névroses de comportement. La notion de traumatisme s’est enrichie des travaux issus de la psychosomatique : ceux-ci ont permis d’établir une sorte de gradation nosographique, mais surtout sémiologique et épistémologique allant des « états traumatiques » fondés sur la référence à la névrose traumatique, comme symptôme et modèle, à la désorganisation.
Du côté de la pratique
C’est sur les aspects positifs de certains traumatismes dans l’organisation ou la réorganisation de la psyché que porte le travail de F. Brette, qui s’articule autour des notions d’après-coup dans la cure et de traumatismes organisateurs. La description du traumatisme en deux temps, ainsi que la notion d’après-coup, issues des premières propositions de Freud, gardent toute leur efficience théorique. Une succession d’après-coup peut en effet donner sens à des événements qui, sans cela, seraient restés en suspens : celui que constitue la situation analytique peut favoriser la reprise élaborative de traumatismes antérieurs. La compulsion de répétition, ici au service d’Éros, produit « les effets positifs du traumatisme » dont parle Freud à la fin de son œuvre. Depuis quelques années, la notion de traumatismes organisateurs s’est dégagée des théorisations concernant le trauma narcissique et des conceptions se préoccupant de la structuration œdipienne. Les expériences de perte que l’enfant vit inévitablement au cours de son premier développement, de la naissance à la problématique de la castration, sont incontestablement source d’excitation, et par conséquent plus ou moins traumatiques, suivant la qualité de l’environnement primaire qui peut ou non en atténuer les effets. Ces traumatismes sont nécessaires pour que s’originent et se
déploient les fantasmes originaires avec leur dimension structurante. Mais ils ne peuvent avoir une action bénéfique que si l’excitation ainsi produite se maintient à un seuil qui la rende négociable : c’est le facteur quantitatif qui en décide. Les analystes sont de plus en plus souvent confrontés dans leur pratique à la reviviscence de blessures traumatiques, provoquant de véritables désorganisations psychiques où rien ne peut s’élaborer. Parfois, la souffrance éprouvée par le patient est la révélation de cicatrices anciennes qui n’ont pu s’inscrire ou de trauma maintenu clivé ; un traumatisme, jusque-là silencieux, peut se trouver ainsi mobilisé, en quête de représentation : tâche qu’il incombe à l’analyste de faire advenir, si toutefois la relation transféro-contre-transférentielle en favorise l’émergence. C’est ce que montre F. Brette dans son cas clinique. C’est ce qu’illustre aussi L. de Urtubey qui développe, dans son chapitre sur le contre-transfert, la question de la position du psychanalyste face à l’indécidabilité de la réalité. Même si le but du travail de l’analyste n’est pas de savoir quelle est la réalité objective et même s’il a affaire à la réalité psychique, il lui faut parfois, au cours de la cure, en décider consciemment ou inconsciemment : il le fait à partir de son contre-transfert qui lui donne non pas une réalité objective, mais les moyens de comprendre la situation et de contribuer à son élaboration. Un cas clinique illustre la nécessité de ne pas considérer systématiquement comme imaginaires tous les souvenirs ou traumatismes infantiles, mais de permettre au contre-transfert d’avoir éventuellement accès à la réalité d’un traumatisme se cachant derrière un traumatisme sexuel et un souvenir-écran.
Les traumatismes collectifs
Ayant connu, au cours de la guerre du Pacifique, pendant la dernière guerre mondiale, les souffrances de la déportation et des expériences gravement traumatiques, S. Stewart s’est penché, dans sa pratique ultérieure de psychanalyste, sur la question du traumatisme. Son texte théorico-clinique tient compte de sa cruelle expérience personnelle pour illustrer trois types d’adaptations défensives à des expériences traumatiques passées et offre trois exemples de cures au cours desquelles l’élaboration du traumatisme connaît des destins différents. Enfin, la question du réel – point toujours en question avec le traumatisme – est présentée à travers un point de vue psychanalytique sur la question des traumatismes collectifs. Pour étayer une réflexion qui se poursuit depuis de nombreuses années, J. Altounian s’appuie non seulem ent sur les conséquences psychiques de la spécificité du génocide arménien, mais aussi sur les exterminations de masse de ces dernières décennies. L’auteur cherche à cerner les remaniements des imagos parentales avec, parfois, un télescopage des sexes et des générations, chez les héritiers des génocides.
Freud, le trauma : culpabilité et détresse
Sylvie Dreyfus
’homme Moïse et la religion monothéiste, dernier ouvrage de Freud paru en L1939, propose une théorie du trauma où se trouvent liés processus singulier et processus collectif, genèse des névroses humaines et psychologie des masses. Ainsi, l’histoire des traces, de leur mise en latence et de leur possible reconstruction dans l’après-coup vaut tant pour le « roman historique » que pour la « construction en analyse ». Peut-être même les deux termes sont-ils équivalents. Qu’en retenir pour la question qui nous intéresse ici, celle précisément du trauma et de sa conception chez Freud ? Soulignons tout d’abord le renvoi, d’un côté comme de l’autre, de la construction au réel, de l’établissement des faits au fantasme. La fabrication deL’homme Moïse a quelque chose à voir avec la pratique psychanalytique et la théorie du trauma qu’elle contient avec les circonstances de son écriture. L’aggravation de la situation en Allemagne, les périls qui se manifestent alors hantent la correspondance entre Freud et Zweig, où la première mention du Moïse est faite. Ce contexte de l’écriture et des réécritures deL’homme Moïsedeux préoccupations éclairantes pour notre souligne propos. D’abord la préoccupation constamment maintenue pour la réalité du trauma avant tout avènement psychique ; mais aussitôt, et venant en retour de la question politique, celle d’un autre constat, d’une autre interrogation : « en face de nouvelles persécutions, on se demande de nouveau comment le juif est devenu ce qu’il est et pourquoi il s’est attiré cette haine éternelle » (lettre àZweig). Question du trauma encore mais, cette fois, sur le versant de la psychanalyse et de ses preuves très particulières – en dépit des restes matériels et des inscriptions réelles. Cette fois, les conditions constamment instables de l’écriture de l’ouvrage prennent sens d’un geste qui ne cesse de devoir se répéter : le meurtre du père, noyau de cet ouvrage sur la religion monothéiste. « Mise en pièces » du père, objet de l’analyse et projet de l’ouvrage, cet état de fait a beaucoup d’échos. Il rappelle l’insistance sur un autre « état de fait », originaire de tout un déroulement psychique, à savoir le meurtre du père de la horde primitive, qui pour Freud fut « réel » avant de devenir psychique précisément. Question du meurtre du père, question du trauma, débat ouvert entre une vue qui s’acharne à trouver des preuves concrètes, croit au document matériel pour la reconstitution d’une histoire, et une autre vue qui, tout en gardant opiniâtrement l’appui de traces « réelles », s’engage résolument dans le registre d’une spécificité des documentspsychiques, dont la réalité est promue avec de plus en plus de force. Dilemme qui n’a pas de fin pour Freud et qui subsiste dans l’héritage freudien. Dilemme qui, néanmoins, dansL’homme Moïse, aboutissement de la réflexion psychanalytique, se situe nettement dans le registre rigoureusement psychique de la construction. Ainsi, ce dernier ouvrage, consacré aux suites du m eurtre du père dans la vie psychique des hommes, convoque toute l’interrogation préalable sur le statut du
trauma. Le trauma serait-il à situer du côté des traces ou de l’effet de leur dissimulation, sans que ces traces parviennent jamais à être effacées ? À moins que les destins des traces, ceux de la culpabilité à partir de leur refoulement, n’apparaissent comme autant de figures défigurées du trauma, ces reliquats de l’oubli qui, s’ils barrent le souvenir, portent la mémoire. Dernière invention théorique, ce texte éclaire, par conséquent, l’enjeu nodal de la question du trauma dans l’œuvre freudienne, il perm et en outre d’en saisir les linéaments au fil d’une démarche elle-même soumise aux effets de l’inconscient et par conséquent à ce qui fait l’objet même de cet exposé entre traces, oubli et pesée du pulsionnel.
Trauma et sexualité
Reconnaissance du rôle dutraumal’étiologie de l’hystérie, dans psychisation de l’hystérie, c’est dans cette double dimension que s’inscrit la rencontre décisive de Freud avec Charcot, que se prépare la voie de la psychanalyse. Question historique de l’hystérie, question épistémologique du trauma, l’une renvoie nécessairement à l’autre, justifiant pour aborder la question du trauma de mesurer le déplacement considérable que Freud fait subir à l’hystérie dès ses premières publications.
De Charcot à Freud – 1888
En même temps que l’hystérie est l’occasion d’un re maniement du champ nosographique, elle acquiert, en effet, une valeur heuristique capitale pour la connaissance du fonctionnement psychique. Objet privilégié du passage du physiologique au psychologique, l’hystérie opère un dégagement de l’anatomie qui suppose cependant une connaissance préalable de celle-ci. DansQuelques considérations pour une étude comparative des paralysies motrices organiques et hystériques (1888), l’évaluation de la spécificité de la paralysie hystérique conduit Freud à constater que « l’hystérie se comporte comme si l’anatomie n’existait pas, ou comme si elle n’en avait nulle connaissance » (RIP 1, p. 55). S’avèrent déterminants la valeur affective associée au corps et le découpage linguistique. La lésion qui est la cause de la paralysie hystérique est ainsil’abolition de l’accessibilité associative de la conception des organes et du corps en général.C’est donc la saturation affective, dans une association inconsciente avec le souvenir de l’événement, du trauma, cause de la paralysie, qui rend l’affinité associative inaccessible aux associations et impulsions conscientes ; c’est l’abréaction de cette valeur affective qui est susceptible de remédier à l’altération fonctionnelle. La fin du texte apporte une précision sur ce qu’il faut entendre par trauma et la manière dont déjà Freud se démarque de l’héritage de son maître, Charcot. L’acception du trauma au sens de l’accident resté enkysté, telle que le proposait Charcot, a ouvert la voie ; l’accent mis sur la valeur affective de l’événement, de l’impression psychique et sur la conflictualité qu’il peut y avoir pour le moi à s’acquitter du surcroît par la voie de réaction motrice ou par un travail psychique