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Le travail en question

206 pages
Beaucoup d'écrits paraissent sur l'emploi, et son absence, le chômage. Le travail y est abordé essentiellement sous forme d'une résultante : comment partager le gâteau qui reste ? Sans prétendre à l'exhaustivité, le GREP quitte cette analyse réductrice et propose une réflexion en amont : le sens du travail et son contenu, sa place dans la société, et les préalables à une répartition plus équitable du revenu, des gratifications sociales, et du temps disponible. Les théoriciens abondent, mais on bute contre la quasi-absence d'expérimentations en ce domaine. Nous développons également un angle d'approche particulier, axé sur une palette de témoignages : le travail fait-il le bonheur ? Ce numéro ne se veut pas une panoplie de réponses, mais une analyse du champ des questions critiques qui se posent.
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Le travail
en
questionsCe numéro a été coordonné
par
Jacqueline Lorthiois
Avec la collaboration du groupe de réflexion du GREP
ctravaU et société» associant:
Jacques ArchimbaucL Thérèse Clerc, Sylvette Faure,
Véronique Gcx1inet, Yvette Harvois, Jacqueline torthiois.
Photos
Couverture: Collection Roger- Viollet.
page 6 : Roger- Viollet.
Editions L'Harmattan
16, rue des Écoles - 75005 PARIS
@ Éditions L'Harmattan, 1993
ISBN: 2.7384.2208.XLe travail en questions
État des lieux
Réductiondu tempsde travail,chiffreset réalité OlivierMarchand 10
Un sièclede travailféminin MargaretMaruani 21
Plaidoyer pour la théorie des trois offres, ou E W Jacqueline Lorthiois 29
y 1=a-t-il des actifs heureux? FrnnçoiseRerat 37
Chômage: le temps confisqué Annie Ratouis 47
Témoignages
Les passionnés du boulot.Risques et plaisirs du métier 61. Douze heures par jour de passion 64
Le mal emploi.Confidences d'un médecin du travail 67
. Chantage à remploi 70
L'activité discontinue
. Choisir d'élever ses enfants, un privilège 73
Les retraités.Les nostalgiques 77
- La mémoire du geste
- Ecoutez la teinturière.Les flamboyants 81
- Eloge de l'âge d'or
Combines et débrouilles.En marge de la légalité 84.Quand les différences se côtoient 86.Ceux qu'on n'appelle jamais «Monsieur» 88.Quand la mendicité proclame sa liberté 90
Les grandes questions
fi' Des nouvelles libertés
La révolution du temps libre Joffre Dumazedier 95
L'ordre d'Aphrodite Thérèse Clerc 101
D'une identité piégée aux ailes d'un désir reconnu Françoise Bernard 107
Le chèque du temps choisi François Plassard 115
fi' Changer les règles du jeu
Pas de partage sans démocratie Jacqueline Lorthiois 127
Changer le travail Jacques Archimbaud 141
Compter autrement Danielle Poliautre 147
Pour un nouveau jeu social Michel Godet 153
Deuil et solidarité Bernard Gruyer 161
Le manager et le RMIste Vincent De Gaulejac 167
fi' Enjeux et stratégies
Temps de travail, deux objectifs, trois stratégies Philippe Van Parijs 185
Le partage du travail, un enjeu trahi Guy Aznar 191
L'économie contre la société Guy Roustang 197
Penser la mutation Patrick Viveret 201L travail reste une valeur Incontournable de notre société... Mals
Ilporte en lui un paradoxe: Ilest chargé d'une telle Importance pour
17dentlté sociale de l'Individu qu11pousse les gens à... travailler. Alors que
la montée de l'exclusion par l'emploi rend Impérieux le besoin de rédui-
re le temps de travail pour le partager.
Contradiction supplémentaire, la perte de travail pour une propor-
tiongrandissante de personnes a pour conséquence de le sur-valoriser.
Etpourtant...
Travail vient de «tripallum», Instrument de torture, et joug pour les ani-
maux. C'est un mot rattaché étymologiquement à la peine, à la sueur.
A-t-on oublié la punition biblique Infligée à Adam et Eve: «Tu travail/e-
ras à la sueur de ton front», ou le slogan contestataire de Mal68 «Métro,
boulot, dodo...» ?
Aujourd'hui, moins de sueur est nécessaire pour produire davanta-
ge, mals nos moyens d'existence restent subordonnés à l'emploi. Et la
peine subsiste. Même si la pénibilité est moins physique, elle reste sou-
vent douloureuse.
/Iest donc urgent de procéder à un partage du travail dans la double
acception de ce terme .'au sens mathématique, il désigne des parts
égales mesurables, au sens qualitatif, /Ifait référence à des valeurs de
solidarité, et ilsuppose la reconnaissance de l'autre, La construction d'un
nouveau projet de société reposant sur la solidarité constitue un préa-
lable à toute application mathématique du partage, Or la structuration
duale de la société actuel/e engendre la double culpabilité des inclus
et des exclus. Ce qui bloque irrémédiablement l'émergence d'un pro-
jet de société solidaire.
Le GREPest bien conscient que la vertu symbolique et la portée idéo-
logique du travail nous font obligation de mener des réflexions à plu- 7
sieurs niveaux.
Le champ d'analyse ainsi établi amène à repérer deux lignes de
force à l'œuvre,' la première, largement répandue, prône l'aménage-
ment du seul travail dans une soc/été par ailleurs immobile.
La seconde s'attache à comprendre le symptôme «travail" comme
expression d'un malaise plus profond, et nous invite à vivre une muta-
tion de civilisation...
Le GREP légitime ici son identité associative en réhabilitant la pros-
pective comme processus d'autorisation politique à s'emparer de l'ave-
nir.
LE GREPPOUR
Ils ont dit. :
«C'est à la sueur de ton front que tu mangeras, avant de retourner à la
glaise.» (Genèse, chapitre III).
Saint Paul: «Celui qui ne travaille pas, n'aura pas à manger».
Adam Smith: «Le travail, source de tout progrès».
Locke: «Le travail, source de. toute propriété».
Boileau: «Le pénible fardeau de l'oisiveté».
Voltaire, dans Candide: «L'homme accablé du poids de son loisir".
Saint-Just: «Que tous les individus soient obligés d'exercer une profes-
sion utile à la liberté".
Napoléon: «Plus mes peuples travailleront, moins ils auront de vices. Je
serais disposé à ordonner que le dimanche, passé l'heure des offices,
les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus à leur travail».
Jules Ferry: «L'École Nationale, dans une démocratie de travailleurs
comme la nôtre, doit être l'École du Travail».
8
Charles Fourrier pour son Nouveau Monde Industriel: «Chacun serait sur
pied dès quatre heures du matin, hiver comme. été, pour se livrer avec
ardeur aux travaux ut/les».
.
Source: Jean Rousselet, «L'aNergieau travail», collection Points, 1978.POUR
PREMIÈRE PARTIE
Tout le monde parle cfemploi et de son absence : le chômage.
Rares sont les débats sur le travaü, sauf sur sa réduction,
cD11fondue avec son partage.
IJan.s un paysage brouülé, les yeux rivés sur lefutur, nous oublions
d'analyser le présent, dont l'état des lieux est difficile à établir.
n est plus malaisé qu'on ne pense de dresser un tableau oQjectif de
la réalité concrète de l'évolution de la réduction du temps
de travail (O. Marchand), de l'évolution du traooQ des femmes
(M. MaruanO. Les instruments de mesure sont moins neutres, les
analyses plus rares qu'on poWTait le croire.
Le travaQ est corifondu aUègremen.t avec l'emploi, ce qui aboutit à
privilégier le point de vue de l'entreprise, et à oublier le travaQleur
(J. Lorthiois). Les oct!fs occupés sont considérés globalement
comme appartenant à un ensemble privilégié, qu'on se dispense
d'analyser dans des situations vécues de discrimination et de
précarisation croissantes (F. Rerat).
IJan.s le même temps, le chômeur est soupçonné, stigmatisé, et ne
profite guère de son temps co11flSqué (A. Ratouis). I.:analyse
du programme «900 000 chômeurs longue dw-ée» est un exemple de
l'utOité de mesures spécffi.ques, mais aussi des limites de celles-ci 9(F. Dorflac).
tfII'
ETAT DES LIEUXPOUR
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",- C'est égaJementleCXlf1CèPt rt1t:)SLrépar leSerq.JêtéS oonYrunautaies sur la strUcturecft3~
'salaireseffeduées par l'INSEE pourleoorrpte de tosce en 1966,1972, 1978.11estprlY:,"
de renollVeleren 1994c8tteenqJête autaisant les(x)rnpa"aisonsentre pays merri>res,~
"
".',",,:'la CE. Là France a été la seule à l'effectuEr en 1986. ','" .': ,. L.s durée illlectiVernêrlt travsillêe est ladûrétjci.ffravâJ telle qu'âle a été effecbJéê'~::':
la personne ayant un êrT1pIâdJrant la période deréftlenœ (en général la semaine),:~tt,:
,
tenant oompte de 'l'absènœ,des>grèves, des" congéS annuels, des h9l.res supplé~T>:'"
taires i~elles...C'estladuréeqJe mesure I.~êteannuelle sur l'êrT1pIârnenéE}~':'
l'INSEEaJprèS' cJesindividUsaaifs~faisant partie dun échantillondeménag~~,-',
Troisdsées hetxX>rnairèS>iTDyennes dJtravéÛfsontestirnées la première intègre ~~~'":'
les personnes,mêrne'sièllesétaiemmalades,enCDngé,etc.au cou-s de la semai~~:,"
référencé; ale corresportddonc8 la dtrée effediVement travaillée. La seoonde exdutl~" ,
,personneS ayanttravaillérroiriSdun œrtài1 nombtèdheures (45 heures pour les enquêt~:,
Errpoi de 1968 81981, dêpûisladurée habi1uelledetravail est obtenue dreàementaupr~ '
des persorI'1esinterrogéés) pourll18raison pas$êtQère(malade, cmgé, etc.) ;elfe permEJr:
70 de se rapprod1er deJanotion de durée habituelle de travail. Enfi1, en exduant toute~.I~ '
personnes qui tavâllentdefacpnclr'ablemoinSdtn certainnorrtre dheures parcoh,,~>
nanœ persorI'1eHe, on peut estimer lhoraire hebdomadaire moyen des établissemen~., ,
Cette demière'notionestœUe qui'se rapprocherairle'plusde,la durée offertefournie>[@"
l'enqJêteACEMO.Mais ilSUbsiste néanrroinsdesfacteurs de divergence qJi expliqUem: ,
, que.1es 'dJrées 1i-êeSdesenqJêtesauprès des ét~issements soient en généralply~'
rourtes que celles tiréesdesEtnCJJêtes aJprèsdeSsalariés :' au-delà de différencesd'ofcf.r~,,:"
méthodologique (en '.particulier l'absencedes.petitsétablissements dans l'enqÙêt~
ACEMO), il semble surtoUt qJe l'horaire effectif fourni pot.r les établissements prendr11@
enoompteles haaires<particuliers de certaines catégories de persomels, romme l'~~
drement par exemple.Cê facteur expliquerait aussi,' SLrla période récente, ((l'nertie>>deJ~'
durée issuederenqJête ACEMO par rapport aux êvoIutioos fournies par l'enquête Emptoi,
'plus sensbles aJXtludOationscxnjordurelles,dans unoontexte de diversification etd'n-.
'
dividJalisation aoissante>des haaires de travail.POUR
RÉDUCTION DU TEMPS
DE TRAVAIL,
CHIFFRES ET RÉALITÉS
UN ENTRETIEN A VEC OLIVIER MARCHAND.
L'analyse da don1Wes chiffrées sur la réduction du œmps
de travail depuis les ~es 80estcompleœ.Les avis des spécialisœs
divergent sur leur interprétation.
La situation muyennegénérale est de moins enmow repré-
sentatived'uneréalitéconcrète, carelkrecouvreunéventailik situa,.
tions diversifiées, voire controilictoires.
,
a mesure du temps de travail est très délicate. II existe plusieurs
&.;.ypes de sources d'informations, plusieurs notions du «temps
de travail». Selon la source utilisée, les définitions adoptées, les données ne
sont pas forcément cohérentes; leur interprétation peut donc soulever la contes-
tation.
Le temps de travail déclaré par les entreprises 7 7
Il s'agit d'une notion collective de durée du travail, mesurée par les entre-
prises. Cela correspond au temps de travail affiché par les établissements pour
les personnels qui travaillent à temps complet.
- La durée hebdomadaire:
Sa relative diminution en France - une heure environau début de 1982-
a coïncidé avec l'arrivée de la gauche au pouvoir. Ensuite les évolutions ont
été beaucoup plus lentes, voire insignifiantes: au total, et sur dix ans, le temps
*~
de travail hebdomadaire mesuré par les entreprises reste pratiquement stable, ~
autour de 39 heures. INSFE-
- La durée annuelle: Minisère
duTravail.Ses fluctuations sont très minimes. L'approche collective de la durée duPOUR
temps de travail ne se modifie guère; on a l'impression qu'elle n'est même pas
affectée par les aléas de la conjoncture.
Le temps de travail déclaré par les salariés
Il s'agit du temps de travail tel qu'il est déclaré, individuellement, par les
salariés dans l'enquête INSEE auprès des ménages. La notion est donc plus
proche d'un temps de travail effectif. Mais c'est aussi une déclaration souvent
floue, pour certaines catégories de salariés et de cadres notamment, qui ont
parfois beaucoup de mal à estimer leur temps de travail réel; les non-salariés,
de leur côté, ont tendance à déclarer des'durées élevées, sans que l'on soit très
sûr de la précision de leur estimation.
Cette notion de durée du travail déclarée par les salariés est un peu diffé-
rente de celle déclarée par les entreprises; elle semble légèrement plus sen-
sible aux fluctuations de la conjoncture. Jusqu'en 1986, pour les salariés à
temps complet, cette durée a paru diminuer, mais de manière infime, puis elle
est remontée légérement entre 1986 et 1989, à cause de la reprise de l'activi-
té. A partir de 1990, on note de nouveau un très léger mouvement de diminu-
tion .
Ajoutons que certaines catégories de personnes échappent à l'enquête col-
lective auprès des entreprises: professions libérales, travailleurs indépendants,
certains cadres... En matière de déclarations individuelles, en revanche, on éta-
blit une moyenne à partir des de l'ensemble des catégories. Par
ailleurs, s'il existe bien une petite contradiction entre l'information provenant
des entreprises, et celle qui vient des salariés, on arrive tout de même à l'ex-
pliquer.
Plus fondamentalement, au-delà d'un mouvement d'uniformisation des
horaires collectifs, apparaît une diversification des comportements indivi-
duels. On assiste à la fois à une convergence de la durée collective autour de
39 heures, et à un éclatement du temps travaillé" de plus en plus mal pris en
compte par l'observation statistique. Les formes d'aménagement du temps de
72
travail sont très variées, et cette réalité plus complexe contribue à rendre trom-
peuse, pour l'individu, la notion de durée moyenne du temps de travail. La
durée effective joue, bien sûr, mais aussi sa modulation au cours de l'année,
de la saison, de la semaine, la plage horaire par rapport aux horaires classiques,
et toutes ces formes nouvelles d'aménagement du temps de travail, y compris
le temps partiel, qui ne sont pas prises actuellement en compte dans les décla-
rations des entreprises. C'est une autre notion, une autre réalité que l'on cherche
à approcher, et qui devient de plus en plus complexe, fluctuante, flexible, avec
les dispositifs mis en place ces dernières années: modulation des horaires,
aménagements du temps de travail, développement de formes de travail de
week-end, de nuit, par équipes... On a de cette façon une vision plus précise,
plus riche, des évolutions.POUR
La durée effective a rattrapé la durée légale, mais maintenant stagne
vu, les variations de la durée de travail sontSur la période récente, on l'a
très faibles. On constate donc une forte inertie; la durée effective moyenne
du travail, en France, se situe bien autour de de la durée légale pour les per-
sonnels à temps complet. Ce n'était pas du tout le cas dans le passé, lorsque la
durée légale était de 40 heures (la mesure est de 1936) ; la durée moyenne
effective était beaucoup plus élevée et fluctuait bien davantage en fonction du
rythme de l'activité.
Le travail à temps partiel
Au cours des dix dernières années, le développement du travail à temps
partiel a représenté le principal mode de réduction de la durée du travail. Quand
on observe sa progression, année par année, sur la dernière décennie, on note
d'abord qu'il ne concerne que les femmes, puis que, à deux momenl~, le temps
partiel s'est développé: de 1980 à 1986 d'une part; depuis 1990 d'autre part.
Entre les deux périodes, on assiste à un plafonnement, autour de 23 à 24 %,
de la proportion des femmes qui travaillent à temps partiel. On parle essen-
tiellement des taux féminins, parce que les taux masculins restent désespéré-
ment bas: de l'ordre de 3 à 4 %. On constate que les femmes les occupent
parce que l'emploi offert à temps partiel n'est pas un emploi masculin.
Entre 1986 et 1990-91, le taux reste stable, mais depuis deux ou trois ans,
le développement de cette forme de travail reprend. Ce qui vient contredire
l'image classique selon laquelle «le travail à temps partiel s'est beaucoup déve-
loppé en France, et pourrait encore se développer» avec la reprise de remploi,
contribuant ainsi, théoriquement, à la création d'emplois et à l'introduction du
partage du travail. On note, à l'inverse, que le travail à temps partiel a pris son
essor durant les périodes de ralentissement de l'activité économique, ce qui
inciterait à penser qu'il s'agit d'une forme d'adaptation utilisée par les entre-
prises pour faire face, justement, au ralentissement de l'activité.
Le travail à temps partiel est, le plus souvent, imposé. Une forme volon-
73
taire s'est développée dans les administrations, favorisée par la législation:
le «mercredi des fonctionnaires». Les demandeurs étaient plutôt des employés;
quelques cadres ont pratiqué le temps partiel, mais c'étaifalors un temps par-
tiel de 80 à 90 % du temps plein. Hormis ce cas, cette forme de travail s'est
appliquée surtout à des emplois peu qualifiés, dans des secteurs de service ou
du commerce; c'est aussi, éventuellement, un moyen de sélectionner le per-
sonne1... Et quelque chose qui se rapprocherait de l'«emploi précaire», une
sorte d'«emploi à l'essai» qui ne dirait pas son nom, pouvant déboucher ensui-
te sur un travail durable et à temps complet. On a là des formes de temps par-
tiel très éloignées de l'image idyllique que l'on en présente d'ordinaire...
Les véritables emplois de cadres à temps partiel restent cantonnés dans le
secteur public (enseignement, santé, services sociaux), là où des aménage-POUR
ments d'horaires et de tâches sont possibles (travail du professeur par exemple),
et le plus souvent, pour permettre à des femmes de concilier charges fami-
liales et vie professionnelle.
La plupart du temps, lorsque le temps partiel se développe, c'est dans le
sens d'un emploi plus subi que désiré: les enquêtes réalisées dans les grandes
surfaces par exemple, montTent que les emplois de caissière à temps partiel
sont occupés par des femmes souhaitant, en fait, un emploi à plein temps et
durable. Au sens où l'entend le Bureau International du Travail (BIT), il s'agit
donc là de la création de formes de sous-emploi. De plus, les postes ainsi offerts
ne pemettent pas de générer d'autres emplois; on y est payé exactement au
temps travaillé, ce qui revient à une forme de réduction non compensée de la
durée du travail. En 1981, c'était différent: la de ]a durée du temps
de travailn'avaitpasaffectéle salaire: simplement,à salaireidentique,on tra-
vaillait moins. Le temps partiel permet d'éviter ce genre de compensation sala-
riale. En fait, les possibilités de partage réel d'un JX>steà temps complet en
deux ou trois postes à temps partiel, apparaissent limitées. On cite des cas de
cadres ayant réussi à mettre sur pied des postes de travail où deux personnes
se relaient, mais ce type de partage est demeuré très limité.
En conclusion, on peut dire que le travail à temps partiel reste essentielle-
ment féminin. Les enquêtes budget-temps montrent que le partage des tâches
domestiques dans le couple s'est légèrement amélioré, mais l'évolution est
lente et de faible ampleur. Contrairement à ce qui se passe pour d'autres pays
(scandinaves entre autres), le travail féminin à temps partiel chez nous ren-
voie en grande partie à ce déséquilibre.
On peut dire également que le développement de l'activité féminine a créé
des emplois induits: garde d'enfants, restauration hors du domicile, etc. Il est
même à l'origine d'une offre d'emplois à temps particl pour prendre en char-
ge le travail domestique dont certaines femmes ne pouvaicnt s'occuper: il
s'agit en quelque sorte d'un déplacement du travail entre fcmmes, qui n'a rien
à voir avec la notion de partage du travail habituellement préconisée.74
L'idée du temps partiel, bonne dans son principe, se trouve contredite par
les faits, qui la font apparaître plutôt comme une impasse pour l'instant. Il fau-
drait fortement revaloriser un certain nombre de cés emplois peu qualifiés,
mal rémunérés, aux horaires difficiles (le soir, le samedi, pour les caissières
par exemple). Actuellement, le temps partiel ne satisfait pas la majorité des
personnes qui le pratiquent; il ne permet vraisemblablement pas non plus de
réellement partager le travail pour améliorer la situation de l'emploi.
Le lien entre la réduction du travail et la création d'emplois
Cette question revient régulièrement, en particul icr dans les temps de recru-
descence du chômage et les périodes électorales. Certains travaux macro-éco-
nomiques montrent que c'est la seule solution qui permette réellement de faire,
POUR
face à l'accroissement du nombre des chômeurs. Mais curieusement, les
mesures qui permettraient d'aboutir à une réduction du temps de travail sont
repoussées; le débat s'enlise et retombe jusqu'à l'échéance suivante. Et lors-
qu'on lance des tentatives timides, comme celle de 1982 ( passage à 39 heures
hebdomadaires de travail),elles ne produisent pas du tout les effets attendus.
Bien qu'elle n'ait pas encore été évaluée avec précision, cette expérience de
1982 a beaucoup compté dans révolution du débat en France. Considérée
comme un échec, elle a bloqué, du moins pour un certain temps, la poursuite
d'un mouvement de réduction de la durée du travail destiné à créer des emplois.
Selon les économistes, cette expérience s'est effectuée dans de mauvaises
conditions. D'abord, la réduction a été relativement faible: une heure seule-
ment, et surtout, elle a été imposée à tous les secteurs d'activité, à toutes les
régions, de façon uniforme. Résultat: ses effets ont été absorbés par des gains
de productivité. On imagine aisément qu'une réduction du temps de travail de
douze minutes par jour ne puisse pas provoquer de bouleversements dans la
marche d'une entreprise. De plus, passer de 40 à 39 heures sans incidence sala-
riale, et sans réorganisation réelle du processus de travail, était courir à l'échec.
Il semblerait que cette mesure n'ait créé que quelques dizaines de miniers d'em-
plois. On est loin des quatre cent mille créations annoncées!
Il est à nouveau question de partage du travail. L'OFCE a diffusé récem-
ment dans cette perspective «Utopies pour l'emploi»; les travaux préparatoires
du XIe Plan ont encore débouché sur cette idée. Mais les conditions envisa-
gées sont les mêmes que celles préconisées à la fin des années 70, dans les tra-
vaux préparatoires du VIlle Plan. La mesure n'aurait des chances d'être fécon-
de que si elle s'accompagnait de décisions très strictes, visant au partage non
seulement de l'emploi, mais aussi du revenu, et la diminution du temps de tra-
vail devrait être beaucoup plus nette que celle adoptée en 198t. Un objectif
de 35 heures en moyenne à l'horizon de 1997 ou de l'an 2000, montrerait que
l'on se situe dans un processus continu, avec des rythmes de variation diffé-
rents selon les entreprises et les secteurs. Une réduction négociée au niveau 75
interprofessionnel, aussi bien qu'à un niveau plus décentralisé, ne pourrait s'ef-
fectuer sans une réorganisation importante du travail: car si la réduction de
la durée générale ne s'accompagne pas d'une augmentation de la durée d'uti-
lisation des équipements (travail en équipes par exemple), imaginer que la
mesure puisse avoir des effets positifs sur l'emploi relève de l'acte de foL..
Peut-être des exemples récents ici ou là sont-ils le signe que quelque chose
a bougé depuis une dizaine d'années? Des entreprises ont négocié avec le per-
sonnel et obtenu son accord pour des sacrifices en termes de salaires: c'est un
début de partage réel du travail, même s'il est destiné généralement à éviter
des licenciements plutôt qu'à vraiment créer des emplois. L'effet, du point de
vue du chômage, est tout de même positif. Mais dans l'ensemble, inertie et
blocages à tous les niveaux freinent considérablement ce type de mesures. IlPOUR
faut au moins se souvenir de l'erreur de 1981, et ne jamais imposer de but en
blanc des décisions de cet ordre, sous peine de voir la dure réalité annuler les
effets d'un bon principe.
Quels liens établir entre la création d'emplois et l'évolution du chômage?
On peut s'interroger sur l'exemple des années 1986-1990. Sept à huit cent
mille emplois ont été créés, mais, contrairement aux attentes, le nombre de
chômeurs inscrits à l'ANPE n'a que très légèrement diminué. Il n'existe pas de
traduction comptable, mécanique, entre le nombre d'emplois créés et le nombre
de chômeurs évités. Les arrivées nettes (accroissement de la population acti-
ve) sur le marché du travail demandent à être compensées.Or, ellescontinuent
à être, en France, largement positives: nous nous situons actuellement sur un
rythme de progression tendancielle des ressources en main-d'œuvre de l'ordre
de 150 000 personnes par an. C'est donc l'effet d'un raisonnement un peu sim-
pliste de ne considérer que le nombre d'emplois créés. Car il faut bien com-
prendre que, tant que l'on n'a pas créé un nombre d'emplois significatif, il n'y
a aucune chance que l'on empiète sur le chômage.La création de 100- 150
000 emplois par an correspond à ,un taux de croissance annuelle de l'ordre de
2,5 à 3 %. Aussi longtemps que l'on restera sur des rythmes de croissance net-
tement inférieurs (en 1992, on a difficilement atteint 1%, et les prévisions sont
continuellement revues à la baisse pour 1993), le nombre d'emplois créés sera
insuffisant, et le chômage ne décroîtra pas.
D'un point de vue purement macro-économique, on constate l'existence
sur les dix dernières années, d'un lien très net entre l'évolution de l'emploi et
celle du chômage. La population active a augmenté de manière extrêmement
régulière: en créant peu d'emplois, ou, plus grave, en en supprimant, on induit
forcément du chômage. Et de toute façon, le lien entre les créations d'emploi
et le chômage n'est pas de un pour un. Ceci est accentué par un biais statis-
tique lié à l'indicateur de chômage. L'indicateur le plus facile à lire, le plus
vite et le plus régulièrement connu, est le nombre des demandeurs d'emploi76
inscrits à l'ANPE. Mais le chômage est également mesuré par les enquêtes de
l'INSEE (notamment l'enquête Emploi), qui se rétèrent aux normes du BIT.
Lesquelles définissent un concept de chômage plus restrictif, éliminant entre
autres certains demandeurs d'emploi qui ont une activité occasionnellr tout en
étant inscrits à l'Agence, et qui peuvent bénéficier d'indemnités, même dimi-
nuées. Au sens du BIT, donc, ces gens ne sont pas considérés comme des chô-
meurs.
Quand on examine ces deux indicateurs sur la période 1986-1991, le pre-
mier (ANPE) montre une diminution du nombre des chômeurs moins impor-
tante que le,second (enquêtes INSEE), qui indique que le taux de chômage est
passé de 10,5 % en 1987 à un peu moins de 9 % en 1990. Cette diminution,
quoique faible, aurait été suffisante pour nous remettre dans la bonne direc-POUR
tion. On peut se demander, à la lumière de cet exemple, pourquoi les créations
d'emploi mordent davantage sur le chômage dès lors qu'on le définit selon les
normes internationales, et moins si l'on se réfère à l'indicateur ANPE. Cela
semble tenir à une espèce de dérive de l'indicateur ANPE : chaque fois que
l'on se trouve en période de reprise de l'activité, l'action de l'Agence est plus
orientée vers la prospection, conformément à sa vocation première, qui est
d'essayer de faire correspondre des demandes d'emploi à des offres. De plus,
en ces mêmes périodes de reprise, les problèmes de l'indemnisation du chô-
mage sont moins aigus, on est donc moins enclin à revenir sur les avantages
acquis aux demandeurs d'emploi.
Dans les périodes de ralentissement de l'activité, comme on en connaît
actuellement, on applique des mesures de gestion plus rigoureuses : restric~
tions sur le système d'indemnisation, par exemple. De sorte que le nombre de
chômeurs enregistré par l'Agence a moins augmenté en 1992 qu'en 199], alors
que l'évolution de l'emploi a été plus défavorable. On peut donc dire que, mal-
heureusement, le lien chômage-emploi est plus net lorsque l'emploi diminue
et que le chômage augmente; on le sent plus douloureusement à ce moment-
là. Mais lorsqu'on crée beaucoup d'emplois, l'effet en est moins visible, parce
que la notion de chômage devient plus lâche. C'est pourquoi, en apparence au
moins, l'effet positif des créations d'emplois ne se manifeste pas autant qu'on
l'attendrait et qu'on le souhaiterait.
Le débat, en France, porte beaucoup plus que dans d'autres pays, sur le
chômage selon la définition de l'ANPE. La perception des relations entre offre
d'emplois, durée du travail, chômage, population active, politique de l'emploi,
en est obscurcie. Il serait nécessaire de prendre un peu de recul, d'intégrer le
fait qu'il n'y a pas qu'une façon de mesurer la réalité de l'évolution économique
et sociale, de se baser sur des indicateurs différents... Les choses ne sont pas
aussi figées ni inéluctables qu'on pourrait le penser.
En tout état de cause, pour les prochains mois, on ne peut annoncer d'amé-
lioration de la situation sur le front du chômage, toutes les prévisions récem-
77
ment publiées en conviennent. Et ce, malheureusement, quelles que soient les
mesures prises par le nouveau gouvernement. 0POUR
Durée annud~ du (ravail en France
de 18JO à 1990.
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Graphique B
Durée hebdomadaire habituelle du travail (selon l'enquéte emploi)
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J8
1946 1978POUR
QUE REPRÉSENTE LE TRAVAIL DANS UNE VIE?
En France, la durée du travail a diminué de mo~ié en un siècle.
D'après les travaux de O. Marchand et C. Thelot (1), la durée du travail est pas-
sée d'un peu plus de 3.000 h en 1830 à 1.650 heures en 1990... Soit une durée
annuelle divisée par deux en 160 ans...
Cette réduction est plus nette dans l'industrie et le tertiaire que dans l'agriculture.
Un ouvrier urbain travailla~, il y a un siècle, 4.000 heures par an, sans week-end,
sans vacances, sans retraite.
De 12 à 15 heures au XIXe siècle, la journée de travail s'est réduite aujourd'hui
à 7 à 8 heures.
Depuis les années 60, la semaine de travail se termine, pour la majorité des sala-
riés, par un week-end de deux jours, parfois davantage (semaine de 4 jours).
De 1973 à 1982, la semaine de travail s'est raccourcie en moyenne de 46 à 39
heures.
En 1936, on comptait 12 jours de congés payés, aujourd'hui 5 semaines.
Au XIXème siècle, la plupart des salariés travaillaient jusqu'à épuisement de leur
force de travail. Aujourd'hui, l'âge de la retraite est en moyenne de 59 ans.
(1) Sources: «Deux siècles de travail en France», INSEE, études, Janvier 1991.
Dumazedier, Joffre «La révolution culturelle du temps libre», Méridiens Klincksieck, 1989.
VARIATIONS CATÉGORIELLES DU TEMPS DE TRAVAIL
Une inégalité hommeslfemmes*
les hommes travaillent plus que les femmes dans leur activité professionnelle.
Mais cette inégalité est trompeuse.
le travail professionnel et les trajets domicile-travail occupent en moyenne:
- 45 h de la semaine d'un homme actn,
- 36 h de la semaine d'une femme active (parce que les femmes travaillent plus
souvent à temps partiel et habitent plus près de leur lieu de travail).
Mais le travail domestique représente:
- 35 h de la semaine d'une femme active,
79- 44 h d'une femme au foyer,
- 20 h d'un hom me actif.
Réduction au bénéfice des salariés*
En moyenne, début 1989 :
-les non-salariés travaillent 51 h (réduction de 2 h en 20 ans);
-les salariés travaillent 38 h (réduction de 7 h en 20 ans).
Travaille week-end: en augmentation*
%% jamais leEn 1991, 52 des salariés ne travaillent jamais le samedi, 78
dimanche.
%En 1984, les proportions étaient de 54 et 80 0/0.
Source: INSEE, les Emplois du Temps des Français, Économie et statistique,
223, Juillet/Août 1989.n°
Futuribles, 165/166.n°UN SIÈCLE
DE TRAVAIL FÉMININ
UN ENTREnEN A VEC MARGARET MARUAN/*
Le trovaü da femmes est l'exemple mênu? da contrai/ic-
lions et des difficultés de compréhension rencontrées dans l'analyse
da données SUTce thème.
L'i:rruJgerk que véhicule l'opinion est tenace, la réalité a du
mol à s'imposer: ainsi, les femmes lU!trovaükmienJ massivemenJ
que depuis peu, alors que leur taux d' cretivité par ropporl à celui de
la population totak n'a que peu lJlJT'Mdepuis le tUbut du siècle, si
l'on prend en compte les mêmes bases statistiques; k mi-temps des
femmes est consiiUré comme UIU!panacée, alors qu'elks effectuent
la «doublejoumée »...
D'un côté, leur travail tend à s'aligner de plus en plus sur
celui da hommes, de l'autre, les inégalités de gmtifications socûiles
(salaires, fonctions) hommes /femmes ontprogressé.De surcroît, bien
que plus diplômées, elles sont les premières victimes du chômage...
27
On dit que les femmes travaillent plus aujourd'hui qu'en 1900. A votre avis?
I s'agit d'une histoire complexe, en dépit de quelques certitudes.
'~es femmes en France ont toujours beaucoup travaillé; elles ont
pris une part active à la construction économique de ce pays. Au début du
*Sœidogue.siècle, elles travail1aient déjà énormément. Cela dit, il est diffici le d'obtenir
Cen1Te de
des chiffres fiables jusqu'en 1945. Parce que la façon de recenser le travail ~ie
n'était pas la même, et parce qu'une bonne partie de l'activité laborieuse des urlxine.
femmes échappait, échappe toujours, aux catégories d'analyse. Toute la pério- IRFJrO-
de précédant l'extension du salariat est ainsi très difficile à comptabiliser pour CNRS.POUR
les femmes. Prenons l'exemple de la paysanne. Comment la définir?
Agricultrice, ou femme d'agriculteur ?El1e pouvait, pour un même travail, être
répertoriée dans rune ou l'autre des cases...
Après l'activité féminine intense du début du XXe siècle, entre les années
20 et les années 60, on a constaté une diminution relativement importante du
travail féminin en France, suivie d'une remontée très spectaculaire, à partir des
années 60, qui se poursuit encore aujourd'hui. Dans les années 60, on comp-
tait 6, 5 millions de femmes actives, enes sont maintenant Il minions. Depuis
les années 60, on peut parler d'explosion. Du côté des hommes, l'augmenta-
tion a été beaucoup plus faible: 13 millions travaillaient en 1962, 14 millions
aujourd'hui.
A quoi attribue-t-on cette augmentation spectaculaire du travail féminin?
Personne, à ma connaissance, n'a de schéma explicatif d'ensemble cohé-
rent. On peut aligner une série de raisons; je crois que l'une des plus solides,
est l'élévation du niveau d'instruction, absolument parallèle à la montée de
l'activité féminine. Aujourd'hui, le niveau d'instruction des filles est plus élevé
que celui des garçons. La corrélation entre les deux phénomènes est très forte:
plus les femmes sont instruites, plus elles sont actives.
Une deuxième raison, sur un registre économique cette fois, est la répar-
tition sectorielle de l'emploi: les femmes travail1ent beaucoup dans le secteur
tertiaire, or, c'est un de ceux qui se sont le plus développés depuis les années
60. On trouve des raisons dans un autre registre encore, plus «culturel» : la
période qui a vu la croissance des taux d'activité des femmes, coïncide avec
celle de la libéralisation de l'avortement et de la contraception, ce sont les
années «post-soixante-huitardes», cela concerne la même génération. Toutes
ces explications se situent à plusieurs niveaux, mais on ne dispose pas d'un
système explicatif d'ensemble.
Par rapport à la famille, si on regarde les chiffres, rester chez soi pour éle-
ver ses enfants, est désormais une pratique désuète. Fondamentalement, il me22
semble que ce sont les comportements des jeunes femmes qui ont évol ué depuis
les années 60 : pour une majorité d'entre elles, désormais la norme est l'acti-
vité professionnelle. Ce phénomène explique que l'on soit passé de 6,5 mil-
lions de femmes actives à Il millions. Le taux d'activité des femmes de moins
de 25 ans, comme celui des hommes, a diminué à cause de l'élévation du niveau
d'instruction; le taux d'activité des femmes et des hommes de plus de 55 ans
a diminué également. Toute l'augmentation de l'activité féminine, et même de
l'activité tout court en France, est à imputer aux femmes de 25 à 49 ans, tranche
d'âge où elles ont des enfants, et des enfants jeunes. Entre 25 et 49 ans, aujour-
d'hui, 75 % des femmes sont actives, contre environ 40 % dans les années 60.
Cette dernière période marque une rupture très profonde: la normalité, à
l'époque, était de s'arrêter de travailler au premier enfant; aujourd'hui, la norme