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Le Treizième en sources

De
393 pages
Du faubourg populaire à la ZAC Paris Rive Gauche, le treizième arrondissement de Paris est le poste d'observation idéal pour mettre en perspective les grandes structurations de la ville contemporaine. Laboratoire urbain, mais aussi catalogue architectural, le treizième accueille successivement les principales idées et réalisations urbaines du vingtième siècle, sans pour autant en faire la synthèse. Au contraire, par ses multiples facettes, le treizième pose la question des processus d'un "faire ville". A travers le recueil bibliographique et le repérage des sources, notamment dans les représentations filmées de l'arrondissement, cet ouvrage convoque toutes les disciplines et matériaux possibles pour appréhender ces transformations urbaines.
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Le treizième en sources


Dans la même collection :

GHERCHANOC Florence (dir.), La maison, lieu de
sociabilité, dans des communautés urbaines européennes, de
l’Antiquité à nos jours, 2006.

PINÇONNAT Crystel et LIAROUTZOS Chantal (dir.),
Paris, cartographies littéraires, 2007.

Aurélia Michel
Ariane Beauvillard
Le treizième en sources




Guide pour l’observation des mutations
eurbaines, Paris XIII arrondissement







Collection
« Sciences de la Ville »


Éditions Le Manuscrit © Éditions Le Manuscrit, 2008
www.manuscrit.com
Couverture © Collection particulière
ISBN : 978-2-304-01705-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304017052 (livre numérique)
ISBN : 978-2-304-01704-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304017045 (livre imprimé) Aurélia Michel et Ariane Beauvillard






Remerciements :

Cet ouvrage a été réalisé grâce à la collaboration de
nombreuses personnes que je souhaiterais remercier :
Nolwenn Rannou, documentaliste du Centre
ed’Archives du XX siècle à la Cité de l’Architecture et
du patrimoine, Antonella Casellato, documentaliste du
Pavillon de l’Arsenal, Christine Tournoux,
documentaliste de la bibliothèque Suzanne Axel
(Centre Alfred Binet, ASM 13), Brigitte Einhorn, te et membre de l’ADA 13, Anny
Moinard et enfin Suzanne Rosenberg, dont les
informations ont permis de constituer cet ouvrage.
Pour leur relecture et conseils, je remercie Nicolas
Henckes, Joanne Vajda, Crystel Pinçonnat et Evelyne
Cohen, ainsi que mes collègues du Pôle Sciences de la
Ville à l’Université Paris Diderot et à l’Ecole Nationale
Supérieure d’Architecture Paris Val de Seine.
9 Le Treizième en sources
10 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
Sommaire

Préface ............................................................................................. 15
Introduction ..................................................................................... 19
Première partie : guide de la recherche sur le treizième
arrondissement (Aurélia Michel) ...................................................... 47
I. Bibliographies thématiques...................................... 49
A. Le treizième objet : un objet d’étude ?...................... 51
Guides et Monographies .......................................... 55
Histoire....................................................................... 58
Récits et essais littéraires 61
B. Le treizième industriel ................................................ 63
La Bièvre .................................................................... 67
Industries et mondes ouvriers ................................. 70
Patrimoine industriel................................................. 74
C. Héberger, soigner ......................................................... 79
L’hôpital dans la ville................................................ 83
Accueillir..................................................................... 86
Soigner dans la ville : la psychiatrie de secteur...... 91
D. La ville transformée..................................................... 95
« Rénovation urbaine et changement social » (1950-
1975) ................................................................................. 100
Habiter les tours...................................................... 108
Vers un nouvel urbanisme ? de la rénovation à la
réhabilitation.................................................................... 114
ZAC Paris Rive Gauche ......................................... 119
II.Sources et archives ................................................. 123
A. Centres de ressources et d’archives ........................ 125
En ligne..................................................................... 125
11 Le Treizième en sources
Bibliothèques, centres de documentation et
d’archives ..........................................................................131
Instruments de travail .............................................139
B. Extraits de catalogues................................................. 143
Centre de Documentation du Pavillon de
l’Arsenal....................................................................143
Archilog.....................................................................151
Archives de l’architecture contemporaine............166
C. Le treizième par ses habitants ................................. 187
Presse locale, gazettes et annuaires........................188
ADA 13192
Fonds Suzanne Rosenberg .....................................196
D. Le treizième à travers les pratiques de la psychiatrie
de secteur .................................................................................. 203
Publications des praticiens de l’ASM 13 ..............206
Documents de travail de l’ASM 13........................213
Deuxième partie : Le treizième en images (Ariane
Beauvillard)......................................................................................... 219
I. Le treizième en images les représentations du
treizième arrondissement dans les films de fiction et de
non fiction, 1933-2006 ...................................................... 221
Le treizième arrondissement entre un imaginaire
glauque et une réalité ouvrière (1933-1971)......................... 227
Le changement urbain : une ville en re(dé)consctruction
phsysique et humaine (1971-1998)........................................ 246
Les survivances du passé dans le présent de la fiction
(1984-2002)................................................................................ 256
II. Fiches résumés des films...................................... 287
Fiction : Circuit commercial .......................................... 289
12 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
Films d’art et d’essai ........................................................ 305
Fictions télévisées ............................................................ 325
Films de non fiction 341
Liste des abbréviations utilisées ...................................................... 383
Index des lieux cités dans les références........................................... 385



13 Le Treizième en sources
14 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard



Préface







En 1860, la ville de Paris annexe ses quartiers
périphériques ; le nombre des arrondissements
parisiens passe de douze à vingt. Le treizième
arrondissement est alors traversé par la Bièvre, un petit
affluent de la Seine qui coule à ciel ouvert. Entre Seine
et Bièvre, autour du plateau dont le haut lieu se trouve
être la place d’Italie actuelle, s’étend la plaine de
Gentilly et d’Ivry au sud, de Saint-Marcel au nord,
jouxtant la montagne Sainte-Geneviève que domine le
Panthéon. Le treizième est une zone de transition
entre la capitale et sa banlieue. Il se caractérise par ses
activités industrielles dispersées. Au dix-neuvième
siècle, les immigrés provinciaux et les voyageurs y
parviennent par la ligne de chemin de fer Paris-
Orléans et la gare d’Austerlitz.
Le guide pour l’observation des mutations urbaines qu’ont
réalisé Aurélia Michel et Ariane Beauvillard, montre
que le treizième arrondissement a conservé pendant
une grande partie du vingtième siècle son caractère
industriel ; son territoire est marqué par la présence de
la Seine, de la voie ferrée et de l’hôpital de la Pitié-
Salpêtrière. Le treizième arrondissement, nous disent
les auteurs, était un « quartier industriel de frontière »,
15 Le Treizième en sources
une terre d’accueil mais aussi de ségrégation. Son
histoire est celle des travailleurs du Paris industriel, une
histoire encore à écrire. C’est également celle des
migrations qui conduisent vers Paris d’abord les
Provinciaux, puis les différentes vagues d’immigration
étrangère maghrébine et récemment asiatique.
Si l’on met de côté quelques « quartiers » à
l’identité bien affirmée, au caractère pittoresque, voire
« villageois » comme la Butte aux Cailles, le treizième
arrondissement était un quartier d’habitations
populaires, d’îlots insalubres où se sont déployées les
politiques de rénovation depuis les années 1960. Les
tours du treizième arrondissement ont été le symbole
d’une politique d’urbanisme peu soucieuse
d’esthétique. À compter des années 1980, l’urbanisme
se transforme dans Paris : la politique du rééquilibrage
à l’Est s’exprime à travers la construction de la
Bibliothèque François Mitterrand puis la mise en place
de la ZAC Paris Rive gauche. Le treizième est appelé à
devenir un grand quartier universitaire, un quartier
d’habitation, une terre de mixité sociale.
Depuis les années soixante, ces politiques ont fait
l’objet de débats publics et d’études. Les débats ont été
à l’origine de la création d’une multiplicité
d’associations d’habitants appelés à donner leur
opinion, inventant ainsi un urbanisme de plus en plus
participatif.
L’importance des mutations sociales et urbaines
dans cette zone de Paris a suscité de longue date
l’intérêt des chercheurs. Pour l’observateur des
changements sociaux, pour le chercheur en sciences
sociales, le treizième arrondissement, en renouvellement
incessant, est un terrain d’observation privilégié. Ce
guide des sources et des travaux scientifiques nous
montre comment la sociologie urbaine (avec Paul-
16 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
Henry Chombart de Lauwe puis Henri Coing) y a fait
ses premières armes. La psychiatrie de secteur
soucieuse de lier les questions de santé mentale au
contexte social de leur émergence a trouvé dans le
treizième arrondissement un champ d’action privilégié
comme le montre l’inventaire des travaux de
l’association de santé mentale du treizième. Enfin le
treizième est devenu un véritable laboratoire de
recherche de l’architecture contemporaine, soucieuse
d’équilibre entre le patrimoine ancien et les réalisations
contemporaines.
Mais l’intérêt d’un tel guide réside aussi dans le fait
qu’il montre que certaines thématiques sont négligées
ou insuffisamment explorées par la recherche : le passé
industriel de Paris reste encore mal connu même si les
recherches sur le patrimoine industriel se développent.
Alors que les migrations provinciales vers Paris ou les
migrations asiatiques ont donné lieu à des recherches
historiques et ethnologiques, on comprend mal
pourquoi l’immigration maghrébine du treizième
arrondissement n’a pas suscité l’intérêt.
Enfin ce guide s’intéresse à l’image globale du
treizième, à la place qu’il occupe dans les
représentations mentales ou figurées. À cet effet,
Ariane Beauvillard a établi un corpus systématique des
films et émissions de télévision, documentaires et
œuvres de fiction qui figurent le treizième
arrondissement, des années trente à nos jours. Elle
met ainsi en évidence les lieux sur lesquels se fixe la
représentation du treizième, les zones visibles et
invisibles de la fiction. Dès lors, le lecteur ne sera pas
étonné de l’entrée récente dans la fiction de la
Bibliothèque François Mitterrand et de la ZAC Paris
Rive gauche.

17 Le Treizième en sources
Ce guide est une pièce importante pour le
développement des recherches et la création d’un
observatoire du changement urbain sur la ZAC Paris
Rive Gauche qui est l’un des axes de recherche du Pôle
des Sciences de la ville de l’Université Paris Diderot.

Evelyne Cohen
Coresponsable du Pôle de recherches en
Sciences de la ville

18 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard

Introduction

19 Le Treizième en sources






20 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard






1Le Pôle de recherches en Sciences de la ville , fondé
en 2000, se propose de fédérer des approches
interdisciplinaires pour appréhender un objet de
recherche « ville » selon l’approche suivante :
« La ville s’avère à la fois un objet, un champ et un
lieu paradigmatiques de confrontation dont les
diverses dimensions correspondent aux modes
d’appréhension du fait urbain : la ville comme objet
physique, et comme objet d’observation dans sa triple
réalité de système de production et d’échanges, de
système d’habitat et d’espace sensible ; la ville comme
produit historique, tout à la fois lieu de continuelles
transformations, d’accumulation de patrimoine et de
mémoire ; la ville comme structure ethnosociologique,
ensemble de pratiques et d’usages, de relations, de
qualification d’espaces et de représentations; et la ville
comme lieu de subjectivation, de production de
symptôme, soit la psychopathologie du quotidien
urbain dans ses rapports au “ malaise de la
2culture ” ».
Le défi d’une approche multidisciplinaire est bien
sûr de prendre en compte simultanément cette ville
bâtie, architecturale et urbanistique, ainsi que ses

1. Pôle Pluri-Formation de l’Université Paris Diderot
(Paris 7) et de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture Paris
Val-de-Seine (ENSA-PVS).
2. Projet « Sciences de la ville » déposé à l’Université Paris
Diderot (Paris 7).
21 Le Treizième en sources
logiques spatiales et géographiques, les mouvements
des populations qui la traversent, ses logiques
culturelles et ses productions de normes. C’est ainsi
qu’est née l’idée d’un observatoire interdisciplinaire du
changement urbain, impulsée par le sociologue Isaac
Joseph au moment de la création du Pôle de
recherches Sciences de la ville. Cet observatoire
répond au souci de mettre en évidence les outils d’une
appréhension interdisciplinaire des mutations urbaines.
Si certains auteurs, comme Françoise Choay ou Michel
3Lussault , évoquent aujourd’hui la « disparition de la
ville » dans l’urbanisme contemporain, elle reste
pourtant, pour la majorité des populations
européennes, une entité sociale, culturelle, économique
et spatiale de référence qui continue de fonctionner.
Les historiens, parmi eux les deux auteurs de ce livre,
sont particulièrement mobilisés pour l’analyse d’une
transformation de cet objet complexe « ville » au cours
des étapes de l’ère industrielle.
Un observatoire du changement urbain reposerait
alors sur deux éléments : un terrain d’observation et
une méthodologie. C’est au titre de terrain
d’expérimentation d’une science de la ville qu’a été
choisi le treizième arrondissement de Paris. En guise
de laboratoire, le treizième présente en effet un
échantillon pertinent de l’ensemble des
transformations de la ville industrielle, à la fois du

3. Françoise CHOAY, 1994 : « La mort de la ville et le règne
de l’urbain », in La ville, art et architecture en Europe, 1873-1993,
Paris, Centre George Pompidou, p. 26-39, Michel LUSSAULT,
2007 : L’homme spatial, la construction sociale de l’espace humain, Paris,
Seuil, en particulier la troisième partie : « Variations
géographiques sur le thème de l’urbain ».
22 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
point de vue du bâti, de l’espace et des mutations
sociales et culturelles.
Quant à la méthodologie, elle s’est construite sur
un triple enjeu : constituer un guide pour la recherche
sur une zone urbaine délimitée, grâce à un repérage de
la bibliographie et des sources disponibles, capable de
répondre aux attentes des chercheurs et connaisseurs,
d’inspirer des recherches pluridisciplinaires sur d’autres
terrains et, en second lieu, d’aborder la zone urbaine
choisie et ses mutations à travers des sources et de
matériaux originaux - le cinéma et la télévision ; enfin,
le troisième enjeu et sûrement le plus ambitieux est
celui de réunir les matériaux nécessaires à une
interprétation renouvelée des mutations urbaines.


Le treizième arrondissement, terrain
d’observation du changement urbain

Pourquoi le treizième arrondissement de Paris ? Si
l’on veut bien considérer la ville comme « trace »
vivante des sociétés humaines contemporaines, le
treizième arrondissement constitue un morceau de
ville exemplaire, on pourrait dire un échantillon pur de
la ville industrielle et son devenir post-industriel. En
effet, quartier de Paris en évolution rapide, le treizième
ne comporte pas les fonctions centrales ou
symboliques qui sont le fait de la plupart des quartiers
centraux de la capitale : si ce n’est la Bibliothèque
Nationale de France aujourd’hui, rien de crucial dans
le treizième qui vienne orienter ou spécifier ses
fonctions urbaines. Les premières occupations de
l’espace, clairsemées jusqu’au dix-huitième siècle,
s’organisent déjà autour de structures industrielles,
elles-mêmes issues de caractéristiques géographiques
23 Le Treizième en sources
précises (voies d’eau, sol calcaire et présence de
maraîchers), qui se développeront dans la ville du dix-
neuvième siècle.
Au sens strict, l’histoire du treizième
arrondissement commence seulement en 1860 avec
l’annexion des communes de la couronne de Paris et la
création de vingt arrondissements. L’urbanisation du
sud-est parisien est une des plus récentes, et ce n’est
qu’autour du bourg Saint-Marcel que l’on trouve un
noyau urbain dès l’époque moderne. En revanche, se
développe sur cette zone une activité économique
importante le long des voies d’eau, la Seine et la rivière
affluente de la Bièvre, au bord de laquelle s’installent
les tanneries, teintureries et mégisseries. Le commerce
du bois, qui relève d’un réseau fluvial européen, fait de
la rive gauche de la Seine un noeud multimodal
important, ainsi qu’un lieu de transformation du bois.
Mais c’est au début du dix-neuvième siècle que
s’accélère, comme dans toute l’Europe, l’activité
industrielle et la transformation des villes. Dès lors,
l’installation de nouvelles industries vient densifier
l’activité économique et la population urbaine, en
majorité ouvrière. Deux structures industrielles
typiques se dessinent : celle des grosses industries et
ateliers situés le long des voies et des axes de
circulation, et le faubourg industriel composé de
petites unités qui combinent logement et atelier, le
plus souvent organisées autour de cours intérieures. La
création d’un réseau ferré vient articuler cette zone,
autour de la gare d’Austerlitz d’une part et en amont,
de la gare de marchandises sur la rive de la Seine
(ancien quartier de la Gare).
Un autre élément, l’hôpital de la Salpêtrière,
constitue une marque importante de l’espace urbain et
de son organisation, au sens spatial et social du terme.
24 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
Depuis le dix-septième siècle, l’Hôpital Général
accueille (ou retient) à la fois les pauvres et les
malades. L’hôpital, tout comme les gares et les voies
ferrées, constitue un repère mais aussi une rupture
physique, une frontière dans le tissu urbain à la trame
resserrée, caractéristique des faubourgs parisiens pré-
haussmaniens. Ce grand équipement public à la
fonction sociale et sanitaire fondamentale pour la
population urbaine opère en même temps une rupture
physique et une articulation sociale. L’hôpital, mais
aussi les gares ou les grandes industries, constituent les
pôles qui organisent les fonctionnalités de la ville, les
circulations et les mobilités à toutes les échelles :
mobilités quotidiennes, affluence d’une population
rurale et départ des populations vers la périphérie.
Les mouvements de population, corrélaires de
cette activité économique et sociale, sont l’autre aspect
crucial d’une histoire du treizième. L’arrondissement
constitue d’abord un pôle d’attraction de la migration :
rurale au long du dix-neuvième siècle, puis de la
migration sud européenne et maghrébine dans la
première moitié du vingtième siècle - comme
l’ensemble de l’Est parisien, et accueille enfin une
vague d’immigration asiatique au milieu des années
soixante-dix. Le treizième fut sans aucun doute un
laboratoire de mixité et de sédimentation culturelle. Il
s’y concentre et s’y mélange toutes les générations de
migrants : beaucoup d’habitants, peu de logements
salubres et une grande mobilité interne qui suit le
rythme des activités industrielles. La rue, les quartiers,
avec l’usine, constituent la scène sociale, dans un
contexte où le logement a généralement peu à offrir et
où les déménagements sont très fréquents. Enfin, c’est
un lieu de déplacement et de départ des populations,
tout au long des opérations de rénovations urbaines :
25 Le Treizième en sources
les travaux haussmanniens renvoient les populations
les plus précaires en périphérie, ainsi que la rénovation
4des « îlots insalubres » et l’opération de rénovation
autour de la place d’Italie dite « opération Italie »
effectuée dans les années soixante et début soixante-
dix. Départs, arrivées, mobilités internes, le treizième
est également le cadre d’une vie sociale intense et en
recomposition constante. Les populations ouvrières y
ont animé une vie syndicale et militante foisonnante
dès la fin du dix-neuvième siècle. Cette caractéristique
marque durablement les cultures locales, même après
que les industries ont depuis longtemps quitté les
lieux : les signes en sont la présence décisive du parti
communiste, le rôle des syndicats ou encore des églises
dans la vie sociale, et un réseau associatif très
développé.
Mais la grande affaire urbaine du vingtième siècle,
que le treizième illustre on ne peut mieux, c’est la
mutation d’une ville industrielle à une ville des
services, phénomène qui s’amorce dans l’immédiat
après-guerre et vient à peine de se terminer :
symboliquement, on peut dire que la mutation est
achevée lorsque les usines des Grands Moulins, sur la
rive gauche, cessent leur activité pour laisser la place,
dans le même bâtiment, à l’Université Paris Diderot.
Le treizième, puisque industriel, a été
particulièrement concerné et favorisé par les politiques
urbaines de rénovation qui se sont appliquées à toutes
les grandes capitales de la première et seconde
industrialisation. La mutation du treizième est avant
tout très physique : des premières constructions HBM

4. Le treizième comportait deux îlots dits « insalubres » et
objet des rénovations publiques dans les années cinquante : l’îlot
n° 4 (Bièvre) et l’îlot n° 13 (Nationale-Jeanne d’Arc).
26 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
sur la ceinture, à la ZAC Paris Rive Gauche, le
treizième a été le cadre d’un grand nombre
d’opérations immobilières à toutes les échelles. S’il
reste quelques lambeaux - conservés jalousement par
leurs habitants - du tissu de faubourg, c’est plus de
60 % du bâti qui a été renouvelé depuis les années
quarante. Des opérations pilotes ou spectaculaires ont
stigmatisé les représentations de ces transformations :
d’abord les tours, qui sont construites lors de
l’opération « Italie » sur plus de quinze ans, et qui
marquent fondamentalement l’image et le paysage de
l’arrondissement, dont la dernière de ce type, la dalle
des Olympiades en 1973. Ensuite, l’instrument
urbanistique de la ZAC (Zone d’Aménagement
Concerté) va être largement utilisé dans le treizième
(Château des Rentiers, Nationale, Jeanne D’arc,
Chevaleret, etc.). On retiendra notamment l’opération
menée par l’architecte Christian de Portzamparc, dite
des « hautes-formes », qui préfigure son modèle urbain
de l’îlot ouvert, repris actuellement dans la ZAC Paris
Rive Gauche sur le quartier Masséna dont il a la
charge. Enfin, c’est justement cette dernière opération,
gigantesque sous tous ses aspects, qui caractérise
aujourd’hui le treizième arrondissement : il s’agit de la
reconversion de la zone industrielle située autour des
rives et des voies ferrées en zone de bureau et de
logement, avec pour équipement moteur de
changements la Bibliothèque Nationale de France.
Ces mouvements, ces chantiers de la « rénovation
urbaine » qui s’étalent en continu sur la période
contemporaine depuis l’après-guerre, constituent une
transformation physique de la ville, qui accompagne
des transformations structurelles radicales : le passage
à une économie tertiaire qui se fonde sur une très forte
urbanisation de la société française. Du fait de cette
27 Le Treizième en sources
croissance démographique et urbaine, le treizième
passe en quelques années du statut de périphérie
délaissée à celui de centre d’affaires et culturel. Au-delà
du catalogue architectural que peut suggérer cet
ensemble d’opérations, une mutation profonde des
sociétés se fait sentir à travers les entreprises de
résilience et de recomposition sociale opérées par les
habitants lors des travaux de rénovation. Celles-ci se
rencontrent à travers la forte mobilisation des
habitants dans le champ de la rénovation urbaine, ou
encore à travers l’existence et le développement d’un
secteur socio-sanitaire performant, en termes d’accueil
et d’hébergement d’urgence, soins médicaux et
assistance sociale. On y trouve une véritable
expérience des politiques d’insertion dans la
communauté urbaine, et sa contrepartie, l’exclusion
sociale. Dans cette optique, le treizième permet
d’ouvrir deux terrains importants de recherche, deux
phénomènes historiquement marquants dans leur
domaine respectif : le développement d’une psychiatrie
de secteur précoce et effective autour de l’Association
de Santé mentale treizième arrondissement, et d’autre
part la création d’une association d’habitants pionnière
en matière de militantisme et de participation des
habitants aux opérations d’urbanisme, l’Association
pour le Développement et l’Aménagement du
treizième arrondissement (ADA 13).


Guide pour la recherche sur le treizième
arrondissement

Pour rendre ces caractéristiques lisibles et faire du
treizième un laboratoire d’observation, la première
partie de l’ouvrage propose un guide de recherche,
28 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
composé de bibliographies thématiques et d’un guide
des ressources.
Un recueil bibliographique regroupe d’abord des
références publiées concernant l’ensemble ou une
partie du treizième arrondissement. Elles sont extraites
des catalogues des principales bibliothèques et bases
documentaires des sciences humaines et
5 6architecturales : la base SUDOC , la base de la BNF ,
7la base ARCHIRES , le catalogue de la Bibliothèque
8Historique de la Ville de Paris (BHVP) , le catalogue
du Centre de Documentation du Pavillon de l’Arsenal
9et le catalogue de l’IAURIF . Cette recension a été
complétée par une enquête dans les librairies du
treizième arrondissement et par la contribution des
chercheurs associés au Pôle Sciences de la Ville.

Plusieurs disciplines, dont la géographie, la
sociologie et l’histoire, et d’autre part l’architecture et
l’urbanisme sont mobilisées dans ce recueil. Cela
représente une difficulté, celle de mettre sur le même
plan bibliographique des documents scientifiques
(qualifiés de « littérature grise »), des documents

5. SUDOC : base documentaire des travaux et ouvrages
universitaires (en ligne sur le lien : http://www.sudoc.abes.fr/).
6. Catalogue en ligne BNF OPALE-PLUS (http://catalogue.bnf.fr/) et
base GALLICA (http://gallica.bnf.fr/).
7. Articles, ouvrages et mémoires de diplômes d’architecture de la
base documentaire des Ecoles d’Architecture, en ligne
(http://archires.documentation.equipement.gouv.fr).
8. Pour les ouvrages, en ligne depuis le site de la mairie de
Paris (http://www.paris.fr), catalogue sur fiches papier pour les
périodiques.
9. Institut d’Aménagement et d’Urbanisme de la Région Ile
de France, catalogue en ligne (sur http://www.iaurif.org).
29 Le Treizième en sources
spécialisés (guides du treizième, essais, documents
produits par des amateurs de l’arrondissement) et
d’autre part une production architecturale qui
fonctionne principalement sur le mode du projet. Les
diplômes, qui présentent des projets virtuels qui
s’ancrent dans un contexte du treizième
arrondissement en cherchant à répondre à une
équation spatiale propre, nous ont semblé en effet un
matériau important pour la compréhension des enjeux
du quartier et la mise en place d’un premier dialogue
interdisciplinaire.
Peu nombreuses sont les références qui
concernent le treizième arrondissement comme un
objet en lui-même. C’est le cas pour les démarches qui
procèdent d’un découpage administratif, comme parmi
les travaux de la Société d’Histoire et d’Archéologie
attachée à la mairie d’arrondissement depuis sa
fondation en 1860. Mais le treizième apparaît dans des
récits littéraires qui mettent en scène certains quartiers,
paysage ou cadre d’un récit autobiographique. Tout
comme la littérature grise, ces textes marquent les
caractéristiques d’un arrondissement tout en rupture,
déracinement et nomadisme, qui empêchent la
représentation d’une unité urbaine dans
l’arrondissement et en font un objet découpé. Face à
cette hétérogénéité, une approche thématique
s’impose, qui permet de reconstituer, autour de thèmes
prégnants, les cohérences et les ponts disciplinaires.
Les références pouvant être de nature très différente
(ouvrage scientifique, rapport d’enquête, étude
amateur, diplôme d’architecture), cette présentation
permet de saisir déjà quelques objets – la rivière de la
Bièvre, ou encore les « tours du treizième »
conjointement par plusieurs disciplines.
30 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
Les thématiques choisies reprennent la
chronologie qui délimite grossièrement les mutations
urbaines, en commençant par le treizième comme
zone industrielle, la rivière de la Bièvre constituant
l’élément structurant de cette première formation de la
ville. Aujourd’hui disparue et recouverte, la Bièvre
suscite plusieurs interventions et interrogations sur le
sens historique et géographique des formes urbaines
d’un quartier et le débat sur une possible réouverture
de la rivière à l’air libre resurgit régulièrement. Les
grandes industries qui ont été installées dans le
treizième ont suscité également quelques
monographies, mais le bilan d’une activité industrielle
depuis la moitié du dix-neuvième siècle est encore à
faire. On a ainsi du mal à percevoir la consistance - ou
le corps - de cette ville industrielle, des populations
ouvrières ou de leur utilisation de l’espace urbain.
Dans les diplômes d’architecture que la ZAC Paris
Rive Gauche a particulièrement mobilisés dans les
écoles parisiennes, les réflexions portent davantage sur
la restitution des bâtiments industriels plus que sur les
caractéristiques de la ville ouvrière. Cette restitution ou
plutôt réhabilitation constitue un enjeu récent, mis en
évidence par la ZAC Paris Rive Gauche qui a
précisément pour objet de faire naître de l’ancienne
zone industrielle un nouveau centre urbain. Dans ce
contexte, la réhabilitation des bâtiments et la notion de
patrimoine industriel apparaît comme un des ressorts
d’un projet urbain qui cherche à la fois un « sens »
historique et urbain, et qui doit pouvoir accueillir les
projets les plus novateurs et représentatifs de
l’architecture contemporaine.
Dans la deuxième section bibliographique, sont
regroupées les références qui se rapportent à un
corrélaire important de la ville industrielle comme
31 Le Treizième en sources
centre de production : le flux de populations
migrantes, leur accueil, leur intégration et leur prise en
charge. Le treizième est en effet une porte d’entrée de
la ville voire un des points de fixation pour les
nombreuses et chaotiques migrations économiques
vers la capitale depuis le début de l’époque moderne.
Quartiers de la misère et du désordre public,
périphéries dangereuses, le treizième est aussi structuré
par et contre la présence de l’hôpital de la Pitié-
Salpêtrière. L’organisation par la royauté d’une
institution qui accueille à la fois les malades –
notamment les malades mentaux, et les pauvres, fait
partie d’une réorganisation et d’une « pacification » de
l’espace urbain : espace clos dans la ville, il constitue
depuis à la fois un espace de rupture et d’inclusion. De
là, apparaît une thématique qui reprend à la fois les
problématiques spatiales et les fonctions de l’ « asile »
(au sens d’hôpital) comme lieu d’accueil dans la ville
industrielle, et qui correspond à une forte
caractéristique de l’arrondissement : la présence de
nombreux centres de refuge et d’hébergement, la
gestion urbaine de l’hôpital au sein du tissu urbain.
Combinant ces deux enjeux, le treizième est le cadre
historique d’une transformation des structures de soin
par un éclatement des espaces d’accueil dans la ville, à
travers l’expérience de la psychiatrie de secteur qui se
met en place au cours des années soixante par
l’intermédiaire de l’Association de Santé mentale
treizième arrondissement (ASM 13). La psychiatrie et
la gérontologie sont alors les deux exemples d’une
médecine publique qui prend acte des mutations
urbaines et met en place des dispositifs qui cherchent à
penser ensemble espace social, espace de santé, espace
urbain, dans la lignée des politiques hygiénistes des
années trente. D’un point de vue architectural et
32 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
matériel, celui du bâti, la notion d’accueil et de refuge
dans la ville traverse les problématiques de nombreux
projets d’architectures et mémoires de diplômes
architecturaux.
Enfin, dans une troisième section, on a regroupé
les références autour de la question centrale de la
mutation urbaine et de son observation, ce qui
correspond pour le treizième à la période d’après-
guerre jusqu’à aujourd’hui, à la désindustrialisation de
la ville et la construction progressive d’une ville
tertiaire, organisée par les services, l’habitat, et les
circulations qui les articulent. Il s’agit d’une
transformation économique majeure, qui voit
disparaître progressivement les grands centres
industriels et les populations ouvrières, une
transformation du bâti qui concerne les habitats
populaires ouvriers de faubourg, base d’une
transformation sociale qui amène les classes moyennes
puis aisées dans un quartier de plus en plus central et
prisé. Cette mutation peut se définir en quatre phases
successives, qui ont chacune intéressé les disciplines de
manière différente.
La première phase, que l’on a désignée par le titre
de l’ouvrage de référence sur cette question par le
sociologue Henri Coing, « Rénovation urbaine et
changement social », concerne les spectaculaires
rénovations des années soixante. La rénovation du
treizième regroupe un ensemble d’opérations
immobilières publiques sur les îlots dits « insalubres »
et ensuite, par le biais de la promotion privée, autour
de la place d’Italie. Ces transformations sont le terrain
fondateur de la sociologie urbaine en France. En effet,
alors que Paul-Henri Chombart de Lauwe propose une
première sociologie spatiale ouvrière à la fin des
années cinquante, avec l’étude de l’îlot du Moulin de la
33 Le Treizième en sources
pointe, son disciple Henri Coing s’attache quant à lui à
cerner les transformations sociales au cours de la
rénovation de l’îlot Jeanne d’Arc. Dans cette optique,
un ensemble de travaux de sociologie a été développé,
tous tournés vers la question du changement social.
Puis, une équipe de géographes regroupés autour de
Jacqueline Beaujeu-Garnier, s’est intéressée aux
conséquences de la désindustrialisation déjà
perceptibles dans les années soixante-dix.
Ensuite, tandis que l’anthropologie sociale connaît
un essor important depuis les années soixante-dix,
notamment l’anthropologie urbaine des sociétés
occidentales, le treizième accueille des vagues massives
d’immigrants du sous-continent asiatique (Cambodge
et voisins) qui viennent habiter les « tours » que les
classes moyennes avaient plus ou moins boudées.
C’est alors, à partir des années quatre-vingt, la
naissance de toute une ethnologie de l’immigration,
des modes d’insertion sociale et communautaire, qui
trouve dans le treizième un terrain pluriethnique
privilégié.
A partir du milieu des années quatre-vingt,
l’ethnologie ou la nouvelle sociologie s’intéresse
également à la ville transformée, pour se pencher sur
les pratiques spatiales, et plus particulièrement
« l’habiter ». L’urbanisme des tours qui avait
transformé une partie de l’arrondissement est alors
revisité pour en observer les modes de vies. Cet intérêt
est contemporain d’une réorientation générale dans les
politiques et pensées de la ville. On fait le deuil d’un
certain urbanisme de « dalle » et l’on cherche à mettre
en place des solutions « post-modernes », changement
qui est aussi mieux adapté à une politique
décentralisée. Le dispositif de la Zone d’Aménagement
Concertée (ZAC), qui permet la rénovation de secteurs
34 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
sur la longue durée, donne lieu à une reconfiguration
des quartiers, mais aussi des modes d’interventions des
différents acteurs de la ville : aménageurs, urbanistes,
habitants, élus, etc.
La dernière opération de la ZAC Paris Rive
Gauche, qui est amorcée en 1989 par la construction
de la BNF et doit s’étendre sur plus de vingt-cinq ans,
concrétise la dernière étape de cette mutation de la
ville industrielle à la ville tertiaire. Symboliquement et
concrètement installée sur l’ancienne zone portuaire et
ferroviaire et industrielle, cette immense opération
consiste en un renouvellement urbain complet qui
donne une autre configuration à la ville
contemporaine : ce qui s’y joue et les observations que
l’on en fait justifient une importante bibliographie, qui
vient nourrir une dernière modalité d’observation du
changement urbain.

L’ensemble de ces bibliographies donne ainsi les
contours d’une histoire urbaine industrielle telle qu’elle
pourrait se pratiquer dans le treizième. C’est aussi
l’occasion de sentir les limites historiographiques de la
restitution de cette ville : les populations ouvrières, qui
pourtant font partie désormais d’une large
historiographie sociale, sont curieusement absentes. Le
poids dans la bibliographie de la question du
patrimoine industriel fait ressortir d’autant plus la
discrétion d’une histoire qui puisse combiner les
aspects sociaux, spatiaux et économiques à l’échelle de
10la ville . De même, un autre angle mort dans la

10. Il faut remarquer l’absence relative, à part dans les
travaux de Paul-Henri Chombart de Lauwe, d’une réflexion sur
l’espace urbain ouvrier à Paris. On ne la trouvera pas non plus
dans une historiographie parisienne (voir la bibliographie sur
35 Le Treizième en sources
bibliographie recouvre la documentation des
populations et des mouvements migratoires précédant
la désindustrialisation. Si la migration asiatique et ses
conséquences socio-urbaines sont bien appréhendées
par une ethnologie contemporaine alors en plein essor,
on ne trouve pas trace des populations maghrébines,
qui furent tout au long des années cinquante et
soixante très majoritaires, avec une sociologie et une
11occupation de l’espace spécifique . De même, si la
population ouvrière, syndicale et militante, a sa place
dans une historiographie sociale, elle n’est jamais
abordée du point de vue de son inscription urbaine.
Pourtant, la nécessité de co-présence d’un marché du
travail et de la production est à la base de la formation
de l’espace urbain, et ce sont souvent ces modes de
sociabilités spatiales qui sont évoqués oralement par
les militants ou les anciens habitants du treizième.
Comment en retrouver la trace ?
En outre, les thématiques bibliographiques nous
donnent finalement une lecture disciplinaire des
différentes phases de la transformation du treizième :
sociologique, géographique, ethnographique,
architecturale. Or, l’enjeu est de saisir les mutations

l’histoire de Paris d’Annie Fourcaut et Mathieu Flonneau, en ligne
sur le site du Centre d’Histoire Sociale ou celui de la Mairie de
Paris :
http://www.paris.fr/portail/viewmultimediadocument?multimed
iadocument-id=14040).
11. On peut trouver des pistes en ce sens dans l’ouvrage
d’Antoine MARES et Pierre MILZA, 1995 : Le Paris des étrangers
depuis 1945, Paris, Publications de la Sorbonne, ou encore la série
produite par Pascal Blanchard aux Editions La Découverte : Paris
Noir (2001), Paris Arabe (2003), Paris Asie (2004), qui ne portent
pas sur le treizième ni même sur l’inscription spatiale.
36 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
urbaines dans tous leurs aspects : à l’échelle du bâti
comme du « corps » de la ville, sociologique comme
anthropologique, sur le plan des représentations, du
point de vue de leurs valeurs tant symbolique que
subjectif et politique. La question de l’observation est
donc au coeur de la deuxième partie du guide, qui
présente d’une part les principales ressources
disponibles pour la recherche sur le treizième
arrondissement, d’autre part propose l’élaboration de
nouveaux outils avec des matériaux documentaires en
construction.


Les instruments de travail

Les instruments de travail présentés dans ce guide
concerne les matériaux habituels de la recherche
urbaine : bases documentaires, catalogues en ligne,
banques de données et archives publiées ou non,
iconographiques, écrites, ainsi que l’ensemble des
guides de sources pour ces archives. Des travaux qui
concernent d’autres problématiques de recherches
sont également cités pour leur recueil de sources.
Enfin, on présente les extraits de trois catalogues pour
ce qui concerne le treizième : celui de la base
12Archilog , celui du centre de documentation du
Pavillon de l’Arsenal et enfin celui du centre d’archives
de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Ces
extraits permettent un recensement des archives

12. Base qui recense les archives des anciens ministères de la
reconstruction, de la construction puis de l’Equipement, proposé
par l’UMR Louest (sur le site www.louest.fr).
37 Le Treizième en sources
disponibles sur le treizième dans les institutions
publiques.
En recherchant les traces de la ville industrielle
disparue, on trouve celles produites par les habitants
dans le contexte de transformation urbaine. Les
opérations du treizième ont suscité plusieurs
mobilisations importantes : l’ADA 13 a été un acteur
clé pendant toute la période, sa trajectoire est
exemplaire du développement d’un « habitat
politique » aujourd’hui au centre des dispositifs de
participation et de citoyenneté, locale mais pas
seulement. L’habitat en tant qu’ensemble de fonctions
et de droits prend la place ou complète une
citoyenneté classique fondée sur une abstraction
politique. Etant donné le milieu associatif très dense,
cela donne à envisager un matériau considérable dont
on fait ici un premier repérage (gazettes de quartiers,
littératures locales, etc.) et dont le centre de
13documentation Isaac Joseph a entamé la collecte. Les
fonds qui ont commencé à être rassemblés,
14notamment celui de Suzanne Rosenberg , montrent à
quel point pourrait être fructueuse l’analyse du
développement d’un habitat politique, à savoir la
construction d’une condition individuelle politique
fondée sur l’habitat, les fonctions, les compétences, et
la légitimité à intervenir dans le champ collectif qui s’y
rapportent . L’association des résidents du quartier du

13. Le centre de documentation du Pôle Science de la ville,
constitué en majeure partie de la bibliothèque personnelle d’Isaac
Joseph (voir descriptif infra), http://bibli.psv.univ-paris7.fr.
13. Suzanne Rosenberg, chercheure et militante, a animé à sa
création en 1972 l’Association des résidents du quartier de l’îlot
du Moulin de la Pointe qui a freiné toute opération de rénovation
pendant vingt ans.
38 Aurélia Michel et Ariane Beauvillard
Moulin de la pointe en est un exemple parmi d’autres
(ADA 13, J’M13, les associations du comité de
concertation de la ZAC Paris Rive Gauche) qui
permettent de dresser un panorama diachronique d’un
processus d’émergence, et de ses modalités.
Notamment, on peut mettre en évidence le rôle des
représentations de la ville dans la capacité des
habitants à se projeter dans un espace et à se mobiliser
en tant que collectivité urbaine. L’histoire des
mutations urbaines apparaît alors sous un nouveau
jour : celui de la constitution d’un savoir urbain,
politique et architectural élaboré au cours des réponses
citoyennes aux opérations urbaines, et qui donne lieu à
une gouvernance différente, comme on peut le
constater dans le dispositif spécifique de concertation
15mis en place par la SEMAPA pour la ZAC Paris Rive
Gauche.
Dernière suggestion, la présence, dans le treizième,
de l’Association de Santé mentale depuis 1958 donne
également l’opportunité d’appréhender les
changements urbains, cette fois-ci perçus à travers les
évolutions d’un pratique psychiatrique qui revendique
son ouverture sur la ville et multiplie les collaborations
institutionnelles à l’échelle du quartier. Une très riche
documentation existe sur l’activité de l’Association, et
notamment son implication et sa réflexion sur le
contexte spatial et social. Une première approche
critique de ces sources, présentées ici, permettra
d’envisager leur utilisation pour une lecture du
changement urbain, à la fois du point de vue des

15. L’aménageur de la ZAC Paris Rive Gauche a mis en
place un dispositif permanent de concertation auquel participe un
grand nombre d’associations de résidents (voir sur le site de la
SEMAPA www.parisrivegauche.com ).
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