Le Ventre vide

Le Ventre vide

-

Français
162 pages

Description

Un rien suffit parfois pour déstabiliser un être et faire basculer sa vie. C'est ce qui va arriver à Virginia Beckett. Cette femme mariée de 37 ans, d'apparence équilibrée et bien sous tous rapports, va voir son univers s'écrouler dans le cabinet de son médecin. Elle sortira, de ce rendez-vous, fêlée, imprévisible et capable du pire.
Dans ce présent dénaturé par ses peurs, ses désillusions et ses rêves, Virginia va vivre les heures qui suivent comme une succession d'opportunités inespérées, de remises en questions et de flash-back de son enfance déchirée.
Dans cette descente aux enfers, saura-t-elle enfin se trouver ?
Chaque être a sa zone d'ombre et chacun de nous peut, pour une quelconque raison, perdre la maîtrise et révéler une personnalité insoupçonnée...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 mai 2018
Nombre de lectures 7
EAN13 9782414196333
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Copyright
Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-19631-9
© Edilivre, 2018
A Constance, Louis et Corine.
Un rien suffit parfois pour déstabiliser un être et faire basculer sa vie. C’est ce qui va arriver à Virginia Beckett. Cette femme mariée de 37 ans, d’apparence équilibrée et bien sous tous rapports va voir son univers s’écrouler dans le cabinet de son médecin. Elle sortira de ce rendez-vous, fêlée, imprévisible et capable du pire. Dans ce présent dénaturé par ses peurs, ses désillusions et ses rêves, Virginia va vivre les heures qui suivent comme une succession d’opportunités inespérées, de remises en question et de flash-backs de son enfance déchirée. Dans cette descente aux enfers saura-t-elle enfin se trouver ?
Chaque être a sa zone d’ombre et chacun de nous peut pour une quelconque raison perdre la maîtrise et révéler une personnalité insoupçonnée.
Entrez donc dans l’antre de Virginia Beckett.
Il est des vies que l’on souhaiterait avoir, de ces vies riches en rencontres, en aventures et en passions. Des vies que l’on admire tant elles sortent de l’ordinaire. On les imagine faciles et pleines de réussites, mais c’est juste une question de point de vue et la vision des faits n’est qu’une illusion bien restrictive. Toutes les existences peuvent à un moment donné décevoir celui qui la vit. Il n’est pas rare qu’un bonheur visible cache une terrible misère au tréfonds d’un être solitaire. Il est des vies simples en apparence, des existences droites que l’on imaginerait jamais voir se tordre, se pencher jusqu’à en perdre l’équilibre. Il est des êtres enviés qui vivent au-dessus d’un précipice, des êtres dont l’équilibre psychologique et la vie tout entière ne tiennent à presque rien. C’est un peu le cas de Virginia Beckett.
Virginia est une jeune femme, dynamique et pleine d’entrain. Elle déborde toujours d’idées ingénieuses. C’est une femme généreuse à qui tout réussit. Elle exerce un emploi qu’elle a choisi. Elle est institutrice dans une école élémentaire. Elle aime le contact des jeunes enfants à qui elle enseigne avec passion toutes les bases de l’instruction. Virginia pense qu’il est important de donner le goût de l’étude aux jeunes cerveaux et elle s’y attelle avec succès depuis près de dix ans. Elle est aimée des élèves et respectée de ses collègues. C’est une référence en matière de pédagogie car Virginia allie jeux, découverte, curiosité et éveil. Les résultats sont probants et elle a fait l’objet de plusieurs articles dans le journal local et dans les publications académiques. Dans sa vie privée, Madame Beckett est mariée à Edward, un dentiste qui s’investit dans la vie politique de sa région. Ils sont ensemble depuis si longtemps que Virginia a du mal à admettre que tant d’années sont passées depuis leur première rencontre. Virginia est encore plus amoureuse d’Edward qu’à leur mariage. Elle aime se répéter qu’il est l’homme de sa vie. A 37 ans elle n’imagine pas vivre loin de cet homme qui sait tout d’elle au plus profond de son intimité, de ses désirs et de ses craintes qu’il sait apaiser de quelques mots ou d’un geste tendre. Il a pour elle les mots et les gestes qui lui donnent confiance mais au-delà de cela, connaît-il vraiment cette femme qui partage sa vie ? Ils ont traversés ensemble tant de difficultés, mais cela suffit-il à se connaître vraiment ? L’être humain ne reste-t-il pas pour lui-même et pour autrui une énigme ? Leur couple semble uni et leur vie commune est pour tous, le symbole d’une jolie réussite sociale et personnelle. La seule chose qui peut surprendre dans cette image du bonheur, c’est l’absence d’un enfant. Nombreux sont ceux qui s’interrogent dans l’entourage du couple. Virginia affectionne les enfants, aussi comment se fait-il qu’elle n’ait pas encore son propre enfant ? Face à cette même question qu’elle entend depuis des années, Virginia répond toujours de la même manière et toujours avec le même sourire convenu. – Nous attendons cet enfant avec impatience mais il tarde encore à venir, sans doute pour que nous l’aimions davantage. Virginia dit ces mots avec une voix teintée d’émotion. Elle sait bien que personne n’y croit plus depuis le temps qu’elle le répète. Elle sait bien que dans son dos on jase sur elle et qu’il court la rumeur que le couple Beckett ne souhaite pas d’enfant tant ils sont carriéristes tous
les deux. Cette désinvolture que Virginia affiche cache en fait la faille de tout son être, la blessure la plus terrible qu’il est donné d’avoir. Comment dire aux gens cette inquiétude montante à mesure que le temps passe, que l’on a des difficultés à concevoir cet enfant que l’on désire plus que tout au monde. La pudeur, le jugement d’autrui et la honte à ne pas être perçue normale, à ne pas pouvoir transmettre la vie, enferment dans un silence, une solitude et une souffrance intolérable. Il est délicat de se livrer et puis il y a toujours la personne pleine de compassion qui vous donne un conseil dont on se passerait bien, sur l’adoption, les traitements qui marchent et puis, tout le reste. Virginia n’est pas du genre à faire étalage de ses angoisses et de ses petits bobos. Actuellement elle suit un traitement contre la stérilité. Elle ne sait plus combien elle en a essayé sans succès. C’est à peine si elle veut se souvenir de tout ce qu’elle a pu en souffrir, dans son corps mais surtout moralement.
Cette fois si, Virginia se veut optimiste, elle veut croire que ça va marcher, que son chemin de croix est terminé et que le ciel, la vie vont lui offrir ce cadeau. Elle veut croire qu’après toutes ces années de tristesse, un nouveau jour va se lever pour eux.
Virginia ne sait plus si elle a encore la foi en Dieu. Elle l’a tant supplié, puis elle s’est résignée à l’idée qu’elle devait apprendre à se battre sans en attendre de faveur. Elle a souvent pensé qu’elle payait peut-être là, une faute commise. Virginia n’a jamais su le poids de ce péché, qu’elle se croyait en devoir de réparer. Se pouvait-il que tout ne soit qu’une injustice de la vie ? Que cette stérilité ne lui soit en rien imputable ? Toutes ces questions, Virginia les a eues et elle a cherché en vain des réponses des nuits entières.
Il ressort de l’être humain qu’il recherche toujours les raisons à toute chose. Peut-être il y a effectivement une raison. Peut-être que l’humain n’est pas capable de les comprendre ou de les admettre. Mais peut-être aussi qu’il n’y en a pas forcement.
Virginia voudrait juste être comme tout le monde, avoir naturellement un enfant qui viendrait sceller son amour pour Edward. Elle voudrait simplement lui donner un tout petit. Ce n’est pas grand-chose mais c’est tout à la fois. C’est un peu de ce que l’on est et des valeurs que l’on voudrait transmettre. C’est une continuation de soi que l’on laisse après sa propre mort. Même si c’est archaïque, c’est un nom et une descendance qui se poursuivent. C’est égoïstement aussi avoir l’idée que l’on n’est pas tout à fait partie parce qu’ici-bas demeure quelqu’un de nous. Une façon de transcender la mort. Cet espoir fait vivre Virginia. Elle s’entoure de douceurs et de bonnes pensées dans cette attente. Elle écoute son corps et se prépare à accueillir le petit être. Elle le sent là, au creux d’elle. Elle s’imagine le ventre plein et rond de vie. Elle se voit déambulant dans les rues arborant son ventre, comme une reine fière le ferrait d’un précieux joyau. Virginia se sent portée vers l’avenir. Tout lui semble soudain si facile, toutes les difficultés s’aplanissent et elle voit déjà dans un rêve éveillé, son petit bout de chou grandissant à leurs côtés et eux ses parents, spectateurs ébahis de ses premiers pas, de ses premiers mots et de toutes ses premières fois. Elle ressent la joie d’être mère et la main posée sur son ventre encore creux elle prie et espère cet enfant.
Cet enfant c’est la raison de vivre de Virginia, c’est sa joie, c’est tout l’amour qu’elle a en elle et qui enfin prendrait vie. Dans quelques heures elle devrait enfin avoir confirmation de sa future maternité. Comme elles sont longues ces heures. Virginia voudrait être plus âgée de quelques heures, juste pour savoir, pour ne plus ressentir le poids de cette angoisse qui lui vrille le ventre. Elle n’a pas beaucoup dormi cette nuit.
Il est encore très tôt dans le petit matin. Le lit est tout juste éclairé par un rayon de lumière qui s’engouffre par l’espace du rideau mal tiré.
Virginia se retourne dans le lit et regarde Edward. Il dort si calmement. Elle est frigorifiée. Elle voudrait lui parler, se serrer contre lui, ressentir la chaleur de son corps, être rassurée de son amour. Au moment où elle s’approche de lui, il se retourne dans un ronflement sourd. Virginia se sent soudain seule, elle réalise que tout à l’heure, elle sera aussi seule à son rendez-vous à l’hôpital. Edward a en effet un congrès politique juste après sa journée au cabinet dentaire. Il ne rentrera que très tard dans la nuit. Trop tard pour qu’elle puisse lui en parler. Elle sera la seule à porter son lourd secret. À cette pensée, Virginia s’attriste. Cette annonce du spécialiste, Virginia l’attend avec une impatience mêlée d’angoisse. Elle veut y croire mais subsiste toujours la possibilité de ce qui serait un ultime échec. C’est un couperet qui mettra fin à une période d’attente et d’incertitude. Virginia veut surtout croire que ce sera la fin de leur vie actuelle et l’oubli de toutes ces difficultés endurées depuis ces dernières années. Tout ne sera alors qu’un lointain souvenir et le début d’une vie fabuleuse. Virginia sait au fond d’elle qu’elle se raccroche à ce rêve pour survivre.
On se fabrique une histoire pour fuir la réalité parce que l’on refuse le risque d’une nouvelle souffrance que l’on craint trop forte pour pouvoir y faire front. On a secrètement peur de ne plus avoir la force pour admettre que les choses seront autres que celles désirées. Comment accepter de devoir renoncer à ce qui nous tient debout ?
Si elle n’attend pas cet enfant ? Virginia ne veut même pas l’imaginer. Elle se refuse à penser une telle cruauté de l’existence. Virginia refuse l’idée même d’une existence sans enfant. Ce serait non seulement un rêve qui s’évanouit mais aussi ses espoirs qui s’écroulent. Saura-t-elle avoir le courage ultime de tourner la page et de faire son deuil de cet enfant au cas où elle ne devait pas pouvoir donner la vie ? Virginia est si fragile. Plus fragile peut-être que l’on ne peut l’imaginer. Une telle nouvelle risque de l’anéantir et de la plonger dans une souffrance intense. C’est peut-être parce qu’elle pressent cette fragilité en elle qu’elle préfère n’imaginer qu’une issue positive. On se protège comme l’on peut dans la vie.
Edward et Virginia ont pensé à l’adoption, mais la partie n’était pas gagnée d’avance. C’est une autre guerre des nerfs. Il faut s’armer de patience, remplir toutes les conditions et peut-être qu’après, on peut enfin goûter au bonheur d’être parents. Virginia a toujours été surprise par tous les critères demandés aux parents éventuels. Il n’existe en effet aucun service habilité à faire de telles vérifications chez les parents naturels. Comme si l’incapacité à concevoir naturellement un enfant était la preuve d’une incapacité à être de bons parents. Bien sûr qu’il faut protéger l’intérêt de l’enfant mais là, c’est deux poids deux mesures. Cette simple pensée révolte à chaque fois Virginia.
Virginia s’est confiée à son mari au début de son dernier traitement, ce devait être en début d’année. La date exacte lui échappe. Elle lui a dit, un soir, peut-être de déprime ou d’extrême lucidité que dans le cas d’un échec, elle ne tenterait plus rien d’autre, pas plus qu’elle ne se tournerait vers l’adoption. Edward a paru étonné, il ne s’est pas prononcé, comme si tout cela lui échappait. Il n’a pas réalisé que sa Giny était à bout de force et qu’elle ne voulait plus se battre pour pouvoir enfin être mère. Pourquoi une telle résignation maintenant ? Edward ne s’en est pas inquiété pourtant il connait la force de volonté de sa Giny, il dit aussi en connaitre toute la fragilité. Il était tard et ce n’était sans doute pas le bon moment pour une telle conversation. Peut-être était-il trop fatigué de sa journée pour réaliser l’état de tension de sa Giny. Quoiqu’il en soit, Virginie vit totalement son rêve. En effet, la jeune femme se raccroche à quelques symptômes qu’elle présente depuis peu. Et puis, elle a constaté que même mentalement elle réagit différemment, plus encline à la compassion. Elle s’est aussi interrogée sur ce qu’elle aurait à donner à cet enfant. À présent, elle pense savoir. Elle ne cesse de se dire que l’on n’aime pas un enfant comme un adulte. On
grandit avec lui et l’on apprend de lui autant qu’on lui enseigne. C’est une chose merveilleuse que de préparer un petit être à sa vie future. Être là, pour lui et lui donner cette force et cette confiance en lui et en la vie à devenir un être autonome, responsable et heureux. Ce dire aussi que de cette expérience, on en sort plus mûr et plus humain. Virginia sait que c’est une lourde responsabilité et elle serait prête à l’assumer. C’est une certitude, elle ferait de son mieux pour s’en acquitter.
Alors qu’elle pense à cela, elle sort du lit et se dirige vers la salle de bain dans la pénombre de ce petit matin de mai. Dans une heure, elle commence sa journée de travail.
Elle se lave les dents en se regardant dans le miroir. Elle se trouve mauvaise mine mais elle sait qu’un peu d’artifice cachera ses vilains cernes et son teint de papier mâché. Elle relève ses longs cheveux bruns qu’elle encercle d’un turban tout en entrant sous la douche. Elle apprécie l’eau chaude sur sa peau. Lentement, elle se lave le visage puis s’applique à faire mousser le savon sur son corps. Elle aime cette senteur de lavande que lui laisse le savon de Marseille. Elle se trouve gonflée. Depuis quelques jours, elle a constaté que ses seins sont durs et douloureux même sans y toucher. Ce matin ne fait pas exception, la douleur est présente et depuis cette nuit elle ressent une impression de pesanteur dans le bas ventre. Virginia sourit de l’intérieur et bientôt les commissures de ses lèvres se remontent en un gracieux sourire. Elle est presque heureuse de ressentir cette douleur. Elle se sent étrange et si féminine aujourd’hui. Comme elle voudrait qu’Edward le remarque. Elle continue ses rêveries et sort de la douche embellie.
Virginia veut porter sa jupe droite marine et son petit chemisier rayé bleu et blanc, mais à sa grande surprise elle ne ferme plus la jupe et le chemisier est étriqué. Elle éclate soudain de rire. Elle voudrait partager son bonheur avec son mari et courir nue jusqu’à la chambre pour lui montrer son corps enflé. Elle hésite un instant puis se regarde de profil dans la glace. Maternellement, elle caresse son nombril. – Bientôt tu seras énorme. Elle se dit-cela tout bas en se cambrant et en gonflant le ventre. Heureuse, elle replie les vêtements avant de saisir une robe printanière à la coupe ample. Elle pense que c’est parfait avec les mules et qu’ainsi elle n’aura pas mal aux pieds si ceux-ci renflent en fin de journée. Devant la glace, elle étale un peu de fond de teint sur son visage puis applique une touche de mascara et enfin un gloss rosé sur ses lèvres. Virginia se trouve presque trop fardée, elle rougit et ses grands yeux bleus rayonnent à présent d’une réelle joie.
Virginia est une femme fine et naturelle qui pense que la véritable beauté d’un être vient de l’intérieur, de ses pensées et de la bonté de son cœur. Tout chez elle n’est qu’harmonie, son visage, son regard doux, sa voix posée et même son allure. Tout n’est que beauté et douceur.
Elle brosse sa chevelure noire avant de les rattraper souplement en arrière d’un simple crayon de papier. Elle contemple l’ensemble avant de saisir un flacon posé sur l’étagère, puis elle s’entoure d’une brume de parfum fleuri, dans une paisible inspiration.
Sa silhouette gracile se meut avec légèreté jusqu’à la chambre où Edward est assis sur le lit, les cheveux hérissés, les yeux froncés par la lumière, baillant et s’étirant. Elle s’agenouille sur le lit et l’embrasse tendrement en caressant ses mèches folles. Il penche la tête sur le sein de sa femme. Edward est comme un enfant qui repousse jusqu’à la dernière minute le moment du lever. Virginia aime ces moments de tendresse. Elle voudrait les prolonger mais elle doit partir, elle se redresse donc et l’embrasse sur le front en lui conseillant de se dépêcher. Il grommelle quelque chose d’inaudible. Virginia sait que son homme n’est pas du matin. Il n’émerge vraiment qu’à partir de neuf heures, pour l’instant inutile de vouloir avoir une discussion avec lui.
Virginia se dirige vers la cuisine où un café chaud l’attend dans la cafetière programmable. Elle boit une gorgée et déjà elle est écœurée par la nausée qu’elle sent monter. Elle saisit une pomme et un sachet de biscuits aux céréales, puis sort de l’appartement. Elle se demande si Edward aura le temps de penser à elle avec toutes ses activités. Elle se sentirait épaulée pour affronter cette épreuve. Il a toujours été près d’elle les autres fois mais aujourd’hui, elle sera seule à son rendez-vous.
Virginia se sent perdue, elle a tant besoin de la présence de son mari à ses côtés. Elle dit comprendre l’absence d’Edward, mais au fond d’elle, elle souhaiterait qu’il annule ses rendez-vous pour être ensemble. Elle n’a pas insisté mais elle aurait voulu qu’il se propose de l’accompagner, juste parce c’était là un moment clé de leur vie commune, l’annonce de sa grossesse. Ce moment si attendu.
Toute la matinée, Virginia Beckett s’est donnée à ses élèves, mais secrètement elle éprouve une angoisse à l’idée de se retrouver seule. Par deux fois elle a envoyé un message sur le téléphone portable d’Edward mais il n’a pas répondu.
A l’heure du repas, Virginia rentre chez elle dans l’espoir d’y retrouver son mari. Elle attend son retour avec impatience et voyant qu’il n’arrive pas. Elle l’appelle. Il ne répond pas, elle laisse donc un message, puis elle attend encore une réponse. Edward répond enfin d’un simple SMS : – Suis très occupé, rentrerait tard ce soir. Bon courage Giny. Bisous. En lisant ce message, Virginia éprouve un sentiment d’abandon et une immense solitude. Rien de ce qu’elle peut se dire mentalement n’y fait. Le sentiment demeure. Elle ressent ce même manque d’amour qu’elle a enduré depuis l’enfance et jusqu’à ce qu’elle rencontre Edward. Virginie ne se comprend plus.
Assise devant la table mise, elle tient sa tête entre ses mains et soudain une vague d’angoisses la submerge. C’est comme si le souffle lui manquait. Une boule reste coincée dans sa gorge et des larmes inondent ses grands yeux clairs. Virginia pense que si Edward était là, elle se glisserait entre ses bras et là au creux de lui, elle tirerait cette force dont elle manque si cruellement en ce moment. S’il pouvait pressentir ce besoin qu’elle a de lui. Virginia ne cesse de le souhaiter, mais elle sait que son mari n’est pas sensible à ce genre de chose. Il ne sera pas là, elle doit l’accepter.
Comme pour détourner son attention de cette absence, elle se met à vouloir que quelqu’un d’autre soit à ses côtés. Mais qui ? Personne ne sait rien. Cette histoire est si intime, qu’elle en a gardé le secret et maintenant il est trop tard pour obtenir le soutien de ceux qui ont été écartés volontairement. Elle s’est refusée cette présence, par fierté et par pudeur. Comment dire à l’autre son désarroi, son attente, quand les mots manquent et que la peur du ridicule, de l’indécence vous poussent à vous taire ?
A qui faire partager ces moments qui touchent à son intimité, sans se sentir gêné ? Giny est maintenant seule, si seule, face à ses angoisses auxquelles tous restent sourds et aveugles par ignorance. Peut-être que si elle en avait parlé au moins à sa mère, elle ne serait pas dans un tel isolement. Après tout, avec sa mère, ce n’est pas tout à fait la même chose. C’est vrai qu’elle ne voulait plus lire cette déception qu’elle avait vue sur le doux visage maternel, lors de l’annonce de l’échec de la précédente insémination, qui une fois de plus n’avait abouti à rien.
On peut accepter de souffrir d’une situation mais il est intolérable de savoir que sa souffrance à des répercutions sur ceux que l’on aime. Le silence était donc la meilleure solution en l’espèce. On joue un personnage et l’on s’y attache au péril de se perdre dans ses propres mensonges. L’illusion est parfaite. En acteur on donne une réplique dont on ne croit pas le moindre mot. Personne ne voit le leurre et rien ne vient. La solitude demeure.
Ce sentiment de désarroi, Virginia le connaît trop bien. Il a partagé sa vie tant d’années