Le Vietnam

Le Vietnam

Livres
324 pages

Description

Loin de se résumer à un champ de bataille ou à un espace colonial dont l'émancipation a déclenché tous les mouvements de libération ultérieurs, le Vietnam a été l'un des lieux les plus frappants de rencontres entre les peuples et les cultures dans l'histoire humaine, un creuset de civilisations par rapport auquel les melting pots les plus souvent invoqués se résument à des équations beaucoup plus simples. Il y a certainement un moment vietnamien de l'histoire globale, les transferts culturels qui ont formé le pays donnant un écho universel aux cataclysmes qui se sont abattus sur lui. L'histoire ancienne du pays est déjà une histoire d'imbrications entre les cultures, chinoise et indienne. L'histoire moderne l'est davantage encore. De la littérature aux beaux-arts en passant par les phénomènes religieux, le système éducatif ou la constitution des savoirs, le temps est venu d'observer le dense réseau d'interactions qui constituent le Vietnam et le relient au monde.


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Date de parution 30 juin 2016
Nombre de lectures 12
EAN13 9782354571146
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Couverture

Le Vietnam

Une histoire de transferts culturels

Hoai Huong Aubert-Nguyen et Michel Espagne (dir.)
  • Éditeur : Demopolis
  • Année d'édition : 2015
  • Date de mise en ligne : 30 juin 2016
  • Collection : Quaero
  • ISBN électronique : 9782354571146

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Édition imprimée
  • ISBN : 9782354570774
  • Nombre de pages : 324
 
Référence électronique

AUBERT-NGUYEN, Hoai Huong (dir.) ; ESPAGNE, Michel (dir.). Le Vietnam : Une histoire de transferts culturels. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Demopolis, 2015 (généré le 30 juin 2016). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/demopolis/461>. ISBN : 9782354571146.

Ce document est un fac-similé de l'édition imprimée.

© Demopolis, 2015

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Loin de se résumer à un champ de bataille ou à un espace colonial dont l'émancipation a déclenché tous les mouvements de libération ultérieurs, le Vietnam a été l'un des lieux les plus frappants de rencontres entre les peuples et les cultures dans l'histoire humaine, un creuset de civilisations par rapport auquel les melting pots les plus souvent invoqués se résument à des équations beaucoup plus simples. Il y a certainement un moment vietnamien de l'histoire globale, les transferts culturels qui ont formé le pays donnant un écho universel aux cataclysmes qui se sont abattus sur lui. L'histoire ancienne du pays est déjà une histoire d'imbrications entre les cultures, chinoise et indienne. L'histoire moderne l'est davantage encore. De la littérature aux beaux-arts en passant par les phénomènes religieux, le système éducatif ou la constitution des savoirs, le temps est venu d'observer le dense réseau d'interactions qui constituent le Vietnam et le relient au monde.

Hoai Huong Aubert-Nguyen

Enseignante de lettres et écrivain, université de Versailles-St-Quentin.

Michel Espagne

Historien des transferts culturels, CNRS/ENS.

Note de l’éditeur

Le présent volume rassemble les contributions présentées à l’occasion d’un colloque qui s’est tenu à l’École normale supérieure et à la Bibliothèque nationale de France du 4 au 6 juin 2014. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de l’année France-Vietnam organisée par l’Institut français.
Il convient de remercier ici l’ENS, le labex TransferS, l’IDEX PSL et la BnF qui ont accueilli cette manifestation, ainsi que l’UVSQ dont plusieurs membres ont activement participé à sa préparation. Merci à Valérie Linder pour l’illustration de couverture.

    1. Un cas de figure paradigmatique

      Michel Espagne
      1. Retour sur une notion
      2. Transferts en contexte colonial
      3. Le Vietnam ou la perpétuité du transfert
      4. Une architecture urbaine
      5. Dalat, ville-transfert
      6. Dans les beaux-arts
      7. En littérature
      8. Dynamiques de la langue
    2. 2. Un laboratoire pour l’étude des transferts

      Philippe Papin
      1. Maillon d’empire et croisée des chemins
      2. L’emprunt, signe d’activité politique et sociale
      3. Usages, contextes et diversité
      4. L’adaptation est-elle systématique ?
      5. La reprise et la réplique
      6. Vertu de la duplication
      7. Rupture, déconnexion, placage de références nouvelles
  1. Deuxième partie. Histoire de la pensée

    1. 3. Vents d’Est, vents d’Ouest

      L’introduction de l’esprit des Lumières au Vietnam au début du XXe siècle.

      Phuong Ngoc Nguyen
      1. Début du XXe siècle : crise et ouverture
      2. Acteurs, moments, lieux, moyens de communication
      3. Quelles Lumières ?
      4. Des Rousseau pluriels et divergents
    2. 4. La catholicité vietnamienne

      Quand se conjuguent préservation de la foi et participation au destin national

      Pierre Brocheux
      1. L’ouverture de l’Asie à l’évangélisation
      2. Implantation au Đại Việt
      3. Des persécutions à l’hypothèque coloniale
      4. La décolonisation de la catholicité vietnamienne
      5. Des décennies 1930 et 1940 décisives
    3. 5. Un bouddhisme vietnamien de France ?

    1. Des hommages aux défunts comme facteur d’émergence identitaire

      Jérôme Gidoin
      1. Un arrière-plan politique
      2. L’ ÉBVU en France
      3. L’activisme bouddhique en terre d’exil
      4. Un essor via la prise en charge des hommages aux défunts
      5. Assimilation de l’identité bouddhique à l’identité culturelle
      6. La pagode, un symbole de la vietnamité en France
  1. Troisième partie. Construction des savoirs

    1. 6. L’économie hybride du post-Champa

      Le commerce plaine-montagne et les « marchés des sources » (nguồn) à l’époque des seigneurs Nguyễn (XVIe-XVIIIesiècles)

      Andrew Hardy
      1. Le modèle économique post-Champa
      2. Les places d’échanges
      3. Les relais
    2. 7. Des orientalistes en Orient

      L’École française d’Extrême-Orient au Vietnam (1902-1957)

      Pierre-Yves Manguin
      1. Une mission ambiguë : une institution académique dans un contexte colonial
      2. Le legs de l’EFEO au Vietnam
      3. La dette de l’EFEO : les lettrés de Hanoi
    3. 8. Pratiquer la médecine enseignée à la française

      L’accès des médecins vietnamiens à l’exercice libéral et ses enjeux dans l’entre-deux-guerres

      Laurence Monnais
      1. Un bref portrait quantitatif et qualitatif
      2. L’école de médecine de Hanoi et ses meilleurs étudiants
      3. Expatriation, expertise et hiérarchies
      4. De la sphère publique à la sphère privée
      5. Un vent de liberté lucratif
      6. À propos de l’offre et de la demande
      7. Défenseurs d’un pluralisme médical ? Pour une médecine accessible à l’heure du droit à la santé
    4. 9. L’Université indochinoise et l’œuvre culturelle de la France au Vietnam

    1. Tuân Hoang Van
      1. La naissance et le développement de l’enseignement supérieur au Vietnam
      2. Les objectifs de l’enseignement supérieur au Vietnam
      3. L’accueil par les Vietnamiens de ce nouveau système d’enseignement
      4. L’influence de l’enseignement supérieur sur les Vietnamiens
      5. L’influence de la culture française sur celle du Vietnam
      6. Une œuvre de portée limitée
    2. 10. Sel, soufre et mercure

      Un multiculturalisme avant la lettre : mémoires d’anciens élèves des lycées français au Sud-Vietnam 1954-1975

      Thuy Phuong Nguyen
      1. Pour une histoire des élèves
      2. Un quotidien multiculturel
      3. Entre deux cultures
      4. La base initiale d’une vie
    3. 11. L’ère des tempêtes

      Dien Bien Phu, Genève, 1953-1954, sous le regard de quatre périodiques français (Paris Match, L’Aurore, L’Observateur et L’Express)

      Alain Ruscio
      1. Le général Navarre : un nouveau sauveur ?
      2. L’assaut
      3. La première vague
      4. Nos héros face à la ruée jaune
      5. Une intervention américaine directe ?
      6. La chute
      7. La fin d’une guerre
      8. Épilogue
  1. Quatrième partie. Arts et littérature

    1. 12. Deux mondes artistiques, une rencontre

      Beaux-arts : du contact sous influence à l’émancipation croisée des inspirations

      Nadine André-Pallois
      1. L’Orient des peintres français
      2. Premiers regards, un état des lieux
      3. Rendus d’humanité
      4. L’école des beaux-arts de l’Indochine
      5. Les fruits de la rencontre
    2. 13. Le sujet lyrique dans la poésie de Han Mac Tu

    1. Hoai Huong Aubert-Nguyen
      1. Le sujet lyrique dans la poésie romantique française
      2. La structure de l’énonciation dans la langue vietnamienne
      3. Chez Han Mac Tu : le sujet lyrique de la période classique
      4. Affirmation d’un sujet lyrique pluriel
      5. Le sujet lyrique et l’altérité
    2. 14. Légendes des terres sereines de Pham Duy Khiêm

      De l’art d’acclimater des contes populaires vietnamiens

      Thanh Vân Tôn Thât
      1. Parcours d’un homme et premiers transferts
      2. Esquisse de classement et de typologie
      3. Enquête littéraire du collectionneur et quête identitaire
    3. 15. Entrecroisements littéraires

      Tissage et métissage dans l’œuvre de Linda Lê

      Julie Assier
      1. Itinéraire d’une francophile vietnamienne
      2. Ancrage occidental, traces extrême-orientales
      3. L’histoire du Vietnam à la lumière des mythes gréco-romains
    4. 16. Une nouvelle ère du roman ?

      Regard sur la création romanesque dans le Vietnam contemporain

      Cam Thi Doan
      1. Évolution d’un genre
      2. Quête et conquête
    5. 17. Mémoire poétique et identité historique

      Éléments d’analyse du Cambodge en voix off de Nantarayao Samputho

      Veronica Ntoumos
      1. Contexte de l’œuvre
      2. Fiction et histoire : mode de représentation polyphonique
      3. Douloureuse réinvention
      4. Transferts culturels, sociaux et graphiques
  1. Cinquième partie. Les collections vietnamiennes de la Bibliothèque nationale de France

    1. 18. Le fonds indochinois de la Bibliothèque nationale de France

      Denis Gazquez
      1. Les fonds concernant le Vietnam colonial dans les départements spécialisés
      2. Les fonds imprimés sur le Vietnam colonial dans les départements thématiques de Tolbiac
      3. Le fonds indochinois : historique d’un fonds
      4. Description et traitement du fonds indochinois
      5. Un exemple de transfert culturel
    2. 19. L’écriture du vietnamien

      Éléments d’histoire à travers le témoignage des collections de la BnF

      Giang Huong Nguyen
      1. La langue vietnamienne
      2. Présence à la BnF
      3. L’écriture quốc ngữ
    3. 20. Le département des Arts du spectacle

      Focus sur des collections uniques

      Joëlle Garcia
      1. Conserver l’éphémère du spectacle
      2. Les spectacles en Indochine dans la collection Rondel
      3. Des relations culturelles visibles dans les fonds d’archives
    4. 21. Ressources photographiques concernant le Vietnam

      Les plaques de verre de la Société de géographie

      Olivier Loiseaux
      1. Les projections de vues sur verre
      2. La collection Firmin-André Salles

Les auteurs

Nadine ANDRÉ-PALLOIS (INALCO)

Julie ASSIER (université de Cergy-Pontoise)

Hoai Huong AUBERT-NGUYEN (université de Versailles-St-Quentin)

Pierre BROCHEUX (université Paris-Diderot)

Cam thi DOAN (INALCO)

Michel ESPAGNE (CNRS/ENS)

Joëlle GARCIA (BnF, département des Arts du spectacle/BULAC)

Denis GAZQUEZ (BnF, département Philosophie, Histoire, Sciences de l’homme)

Jérome GIDOIN (université Paris-Descartes)

Andrew HARDY (EFEO)

Tuân HOANG VAN (université de Versailles-St-Quentin)

Olivier LOISEAUX (BnF, département des Cartes et Plans)

Pierre-Yves MANGUIN (EFEO)

Laurence MONNAIS (université de Montréal)

Giang Huong NGUYEN (BnF, département Littérature et Art)

Phuong Ngoc NGUYEN (université Aix-Marseille)

Thuy Phuong NGUYEN (université Paris-Descartes)

Veronica NTOUMOS (Paris IV Sorbonne/Université libre de Bruxelles/aspirante FNRS)

Philippe PAPIN (EPHE)

Alain RUSCIO (CID Vietnam)

Thanh Vân TON THAT (université Paris-Est-Créteil)

Avant-propos

Hoai Huong Aubert-Nguyen et Michel Espagne

Il existe des représentations idylliques et oniriques du Vietnam transmises par des romans comme L’Amant de Marguerite Duras ou par des films qui illustrent tantôt une société indochinoise raffinée et menacée de disparition dans Indochine, tantôt la sensualité de la vie quotidienne dans l’Odeur de la papaye verte. Le Vietnam s’identifie alors à une suite de goûts, de senteurs, de paysages, à des végétations inconnues sous la chaleur écrasante, aux grandioses paysages de la baie d’Ha Long ou du cours du Mékong. Pourtant, le pays s’est aussi et avant tout confondu dans la conscience et l’imaginaire de beaucoup d’Européens, et plus particulièrement de Français, avec l’histoire de deux guerres et de leurs conséquences.

La première est associée aux images de Dien Bien Phu ou du bagne de Poulo Condor et de ses cages à tigre, à celle de l’infirmière Geneviève de Galard ou du commissaire politique Georges Boudarel. Elle est souvent représentée à travers le prisme de deux conceptions opposées. L’une met en lumière les combats du Vietminh, dont les partisans apparaissent comme des héros de l’anticolonialisme et de la révolution sociale — cette vision occultant quelquefois des dérives inhumaines, notamment au cours de la révolution agraire. L’autre repose sur la nostalgie d’une époque magnifiée : celle des enseignants français contribuant à la démocratisation et à la diversification de la culture en Indochine, celle des gloires et de l’honneur militaires, qui transparaissent dans les films de Pierre Schoendoerffer, où la guerre d’Indochine est perçue in fine comme un combat antitotalitaire — vision qui ne peut s’affranchir d’un soupçon d’indulgence vis-à-vis de la féodalité annamite et du colonialisme. Ces deux conceptions sont évidemment inconciliables.

Pour la guerre américaine, on pense à une petite fille brûlée par le napalm qui court sur une route de campagne, au chef de la police de Saigon exécutant un combattant vietcong, à la destruction de Hué et aux monstruosités provoquées par l’agent orange, ou plus tard aux derniers officiels américains quittant Saigon par le toit de l’ambassade puis aux boat people errant de Hong-Kong à l’Australie. Du côté des figures vietnamiennes, il y a l’image un peu estompée de l’empereur Bao Dai, celle de Thich Quang Duc s’immolant par le feu, de Ngo Dinh Diem assassiné puis celle de Ho Chi Minh, témoin asiatique du congrès de Tours, et de son général et stratège, enseignant dans le civil l’histoire de France, le général Giap et ses bo doi. Des films comme Apocalypse now, des romans d’émigrés écrits en anglais pour un public américain comme La nuit nous a surpris de Kien Nguyen ou Entre le ciel et la terre de Ly Hayslip, lui-même adapté dans un film américain, ont façonné une mémoire dominante de cette guerre qui s’est substituée à la mémoire coloniale française, dans laquelle chaque camp, supportant des pertes humaines et symboliques immenses, se définit malgré les antagonismes comme celui de la liberté.

Si ces images contradictoires sont souvent liées à la guerre, leur présence obsessionnelle, accordant au fond bien peu de place à la perception proprement vietnamienne de l’histoire du XXe siècle, ont surtout effacé un fait assez simple. Loin de se résumer à un champ de bataille ou à un espace colonial dont l’émancipation a déclenché tous les mouvements de libération ultérieurs, en Afrique notamment, le Vietnam a été l’un des lieux les plus frappants de rencontres entre les peuples et les cultures dans l’histoire humaine, un creuset de civilisations par rapport auquel les melting pots les plus souvent invoqués comme celui des États-Unis se résument à des équations beaucoup plus simples. Il y a certainement un moment vietnamien de l’histoire globale, les transferts culturels qui ont formé le pays donnant un écho universel aux cataclysmes qui se sont abattus sur lui. Le Vietnam a pu être, pour un temps, beaucoup plus qu’un théâtre de guerre, le miroir privilégié d’un basculement du monde.

À la vérité, une science des choses vietnamiennes s’est développée en France depuis plus d’un siècle1. Elle s’enracine dans des récits de voyage ou d’expéditions qui ont depuis longtemps cédé la place à des recherches répondant à toutes les exigences de l’érudition historique, depuis les travaux historiques de Lê Thân Khôi jusqu’aux études de Philippe Langlet sur le bouddhisme vietnamien. Nombre d’auteurs de cet ouvrage font partie de la famille des vietnamologues, dont on pourrait dès maintenant reconstruire l’histoire, les terrains de recherche favoris, les habitudes de publication et les questionnements.

***

Soixante ans après la bataille de Dien Bien Phu, il est désormais temps d’envisager le Vietnam sous l’angle des rencontres auxquelles il a servi de cadre, en soulignant ce que ces dernières, au-delà des traumatismes, générateurs de luttes fratricides mais aussi de formes et d’idées nouvelles, ont apporté à la définition d’une culture ou plutôt de plusieurs : car l’imaginaire européen ne serait sans doute pas le même sans la rencontre avec le Vietnam.

Cette rencontre entre les cultures a pris une forme qui a profondément marqué les hommes qui en firent l’expérience dans les champs où ils œuvrèrent. Que l’on pense à Han Mac Tu ou à Marguerite Duras, ou encore à Victor Tardieu et Nam Son qui créèrent ensemble l’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine, que l’on considère la philosophie, l’architecture, la médecine : tous ces domaines témoignent de la fécondité qui en a découlé.

Dans son Kim Vân Kiêu, poème qui s’ouvre sur le thème de rencontres, notamment celle de Kim Trong et de Thuy Kiêu, Nguyen Du évoque ainsi l’union qu’elle fait naître entre les personnages, avant leur séparation :

Le jeune homme dit : « Aujourd’hui il vente, demain il peut pleuvoir. Les jours de printemps promettent-ils plus d’une rencontre heureuse ? Si vous méconnaissez ce cœur éperdu, il en souffrira, certes, mais sans nul profit pour personne. Engageons-nous d’abord pour quelque mutuelle promesse. […]
Elle dit : « Dans cette première rencontre, émue par votre cœur, comment pourrai-je faire taire mon cœur ? Puisque votre cœur généreux me porte de l’intérêt, cette promesse, je l’accepte pour la graver à jamais sur la pierre et sur l’or. » […]
Un serment fut prononcé, scellant leur union comme laque et colle2 […]
Sinh rằng : « Rày gió, mai mýa,
Ngày xuân ðã dễ tình cờ mấy khi !
Dù chăng xét tấm tình si,
Thiệt ðày mà có ích gì ðến ai ?
Chút chi gắn bó một hai [] »
Rằng : « Trong buổi mới lạ lùng
Nể long, có lẽ cầm lòng cho đang !
Đã lòng quân tử đa mang
Một lời, vâng tạc đá vàng thủy chung. […] »
Một lời gắn bó tất giao […]3

S’il est donné à la poésie d’exprimer la complexité de l’histoire humaine, elle peut refléter comment se compose, à la croisée des cultures française et vietnamienne, un tableau qui les associe comme la laque et la colle, l’idée et le motif — le tableau d’un paysage inachevé.

À qui ce livre s’adresse-t-il ? D’abord, à un public qui fut déjà celui du colloque4. Ce lectorat était notamment vietnamien, ou d’origine vietnamienne. C’était celui de personnes ayant quitté leur pays natal.

Parmi ces lecteurs attendus, certains connaissent aussi bien Nguyen Du et Ho Xuân Huong que Victor Hugo ou Paul Verlaine, car ils se sont formés au contact de ces deux cultures. On peut penser aussi aux personnes qui sont venues travailler, étudier et se sont installées en France. À ceux qui ont rejoint la France pendant ou après la guerre d’Indochine et du Vietnam, et qui ont trouvé en France un pays d’accueil, à tous ceux qui se situent, pour diverses raisons, entre les deux cultures française et vietnamienne, aux Vietnamiens du Vietnam curieux de l’effet de miroir produit par les complexités de leur histoire.

À ce premier public s’adjoindra tout naturellement celui des Français, historiens de l’art, de la peinture, de la littérature, urbanistes, anthropologues, linguistes, traducteurs, étudiants, voyageurs, artistes qui se sont intéressés au Vietnam et ont noué des relations fortes avec ce pays. Ils ont tous une expérience vécue des sujets abordés, une mémoire dont il convient de ne jamais trop s’éloigner. Tant de visiteurs du Vietnam ou de lecteurs curieux de sa culture peuvent s’intéresser à lui, qu’ils en soient ou non originaires, comme à une part cachée d’eux-mêmes.