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Le viol-location

De
153 pages
Acheter le consentement sexuel d'autrui, est-ce l'expression d'une liberté sans tabou ou un abus de pouvoir d'achat ? Sur quelles bases est-il légitime, ou pas, de considérer la prostitution comme un travail ? Que répondre à la misère sexuelle des personnes handicapées ? En Suède la pénalisation des clients a-t-elle enfermé les prostituées dans la clandestinité ? Aux Pays-Bas la reconnaissance d'un statut professionnel a-t-elle fait reculer les réseaux mafieux et la prostitution hors statut ?
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LE VIOL-LOCATION
Joël Martine
Liberté sexuelle et prostitution
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Le viol-location
Liberté sexuelle et prostitution
LE SEXE EST-IL UNE MARCHANDISE ?
© LHarmattan, 2013 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1 wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00618-5 EAN : 9782343006185
Joël Martine
Le viol-location
Liberté sexuelle et prostitution
L'Harmattan
Sexualité humaine Collection dirigée par Charlyne Vasseur Fauconnet  Sexualité humaine offre un tremplin pour une réflexion sur le désir, le plaisir, lidentité, les rôles féminin et masculin. Elle s'inscrit dans un mouvement socio-culturel, dans le temps et dans lespace.  La sexualité ne peut être détachée de sa fonction symbolique. Lerreur fondamentale serait de la limiter à un acte et doublier que l'essentiel est dans une relation, une communication avec lautre, cet autre fût-il soi-même.  Cette collection a pour objet de laisser la parole des auteurs sexprimer dans un espace dinteractions transdisciplinaires. Elle relie la philosophie, la médecine, la psychologie, la psychanalyse avec des ramifications multiples qui vont de la pédagogie à la linguistique, de la sociologie à lanthropologie, etc. Déjà parus Nina CALIFANO, Sexualité incarcérée , 2011. Alfredo ANCORA, La consultation transculturelle de la famille. Les frontières de la cure , 2010. Pierre HURTEAU, Homosexualités masculines et religions du monde , 2010. Jean-Pierre KLEIN, Passion, amour, etc. , 2010, Laurent BIBARD, Sexualité et Mondialisation , 2010. Philippe CLAUZARD , Conversations sur le sexisme , 2010. Christophe AVELINE, LInfidélité , 2009. Frédéric ALLAMEL, Anthropérotiques , 2009. Laurent MALTERRE, La guerre des sexes ou guérir le sexe , 2009. Claude-Émile TOURNÉ, Le Naissant , 2007. Maria José WEREBE, Organisation sociale, pratiques sexuelles et religion, le cas des trois religions monothéistes , 2007. Maurice MOULAY, Sexualité et psychothérapie corporelle , 2006. Drocella MWISHA RWANIKA, Sexualité volcanique , 2006. Gaspard MUSABYIAMANA, Pratiques et rites sexuels au Rwanda , 2006. Bacar ACHIRAF, Les murs sexuelles à Mayotte , 2005. Josette FORT, Naissance et fantasme de mort , 2005.
 Cet essai, mis à jour et restructuré en mars 2013, résulte d'un débat mené en 2008-2009 par le Groupe de réflexion sur les rapports hommes-femmes de l'association marseillaise Mille Bâbords .
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 Sur les difficultés du féminisme orthographique en français.  Si on écrit les prostituées on passe sous silence le fait que certainEs prostituéEs sont des hommes. Si on écrit les prostitués pour désigner l'ensemble, on est complice du sexisme de la règle tradi-tionnelle selon laquelle le masculin l'emporte sur le féminin. Si on écrit les prostitué(e)s  c'est presque pire : on met le féminin entre pa-renthèses. On peut écrire « les prostitué.e.s » : on réalise la parité, on met en évidence les deux genres. Si on écrit les prostituéEs  c'est encore mieux : on met en relief le caractère majoritairement féminin du phénomène et ses enjeux pour les femmes. Mais alors faut-il écrire « les assistantEs sociaux.ales », ou les « assistantEs sociales/sociaux » ? C'est lourd et ça fait bizarre. Heureusement on peut employer des périphrases : on parlera des « assistantEs de service social aux côtés des personnes prostituées étrangères » mais c'est encore plus lourd. Alors mettons sans ambages « les assistantEs socialEs aux côtés des prostituéEs étrangèrEs ». Mais alors on introduit, horribile dictu , le mot socials  comme pluriel masculin de social : une exception dans l'exception ! Et on écrira indifféremment étrangerE ou étrangèrE , ne pouvant mettre des parenthèses à l'accent grave. On peut aussi en rester à l'orthographe traditionnelle, avec un mot d'excuse en préambule. Pour éviter une si honteuse capitulation, nous avons opté pour le E majuscule, avec des arrangements au cas par cas soit dans un souci de simplicité, soit pour exprimer une nuance dans le sens soit par inattention. Le résultat est parfois insatisfaisant. La/le lectrice/teur comprendra que, sur la forme comme sur le fond, les problèmes du féminisme n'ont pas de solution toute faite et ne se trancheront que par la pratique.
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Chapitre 1 La liberté dans ou contre la prostitution ? une question qui divise gravement les féministes
Il y a parmi les féministes et leurs diversES héritièrEs plus qu'une division, presque une incommunicabilité, à propos de la prostitution, tant sur l'appréciation du phénomène que sur les politiques publiques à promouvoir 1 . Pour une partie des féministes il faut d'abord combattre la stigma-tisation des prostituéEs, qui dans l'ordre social patriarcal fait office de repoussoir pour les femmes « honnêtes », c'est-à-dire les épouses vouées au travail domestique et aux maternités sous l'autorité et au service de leur mari ; la personne qui se prostitue, à supposer quelle ne soit pas contrainte, ne fait quexercer son droit à la libre disposition de son corps et au libre choix de sa profession ; le plus important est donc de faire respecter ce droit et de le protéger contre lexploitation et la violence ; le client, symétriquement, exerce son droit à disposer de son corps et à dépenser son argent comme il veut. Le consentement mutuel suffit à fonder la légitimité de l'échange. A l'oppo-sé, pour une autre partie des féministes, cette symétrie cache un rapport général de domination : le client, par le seul fait dobtenir des services sexuels contre rémuné-ration, soctroie un droit inique sur le plus intime de la
1  Dans le Dictionnaire critique du féminisme  (voir bibliographie), l'entrée Prostitution est la seule où il n'y ait pas un article unique, mais deux, l'un de Claudine Legardinier, l'autre de Gail Pheterson.
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personnalité dautrui, sa sexualité. Le fait que lachat de services sexuels soit légal légitime donc une violence faite à lensemble des femmes, puisque toute femme peut se voir imposer une « offre publique dachat » pour peu quelle se trouve en situation de pauvreté ou de vulné-rabilité. Dans cette optique le but du féminisme n'est pas de banaliser la prostitution, mais doeuvrer à sa dispa-rition. C'est ce qu'on appelle l' abolitionnisme  (notion complexe, comme nous allons le voir) Mais comment le faire sans participer à la stigmatisation-discrimination des prostituéEs ? La question de la « pénalisation des clients » est devenue le point de clivage le plus visible dans ces controverses, depuis qu'en 1999 la Suède a introduit dans la loi la pénalisation de l'achat de services sexuels, tout en maintenant la non-pénalisation de la vente. Mais d'autres questions sont tout aussi décisives en pratique, notamment la définition de mesures concrètes facilitant l'accès aux droits pour les personnes prostituées, et bien sûr la question de l'accès à un revenu permettant de choisir de ne pas se prostituer. Enfin il y a en arrière-plan une foule de questions sociologiques, psychologiques et philosophiques qui concernent les fondements mêmes du féminisme, par exemple la place de la sexualité dans la définition des droits humains. Dans ce débat tout le monde défend la liberté, mais les avis diffèrent sur ce que sont les conditions les plus décisives de la liberté. Faut-il défendre avant tout le libre choix, en pariant que cela aidera aussi les femmes à s'unir et à se mobiliser contre des situations d'inégalité et de domination, ou faut-il oeuvrer à défaire les rapports de domination, y compris en mettant des limites au libre choix ? Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, aucun courant du féminisme aujourd'hui ne remet en cause le droit de mettre ses propres services sexuels sur le
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marché, qui peut se justifier par le droit de la personne à la libre disposition de son corps ; même si les abolitionnistes considèrent que vendre ses actes sexuels conduit nécessai-rement (ou du moins le plus souvent  cela dépend des auteurEs) à une perte de liberté, elles/ils s'opposent à toute pénalisation légale de la vente ainsi qu'aux dispositions légales (telles que le délit de « racolage passif ») qui conduisent à des persécutions policières contre les prostituéEs. Pour ma part j'ai été convaincu par l'approche néo-abolitionniste, et je me suis attaché à en affiner les arguments en les examinant de façon critique, en prenant au sérieux les arguments opposés.
Repères cartographiques dans le débat Dans l'état actuel des discussions 2  on pourrait cartogra-phier à grands traits le champ du féminisme sur cette question en deux orientations opposées 1 et 2, et une orientation intermédiaire 3, cette dernière pouvant se justifier par deux argumentations différentes 3a et 3b. Entre ces quatre positions il y a bien sûr des ponts, des zones indécises, des recoupements inattendus.  1. Promouvoir des formes de prostitution librement choisie et sans domination masculine, orientation défendue notamment par l'association Les Putes , puis le STRASS  (Syndicat du Travail Sexuel) 3 . La prostitution librement choisie représente une
2  Pour une belle mise en scène à la fois logique et satyrique de ce débat, lire les premiers chapitres de Marcela Iacub, Qu'avez-vous fait de la libération sexuelle ? Cette auteure épingle avec une joyeuse ironie les difficultés philosophiques et juridiques de la position abolitionniste.  3  Voir Maîtresse Nikita et Thierry Schaffhauser, Fières d'être putes , une présentation synthétique et percutante, et Gail Pheterson, A Vindication of the Rights of Whores ; une théorisation : Gail Pheterson, Le prisme de la prostitution .
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