Léa de Longvalle, c
164 pages
Français

Léa de Longvalle, c'est moi !

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Description

Léa, courtisane en vue, emménage sur la Côte d’Azur pour donner naissance à un enfant. Elle ne l’a pas voulu mais elle choisit tout de même de le garder et part pour Antibes. Cette maternité va humaniser cette âpre fille de la campagne réaliste et égoïste. Elle part donc, accompagnée d’Irma, sa femme de chambre et de l’enfant naturel de cette dernière, Louiset.

Cette histoire est inspirée des nativités de Berthe Morisot. C’est le roman tel qu’en lui-même ; les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné et c’est là toute l’originalité de cette écriture au ton résolument badin, où la psychologie des personnages se lit en filigrane au travers de l’action et des dialogues.

Voici donc l’histoire de Léa, de sa splendeur et de sa tragique déchéance, avec tambours, et trompettes...


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Date de parution 07 octobre 2016
Nombre de lectures 5
EAN13 9782334167437
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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ISBN numérique : 978-2-334-16741-3
© Edilivre, 2016
Quelques mots de l’auteur
Quelques mots de l’auteur
J’ai toujours aimé peindre, mais c’était difficile, c’était une lutte. Quand j’ai découvert l’écriture, j’ai découvert mon bonheur.
Marianne Astruc, écrivain, peintre et poète est née en 1925. Son père est ‘inventeur du mot « anticonstitutionnellement ». Il est journaliste et conservateur du musée Cognac Jay, puis Galierra. Sa mère est rédactrice en chef du « jardin des modes » anciennement Vogue. Fait suffisamment rare à l’époque pour le noter, elle a comme ambition pour ses enfants « Qu’ils réussissent dans les arts ». Marianne Astruc, dans cet univers privilégié découvre sa vocation de peintre en admirant les Gauguin et les Van Gogh qui illuminent la salle à manger du prieuré où elle joue avec son ami e, la fille du peintre nabi, Maurice Denis, dont la propriété jouxte la demeure de ses parents à St Germain en Laye. Elle est la sœur d’Alexandre Astruc, cinéaste, précurseur de la nouvelle vague et d’Alain Astruc, comédien, metteur en scène, auteur, théoricien du théâtre, bien connu des étudiants de toute une génération du département théâtre de Paris VIII.
Pendant la guerre de 40, je marchais à pied dans la neige. Dans la rue du dragon, je longeais les galeries. Au moment du choix d’une pro fession, je passais à l’orientation professionnelle, on me trouva si nulle qu’on me bombarda étudiante aux Beaux-arts.
Après avoir fréquenté les Beaux-Arts et l’école des arts appliqués, Lisa Lemonier, Marianne entre à la maison Kings et dessine pour les soyeux de Lyon et la Haute couture. Elle est peintre dans les années 50. « Un Watteau d éguisé en Gavroche » dira d’elle Edouard Boubat, photographe célèbre pour ses portraits radieux de Leïla, la très célèbre jeune fille des cartes postales au corsage blanc transparent et au soutien-gorge noir, sa camarade et collègue de travail.
Tout à son art. Très peu opportuniste dans un Paris qu’elle ne fréquente pas, son travail de peintre restera confidentiel. Son frère, Alain Astruc parlant de la renommée dit pourtant de cette époque en évoquant son frère et la caméra stylo «Tout allait très vite, on avait une idée, on convoquait la presse et tout de suite on existait, on était du tout Paris »
Après un mariage, des enfants, un divorce et une lo ngue maladie, Marianne commence à écrire à l’âge de 66 ans. En tout elle é crira cinq romans, de nombreuses nouvelles, et deux recueils poèmes. « Marianne où l es Parfums de la Vie » ; Roman important par la taille (de plus de six cent pages), raconte l’épopée parisienne d’une jeune provinciale poursuivant sa vocation littéraire dans les années trente.Léa de Lonvalle, c’est moi !est sa première œuvre publiée.
Géraldine Lagadec
Léa de Longvalle, C’est moi !
Le pain noir
Irma Raquelin naquit à Saint Priest, village de l’Ardèche. Je ne me lancerai pas dans le récit de son enfance, ce serait trop long ; elle fut séduite, eut un « éfant », comme on dit à la campagne et entra au service des époux Follet, aubergistes. Ils l’aidèrent à élever son fils. Le gosse fut d’abord mis en nourrice. Il grandit. Bien sûr, elle payait tout, ça n’était pas gratuit ; c’était bien trop cher pour la malheureuse. Madame Follet, un matin lui conseilla de quitter le village pour monter à Paris. – On y est mieux payé, tu trouveras du travail. Il paraît que la vie y est plus agréable qu’ici. Avec papa on te paie ton voyage. Ce n’est pas pour te mettre à la porte, c’est pour t’aider. On en aura gros sur le cœur de te voir partir.
Irma vint à Paris. Au village, elle travaillait dur . La grande ville la faisait rêver ; elle acheta des cartes postales chez la mercière. Follet l’installa en troisième avec son ballot. Les banquettes étaient en bois. Son fils l’accompagnait. – Tu vas avoir mal aux fesses, ma belle.
Il riait pour se donner une contenance en embrassant Irma et l’enfant. – Adieu, fi-fille. Dis-toi, si tu as des ennuis, les Follet sont là pour m’aider.
Il lui remit l’adresse d’un hôtel. – Il paraît que c’est bien. Des cousins y ont passé deux jours. Ecris-nous. – Adieu, père Follet.
Ça y était, elle partait pour Paris. La locomotive se mit en route. L’aubergiste agita la main, Saint Priest s’éloigna, puis disparut au loin.
* * *
Le voyage fut long. L’enfant dormait, s’éveillant pour manger, puis se rendormait. Irma rêvassait, coincée entre un militaire et une paysanne.
Une fois à Paris, elle prit le gosse d’une main, so n ballot de l’autre et sautant sur le quai, regarda autour d’elle. C’était Paris, cet éco ulement de voyageurs qui se bousculaient. Dans un nuage suffocant de fumée et de poussières, ne sachant que faire, elle longea le quai. Perdue, elle s’affolait. Un homme s’approcha. C’était un employé. – Monsieur, je viens de Saint Priest. Pourriez-vous m’indiquer le chemin de mon hôtel, s’il vous plaît ? Mon enfant est fatigué, je ne sais plus quoi faire. – Madame, je vous conduis à l’accueil. On vous renseignera.
Elle suivit cet homme. On la dirigea vers l’hôtel, on lui indiqua le bus et l’emplacement de l’arrêt. – Pour la cohue, on n’y peut rien. Soyez ferme, jouez des coudes, madame.
Munie de ces indications, Irma se fraya un chemin. Concentrée sur son but, en nage,
elle parvint boulevard Diderot
Les carrosseries
Louiset ne pleurait plus. Il s’intéressait aux voitures. – Maman, regarde les autos. C’est une Peugeot. Là, c’est une Renault. C’est mieux qu’au village. Là bas, il n’y a rien.
Il trépignait. – Tais-toi, tu me tues. Suis-moi, ça vaut mieux que de brailler.
Elle se demandait, intriguée, comment cet enfant po uvait connaître toutes ces voitures. Il n’était jamais sorti de son village et n’en avait jamais vu une seule de toute sa vie. Irma comprit rapidement que son enfant s’adapt erait facilement à cette ville qui lui paraissait à elle, si étrange et si inhospitalière.
L’hôtel de France
Essoufflée, elle parvint à l’arrêt. Louiset s’agitait sans cesse. Elle était sur le point de lui en coller, quand elle vit l’autobus arriver. Ce fut la ruée. Sans réfléchir, elle attrapa le gosse, comme une furie, elle sauta sur le marche pi ed ; le contrôleur l’empoigna et la hissa à l’intérieur. – Bravo, Madame vous êtes bonne pour le saut à la perche sur dix mètres de hauteur.
Elle chercha à s’asseoir. Des quidams occupaient le s sièges, elle resta debout, tremblante de fatigue. « Ces Parisiens, des malotru s. Je n’ai jamais vu ça, c’est trop dégoûtant. »
Le réveil
Dans ses bagages, elle avait emporté un réveil. L’o bjet sonna bruyamment comme agité de spasmes nerveux. On la regarda. Confuse, e lle stoppa la machine. C’était un vieux réveil matin en métal, ancien modèle qu’elle avait acheté à la foire d’Aurillac. Ils arrivèrent enfin rue de l’Alouette, elle descendit, le bus s’éloigna. Pas un passant. La rue montait, bordée des deux côtés par des maisons gris âtres, lézardées et couturées d’humidité, il pleuvait. Des feuilles mortes, soule vées par le vent, heurtèrent la joue de l’enfant. Il ne réagit pas, il venait de la campagne. Désorientée, Irma cherchait l’hôtel, il se faisait tard.
Le pot au feu
Les Follet lui avaient indiqué l’hôtel de France, 36 rue des Alouettes. Elle y était, dans cette rue. Cherchons l’hôtel. Il était à deux pas. Elle appuya sur un timbre. – Vous désirez ? – Une chambre pour la nuit et un repas.
Elle se trouva dans une pièce accueillante. Ça sent ait le pot au feu. N’en pouvant plus, elle se laissa tomber sur une chaise. – Courage, vous allez manger un morceau, ça ira mieux. – Louiset a faim. Louiset veut de la soupe et du pain. – Allez, madame, une cuillerée après l’autre, il ne faut pas vous laisser aller.
Irma était inerte. La patronne lui versa du vin. Un e gorgée, puis une autre. Les
couleurs lui revinrent aux joues. – Essayez d’ouvrir les yeux.
Elle les ouvrit. – Regardez votre gamin, il mange bien. C’est sa deuxième assiette de soupe.
Ce fut son troisième contact avec ce Paris qu’elle trouvait si chaotique.
L’édredon
Epuisée, elle s’enquit de la chambre. Elle fut obligée de s’informer du prix. – A un lit, c’est moins cher.
Louiset tapait dans le pot au feu. Ils montèrent. La chambre était confortable et le lit lui tendait les bras. Elle eut à peine la force de s’y laisser tomber. Elle s’allongea tout habillée, s’endormit sous l’édredon de plumes, son enfant blotti contre elle.
Monsieur Duby
Le lendemain, elle serait bien restée couchée. Il fallait discuter du prix de la pension. La patronne entra. – Vous avez bien dormi ? Voyez le temps. A Paris, il pleut toute l’année. – Le petit est réveillé. – Ne vous inquiétez pas, la maison est tranquille. Mes clients ne sont pas bruyants. Si vous voulez me voir, je suis à la cuisine. A tout à l’heure, je me sauve.
L’hôtel s’animait. Irma entendit des portes claquer. On parlait dans le couloir. – Vous avez reçu vos impôts, Duby ? – L’état exagère. On a bon dos, les petits. Il y aurait de quoi monter à l’Elysée. – Vous avez vu la dernière ? Otéro fait un procès à son amant.
Qui était Otéro ? Pour Irma, c’était du chinois. El le débarbouilla Louiset, l’habilla, descendit à la cuisine. On prit le café, on s’informa. – C’est monsieur Duby et le greffier de la préfectu re, ils causent tous les matins, ils sont voisins.
Irma se plut dans cette pièce accueillante. Le café au lait lui paraissait délicieux.
La pause café
Irma devait chercher du travail. Elle était à Paris pour ça. Elle s’interrogea. La patronne me donnera peut-être une idée.
La cuisine est évidemment la pièce principale d’une maison, le quartier général des forces armées, Air Terre Mer. Clothilde était à son poste, elle supervisait la tambouille du jour. Poulet chasseur. Marissah, la servante maroca ine, un madras noué autour de la tête, épluchait des légumes sans se presser. Madame Brisset grondait. – Pas par terre. Tu as la corbeille pour ça.
Irma exposa son problème. – C’est simple, maintenant c’est le coup de feu. Il est onze heures, on est vingt à table. Vers deux heures, c’est la pause café. On lira le journal.
Irma se sentit soulagée. Elle voulait déjeuner à table, Louiset avait cinq ans, quand il s’agissait de manger, il était capable de se tenir. Ils descendirent à la salle à manger. Irma
regarda autour d’elle, c’était bien fréquenté, des retraités, des employés et des familles. De la fenêtre, elle voyait le jardin. On était pas loin de Pâques. Louiset s’impatientait. Il tapait dans son assiette. – Louiset a faim. Louiset est grand, il veut du vin.
Irma, effrayée, essayait de le calmer. – Tout le monde nous regarde. Cette petite fille, là-bas, elle est très sage. – Celle là !… Elle est moche. J’aime mieux Babette Charron, avec elle, au moins, on s’amusait.
La petite Charron, parlons en, une traînée. Marissah apporta les plats. L’enfant se tut, il avait faim. Irma pensait à la mère Charron, le s candale de Saint Priest. Elle avait sept enfants. Son fainéant avait claqué la porte après s ix ans de mariage. De qui était le dernier ? Personne ne le savait. A la campagne, les mômes, ça pousse comme du chiendent. En terminant son repas, elle se demanda de quoi vivait cette femme. Elle passait ses journées au lit. Les voisines s’occupai ent du nouveau-né. La masure était repoussante de saleté. Quand les bonnes sœurs appor tèrent de quoi nettoyer, la mère Charron piqua une crise. – Calmez-vous, madame. Vous vous mettez les sangs à l’envers pour rien. Méfiez-vous, vous pourriez attraper du mal. Les cafards, ça donne des microbes. Pensez à vos enfants. Au fait, où sont-ils ? – Quelque part par-là. Dans les fossés. – La mairie n’est pas contente. Vous allez avoir des ennuis. Les gosses doivent aller à l’école. – Qu’est-ce que ça peut me faire ?
Charron était indécrottable. Les mômes grappillaien t dans les champs Babette, l’aînée, était la pire de tous. Elle menait ses frères bon train. Elle les dressait à voler et à mendier. Tout ça, c’était en loques, plein de croût es et de vermine. Ça grimpait aux arbres, ça sautait les barrières, pire qu’une horde de chacals. On les craignait ; quand on les rencontrait, bruyants et déguenillés, on faisait un détour. Un jour, Louiset, en sortant de l’école, rencontra Babette. Elle revenait des champs, la jupe bourrée de pommes et de fruits volés. Ils sympathisèrent. – Dis donc, le môme, tu y vas, chez m’sieur Gentil ? – Qui t’es ? – La fille à la mère Charron. – T’es gentille. Tu veux une bille ? – Fais-voir.
Elle empocha la boule d’agate. – J’aime bien. T’en as d’autres ? – Tiens, voilà. Cadeau. – T’es sympa. Tu veux des poires ? – Non, j’aime mieux les fraises des bois. – Demain, j’ t’en apporte. T’as quel âge ? – J’ai cinq ans. – Nous, avec mes frères, on se marre. L’école, on n’y va jamais. – Je sais, l’instituteur a parlé de vous en classe. Les petits Charron font l’école buissonnière. Il faut apprendre pour trouver du tra vail plus tard. Toi, que vas-tu faire quand tu seras grande ?
Babette prit un air dégagé. Elle ne répondit pas. Louiset en rentrant, raconta sa nouvelle copine à sa mère. Irma n’était pas contente,
mais que pouvait-elle faire, elle travaillait dans la journée, le gosse était livré à lui-même.
Les offres d’emploi
A deux heures, Irma se rendit à la cuisine. Clotilde l’attendait. – Entrez. Voyez, c’est la Malle Poste, on me l’a pr êté, c’est le journal de monsieur Duby. Prenez place. Nous allons regarder les offres d’emploi. Au fait, dans quelle branche êtes-vous ?
Humiliée, Irma avoua. – J’étais serveuse dans une auberge. – Vous voudriez faire pareil ? Vous avez des certificats ?
Les Follet n’y avaient pas pensé. – On peut se les procurer facilement, mais je voudrais essayer autre chose. – Que savez-vous faire, Irma ?
Ce fut laborieux. La pauvre femme se tut, ne sachan t que dire. Clotilde prit la chose en main. – Vous avez été à l’école ? – Certes, jusqu’au certificat.
Là, elle éclata en sanglots. Elle pleurait sur le journal. – Voyons, mon petit, que se passe-t-il ? Dites le moi, j’ai vécu, je peux comprendre.
Irma allongea, un enfant à quatorze ans, la fuite l âche du misérable devant le mot enfant, un commis voyageur de bas étage, elle ne le regrettait pas. Le travail à l’auberge ; les sanglots redoublèrent. – Ma pauvre, la vie est dure pour tout le monde. – Je suis venue à Paris pour trouver un travail.
Pour finir, Irma sécha ses larmes. – ça fait du bien de causer.
Clothilde essuya nerveusement ses lunettes. L’orage était passé, on reprit tout à zéro. – A l’école, vous réussissiez dans quelles matières ?
Irma reprit des couleurs. – J’excellais en couture. Pour l’exposition de l’éc ole, j’ai brodé une nappe. La mairesse, madame Landon l’a remarquée. Elle me l’a achetée. J’ai eu mon premier argent. – Vous avez autre chose ? – Une chemise en linon. J’étais très forte en broderie. J’aimais ça. – Parfait. Vous pourriez être lingère. Vous avez apporté beaucoup d’autres modèles ? – J’ai pris tout ce que j’avais puisque je compte m’établir à Paris.
Irma monta chez elle. – Voyez, madame.
Elle étala sur la table un travail de broderies à la main d’une perfection inouïe. C’est perlé, murmura Clothilde. Marissah joignit les mains. – Madame, c’est beau, cette dentelle, ces rubans.
Clothilde conclut. – C’est féerique, mon petit. On ne va paschercher longtemps.
Longchamp
Clothilde déplia le journal. Marissah remarqua la photo de Polaire à Longchamp. – Madame, comme elle est belle. – On n’est pas là pour les mondanités.
Clotilde passa… – Voilà, on y est. Offres d’emplois.
Cherche lingère à domicile. Certificats. Salaire à débattre. Madame d’Apremont 8, place Victor Hugo. Se présenter le matin de 10 à 12 heures.
– Relisez, ma chère.
L’horizontale
Irma s’appliquait, elle ne lisait pas très vite.
Pour madame arrondissement.
de
Fouchy,
80
Esplanade
des
Invalides,
Paris
Y’a du linge ! S’écria Marissah. Clothilde énumérait les petites colonnes.
septième
Madame de Lonvalle, 11 bis avenue Henri Martin, Paris seizième, cherche lingère à domicile. Salaire à débattre, bus à proximité. – Je la connais cette Léa. C’est une horizontale, la plus chic de Paris. – Une femme de mauvaise vie ? Je n’irai pas chez elle. – Elle est connue pour son élégance. Réfléchissez, ma belle. Elle est soupe au lait, dit-on, mais ce sont des femmes qui payent bien. Lé a est la coqueluche du quartier, jusque chez le bougnat, on parle d’elle, de ses toilettes, de ses messieurs. Tout se sait, Paris est un village.
Irma, bizarrement, respira. L’énorme ville l’oppres sait. Elle ne voulait pas sortir. Clotilde la gendarmait. C’était inutile, la noiraude avait un blocage de ce côté là. – Choisissez la Longvalle. Les aristos, c’est bien joli, mais chez eux, c’est le Moyen-âge. Vous serez payée tous les trente six du mois. Vous logeriez dans une mansarde. Ces gens ignorent le confort moderne, c’est tout ce que je sais d’eux.
Irma se lança. – Ce sera la Longvalle, j’ai confiance en vous. – Alors, courrier. Vous avez une bonne écriture ?
Elle secoua la tête. – Monsieur Duby peut écrire pour vous. Il a été rég isseur dans un théâtre. Allez le voir, il est serviable.
Irma monta, frappa chez Hyacinthe. Il était à sa ta ble, en veste d’intérieur. Elle lui demanda pour la lettre. – Vous pourriez faire un courrier pour moi, monsieur Duby, j’écris comme un cochon. – J’ai le don de l’orthographe et aussi celui de la syntaxe.
Hyacinthe Duby s’appliqua. Ce fut impeccable.
Madame, j’ai pris connaissance de votre annonce. Je suis intéressée. Puis-je me présenter chez vous.
Elle signa, Irma Raqualin. – Quand êtes vous libre, Irma ? – Tous les jours, mon Dieu. Je ne sors jamais.