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Les Africaines dans le développement

De
244 pages
Une contribution essentielle aux travaux africanistes avec ses figures marquantes de l'histoire du pouvoir féminin au Nigeria. L'auteur dévoile la situation des femmes nigérianes aux époques précoloniale et coloniale, ainsi que leur condition suite à la décennie de la femme. Cet ouvrage constitue d'une part une vision macroéconomique du Nigeria et, d'autre part, microéconomique en regardant comme étude de cas les coopératives de femmes Tiv.
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Les Africaines dans le développement
Le rôle des femmes au Nigeria

www.librairiehannattan.com diffusion.hannattan@wanadoo.fr hannattanl @wanadoo.fr «;)L'Hannattan, 2006 ISBN: 2-296-01468-2 EAN: 9782296014688

Benedicta Tariere PERETU

Les Africaines dans le développement
Le rôle des femmes au Nigeria

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace L'Harmattan Kinsha.a

Konyvesbolt Kossuth L. u. t4-16

Facudes

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa

L'Hannattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

L'Hannattan Burkina Fa.o 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

Université

- RDC

Photo de couverture: Femmes de la coopérative Mbaadigam Apir women multi-purpose co-operative society limited Une coopérative composée de cent vingt-huit membres. Copyright Veronica Oyinemi Peretu.

À Margaret Mary Nwabua Peretu, John Dixon Peretu, Bruno Bamidele Adeyeye, Jean Alcyon, Veronica, Emmanuel, Ebikebina, James, Anthony et Paul Peretu.

Je dédie cet ouvrage aux êtres qui me sont chers.

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus

Armand GOULOU, Infrastructures de transport et de communication au Congo-Brazaville, 2006. Abraham Constant NDINGA MBO, Savorgnan de Brazza, les frères Tréchot et les Ngala du Congo-Brazzaville (1878 1960), 2006. Alfred Yambangba SA W ADOGO, La polygamie en question, 2006. Mounir M. TOURÉ, Introduction à la méthodologie de la recherche,2006. Charles GUEBOGUO, La question homosexuelle en Afrique, 2006. Pierre ALI NAPO, Le chemin de fer pour le Nord- Togo, 2006. Université Catholique de l'Afrique Centrale, Faculté de théologie, Le travail scientifique, 2006. Augustin RAMAZANI BISHWENDE, Église-Famille de Dieu dans la mondialisation, 2006. Eugénie MOUA YIN! OPOU, La reine Ngalifourou, souveraine des Téké, 2006. Georges NGAL, Reconstruire la R.D.-Congo, 2006. André SAURA, Philibert Tsiranana (1910-1978), premier président de la République de Madagascar (2 tomes), 2006. Dingamtoudji MAIKOUBOU, La femme ngambaye (Tchad) dans la société pré-coloniale, 2006. Dominique BANGOURA, Mohamed Tétémadi BANGOURA, Moustapha DIOP, Quelle transition politique pour la Guinée ?, 2006. Gilbert ZUÈ-NGUÉMA, Africanités hégéliennes, alerte à une nouvelle marginalisation de l'Afrique, 2006. Claude KOUDOU (sous la dir.), L'espérance en Côte d'Ivoire, 2006. Etanislas NGODI, Milicianisation et engagement politique au Congo-Brazzaville, 2006. Lamine TIRERA, Abdou Diouf, biographie politique, 2006. Lamine TIRERA, Abdou Diouf et l'Organisation Internationale de la Francophonie, 2006. Wilfrid DANDOU, Un nouveau cadre constitutionnel pour le Congo-Brazzaville, 2006.

AVANT-PROPOS

L'OBSERVATION ET LA PRISE DE CONSCIENCE

L'image de la femme dépasse aujourd'hui celle de ses simples rapports de production au sein de la société nigériane, comme celui qui consiste à exploiter un milieu naturel uniquement dans le but de subsister ou encore celui d'assurer l'accroissement de la population à travers la procréation et l'éducation des enfants. J'ai essayé dans ce travail de mettre en évidence le rôle à la fois social, économique, politique et culturel des femmes nigérianes, notamment rurales. De ce fait, la situation de la femme est désormais tout autre, sa participation dans les sphères économiques et de développement ne peut plus être considérée comme invisible. Depuis toute petite fille, et cela pendant de nombreuses années, il m'était souvent arrivé sur la place du marché au Nigeria de me demander pourquoi il y avait un nombre aussi important de femmes du milieu rural parmi les commerçants. De plus, j'avais constaté que sur la route qui menait au marché, nous pouvions apercevoir très tôt le matin des femmes portant sur leur tête

plusieurs dizaines de kilos de marchandises avec parfois un enfant au dos, se
dirigeant à pied vers le marché. Il leur arrivait ainsi de parcourir de nombreux kilomètres et j'admirais leur courage sans vraiment comprendre à l'époque la finalité de tout ce travail. Ce n'est qu'une fois au lycée que j'ai appris qu'elles produisaient non seulement une grande partie des denrées alimentaires consommées au sein du pays, mais également que l'argent obtenu servait à subvenir à leurs besoins ainsi qu'à ceux de leur famille. C'est à partir de ce moment que j'ai pris conscience de l'importance des femmes rurales dans l'économie du Nigeria. Cette reconnaissance du rôle des femmes dans l'économie du pays fut par la suite renforcée lors du début de mon 3èmecycle d'études universitaires au travers d'images de femmes africaines dans des films documentaires. Mais au-delà de ce genre d'images, ce que je considère essentiel et très marquant est le fait d'être en mesure aujourd'hui de situer l'ensemble de ces connaissances dans une étude sociologique. Je tiens à dire que l'intérêt que je porte aujourd'hui au cinéma documentaire n'est que le résultat de ma rencontre avec les films de Jean Rouch. Afin d'être en mesure de lire et comprendre correctement les documentaires, il m'a fallu faire beaucoup d'efforts car je considère le cinéma documentaire non pas comme un simple moyen de représenter le réel, mais surtout comme un axe fondamental de recherches, capable historiquement de fournir d'innombrables informations et de réveiller des prises de conscience dans les domaines à la fois sociaux, culturels, politiques et autres. La recherche afin de maîtriser davantage la lecture des films documentaires m'a amenée à suivre dans un premier temps les séminaires de Marc Ferro à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), à Paris. Il m'a énormément aidée en ce qui concerne l'étude des images. Ses séminaires « Cinéma et histoire» ainsi que «Images et sciences sociales» m'ont permis de mieux situer les documents cinématographiques dans leurs contextes. Ainsi, le choix du sujet de ce travail, c'est-à-dire la question du développement des femmes en milieu rural au

Nigeria, a été motivé par les faits relatés ci-dessus et renforcé par les travaux et séminaires de recherches d'Yvonne Mignot-Lefebvre. Une occasion formidable d'apprendre davantage de l'expérience et des cOlmaissances de Jean Rouch fut de suivre ses séminaires de «Cinéma et sciences humaines ». Mon admiration pour son travail ainsi que mon intérêt pour le cinéma documentaire m'ont conduite à suivre une formation d'initiation à la réalisation de cinéma documentaire aux Ateliers Varan, un organisme de formation créé par Jean Rouch. Cette formation m'a initiée à l'acte de filmer tout en respectant, entre autres, une certaine ligne de conduite esthétique et morale (éthique). Cet ouvrage a nécessité plusieurs années de recherches qui furent parfois difficiles mais passionnantes. Je tiens à remercier Yvonne Mignot-Lefebvre pour son soutien et sa générosité ainsi que toutes les personnes qui m'ont donné de leur temps et ont permis le bon déroulement de mes enquêtes de terrain. Mes pensées vont tout particulièrement aux femmes et hommes des deux associations coopératives étudiées, notamment Usar Ugah, Donna Akya et à Felicia Abari. Mes gratitudes vont également à Mary Patricia Akut et Margaret lyorembe, deux ministres successifs du ministère des Affaires féminines et du Développement social, à Makurdi, Etat de Bénoué. Je n'oublie pas Sam Z. Tabe et Edwin Omirigbe, les deux ministres délégués de ce même ministère rencontrés lors de mes deux enquêtes de terrain, ainsi que Esther Gberkon, Juliana A. Alogwu, Susan Akou et Mary Atuma. M.C. Dalyop, directeur de la télévision nationale de l'Etat de Bénoué à Makurdi. Grâce à lui, j'ai pu, durant plusieurs jours de suite et de nombreuses heures, visionner l'ensemble des documents audiovisuels concernant les Better Life Programme et Family Support Programme. Outre ces consultations, l'autorisation me fut accordée d'inclure des extraits de ces documents dans mon documentaire. Difficile de ne pas penser à Sanni Wahab Amadou pour le partage de son expérience en tant qu'enseignant et Adia Amadou. Mes remerciements vont également à Ebikebina Peretu pour ses encouragements, Bruno Bamidele Adeyeye pour sa disponibilité et sa contribution à cet ouvrage, Veronica Oyinemi Peretu qui fut l'une de mes assistantes sur le terrain, James Ebitimitula Peretu pour tout le travail effectué en tant que contact de terrain; sa colIaboration m'ayant énormément facilité les choses pendant et en dehors des moments d'enquêtes. N'oubliant pas Emmanuel et Paul Peretu pour leurs soutiens, Ebi Serge Peretu pour son aide, Josette Peretu pour ses encouragements, et Bernard Maclaud pour l'aide précieuse apportée lors de la présentation de ces recherches à la Sorbonne. Une pensée particulière à Anthony Peretu, « may your soul rest in peace », et je ne peux pas terminer cette partie sans penser à Jean Alcyon pour sa présence et son soutien. Enfin, je pense à ChristelIe Pereira et à Itzia Fenandez pour les innombrables idées de débats et sujets de discussions que nous avons partagés.

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INTRODUCTION

L'objectif que je me suis fixé dans ce travail est de comprendre l'évolution de la situation des femmes en matière de développement rural au Nigeria. Je me suis intéressée plus particulièrement aux femmes tiv de la région du Nigeria septentrional. C'est une région où j'ai vécu étant adolescente. C'est aussi une région bien connue au travers de la littérature ethnographique et sociologique, celle-ci existant depuis les travaux de Laura et Paul Bohannan (1953). La population tiv se trouve dans l'Etat de Bénoué au Nigeria. C'est un Etat qui est divisé en vingt-trois unités politiques locales, plus ou moins autonomes, parmi lesquelles se trouve celle du nom de la capitale, Makurdi, là où se sont déroulées mes enquêtes de terrain. L'Etat de Bénoué lui-même a été nommé d'après le fleuve bénoué lequel, venant de l'Est du pays, s'est joint au fleuve Niger au centre de la région septentrionale pour ensuite descendre le long du pays au Sud sur des centaines, voire des milliers de kilomètres jusqu'à la région du delta avant de se déverser dans l'océan Atlantique. Outre les Tiv, dans cet Etat habitent d'autres groupes ethniques, notamment les Idoma et les Jukun, bien connus également de la littérature ethnographique. Il accueille aussi, comme partout au Nord du Nigeria, une forte communauté haoussa qui y vit depuis plusieurs siècles, en raison du commerce liant le Nord et le Sud, et dont l'histoire remonte bien avant la colonisation. Mais la population tiv est de loin la plus importante. Elle était, en l'an 2000, de plus de 2 millions de personnes.

L'hypothèse

de travail

Dans le cadre de la recherche sociologique, j'ai emprunté une méthode qualitative basée sur l'étude ethnographique de deux villages tiv, ceux d'Apir et de Fiidi. Des travaux de terrain ont été menés sur place auprès de groupements coopératifs de femmes existant au sein des villages. En ce qui concerne la communication, un film documentaire sociologique a été réalisé sur le travail de ces femmes. Mais afin de mieux cerner le travail de recherche et de comprendre davantage les enjeux dont il est question lorsqu'il s'agit d'étudier l'évolution sociale des femmes des milieux ruraux dans le développement, je suis partie de l'hypothèse qu'une plus grande participation au développement rural des femmes au Nigeria accroît leur partage équitable du pouvoir.

Le difficile concept de développement

Lorsqu'il s'agit d'analyser des projets liés au développement, la question qui revient souvent est la suivante: que signifie réellement la notion de développement? La réponse à cette question semble facile pour beaucoup de

personnes. Mais, malheureusement, il se trouve qu'elle ne l'est pas. Il s'est avéré en réalité que la notion de « développement» pour un nombre important de personnes est faussement familièrel. Cette idée de penser maîtriser la notion de développement n'est pas réservée uniquement aux non-spécialistes mais aussi aux individus travaillant tout particulièrement sur le sujet. D'où la diversité d'opinions autour de ce concept.

Une crise du développement Comme nous allons pouvoir nous en rendre compte au cours de ce travail, le Nigeria a su mettre en place une politique pour les femmes sans précédent tout au long de l'histoire du pays. C'est une stratégie qui met également en lumière la reconnaissance officielle au Nigeria du rôle essentiel que jouent les femmes, notamment celles habitant dans les zones rurales. La réussite en matière de développement n'est pas toujours identique, aussi bien au Nigeria qu'ailleurs, parce qu'il est incontestable que depuis le fameux Point IV2 du Président Truman aux Etats-Unis en 1949, le développement a fait un long chemin. C'est un parcours qui permettait à de nombreuses personnes de croire en l'espoir d'un changement dans leur vie de tous les jours, un changement aussi bien du point de vue politique, que social ou économique. Malheureusement, après plusieurs années de politique de développement mise en place par les grandes institutions responsables de cette politique, l'espoir instauré au départ tourne désormais au désespoir. D'où une crise du développement, mais malgré ce désenchantement, bon nombre de dirigeants, notamment dans ceux des pays du Sud, persistent dans cette croyance occidentale (Rist, 1996) et continuent de s'accrocher à l'épopée du développement. Pour faire face au mécontentement des protestataires, les organismes de développement s'efforcent de trouver des solutions permettant de maintenir l'influence générée entre 1945 et 1975, à l'époque où la croyance dans le développement était au sommet de sa gloire3. L'une des stratégies utilisées pour contrer les partisans d'une politique alternative consiste à changer de langage et à mettre en œuvre des politiques nouvelles. Ignacy Sachs insiste sur le fait: [qu'au] départ (le développement) était assimilé, pour toutes les fins pratiques, à un synonyme de croissance économique. Les différents courants de la pensée en y incluant la vulgate marxiste, s'accordaient tacitement pour
I Jacques AUSTRUY, Le scandale du développement, Clairefontaine, 1987, p. 19. Dans le quatrième point du discours du 20 janvier 1949 de Harry S. Truman, les EtatsUnis pour la première fois préconisent un nouveau programme d'aides visant à étendre leurs progrès scientifiques et industriels vers les pays sous-développés. Ceci marqua le début des années de développement dans l'ensemble des régions défavorisées. 3 L'Ecologiste Vo1.2 - N°4, N°6 Hiver 2001, p.3.
2

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prôner un réductionnisme économique outrancier. Cependant, il a fallu peu à peu se rendre à l'évidence. Au fur et à mesure qu'ont été identifiées les différentes dimensions du développement, les adjectifs étaient rajoutés à ce mot. Aujourd'hui, nous parlons d'un développement économique, social et culturel, écologiquement durable, viable ou soutenable.4

Nous en sommes actuellement à un point où l'usage rhétorique en matière de développement s'accroît et s'imprègne chaque jour dans notre manière de voir et de penser. Ainsi, un homme de la rue, sans vraiment connaître le fonctionnement d'un système politique de développement possède son propre regard sur la notion. Mais le regard de nombreuses personnes, notamment ici, en Occident, est bâti en grande partie à partir de l'image projetée à travers les discours des pouvoirs publics et les médias. Dans le cadre de la France, les messages médiatiques véhiculés au nom du développement reflètent l'existence de deux pôles distincts dans le monde; d'une part les occidentaux assimilés aux « riches» et d'autre part, les «pauvres », qui eux sont généralement les personnes venues d'ailleurs, notamment du continent africain. Ce schéma qui peut paraître caricatural et ridicule pour certains, ne fait que traduire le malaise d'une situation engendrée entre autres par le développement. Il est évident qu'en faisant référence au langage rhétorique, les spécialistes du développement ainsi que les personnes qui s'y intéressent ne peuvent pas ignorer le fait qu'en termes de communication, nous pouvons longuement parler des discours médiatiques venant des « développeurs ». Il faut dire que depuis la naissance du concept de développement à aujourd'hui, les dimensions politiques ont souvent changé. Pour certaines personnes, ce changement ne peut être attribué qu'à la recherche d'une vitalité à l'égard des processus de développement permettant ainsi une plus grande adhésion du public aux politiques menées. Cela légitime également les instances internationales dans leur rôle de «faiseuses de bien» en nous donnant l'impression que les structures mondiales de développement travaillent courageusement dans le sens de l'évolution des choses. C'est peut-être avec le souci de convaincre que les développeurs nous ont noyés avec des notions, des mots et des phrases emplis de bon sens comme, par exemple, les besoins fondamentaux, la lutte contre la pauvreté, le développement humain, l'autonomie, le désarmement, la démocratie, le sousdéveloppement, la dette, la dépendance, l'homogénéisation, la misère, le libreéchange, la mondialisation, le bien-être, le développement durable, etc. Du 26 août au 4 septembre 2002 s'est déroulé à Johannesburg en Afrique du Sud, le sommet international de la terre. Il s'agit d'une rencontre sur le développement durable. Pendant ces quelques jours, outre les solutions qu'il fanait trouver pour
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1. SACHS, Le développement reconsidéré:

quelques réflexions inspirées par le

sommet de la terre, Paris, Revue Tiers Monde, T.XXXV, n0137, 1994, pp. 53 - 60.

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faire face au réchauffement de la terre, des remèdes devaient être mis en place afin de lutter contre la pauvreté. De nombreuses organisations non gouvernementales écologistes présentes au sommet réclamaient une politique plus concrète car ce sommet était organisé 10 ans après celui de Rio de Janeiro. Encore plus récentes sont les multiples manifestations des altermondialistes qui luttent contre le libéralisme proclamé par l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) depuis maintenant de nombreuses années. Le succès de la fête du Larzac organisée par les altermondialistes en août 2003 en France et les récentes manifestations des ONG à Cancun au Mexique, au moment de la réunion de l'OMC, montrent à quel point les politiques mises en place sont jugées inappropriées aux conditions de progrès proclamées par les institutions de développement et par le développement lui-même. Les structures de développement existantes jusqu'à présent ont contribué à créer des conditions désastreuses pour les populations aussi bien du Nords que du Sud. D'où la bataille incessante d'un bon nombre de partisans militant en faveur d'un développement alternatif, combat qui ne date pas d'aujourd'hui.

Changements

de direction

Depuis sa première décennie, le concept de développement a su s'adapter et intégrer plusieurs autres dimensions. Ces changements de direction font qu'il existe aujourd'hui, même parmi les spécialistes et les passionnés du développement, une variété d'idées le concernant en tant que concept. Malheureusement, il est encore plus difficile d'appréhender la vraie signification du développement entre toutes les diversités d'opinions concernant sa définition. Néanmoins, pour un nombre important de personnes, le développement signifie un changement positif; mais pour d'autres, même si changement il y a, il faut également exposer les enjeux du changement qu'implique le développement. Car mentionner l'existence d'un changement ne suffit pas pour évoquer le développement. Ainsi pour Gilbert Risë, mentionner simplement la présence du changement social n'est plus une dimension suffisante pour définir le développement, il faut aussi évoquer les mécanismes dont il s'agit. Pour d'autres, l'idée du « changement» ne fait que traduire une pensée occidentale comme le souligne Anders Arfwedson :
Le concept de développement conventionnel peut être défini comme une série de changements plus ou moins linéaires, allant de méthodes de production

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Voir Serge LATOUCHE, La planète des naufragés, Paris, Editions La Découverte,

1993,235 p. 6 Gilbert RIST, Le développement histoire d'une croyance occidentale, Presse de la fondation nationale des sciences politiques, 1996, p. 26. 16

primitives vers des méthodes plus sophistiquées, allant d'une vie quotidienne marquée par des souffrances et des privations vers une vie plus confortable grâce aux progrès technologiques, etc. Mais tout ceci est une notion relativement récente. L'idée même d'un processus de développement à travers laquelle l 'humanité gagne avec chaque décennie et chaque siècle en bien-être n'avait pas cours au Moyen Age. C'est aussi un concept très « occidental ». Il est étroitement lié au processus moderne d'industrialisation, car c'est grâce à la production de masse et à la communication de masse qu'il a été possible d'élever le niveau de la vie d'une majorité de la population. 7 Alors que beaucoup prônent le «changement» comme une idée fondamentale du développement, d'autres en revanche tout en étant d'accord avec la dimension de changement, voient le développement principalement comme un processus de libération. D'après le rapport de la commission du Sud créée en 1987 à l'initiative des personnalités issues des pays du Sud8 : Le développement est un processus qui permet aux êtres humains de développer leur personnalité, de prendre confiance en eux-mêmes et de mener une existence digne et épanouie. C'est un processus qui libère les populations de la peur du besoin et de l'exploitation et qui fait reculer l'oppression politique, économique et sociale. C'est par le développement que l'indépendance politique acquiert son sens véritable. Il se présente comme un processus de croissance, un mouvement qui trouve sa source première dans la société qui est elle-même en train d'évoluer. 9 La complexité de la notion de développement fait que nous ne pouvons pas uniquement nous contenter des idées de changement et de libération en tant que processus pour définir cette notion car selon le PNUD, il ne s'agit pas de parler de développement mais de « développement humain» comme si en faisant référence au développement, la dimension humaine n'était pas prise en compte.

7 Anders ARFWEDSON, « Peut-il y avoir développement sans culture? », in Questions de développement nouvelles approches et erifeux, sous la direction d'André Guichaoua, L'Harmattan, 1996, pp. 75 -76. 8 C'est une commission née de l'initiative de l'ancien Premier ministre de la Malaisie, M. Mahathir Mohamad suite aux idées des intellectuels et des dirigeants des pays du Sud et de la collaboration de La Fondation du Tiers Monde et du Malaysian Institute of Strategie and International Studies (Institut malaisien d'études stratégiques et internationales). L'objectif de la commission était de trouver des solutions permettant de surmonter la pauvreté et d'améliorer les conditions de vie des populations des pays en voie de développement. Parmi les pays présents se trouvaient l'Egypte, le Koweït, le Brésil, les Philippines, le Mozambique, le Sri Lanka, la Côte d'Ivoire, l'Argentine, l'Uruguay, l'Inde, le Zimbabwe, la Jamaïque, le Mexique, le Nigeria, la Yougoslavie, le Venezuela, la Chine, Guyana, Cuba, le Pakistan, le Sénégal, la Malaisie, les Samoa occidentales, l'Indonésie et l'Algérie. 9 Défis au Sud, rapport de la commission Sud, Paris, Economica, 1990, pp. 10 - Il. 17

Néanmoins, pour le PNUD, il est inconcevable d'envisager le développement sans que l'individu puisse avoir des « choix» : Le principal objectif du développement humain est d'élargir la gamme de choix offerts à la population, qui permettent de rendre le développement plus démocratique et plus participatif. Ces choix doivent comprendre des possibilités d'accéder au revenu et à l'emploi, à l'éducation et à la santé, et à un environnement propre ne présentant pas de danger. L'individu doit également avoir la possibilité de participer aux décisions de la communauté et jouir des libertés humaines, économiques et politiques. 10 Il faut dire que lors du sommet de la terre qui s'est déroulé à Rio en 1992, plusieurs autres dimensions ont été considérées dans le développement. Il arrive que des personnes mettent en cause certaines dimensions de développement. Dans le cadre de Jean-Marc Ela, il se demande si le développement social est réellement ce qu'il faut pour l'Afrique car c'est un concept qui se doit d'être appliqué à long terme. De ce fait, Ela met en cause le développement social, jugeant qu'il reflète la croyance d'un seul modèle en ce qui concerne le développement. Il suggère que suite à plus de trente années d'échec de modèles de développement, notamment en Afrique, il serait temps de repenser le développement à partir d'un nouveau contrat à établir entre l'économie, l'Etat et la société compte tenu des impasses actuelles des programmes d'ajustement structurel. Il Aussi, pour trouver des alternatives et des innovations dans les politiques de développement employées jusqu'à maintenant, il faudrait: Prendre appui sur les formes de revanches de l 'homme africain qui se déploient à travers les créativités populaires dont témoignent les organisations paysannes et les groupes de base qui prennent « l'autre sentier» dans les systèmes où les tracasseries administratives obligent les nouveaux ]2 entrepreneurs des quartiers urbains à se retirer de la clandestinité. Selon Ela, les sociétés rurales demeurent des lieux d'inventions de modes d'adaptations aux contraintes de la crise qui touche l'Afrique depuis des décennies. De plus, il faudrait observer le monde rural car c'est un espace regroupant des communautés villageoises. Si j'ai analysé d'une manière aussi élaborée la notion de développement, c'est qu'elle tient une place centrale dans la problématique qu'est la mienne. Je me suis efforcée de maintenir un regard encore plus précis puisqu'il s'agit surtout de comprendre l'évolution de la situation des femmes vivant le quotidien d'un « développement rural» et de la « participation ».
PNUD, Rapport mondial sur le développement humain 1991, Paris, Economica, 1991, p. 1. Il Jean-Marc ELA, Innovations sociales et renaissance de l'AFRIQUE NOIRE, les défis du « Monde d'en-bas », Harmattan Inc, 1998, p. 142. 12Op. cité, p. 142.
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Autonomie

et participation

Il n'est pour ainsi dire pas facile de faire un rapprochement en ce qui concerne les femmes du milieu rural africain, entre quête d'autonomie financière et participation au développement. Concevoir un tel rapprochement a pris du temps au Nigeria. Mais cela n'étonne pas car il a fallu des décennies pour qu'enfin les Nations Unies reconnaissent le rôle essentiel que jouent les femmes africaines dans le développement de leurs pays respectifs. Cette reconnaissance est aujourd'hui chose faite. Et cela vaut aussi bien du côté des organismes internationaux que de celui de n'importe quel homme de la rue. D'après Feckoual3, qui écrivait sur l'évolution géopolitique internationale datant de la fin des années 80, la condition des femmes de l'Afrique subsaharienne constitue la forme des « enjeux du développement maîtrisé ». Cela signifie que le problème des femmes est désormais considéré comme une valeur essentielle et un indice important du développement. Cette évolution de la situation de la femme est également due à l'initiative de l'Organisation des Nations Unies dans les années 70, lorsque furent mis en place des programmes destinés aux femmes. Il y a le lancement à Mexico, en 1975, de la décennie de la femme. L'article de Mignot-Lefebvre (1985)]4, publié dans la revue Tiers Monde, a bien montré à quel point la cause des femmes, disons surtout celles du Tiers Monde, était tout simplement considérée comme une problématique inintéressante en matière de développement. En effet, d'autres travaux de Mignot-Lefebvre (1978, 1980 et 1982) parus dans la même revue, démontrent cette situation qu'elle qualifie justement d'invisibilité des femmes dans l'économie. Yvonne Mignot-Lefebvre]5 nous permet de comprendre que l'ethnocentrisme des Occidentaux eut pour conséquence qu'il ne fut pas possible pour les femmes les plus pauvres de sortir officiellement de l'invisibilité avant 1975, date de la première conférence de l'ONU.

Sortir de l'invisibilité

Ce n'est qu'au bout de la troisième décennie (1980-1990) que de nouveaux espoirs ont été permis dans le champ du développement comme le dit MignotLefebvre]6, un intérêt nouveau est porté à la production des femmes et à leur capacité à s'assurer des revenus autonomes. Cette reconnaissance est une
13 Laoukissam.L. FECKOUA, « Le monde en mutation: coup d'œil sur l'évolution géopolitique internationale depuis 1989 », Présence africaine, n° 153 - 1er semestre, 1996, pp. 5 -17.
14

Yvonne MIGNOT-LEFEBVRE,« Introduction générale du GIFED », Revue Tiers

Monde, t, XXVI, nOl02, Avril-Juin, 1985, pp. 245 -260. ]5 Yvonne MIGNOT-LEFEBVRE, Op. cité, p. 249. ]6 Yvonne MIGNOT-LEFEBVRE, Op. cité, p. 249.
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conséquence des retombées dues plus ou moins directement aux crises pétrolières des années 80 où de nombreux pays non-producteurs de pétrole, essentiellement au sein du Tiers Monde se sont retrouvés dans des situations difficiles. La situation critique pendant ces nombreuses années a été à l'avantage des femmes parce qu'elles ont ainsi été reconnues comme ayant une capacité à s'assurer des revenus autonomes. Cette reconnaissance a pris une proportion importante à tel point que les femmes se sont retrouvées face à des offres inespérées. Nous pouvons ainsi compter parmi les offres, la création d'associations et groupes d'intervention ou de participation au développement. Un important dispositif a été mis en place également par les gouvernements à l'initiative, et avec le soutien, des organismes internationaux. Un grand nombre de programmes de formation destinés aux femmes ont été créés. Enfin, il était aussi énormément question d'encourager les femmes à prendre part aux programmes de développement, une manière de fournir aux pays des agents de développement. Ces initiatives ne firent que renforcer le rôle important initialement joué par les femmes en milieu rural dans l'économie de leurs pays. En effet, comme le dit Harcourt (1997)17, en faisant référence aux multiples conférences internationales de femmes qui ont eu lieu ces dernières années, la chose la plus importante est celle de la sortie de l'invisibilité pour des femmes qui jouissent à présent d'une certaine autorité. Car, comme elle le pense également, les femmes n'avaient jamais auparavant joui d'une telle réputation au niveau mondial. D'ailleurs si les femmes, notamment celles du Tiers Monde, deviennent visibles, c'est aussi en très grande partie grâce aux efforts de luttes féministes.

Le partage équitable du pouvoir

Les théories féministes ont étayé les revendications des femmes, contribué à la formulation de leurs projets, et ont également permis d'obtenir des résultats tangibles. Je fais allusion en particulier à ce concept anglais de empowerment, très difficile à traduire en français. L'équivalent peut être le partage équitable du
pOUVOIr.

En faisant une étude de type sociologique il me semble impossible, telle qu'elle a été esquissée, de concevoir l'évolution de la situation des femmes sans se munir dans sa recherche d'un tel objectif théorique. L'empowerment est une des cinq approches du mouvement 'WID' ou Women ln Development (Femmes dans le développement.) Par empowerment, nous faisons allusion à la mise en place des relations institutionnelles permettant aux femmes d'obtenir un partage équitable du
W. HARCOURT, An analysis of reproductive health: myths, resistance and new knowledge in Power, Reproduction and Gender, 1997, pp.I-34. 20
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pouvoir dans les domaines politique, économique et social (Fernando, 1997). C'est également une approche qui met en avant les idées féministes du Tiers Monde et encourage les groupements communautaires de femmes des zones rurales (Rathgeber, 1990). Ainsi ce choix nous permet d'examiner la politique du gouvernement nigérian à travers deux de ses programmes de développement; des programmes destinés à intégrer les femmes habitant les zones rurales dans une dynamique socio-économique sans précédent. En faisant, à propos de ce travail sur les femmes dans le développement, un choix théorique associé aux idées du 'Women in development', nous plaçons ce mouvement comme le dit Rathgeber (1990), au niveau de l'une des trois approches les plus importantes dans le domaine. Or, il faut le dire, l'origine du 'WID' est contestée. Elle serait, selon certains, le résultat du travail des féministes luttant pour la libération aux Etats-Unis. D'autres disent que ce sont les mouvements féministes de développement qui ont bataillé afin que les femmes deviennent partie intégrante du développement (Staudt, 1985). La lutte pour 'WID' aurait été engagée dans les années 70, quelque temps après le célèbre ouvrage de Ester Boserupl8. Ce livre a permis à beaucoup de prendre conscience du fait que la modernisation a causé du tort aux femmes du Tiers Monde. Les travaux de Boserup ont révélé que les femmes, ainsi que leur travail, ont été marginalisés à cause de la modernisation. Si Rathgeber caractérise WID comme une théorie, d'autres comme les féministes historiennes ne partagent pas son point de vue. Pour elles, WID n'est rien d'autre qu'un mouvement et elles réfutent toute idée selon laquelle la publication de Boserup serait à l'origine de sa création. Pour l'universitaire Irene Tinker (1990), la commission de la femme des Nations Unies et les mouvements féministes des Etats-Unis ont joué un rôle fondamental dans la création du WID. Synder et Tadesse (1995) contestent la version de Tinker. Selon eux, WID est originaire du continent africain. C'est un mouvement qui ne date pas uniquement des années 70. Il aurait toujours existé en Afrique et dans d'autres continents mais sous d'autres formes, des formes influencées par les guerres d'indépendances, les luttes des mouvements activistes et la situation économique des époques pré- et postcoloniales. Malgré la divergence par rapport au rôle du WID, beaucoup partagent l'idée selon laquelle grâce à celui-ci, les questions des femmes sont devenues visibles sur le terrain du développement. Anderson (1993) pense que le WID a encouragé ces pratiques dans le but de promouvoir la visibilité des femmes. Ce même avis est également partagé par Jahan (1995). La visibilité des femmes était également encouragée au sein de la Banque Mondiale car, suite à des mouvements de contestations de groupes de femmes, elle a mis en place une section de WID en 1987 (Geeta Chowdhry, 1995). Avant même la création
E. BOSERUP, Woman's Role in Economic Development, New York: St. Martin's and George Allen & Unwin. 21
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d'une division de WID à l'intérieur de la Banque Mondiale, le rapport des activités de cette Banque, publié en 1979, était intitulé « la reconnaissance des femmes invisibles ». C'était pour elle une manière sûre de reconnaître le rôle important que jouent les femmes dans le développement et de sensibiliser ainsi ses employée e)s sur ce sujet important. Mais outre sa réussite concernant la question de la visibilité des femmes, cette théorie n'échappe pas aux critiques dans le sens où d'après certains chercheurs, elle ne s'est jamais préoccupée de connaître les raisons qui empêchaient les femmes de prendre part à la définition des stratégies de développement. Pour d'autres, WID ne fait que regarder l'aspect productif du travail des femmes, et à aucun moment les autres aspects de leur vie n'ont été pris en considération (Rathgeber, 1990). Nous nous intéressons ici à la théorie du 'WID' dans le sens où elle nous donne accès non seulement aux femmes et à leur productivité mais également à la visibilité de celles qui, pendant des décennies, étaient considérées comme absentes de tout effort de développement. Le 'WID' est aussi intéressant dans la mesure où ses cinq approches qui sont le bien-être, l'équité, la lutte contre la pauvreté, l'efficacité et le partage équitable du pouvoir sont très présentes lorsqu'il est question de programmes de développement WID dans le Tiers Monde (Moser, 1993).

Une étude approfondie Compte tenu de l'importance que j'attache aux rôles des femmes dans le développement, la création des programmes au bénéfice des femmes rurales nigérianes m'a conduite à un scepticisme vis-à-vis de la politique globale du pays, allant jusqu'à douter de la sincérité de ces programmes. Ma première pensée fut celle d'une manipulation de l'opinion publique, ensuite, je vis dans cette initiative une manière pour le pays de se renforcer sur la scène internationale, par une image politique positive à l'égard des femmes. Afin de satisfaire ma curiosité intellectuelle et de pouvoir répondre à toutes les interrogations qui me préoccupaient, j'ai jugé opportun, à travers ces recherches, d'étudier d'une manière approfondie le rôle des femmes dans le développement rural au Nigeria et aussi d'examiner l'influence des programmes gouvernementaux sur les femmes rurales. Cela me renvoie à des questions essentielles au sujet de ces femmes: bénéficient-elles vraiment de ces programmes? Quelles sont les structures mises en place pour leur permettre d'accéder au pouvoir équitable comme le prétendent les programmes? Peut-on dire que les programmes gouvernementaux de femmes tels que le BLP et le FSP permettent aux femmes du milieu rural d'accroître le partage équitable du pouvoir?

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Pour permettre une analyse rigoureuse, il est essentiel de regarder de manière approfondie d'une part, la logique de fonctionnement, les objectifs fixés par le système aux programmes de femmes, ainsi que la structure de la politique appliquée, et d'autre part, de procéder à une évaluation des résultats observés à partir des objectifs des programmes.

Méthodes d'investigation

En l'absence de statistiques aussi bien sur le terrain, que dans les articles portant sur le sujet, il nous est difficile d'analyser les résultats obtenus en faisant appel à une analyse quantifiable. Ainsi, la diversité concelllant les différents types de coopératives de femmes, la politique de proximité engagée par chacun des 36 Etats du Nigeria, la stratégie particulière de chacune des coopératives, le choix d'évaluer les programmes de femmes à travers un Etat et enfin, la diversité concelllant la constitution des groupes fait que la méthodologie idéale dans un tel cas serait d'analyser les résultats qualitativement.

Une variation de ressources

Mais, dans le but de réduire les problèmes méthodologiques posés par ce genre d'analyse, nous avons jugé essentiel de varier nos sources d'informations. D'où l'utilisation de procédés tels que le recueil des avis des fonctionnaires qui participent aux programmes de femmes (responsables, animatrices, paysans membres des associations coopératives) ainsi que les regards des paysans nonmembres et des représentants des autorités locales. Les différents récits venant des personnes mentionnées plus haut nous permettent de recueillir plusieurs séries d'informations sur la gestion, la politique et l'influence des programmes dans l'ensemble. Il faut dire que nous avons appliqué cette méthode aussi bien au niveau des établissements nationaux que régionaux.

Des entretiens audiovisuels

En ce qui concellle les villages, nous avons collecté nos informations principalement à travers des entretiens audiovisuels en utilisant un enregistrement vidéo, des interviews non filmées et l'usage de call1ets. Parmi les villageois, il fut très difficile de faire des enquêtes par questionnaires car nos interlocuteurs étaient pour la plupart analphabètes. Malgré cela, nous avons quand même distribué environ 250 questionnaires. Parmi ceux-ci, seule une vingtaine nous furent retoulllés remplis. Par contre, les personnes se prêtaient

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facilement aux entretiens filmiques et il a fallu engager des assistants de terrain, pour entre autres, traduire les différentes conversations. Car, même si pour ma part je parle un peu la langue tiv, il était important d'avoir des informateurs sur place pour le bon déroulement des enquêtes.

Entretiens filmiques et interviews

En ce qui concerne les fonctionnaires et responsables de programmes, nous avons eu recours notamment aux entretiens filmiques et aux interviews sans enregistrement, même si pendant les entretiens la présence d'informateurs n'était pas nécessaire; l'anglais étant la langue officielle du Nigeria, nous avons pu communiquer sans aucun problème. Concernant les questionnaires, il fallait en rédiger de différentes sortes car les questions destinées aux villageois étaient différentes de celles posées aux fonctionnaires responsables des programmes. Pour les personnes habitant en milieu rural, les questions posées nous permettaient de davantage cibler les catégories de personnes participant aux associations coopératives; leur regard sur les programmes, leur attente par rapport à ces derniers, la constitution de la famille, la durée de travail journalière des femmes, les expériences vécues, etc. S'agissant des fonctionnaires, les questions portaient principalement sur le fonctionnement et la politique mis en place au niveau des programmes. Il faut noter que dans les deux cas, le mode de questionnement était essentiellement de type directif et semi-ouvert, laissant ainsi aux interlocuteurs plus d'aisance afin de nous permettre de recueillir le maximum d'informations possibles. Dans ce travail, le premier chapitre examine la place de la caméra dans la recherche sociologique. Il est également question de l'analyse filmique du documentaire Femmes Tiv du Nigeria, ainsi que de la situation générale des femmes nigérianes aux époques précoloniale et coloniale. Ceci à travers l'existence de la lutte des femmes ibo, ibibio et de l'Union des Femmes d'Abeokuta (UFA). Le second chapitre met en lumière la prise de conscience, les stratégies et certains modèles établis depuis des décennies par les instances internationales en matière de développement. Nous posons aussi un regard sur l'importance de la notion de « participation» dans la définition du concept même de développement tel que nous l'avons employé dans le contexte de notre recherche. Dans le troisième, il est davantage question de la condition des femmes nigérianes après la décennie de la femme. Un regard qui passe par les différentes conférences mondiales de la femme, la sensibilisation des Nigérianes aux sujets des femmes, et l'émergence du Better Life ProgrammeBLP ; un programme qui a fait appel à la participation féminine au Nigeria. Le quatrième chapitre porte sur l'ethnographie des femmes tiv, examinée à travers

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