Les Artisans illustres

Les Artisans illustres

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Français
649 pages

Description

Dans l’histoire des nations, l’industrie se présente toujours précédée du travail des mains ; il en est le fondement essentiel, comme il est celui de toutes les méditations de la science ; car, sans son intervention, pour exécuter les opérations qu’elle combine, la science serait vaine et inutile.

Le travail manuel est né des besoins de l’homme dans l’état de société, état qui, par le mode d’existence qu’il développe, a lui-même donné naissance à ces besoins, devenus naturels, parce que l’homme, doué, par sa merveilleuse organisation, d’une grande puissance intellectuelle, ne saurait l’exercer dans une sphère digne d’elle, ni d’une manière utile, qu’en se mettant en rapport intime avec ses semblables.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 18 avril 2016
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346056972
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Édouard Foucaud
Les Artisans illustres
AUX OUVRIERS
Lamennais a dit :mpe, et fatigueL’artisan se lève avant l’aube, allume sa petite la sans relâche pour gagner un peu de pain qui le nour risse lui et ses enfants. — Lorsque Lamennais inscrivait cette pensée dans s es admirablesParoles d’un Croyant,il formulait le sommaire le plus complet de la vie de l’artisan. TRAVAILLER, ENCORE TRAVAILLER, TOUJOURS TRAVAILLER, telle est l’inscription qui flamboie sur chaque drapeau de to utes les corporations ouvrières. Au premier abord, l’existence de l’artisan attriste ; mais bientôt, cette existence, qui nous avait apparu sous un jour désespérant et sans idées consolatrices, cette existence s’élargit ; et si tous ses instants sont consacrés aux douleurs du travail, chaque heure qui s’écoule, laborieuse et remplie, ajoute un nouv el éclat à la couronne, déjà si brillante, de l’industrie. Faire l’histoire des travailleurs, écrire la vie mo deste et sans échos de l’artisan, de l’homme qui a voué toutes ses facultés au travail m anuel, le seul vraiment utile, cette idée m’a paru grande et honorable. J’ai reporté sur cette idée tout ce que le cœur renferme de passions intimes. J’ai pensé que ce tra vail serait apprécié de tous, parce qu’il est grand ; serait compris de tous, parce qu’ il est honorable. J’avais d’abord divisé ce travail en trois grandes périodes historiques : — depuis er François I jusqu’à 1789 ; — depuis la République jusqu’à la révolution de 1830, — et de 1830 jusqu’à nos jours. Mais, au moment du trava il, la première de ces grandes divisions, quoique peut-être une des plus curieuses , a échappé aux recherches de l’analyse. — Lorsqu’on lit les historiens, on ne tr ouve rien. L’industrie semble n’avoir pas existé, ou du moins n’avoir vécu qu’obscurément , et sans aucun reflet. Cherchez la date d’une guerre désastreuse, l’historien est p onctuel ; mais demandez-lui le précis des progrès industriels, il garde le silence, ou, s ’il parle, il écrit des données incertaines ou incomplètes, comme s’il avait honte de s’occuper desi peu de er chose.Depuis François I  — jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, l’industrie n’a pas eu d’historiens. J’ai donc du ne commencer à écrire longuement et avec détails que depuis cette époque, et me contenter de donner un a perçu général des premiers progrès marquants de l’industrie, cette reine des n ations. Qu’on me comprenne bien ! — L’histoire que je publi e n’est pas écrite dans le style biographique ; ce travail aurait été fastidieux et sans portée.Les Artisans Illustres contiendront l’historique de l’artisan, l’outil prê t, et devant l’établi. Chaque œuvre sortie
de sa main, et faite dans un but de progrès, s’y tr ouvera naturellement enregistrée ; et si, quelquefois, la verve du sujet me conduit jusqu e dans l’intérieur des familles, ce ne sera que pour jeter quelques fleurs sur ces existen ces trop souvent repoussées et étiolées par le malheur. Lorsque l’architecte a arrêté les bases premières d ’un édifice important, il réfléchit long-temps afin que son plan n’offre, à l’œil de l’ observateur, aucun vice de composition ; sa pensée se mûrit par la réflexion, et il ne prend seulement de repos que du moment où les moindres détails s’harmonient et forment un ensemble parfait ; en approfondissant l’œuvre que je voulais produire, œuvre populaire, méditée et écrite toute dans un sens d’émancipation et de progrès, j’ ai cru dès-lors que, pour asseoir solidement un monument, digne à la fois de l’indust rie et des classes ouvrières, tout homme sorti des rangs du peuple qui, soit par un tr avail manuel, soit par des actions d’éclat, soit enfin par des actes de dévouement, ét ait parvenu à se faire une position éclatante et honorable, devait nécessairement obten ir une place dansles Artisans Illustres ; je me suis donc attaché à recueillir le plus de fa its, le plus d’actions méritoires. — Quoique la couronne attachée au front du travailleur par la postérité soit déjà si brillante, il est du devoir de l’analyste e t de l’historien d’y ajouter, toutes les fois que l’occasion se présente, les fleurons que l’inso uciance ou l’esprit de parti avaient laissés dans l’oubli. La pensée de l’écrivain est u n vase où Dieu a mis la science, et dont aucune lèvre ne doit être privée. Ainsi, à côté des grands industriels qui se sont fa it remarquer par des travaux utiles et humanitaires, j’ai inscrit les noms des hommes q ui, nés de famille prolétaire, ont occupé, par leur bonne conduite et leur courage, le s plus hauts degrés de l’échelle sociale. — Sur la même ligne que le mécanicien Jacq uard, l’agriculteur Grangé, etc., le lecteur trouvera l’illustre Ney, duc d’Elchingen , prince de la Moskowa, et appelé sur le champ de bataille du surnom debrave des braves ;Lannes, l’apprenti teinturier qui, après avoir passé par tous les grades militaires, s ’est vu décorer par Napoléon du titre de duc de Montebello ; Augereau, général de l’empir e, fils d’un fruitier de Paris ; Bernadotte, le fils du modeste bourgeois du Béarn, placé sur le trône de Suède sous le nom de Charles-Jean ; Murat, l’intrépide cavalier, un beau jour se réveillant roi de Naples, lui le pauvre enfant de l’aubergiste, et ta nt d’autres encore. A côté de ces célébrités des champs de batailles se ront enregistrés des noms non moins connus, non moins aimés du peuple. Monthyon, par exemple, l’homme bienfaisant dont l’a me était si belle, dont le dévouement aux classes vertueuses et méritantes éta it si grand. Jacques Laffitte qui, avant de se faire le soutien des nécessiteux, avait appris à connaître ce que le travail manuel renferme à la fo is de pénible et de consolant. Je n’oublierai pas non plus, dans la nomenclature d es artisans du travail et de la fortune, les quelques hommes qui, faisant un noble emploi des richesses que la naissance ou l’industrie leur avaient départies, on t soulagé, dans les moments de détresse publique, les ouvriers sans occupation et sans ressources, et à leur tête le Petit Manteau bleu, providence terrestre des malheureux, paraîtra avec sa bonhomie d’homme de bien et sa sollicitude de père.Les Artisans Illustres,l’expression suivant du journalle Siècle,s ouvrières etseront donc un véritable Panthéon élevé aux classe aux bienfaiteurs de l’industrie. Dans le métier, il existe deux sortes d’illustratio ns généralement mal appréciées : L’une consiste dans le travail d’un homme riche, ou hautement placé dans la société ; c’est-à-dire lorsque cet homme, soit par caprice, soit par désœuvrement, a consenti à passer quelques courts instants de sa vi e à un exercice manuel.
Et parmi ces hommes, qui ontillustréPierre-le-Grand, cetmétier, je citerai  le insatiable du Nord, qui, la hache sur l’épaule, et les reins serrés de la large ceinture de l’esclave, allait passer quelques heures dans le ch antier de Saardam, à équarrir et à façonner la charpente.
Si cette illustration du métier vous paraît importa nte, je vous dirai encore : suivez-moi, et jugez ! Vous voici dans un atelier : un établi aux pieds ri chement sculptés est placé devant une fenêtre à demi-voilée par des rideaux de soie b leue, relevés par des galons d’argent. Sur cet établi, vous remarquerez de brill ants outils à manche d’ivoire rehaussé d’or. Aux fauteuils et aux tabourets en dr ap d’or, entourés de crépines d’or qui décorent cet atelier, vous vous croiriez plutôt dans un boudoir de riche petite-maîtresse. Devant l’établi, deux hommes, dont les m ains sont précautionneusement couvertes de gants, examinent une serrure : l’un po rte le visage commun à tous les courtisans, sur lequel le dévouement se mêle à un p eu de bassesse ; l’autre, au contraire, a quelque chose de noble dans la figure ; son regard renferme même une expression de grande douceur, et dénote peu de ferm eté. — Cet atelier est celui du serrurier Louis XVI.
Voici pour la première illustration. L’autre consiste dans un travail de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute. L’homme qui se livre à ce travail ne porte pas de gants ; ses mains sont calleuses ; son visage est fatigué. Ne cherchez dan s son intérieur aucune trace de luxe ; les murs sont nus ; les fenêtres ne sont pas tendues de soie. Maintenant, dites-moi quelle est la véritable illus tration du métier ? Croyez-moi, l’illustration du métier ne consiste pas dans le travail capricieux des mains blanches et
parfumées du noble et du riche ; elle se trouve tou t entière dans le travail continu des mains épaisses et durcies de l’artisan et du pauvre . Ne croyez pas que le nom d’un puissant de la terre anoblisse le métier ; car vous vous tromperiez : ce nom ne peut donner, pour un moment, au métierprivilégié, qu’une vogue courtisanesque, mais jamais le faire resplendir, s’il ne possède en lui-même des germes productifs et dont la venue soit nécessaire à la vie commune. Et encore, soyez persuadés que même, sans cette protection puissante, ce métier aurait p rospéré. Il aurait mis plus de temps à germer, voilà tout.
En envisageant le travail qui se présentait à moi, enveloppé d’un nuage épais, un moment j’ai hésité ; la pensée s’est refusée à seco nder la plume. En effet, dans la vie laborieuse de l’artisan, dans cette vie aux étapes si éloignées, je n’ai vu qu’une seule route, longue et brûlée ; je n’ai aperçu qu’une seu le croyance incessante ; je n’ai compris qu’une seule consolation douloureuse ; et c ette route, et cette croyance, et cette consolation, n’avaient à elles trois qu’un se ul but, — le travail continu. — Mais bientôt, devant les souffrances morales et physique s de la classe ouvrière, la volonté de réparer une injustice m’a donné le courage de la tâche que je m’étais imposée. J’ai compté aussi sur les sympathies populaires. Je m’ét ais proposé cette question : Pourquoi l’ouvrier n’aurait-il pas sa part de solei l aussi bien que l’homme opulent ? Et, sur le point de la résoudre, d’immenses difficultés , tout-à-coup, s’étaient dressées devant elle. Dans cet état d’impuissance, j’ai pens é que mes forces, trop jeunes, ne suffiraient peut-être pas. C’est alors que j’ai été frapper à la porte du plus grand philanthrope dont le peuple puisse s’enorgueillir, et voici la réponse que j’en ai obtenue : Paris, 25 octobre 1838. Monsieur, Vous m’avez fait l’honneur de me demander si je con sentirais à laisser publiersous MES AUSPICESune histoire desARTISANS ILLUSTRES. Je vous remercie du sentiment qui vous a porté à m’ adresser cette dédicace. Vous avez pensé, et avec raison, je me hâte de le dire, qu’un pareil sujet exciterait en moi de vives sympathies ; elles vous sont assurées, cro yez-le bien. Vous aurez de grands travaux à faire, pour recherch er les matériaux de votre œuvre. La vie de l’ouvrier s’accomplit obscurément au fond des ateliers, el ce théâtre
n’est pas assez élevé pour que le regard des écrivai ns aille y chercher des observations. Je suis cependant profondément convai ncu qu’il se rencontre souvent, dans ces existences modestes, des prodiges de vertu el de travail, auxquels il ne manque qu’un interprète habile pour être appréciés et d’un utile exemple. Soyez cet interprète, Monsieur, et je ne crains point de vous prédire un grand succès. Veuillez agréer, Monsieur, L’assurance de ma considération distinguée. J. LAFFITTE. La première pierre de l’édifice était posée ; mais cela ne pouvait suffire ; il fallait encore réunir les matériaux et les disposer avec ordre et avec sagesse. — Pour que la tâche difficile dont j’acceptais la responsabilité pût être accomplie dans ses moindres exigences, j’ai recherché les noms les plus éminent s de la science, et bientôt j’ai pu inscrire sur le frontispice d’un livre dédié aux Tr availleurs, les noms de MM. Charles Dupin, Blanqui aîné et Arago. Avec de pareils conse illers, lesArtisans Illustres ont le droit de marcher, tête levée, car ils ont une couro nne au front.
DE LA RENAISSANCE A 1789