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Les Bapunu du Gabon, communauté culturelle d'Afrique centrale

De
253 pages
En s'appuyant aussi bien sur les sources orales que sur les témoignages des explorateurs, des administrateurs coloniaux et de quelques auteurs qui ont abordé ces sujets dans le cadre de travaux divers, l'auteur est ainsi parvenu à examiner les Bapunu sous toutes leurs coutures et à apporter des ébauches de réponses qui peuvent être considérées comme des pistes vers la connaissance des "communautés culturelles" du Gabon.
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Les Bapunu du Gabon, communauté culturelle d’Afrique centrale

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12565-0 EAN : 9782296125650

Hugues MOUCKAGA

Les Bapunu du Gabon, communauté culturelle d’Afrique centrale
Sexualité, veuvage, alcoolisme, esclavage, maraboutage, anthropophagie

Pour en finir avec les idées reçues

Préface du Professeur Kodjona Kadanga

L’Harmattan

Publiés par le même auteur

Chez l’Harmattan

- La Rome Ancienne : 1er siècle avant Jésus-Christ, 1er siècle après Jésus-Christ, 2006 (Préface du Professeur Fabien Kange Ewane ; Postface du Professeur Saliou Ndiaye) - Vivre et Mourir à Rome et dans le Monde Romain, 2007(Préface du Professeur Pierre Solina N’dombi) - L’Abécédaire de la Rome Ancienne, 2008 (Préface du Professeur Alexis Mengue M’Oye) - Méthodologie pour un Compte Rendu critique, 2009 (Préface de Fabien Kange Ewane ; Postface de Moustapha Gomgnimbou) - L’Histoire Romaine dans les Universités africaines : passer les examens sans fraude, 2010 (Préface du Professeur Théodore Nicoue Lodjou Gayibor ; Postface de Maurice Bazemo) En préparation Les Romains et la mer : Textes de référence. Lexique de l’impérialisme romain. Rome et ses grands Hommes. Apprendre aux apprenants. Eléments de pédagogie à l’usage des Enseignants des Universités et Etablissements d’Enseignement Supérieur d’Afrique. Guide Pratique pour l’élaboration et la soutenance d’un travail de recherche (Mémoire, Thèse) en Histoire. L’article scientifique. Outils pratiques à destination de jeunes chercheurs africains. Histoires punu(es) du Gabon. Recueil de faits historiques sur une communauté culturelle d’Afrique Centrale. Politiques Gouvernementales et réalités culturelles au Gabon sous le magistère d’Omar Bongo Ondimba, de Lazare Digombe à Paul Mba Abessole (1992-2009) : Verbatim.

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A vous toutes, Veuves Gabonaises, courageuses épouses et mères de famille, vertueuses, braves, besogneuses et battantes, discrètes mais énergiques, spoliées de vos biens sans ménagement par ces beaux- parents, piranhas, au cœur granitique et Belzébuthéen. Avec l’assurance de mon entière et parfaite compassion ! « Très cher, honore les veuves, les vraies veuves. Carissime : Viduas honora, quae vere viduae sunt. » (I Tim. 5.3)

« Mwasi ebaka kaa, mwana ebaka kaa »1 Sagesse Koyo (Congo)

« Si tu ne sais pas et ne peux pas être impartial, cède le trône aux hommes valeureux » Sagesse ouest- africaine

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Littéralement : « Si la femme ne t’appartient pas, l’enfant ne peut t’appartenir ».

« U ya libne dimbu U ya libne dimbu di ba tata U ya libne dimbu U ya libne dimbu di ba mama »2

« Seuls ceux qui ont les cheveux longs ont peur car personne ne peut tirer les cheveux de celui qui n’en a pas » Proverbe vietnamien

Littéralement : « N’oublie pas le village ; n’oublie pas le village des papas ; n’oublie pas le village ; n’oublie pas le village des mamans ». Refrain d’un disque à succès d’un groupe musical gabonais.

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« C’est une triste chose de constater que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas » Victor Hugo

« Le but n’est pas le but, c’est la vie » Lao Tseu

REMERCIEMENTS

Cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans la forte mobilisation et l’appréciable contribution de nombreux collègues, frères et amis, qui ont accepté de nous guider sur le sinueux « terrain gabonais » : Madame et Messieurs les Professeurs Stéphanie Nkoghe, Pierre N’dombi, alias « Solina », Jérôme Tangu Kwenzi Mickala, Alexis Mengue M’Oye, André-Wilson Ndombet, Piere Ondo Mébiame et Ludovic Obiang, Mesdames et Messieurs les Docteurs Monique Mavoungou Bouyou, Léopold Codjo Rawambia, Abraham Zéphyrin Nyama, Ide Nestor Righou… : qu’ils en soient tous profondément remerciés ! Sincère et affectueuse gratitude à tous les informateurs qui se sont prêtés à nos questions, y compris les plus indiscrètes : Théophile Moutsinga Moundounga, alias « Papa Théo », Evelyne Ickoumbou, alias « Maman Ipéti », Jean Martin Nzamba, alias « Nza Matécki », Agathe Mouenkoula, alias « Tante Agathe », Ferdinand Mouckagni Nzamba, alias « Flavio », Dieu Donné Meyome- Nkoghe, Rose Ondo, Honorine Ngou, Clarence Lomba Moussoutou, Jean Baptiste Ntoutoume, Joachim Goma Théthé, Mbéga Mba, Medzobui Abessolo, et tous les autres ! Chapeau bas, aussi bien à Prosper Ekore, artiste émérite et personnage au cœur généreux, qui a bien voulu réaliser gracieusement l’illustration de cet ouvrage, qu’ à nos étudiants du département d’Histoire et Archéologie de l’Université Omar Bongo (U.O.B.), qui se sont mobilisés pour nous aider à comprendre le fonctionnement de leurs différentes communautés culturelles : Jean-Yves Manguila, Expédit Obame Obame, Vincent Capistrant Mezui Mendong, Gaêl Amour Mihindou, Joe Allogo Allogo, Yasmine Makaya Makaya, Mick-Mi-Ibandou. Singuila3 spécial et infini au Docteur Roger Mickala Manfoumbi et au Doctorant Charlis Williams Mbadinga, qui n’ont ménagé aucun effort et n’ont été avares d’aucun soutien, pour nous permettre d’arriver au bout de cette rude « immersion » en milieu punu. Maluumbi4 tout particulier à toutes ces hautes personnalités de la République, éminents hommes de savoir, personnalités de grande étoffe, au pedigree riche et plein de consistance, que nous avons connues tout au long de nos activités diverses et qui nous ont énormément apporté, non seulement dans notre vie professionnelle, mais également dans notre vie d’Homme gabonais : Lazare Digombe, alias « Ladigo », Alexandre Sambat, alias « Salex »+, Jacques

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« Merci » en langue sango de la République Centrafricaine. « Merci » en langue yinzébi.

Adiahénot, alias « Adia », Pierre Amoughe Mba, alias « PAM », Pierre Marie Dong+, Philippe Nzengue Mayila, alias « Fifi ». Gratias ago5 à tous nos proches, dont le soutien ne nous a jamais fait défaut, pour faire aboutir toutes nos activités intellectuelles : Claudine, Tati, Flavio, Zams Vivie, Atey et Jean-Claude, Yvonne, Adéline, Adrienne, Cynthia et Jonas, Sylvana et Guy, Yann, D’ars, Akoukou, Nanou, Jonel et Djami … Abora6 à M. le Pr Alexis Mengue M’oye, dont les échanges, souvent engagés, pendant notre vie d’étudiant sur nos communautés culturelles respectives, alors que nous bouclions l’un et l’autre nos thèses d’Histoire Ancienne à l’Université de Reims Champagne-Ardenne sous la direction de Monsieur le Pr Jean-Pierre Martin, nous a permis de connaître, par le menu, de nombreux traits caractéristiques de l’Homme fang, l’Homo fangiensis. Enfin, last but not least, diboti, diboti di néni7 à Monsieur le Professeur Kodjona Kadanga, Professeur Titulaire d’Histoire Contemporaine de l’Afrique à l’Université de Lomé (Togo), Vice-Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de cette Institution, Directeur Général du Centre Régional d’Action Culturelle (C.R.A.C.), qui a accepté de se détacher, l’espace de quelques heures, de ses activités plurielles, pour réaliser la Préface de cet opus.

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« Je rends grâces », en latin. « Merci » en langue fang. 7 « Meci, merci beaucoup » en langue yipunu.

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PRÉFACE
C’est en 1999 que j’ai connu Monsieur le Professeur Hugues Mouckaga. Il était encore Maître-Assistant en Histoire Ancienne, grade auquel il était parvenu cinq ans plus tôt. Il préparait, activement, son inscription sur les Listes d’Aptitude du C.A.M.E.S. aux Fonctions de Maître de Conférences (L.A.F.M.C.), promotion qu’il réussit, sans bavure, l’année suivante. Il animait, alors, avec un certain nombre de ses collègues du Département d’Histoire et Archéologie de l’U.O.B., et plus spécialement le Pr Alexis Mengue M’Oye, la revue qui nous est devenue familière, et qui a fini par avoir pignon sur rue dans la plupart des Universités africaines et occidentales et à s’arracher comme des bouts de pain chaque fois qu’elle paraît, Les Cahiers d’Histoire et Archéologie, C.H.A. Quelques années après, en 2004 plus exactement, il a été hissé, par le même C.A.M.E.S., au rang de Professeur Titulaire (P.T.) en Histoire Ancienne, devenant ainsi, en Afrique francophone, après ses aînés que sont les Professeurs Saliou Ndiaye de l’Université Cheikh Anta Diop (U.C.A.D. –Dakar- Sénégal) et Simon-Pierre Ekandza de l’Université de Cocody (Abidjan-Côte d’Ivoire), l’un des rares spécialistes dans cette discipline scientifique. Depuis ces années, il m’a toujours laissé la vive impression d’être un féru d’Histoire Romaine, un grand spécialiste dans ce domaine rude, difficile d’abord, un parfait connaisseur de cette « civilisation endormie » et, comme le disait le Professeur Saliou Ndiaye, « un véritable maître, un digne fils dont l’Afrique peut être fière ». A le voir s’épancher sur la société romaine dans l’Antiquité avec talent, à l’entendre parler avec volubilité, fougue et passion de cet univers, à le voir déclamer sur Cicéron, cet auteur éclectique qu’il connaît au bout des ongles et qu’il a fait apprécier autour de lui, à le voir produire, à un rythme de métronome, des œuvres sur Rome et le Monde Romain, j’ai toujours été persuadé que cet érudit a fini par ne connaître que Rome, par s’en familiariser et par ne plus rien maîtriser de son milieu d’origine, de son biotope qui l’avait vu naître, grandir et contribuer à lui donner la stature qui est la sienne, de son espace punu ! Lors de nos discussions, en effet, ne m’arrivait-il pas de le lui faire remarquer ? Mais avec un sourire en coin, et parfois son air de ne rien prendre au sérieux et de ne pas se prendre au sérieux- quelle modestie chevillée au corps !- il répondait toujours, invariablement, dans cette langue yipunu qu’il connaît bien et que j’ai l’outrecuidance ici de triturer : « tul tul a sa ma boke ngandu ; yimane bilim a ma boke djiandi », autrement dit, littéralement : « l’empressement n’a pas tué le crocodile, la succession des années a tué le sien ». Comme pour montrer cette volonté lente mais déterminée et enfouie en lui de se tourner, un jour, vers l’étude du milieu qui l’avait vu naître et auquel il devait tout. Et voilà ! Aujourd’hui, la promesse est tenue ; le Professeur Mouckaga commet un ouvrage sur les Bapunu. Et pas n’importe lequel ! Un ouvrage bien monté, qui est le fruit d’une réflexion bien charpentée, conduite avec rigueur, autorité et savoir-faire, qui se lit d’un trait, et qui porte sur des questions centrales : la

sexualité, le veuvage, l’alcoolisme, l’esclavage, le maraboutage, l’anthropophagie. Des questions d’autant plus importantes qu’elles constituent ce que lui-même appelle des « idées reçues », qui ont traversé le cours des âges, qui ont eu la dent dure, au point de faire partie du vécu des Bapunu, d’être consubstantiel à eux et même de servir de déterminant dans les rapports entre eux et d’autres communautés culturelles du Gabon : les Banzèbi et les Fang par exemple, récusant ainsi le terme « d’ethnie », de « groupe ethnolinguistique » ou encore de « peuplade », termes prisés par les explorateurs coloniaux, souvent condescendants vis-à-vis des Africains ! Les Bapunu, ont-ils une sexualité débridée ? Sont-ils en avance sur les autres dans cet « art » ? Sont-ils aussi portés de manière particulière sur le vin de palme, le dinguib di mbari ? Sont-ils si inhumains, au point de soumettre les femmes veuves à un rituel insoutenable ? Et les Banzèbi, auraient-ils été leurs esclaves ? Et les Fang, auraient-ils pratiqué l’anthropophagie, encore appelée le « nzi bot »? Les femmes de cette communauté, pratiqueraient-elles le maraboutage, plus connu sous le nom de « tabeghe si » ? A ces questions, Monsieur le Professeur Hugues Mouckaga répond, sans faux-semblant. Il « crève l’abcès » et arrive à des conclusions tirées des enquêtes minutieuses et des lectures pointues. Un acte de salubrité publique ! Et pour cause. Comment peut se bâtir une Nation, dont le socle est l’unité, et même l’unicité et l’indivisibilité, si des clichés, des stéréotypes, sont entretenus entre les populations qui la constituent, au point de « ghettoïser » la Nation en question ? Peut-on s’attendre à voir s’ériger une Nation véritable, c’est-à-dire constituée à partir d’un socle, le commun « vouloir vivre ensemble », le « riche legs de souvenirs » si l’on me permet de parodier Ernest Renan, où ses composantes fonctionnent, au quotidien, comme « les doigts d’une seule main », si elle n’est pas expurgée de tous les avatars qui peuvent la mettre à l’abri de toute forme d’atomisation, si rien n’est fait pour mettre un holà sur des données fausses, qui donnent l’impression à telle ou telle communauté d’être plus « civilisée » que telle autre, d’être « supérieure » à telle autre ? Que nenni ! Car, nolens volens, ces groupes communautaires, pluriels et divers, au lieu de coopérer et de fonctionner à l’unisson, tireront à hue et a dia, nourriront une réelle forme d’antagonisme, se regarderont en chiens de faïence, se suspecteront, et hésiteront de regarder, sans arrière-pensée, dans la même direction. Bien entendu, au contraire d’autres Nations du continent qui ont été marquées, à un moment de leur histoire, par une déchirure profonde de leur texture sociale, le Gabon n’a pas succombé aux travers fielleux de ce type de catégorisation, grâce, disons-le tout net, à la vigilance du peuple gabonais tout entier, qui porte la paix dans ses gènes, et à la grande et particulière sagesse de celui qui présida, jusqu’à ce funeste lundi 8 juin 2009, aux destinées de cette Nation, pendant plus de quarante ans, que le journal satirique des années 1990, période post conférence nationale, La Griffe, tenue par l’inénarrable Ndjoumba Moussock, avait surnommé « Zeus » ou encore « Mobali Ya crâneur » mais que 18

communément l’on appelait affectueusement au Gabon « O.B.O. », « le Vieux », « le Boss », que l’on dénommait dans mon pays « Papa Omar », et que le Camerounais Jean- Paul Tedga désigne, dans les colonnes de son magazine AfriquEducation, par le titre « le Patriarche », El Hadj Omar Bongo Ondimba, -paix à ses cendres !-, mais faut-il en déduire qu’il pourra rester, ad infinitum, à l’abri d’un dérapage monstrueux si rien n’est fait pour remettre les choses à leur place ? Triste réalité au Gabon, où depuis des lustres, des pseudo-histoires ont été construites sur des bases factices, imaginaires même, appuyées et soutenues par des pseudo faits historiques qui ont été parfois alimentés par des pseudo témoins et même par le colonisateur, toujours prompt à appliquer la vieille formule latine qui fit de l’effet dans l’Antiquité, « divide ut regnes », « divise pour que tu règnes », toujours prêt à faire l’impossible pour atteindre ses objectifs. Au nom de la cupidité ! Triste réalité aussi dans mon pays, où des clichés sont entretenus, sans que l’on ne pense toujours à s’y attaquer avec autorité et sur des bases scientifiques ! Que ne dit-on sur les uns et les autres ? Le moment était donc venu d’aborder frontalement ces questions, de ne pas le faire seulement « sous le manteau », en susurrant, mais ouvertement, à visage découvert, en apportant des réponses d’Historien. Non pas d’Historien en chambre, de circonstance, peu rompu aux arcanes du métier, mû par une quelconque idéologie, par un partipris nauséabond et peu ragoutant, que le Professeur Mouckaga appelle « les Tontons Macoutes de la science », mais d’Historien véritable, car homme de terrain, professionnel. Bravo Professeur ! L’objectif de cet ouvrage est donc de remettre en cause, voire de dénoncer les comportements affichés par les uns et les autres des Gabonais visà-vis de leurs congénères, afin de les démystifier, les démythifier et leur donner toute leur validité. Composé de cinq ‘‘histoires’’ destinées au grand public et s’inscrivant dans l’Histoire des mentalités, qu’il serve donc à tous et à chacun et apparaisse comme une invitation à remiser définitivement au placard toutes ces idées reçues, afin que vive à tout jamais l’unité nationale de ce pays frère qu’est le Gabon ! Lomé (Togo), le 20 novembre 2009 Professeur Kodjona kadanga Professeur Titulaire en Histoire contemporaine de l’Afrique à l’Université de Lomé (Togo), Directeur Général du Centre Régional d’ Action Culturelle (C.R.A.C), Assesseur de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, auteur de plusieurs publications dont : Aperçu historique du peuplement du Centre-Est du Togo (Anii, Kusuntu et Ifè), Presses de l’U.L., collection « Patrimoines » n° 12, Lomé, 2001, 78 p., Culture et développement : la problématique des 19

industries culturelles en Afrique vue par des Organisations internationales, Lomé, Les Nouvelles Editions africaines -Togo-, Octobre 2005, 88 p, Formations associatives et politiques au Togo de 1990 à 1991 : approche historique, Presses de l’Université de Lomé, Lomé, 2007, 90 p.

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INTRODUCTION « Ditoudji a gé gwéli igame »8 Sagesse punu « Seule la vérité libère » Les saintes Ecritures

L’Afrique Centrale est constituée d’un certain nombre de pays situés au centre du continent africain ; elle comprend : la Guinée Equatoriale, le Congo, la République Démocratique du Congo (R.D.C.), le Cameroun, la République Centrafricaine (R.C.A.), le Tchad, l’Angola, le Rwanda, le Burundi. Si, dans leur ensemble, ces pays font partie intégrante de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (C.E.E.A.C.), à une moindre échelle, ils se retrouvent au sein de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (C.E M.A.C.), institution sous-régionale qui regroupe la Guinée Equatoriale, le Congo, le Gabon, le Cameroun, la République Centrafricaine (R.C.A.) et le Tchad. Dans deux de ces pays, le Gabon et le Congo, en l’occurrence, vivent les Bapunu, cette communauté culturelle dont l’histoire remonte, comme celle des autres peuples bantu, à une période lointaine, le XVe s. Si le Congo a une superficie de 341. 621 km2 et une population de 3.903.318 habitants, s’étendant sur 1. 300 kms du nord au sud, le Gabon, lui, a une superficie de 267.667 km2. Il a des frontières communes avec le Cameroun et la Guinée Equatoriale, au nord, et le Congo, à l’est et au sud. Il comprend neuf provinces : l’Estuaire (capitale Libreville), le Haut-Ogooué (capitale Franceville), le Moyen-Ogooué (capitale Lambaréné), la Ngounié (capitale Mouila), la Nyanga (capitale Tchibanga), l’Ogooué-Ivindo (capitale Makokou), l’Ogooué-Lolo (capitale Koula-Moutou), l’Ogooué Maritime (capitale PortGentil) et le Woleu-Ntem (capitale Oyem). Chacune de ces provinces est placée sous l’autorité d’un Gouverneur, qui se trouve secondé par le Préfet et le SousPréfet. Le Gabon a une population de 1.485832 habitants, avec une densité de 3,8 habitants/km2, ce qui en fait un pays sous-peuplé. Il comprend une cinquantaine de groupes communautaires répartis, de l’avis de Kwenzi Mikala

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Littéralement : « L’oreille n’épouse pas plusieurs femmes ».

J.T.9, en six principaux groupes10. Son peuplement s’est constitué à l’issue de vagues migratoires successives comprenant d’abord les Pygmées, premiers habitants du pays, puis les Bantu, au XVe s. Vint ensuite le tour des Européens, dont les premiers de cordée furent les Portugais. N’est-ce pas à eux que l’on doit le nom de Gabon donné à l’Estuaire qui borde les côtes de Libreville ? Ils l’appelèrent Gabâo. Puis vinrent les Français, à partir du XIXe s. En Octobre 1958, la Communauté française venant d’être créée, le Conseil de Gouvernement du Gabon, qui se fondait sur l’article 76 de la nouvelle constitution de la Ve République, demanda la transformation du Gabon en Département Français. Mba L., alors Président du Conseil, demanda à Sanmarco L., Administrateur colonial, de présenter cette requête auprès du Gouvernement de la Métropole, présidé par le Général de Gaulle Ch. Mis au courant de cette requête, celui-ci s’y opposa fermement. Le Gabon resta alors une colonie et, comme toutes les autres de l’Afrique subsaharienne, reçut son indépendance en 1960. Ayant accédé à la souveraineté nationale et internationale le 17 Août de cette année-là, il fut alors dirigé par Mba L., (19601967), père de la Nation gabonaise, avant que ne lui succédât Bongo A.B., devenu, plus tard, en 1977, El Hadj Bongo O., puis en 2003, El Hadj Bongo Ondimba O., (1967-2009). Depuis le 30 Août 2009, date ayant marqué la fin des élections présidentielles anticipées, suite au décès du Président Bongo, le lundi 8 juin 2009, le Gabon est dirigé par M. Bongo Ondimba A. C’est donc un pays « jeune », en pleine construction, dont l’histoire est encore marquée par de nombreuses zébrures, tant il comporte toujours beaucoup de zones d’ombre. Il en est ainsi de l’histoire des Bapunu, la communauté maternelle et paternelle dont nous sommes issu. Comme pour nous le rappeler et ainsi nous inciter à en prendre conscience, voici en quels termes s’exprima le Père Mba Abessole P.,
in Les noms des personnes chez les Bantu du Gabon, Paris, L’Harmattan, 2008, pp. 17-18 10 « Le groupe Merye, localisé dans les provinces de la Ngounié, de la Nyanga et de l’Ogoué-Maritime » qui « est constitué des Balumbu, des Bapunu, des Bavili, des Bavarama, des Bavungu, des Eshira, des Masango et des Ngowe ; le groupe Membe » qui est « situé dans provinces de la Ngounié, du Moyen-Ogooué, de l’Ogooué-Ivindo et de l’Ogooué-Lolo » et qui est « constitué des Apindji, des Bavuvi, des Evia, des Tsogho, des Okandé, des kota-Kota et des Simba ; le groupe Mety » qui « est situé dans les provinces du Haut-Ogooué, de la Ngounié et de l’Ogooué-Lolo » et « qui comprend les Baduma, les Ivili, les Banzebi, les Btsengi et les Bawanzi ; le groupe Membere, constitué des Ambaama, des Bakaningi, des Batéké, des Batsitségé et des Mindumu… établi dans la province du Haut-Ogooué ; le groupe Mekona-Mangote, qui comprend les Bakota, les Benga, les Mahongwé, les Mindasa et les Samayi…situé dans les provinces de l’Ogooué-Ivindo, de l’Ogooué-Lolo et de l’Estuaire ; le groupe MekonaMenaa, constitué des Akélé, des Bandambomo, des Bawumbu, des Baseki, des Bungom, des Mbahouin, des Misigu et des Shaké… » qui « se trouve dans les provinces du HautOgooué, de l’Ogooué-Lolo, de l’Ogooué-Ivindo, de la Ngounié et du Moyen-Ogooué ». Id., ibid.
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alors Vice-Premier Ministre, Ministre de la Culture, des Arts, de l’Education Populaire, de la Refondation et des Droits de l’Homme, dans une missive qu’il nous adressa le 20 Octobre 2008, alors que nous venions de lui remettre un exemplaire de notre ouvrage récemment commis chez l’Harmattan, L’Abécédaire de la Rome Ancienne : « Cher Ami, J’ai reçu avec joie votre livre « l’Abécédaire de la Rome Ancienne ». Votre travail, j’en suis sûr, aidera nos chercheurs et étudiants à mieux connaître la culture latine et la langue qui la véhicule. Cette connaissance me paraît indispensable dans votre domaine. Permettez-moi, pour terminer, un souhait. Est-il réalisable ? Je ne sais, mais je vous le formule tout de même. Je serais heureux, en tant que Ministre de la Culture, de lire aussi un livre analogue sur votre culture maternelle.

Paul MBA ABESSOLE »11.
Ecrire sur notre culture maternelle, autrement dit sur les Bapunu ? Depuis que nous avions eu l’occasion de l’approcher en raison des fonctions que nous exercions au sein du Ministère de la Culture12, et que nous avions pu le rencontrer et l’entendre au quotidien, nous savions que le Père Mba Abessole en faisait un credo, mieux, une quasi obsession : « tous les Gabonais doivent connaître leurs cultures car c’est ce qui leur permet de se situer par rapport aux autres peuples, d’affirmer leur être », déclarait-il, en substance, chaque fois qu’il en avait l’opportunité. Dès sa prise de fonctions au sein de ce Département Ministériel, en décembre 2007, et au cours de la première rencontre qu’il eut avec les personnels officiant en son sein, n’avait-il pas, entre autres, émis le vœu de voir chacun des cadres lui faire parvenir une liste de vingt proverbes dans leur langue maternelle ? Plutôt que d’utiliser le terme d’ « ethnie », de « peuple », de « groupe ethnique » ou de « groupe ethno-linguistique », il parla alors de « communauté culturelle ». Et comme pour montrer qu’il avait toujours été attaché à cet idéal, il s’était exprimé en ces termes, dans son ouvrage qu’il avait publié, deux années auparavant, chez L’Harmattan, et qu’il avait intitulé Aux sources de la culture Fang13: « Sans vouloir donner de leçons à qui que ce soit, j’affirme que si j’étais professeur à l’Université en lettres, en économie, en mathématiques, en sciences politiques, ou en médecine, j’inciterais mes étudiants à aller mener des recherches dans le Gabon profond. Outre qu’ils retrouveraient leurs racines, ils
11 12

Voir cette correspondance dans sa forme originelle, en Annexe. 2e Secrétaire Général Adjoint. 13 2006, 104 p

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seraient capables de découvrir des choses que nous ne soupçonnons pas aujourd’hui... »14 Dans la partie conclusive de cet opus, cette position fut encore nettement affirmée : « Nous devons connaître, nous devons nous connaître… Commencez par là où vous pouvez. Il n’est pas nécessaire de tout connaître, il suffit de commencer par un bout ; les autres y apporteront, le cas échéant, des compléments… Nos cultures ressemblent à des vases cassés dont il faut retrouver et recoller les différents morceaux. Chacun en détient un. Leur assemblage est urgent. Les sortir de la situation de folklore où on les a mises est de première nécessité. Nous ne pouvons pas attendre que d’autres le fassent à notre place. Nous sommes, plus que quiconque, habilités à parler de nousmêmes. N’hésitons pas à le faire… »15 Cette incitation n’était pas d’ailleurs la première à nous être faite. Quelques jours après notre retour « au pays », au lendemain de notre soutenance de Thèse en Histoire Ancienne, un de nos anciens Enseignants à l’Université Omar Bongo (U.O.B.) de Libreville, ne nous avait-il pas apostrophé et presque admonesté, en nous demandant pourquoi nous avions consacré tant d’années d’efforts à connaître « l’histoire des autres » -entendez celle des Romains- alors que la nôtre était incognita, en friche, en déshérence, presque inexplorée, quand elle n’était pas écrite par d’autres mains, souvent inexpertes, parfois tendancieuses, parfois subjectives ? Quelques années plus tard, alors que nous effectuions un séjour scientifique dans une ville française, un collègue originaire de ce pays, au détour d’un échange sur Rome, ne s’était-il pas bruyamment étonné de ne pas nous voir, à l’instar de nos confrères originaires du Maghreb, réfléchir sur le passé de notre continent, en nous appesantissant sur des sociétés comme Volubilis, Leptis Magna, Gightis, Mactar…, qui ont connu l’empreinte romaine et qui restent de véritables « musées à ciel ouvert » ? Au cours d’une soutenance de Mémoire de Maîtrise à l’U.O.B., de l’un de nos élèves sur la femme romaine, un collègue, Africaniste, alors président du Jury, qui nous avait d’abord entendu religieusement discourir sur la question, n’avait-il pas fait remarquer que la femme gabonaise avait globalement les mêmes traits que la femme romaine, comme pour nous dire qu’on n’avait pas à en « noircir » ou encore que nos traits civilisationnels n’étaient pas inférieurs à ceux des Romains dans l’Antiquité ? Jusqu’à cet instant, notre ligne de défense était restée la même, inébranlable : la Rome Ancienne avait tellement inhibé le monde habité de l’époque de ses valeurs et de ses acquis qu’elle mérite que nous contribuions à la situer telle qu’elle fut, à lui redonner son lustre ; elle a tellement influencé nos sociétés, y compris modernes, y compris africaines, y compris gabonaises, de son flux culturel, que nous ne saurions ne pas l’étudier de près, l’ausculter et l’examiner sous toutes ses coutures. Et comme pour nous convaincre du bien14 15

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fondé de notre option, nous ajoutions : « A l’heure de la mondialisation, où la bataille est rude, où les plus faibles vont nécessairement rester sur le pavé et être mis sous le boisseau sans état d’âme par ceux-là qui auront réussi à s’imposer par leur génie, leur technologie, leur science, leurs acquis culturels, comment nous imposer, nous aussi, si nous sérions certains domaines de connaissance ? En contribuant à faire connaître Rome, nous apportons une plus-value à notre pays. » Nous parlions alors de nombrilisme de mauvais aloi, de sectarisme rétrograde et pestilentiel, de chauvinisme, et nous en faisions un vecteur d’engourdissement et de flétrissement intellectuel. Et nous ajoutions, pour nous ragaillardir : « Comment évaluer objectivement l’apport de la civilisation et de la culture romaines si nous laissons cette opération être menée par les autres ? Dans un domaine comme celui-là qui fait partie des enseignements obligatoires dispensés à nos étudiants inscrits en Histoire, nous ne pouvons les laisser consommer plus longtemps ce qui est écrit par les autres, comme si nous étions incapables de faire comme eux et peut-être même, par certains côtés, mieux qu’eux .» Et fort de ces convictions, nous restions serein, déterminé à ne pas lâcher prise ! Mais cette fois, les choses se présentaient différemment. Les écrits du Père Mba Abessole, malgré leur brièveté, avaient un autre effet. Ils résonnaient tel un appel urgent, telle une invitation pressante ! Et comme pour leur donner davantage de force persuasive, un message d’un ami « ouagalais »16, qui avait pris connaissance de notre récente publication et qui tenait à nous congratuler, nous parvint, ainsi libellé : « Félicitations mon très cher ami. Mais je pense qu’il est temps que tu jettes un regard sur la communauté dont tu es originaire, la communauté punu dont tu es un rejeton, et qui attend de toi que tu payes en retour tous les sacrifices qu’elle a consentis pour ta formation, pour ton éducation. N’oublie pas que ta dette est énorme vis-à-vis d’elle ! Salve. » Et quand, à son tour, Nzamba J.M., alias « Nza Matéki », auquel nous nous étions, dans la foulée, ouvert de notre intention de commettre un ouvrage sur la question, nous asséna ces propos : « Ceux qui ont la chance d’aller à l’école des Blancs et de maîtriser l’écriture, ont un impérieux devoir, celui de retranscrire leur histoire, cette histoire que nos ancêtres ont cherché à véhiculer par l’oralité. Cela est d’autant plus urgent que ceux qui détiennent de nombreux pans de notre passé meurent chaque jour… »17, nous considérions que la coupe était pleine ! Nous n’avions plus de choix ! Nous étions comme dos au mur ! Il ne nous fallait donc plus hésiter ! Nous décidions alors de sauter le pas, en commettant un ouvrage sur les Bapunu, notre « communauté culturelle » (dixit le Père Mba Abessole). Non pas pour tourner le dos au monde romain, un univers qui, à force d’être sollicité par nous a fini par faire de nous un autre de ses rejetons, mais pour marquer un temps d’arrêt, pour nous mirer, pour
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Par référence à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Environ 60 ans, diplomate à la retraite. Propos tenus le 1er juillet 2008

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