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Les champs de l’insincérité

De
72 pages

Une parole peut être vraie ou fausse. Exacte ou erronée. Sincère ou trompeuse. Réaliste ou délirante. Le délire n’a rien à voir avec le mensonge. La fabulation n’est pas sciemment trompeuse. Le mythomane n’est pas toujours de mauvaise foi... Fausseté et insincérité ne s’opposent pas. Elles s’intriquent parfois sans jamais se recouvrir en totalité. C’est en risquant quelques pas dans les champs de la psychanalyse et de la philosophie que l’auteur s’aventure à esquisser en quelques mots les contours du mensonge, du délire, de la fabulation, de la mauvaise foi, de la manipulation...


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-68392-2

 

© Edilivre, 2014

Introduction

Il m’est arrivé, je l’avoue, de dire une chose fausse à ma fille. Celle ci m’a rétorqué que je lui mentais. Pourtant je ne lui mentais pas, je me trompais, voilà tout ! Lui mentir eût été conditionné par le fait que je voulusse la tromper, or ce n’était pas le cas.

Mensonge et contrevérité sont donc des notions distinctes. Et pourtant les enfants les confondent. Sans doute croient-ils que nous, les adultes, ne pouvons que connaître la vérité…

Cependant, eux, les enfants, souvent, inventent des histoires qu’ils confondent avec la vérité. Mentent-ils ? Se trompent-ils ? Non : ils fabulent.

Alors il faudrait, pour justement moins se tromper sur ces termes, esquisser un essai de définition de ces notions : distinguer erreur, contrevérité, mensonge, fabulation…

Et qu’en est-il du malade mental, lorsqu’il dit avec conviction qu’il est prophète, persécuté, maître du monde, ou possédé… Nous ment-il ? Se trompe-t-il ? Non : il délire. Veut-il nous tromper en nous disant des contrevérités ? Pas du tout : il est sincère. Il ne ment pas. Il nous faudra donc aussi tenter de définir le délire.

Nous le pressentons, certains termes sont connotés. Par exemple, le mensonge est souvent, qu’on le veuille ou non, associé à une dimension morale : ce n’est pas bien de mentir.

Le délire, lui, est attaché à une notion d’extrême, de débordement, d’aliénation, ou de pathologie.

La fabulation quant à elle est souvent porteuse d’une idée d’imagination foisonnante.

Et quid, dans ce fatras de contrevérités et d’insincérités, de la manipulation ? De la mauvaise foi ?…

Telle est l’immense ambition de cette petite réflexion : tenter de mieux définir quelques concepts qui naviguent entre les dimensions de fausseté et d’insincérité, en se télescopant parfois, mais sans jamais se recouvrir tout à fait.

Le délire

Le délire est à l’évidence inducteur de contrevérités. Pour autant il n’est pas insincère. En effet, comme nous l’allons voir, la personne qui délire exprime ses idées délirantes avec conviction et sincérité.

Le délire se situe volontiers dans le champ de la pathologie mentale. Il serait « du ressort de la psychiatrie » : il en « relèverait ».

Il s’intègre en effet dans les diverses manifestations des psychoses, maladies mentales caractérisées par un trouble profond du rapport à la réalité.

Les psychoses peuvent s’exprimer (parfois de façon intriquée) :

– tantôt par le repliement autistique (notamment chez l’enfant) ;

– tantôt par la dislocation de la pensée et de l’affectivité (chez les schizophrènes) ;

– tantôt, et parfois exclusivement, par le délire (par exemple dans les psychoses délirantes chroniques de l’adulte).

Le délire (de « delirare » : en dehors du sillon)1 n’est pas qu’une méprise ou une croyance erronée. Il implique la construction par le sujet délirant d’une « néo-réalité » qui lui est propre, qui va infiltrer tous les aspects de sa vie psychique et déterminer ses motivations.

Certes les philosophes adeptes de métaphysique montreront sans doute que chaque être humain vit dans une réalité qui lui est propre. Mais d’habitude les êtres humains peuvent bon gré mal gré communiquer entre eux à partir de certaines bases partagées, de perceptions communes et d’interprétations consensuelles des données : il existerait, en quelque sorte, comme un terrain d’entente.

D’ailleurs la métaphysique, comme d’ailleurs la philosophie dans son entier, s’arrête souvent là où commence la folie : si des philosophes ont écrit sur la folie, bien rares sont ceux qui ont tenté d’étudier l’expérience même du délire, tant il est vrai que cette expérience paraît inaccessible à la raison. Or, la philosophie considère la raison comme une vertu majeure, une clef qui ouvre à l’entendement des choses. Presque par définition, la folie échappe à la philosophie.

René Descartes, par exemple, dépeint les fous comme « ces insensés de qui le cerveau est tellement troublé et offusqué par les noires vapeurs de la bile qu’ils assurent constamment qu’ils sont rois lorsqu’ils sont tout nus, ou s’imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre » Et d’ajouter, comme pour esquiver la question : « Mais quoi ? Ce sont des fous… »2.

C’est précisément ce terrain d’entente, évoqué plus haut, que la folie altère. « La folie reste abrupte, la raison s’y risque peu. » reconnaît le psychiatre Jean Broustra3.

La philosophie ne s’aventure donc guère sur le terrain du délire, quant à la psychiatrie : « Son objet n’est pas le discours sur la folie, mais le malade dans sa réalité malheureuse et sa condition étrange » (Yves Pélicier)4.

Le sujet délirant est l’archétype du fou (étymologiquement, fou renvoie à une « outre pleine d’air »)5, du dément (étymologiquement « privé d’esprit »)6, de l’aliéné (étymologiquement « devenu autre »)7 … de l’autre en effet, que l’on place derrière un mur d’asile plus ou moins matérialisé. L’homme « sain d’esprit » considère le délirant à distance depuis une normalité bien assurée. Il ne s’aventure guère à lui parler ou à tenter de le comprendre, une fois qu’il a repéré qu’il délirait.

Dès lors, l’homme « sain d’esprit » essaie surtout de ne pas contredire le fou pour le pas le fâcher. Il prend volontiers l’entourage à témoin de la folie de son interlocuteur, comme pour se rassurer lui-même de sa propre intégrité psychique. Il tapote ou tourne son index sur sa tempe d’un air discret mais entendu.

Seul éventuellement à comprendre le fou s’essaie le psychiatre. Mais pour pouvoir s’aventurer derrière le mur de l’asile il est bien sûr nécessairement un peu fou lui-même8 !

C’est bien connu, il faut être un peu extravagant soi-même pour devenir psychiatre. Et s’il est un psychiatre qui n’était pas fou au départ, la fréquentation des insensés finira bien par le contaminer…

Le délire isole le sujet délirant. Même deux sujets délirants se traitent l’un l’autre de fou !

Dans le délire, comme l’exprime avec limpidité Gabriel Deshaies : « La relation au monde s’en trouve plus ou moins perturbée. La projection du monde déréel sur le monde réel va parfois jusqu’à néantiser celui-ci, de sorte que les autres disparaissent ou prennent des rôles totalement substitutifs dans l’imaginaire délirant. Souvent encore, les autres...