Les chemins de perdition

Les chemins de perdition

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Livres
344 pages

Description

Alors qu’en 1320 les blés blondissaient et ondoyaient à nouveau dans nos campagnes, fatigués d’avoir depuis cinq longues années subi la faim, la froidure et bien des malheurs ; aigris et haineux, le coeur meurtri et le vague à l’âme, des gueux et des enfants par milliers se mirent à envahir les routes du royaume pour y semer d’immenses troubles. C’est l’histoire de ces désoeuvrés, que l’on nomma pastoureaux parce qu’ils étaient pour le plus grand nombre des bergers, mais aussi celle plus étrange des Vierges-Noires et du mystérieux manteau d’Isis, que l’auteur vous invite à découvrir dans une nouvelle aventure de son héros Guillaume de Montfort.

Du Mont Saint-Michel à Paris, de Rocamadour à Chartres et de Toulouse à Carcassonne, avec Les chemins de perdition, son troisième roman, Guy Caillens nous fait redécouvrir un moment oublié de l’histoire de France.


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Date de parution 28 mars 2017
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EAN13 9782366522075
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Page de Titre

Note de l’auteur

Avant propos

Livre premier Les Vierges-Noires

Chapitre 1 Le Mont au péril de la mer Avril 1320

Chapitre 2 Le Mont au péril de la mer Premier jour

Chapitre 3 Le Mont au péril de la mer  Au matin du deuxième jour

Chapitre 4 Rocamadour Le même mois d’avril 1320

Chapitre 5 Le chemin d’Orléans

Chapitre 6 Paris, Quartier St-Merry En 1310 et au début du mois de mai 1320

Chapitre 7 Paris, Le pré-aux-clercs

Chapitre 8 Paris, Intra-muros

Chapitre 9 Chartres

Chapitre 10 Chartres Trois jours plus tard

Livre second Le manteau d’Isis

Chapitre 1 Tours Trois jours plus tard

Chapitre 2 De Sorigny à Nouâtre

Chapitre 3 La Commanderie d’Ozon à Châtellerault

Chapitre 4 L’attaque

Chapitre 5 Le rituel d’Isis

Livre troisième Les Juifs du roi

Chapitre 1 La fuite en avant

Chapitre 2 L’impitoyable randonnée

Chapitre 3 Toulouse

Chapitre 4 De Castres à Lézat

Chapitre 5 Carcassonne Entre Salvaza et Erminis

Chapitre 6 L’heure des comptes

Chapitre 7 Notre-Dame de Marceille

Dénouement

Remarque historique sur la suite des événements…

Notes de l’auteur

Remerciements.

Du Même Auteur

Editions TDO

 

 

 

 

 

Editions TDO

ISBN 9782366522075

Email : infos@tdo-editions.fr

 

www.tdo-editions.fr

 

LESCHEMINSDEPERDITION

La croisade des Pastoureaux

Guy Caillens

Note de l’auteur

Je voudrais rappeler que le récit qui suit n’est qu’un roman de fiction. Tiré de faits avérés, il est relativement fidèle au contexte de l’époque et doit être ressenti comme tel. Je considère toutes autres motivations, en parallèle avec l’actualité proche, comme illégitimes et contraires à l’esprit et au bien-fondé d’une démarche qui se veut loin de toutes discriminations.

 

 

Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il y en a beaucoup qui rentrent par là ; mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mène à la vie, et il y en a peu qui les trouvent.

Matthieu 14, versets : 13 et 14.

 

 

N’as-tu pas vu ceux qui échangent les bienfaits de Dieu contre l’incrédulité, et qui établissent le peuple dans la demeure de perdition ; dans la Géhenne où ils brûleront ?

Et quel mauvais gîte !

Sourate 14, versets : 28 et 29

Avant propos

Sommes-nous maîtres de notre destinée ou la subissons-nous ? Notre vie découle-t-elle toujours et uniquement de nos décisions ? Notre avenir s’inscrit-il uniquement dans notre façon d’évoluer, de nous construire ou de nous afficher ? Est-ce de nos unions ou bien de nos combats ou encore de notre façon de nous affirmer, que découle notre avenir et de celui de nos proches ?

Évidemment, me direz-vous après réflexion, et en cela vous n’aurez pas totalement tort. En effet, notre vie dépend en grande partie de nos choix, et c’est ce que dans mon enfance ma mère inlassablement m’apprenait. « En vérité, me disait-elle, il te faudra, mon fils, toujours savoir mesurer les conséquences de tes actes pour pouvoir faire face à tes devoirs. »

Pourtant, étrangement et en y réfléchissant, même si les conseils de cette merveilleuse femme étaient judicieux et empreints de sagesse, l’âge aidant, confronté aux dangers qui souvent m’entourèrent et malgré tout ce que j’avais appris d’elle et de mes maîtres, j’ai vite compris que ce que nous appelons « notre destin » était à l’évidence écrit longtemps à l’avance. J’ai vite compris qu’au-delà de nos gesticulations puériles et de nos espoirs chimériques, notre destinée pouvait échapper totalement à notre bonne volonté.

La vie n’est point un long fleuve tranquille… et heureusement, me direz-vous. La chance ou la malchance interviennent pour nous sauver des incidents convenus, et, malheureusement quelques fois, pour aussi nous plonger dans les ennuis et le drame. À cela, je vous répondrai que le péril qui ne fait que nous frôler nous rappelle combien est fragile l’existence humaine. J’ajouterai, que si la main de Dieu pour nous guider étend parfois sa protection sur nous – comme elle l’a toujours fait sur moi – alors, il ne nous reste plus qu’à rendre grâce au Seigneur, notre Dieu, pour son immense bonté.

En vérité, j’ai la certitude qu’une puissance divine décide pour nous et que nous ne sommes que de toutes petites choses entre ses mains. En conséquence, pour songer à exister, l’humilité doit être une règle de vie.

Dieu n’a-t-il point rappelé à lui, Son fils, après l’avoir laissé bien cruellement mourir sur la croix… Notre Père, à l’évidence, est seul maître en son royaume.

Depuis le péché originel, depuis la désobéissance d’Adam et d’Ève, afin de rejoindre les jardins du paradis nous sommes obligés, tout comme le Christ, d’emprunter dans la souffrance de la mort les portes de l’au-delà. Pourtant, et ce n’est pas croyable, certains de nos compatriotes s’imaginent pouvoir s’écarter de cette sacro-sainte règle. Contre la raison, ils se veulent au-dessus de cette fatalité. Fous et totalement inconscients, quelques-uns s’ingénient même à imiter le Père. En une illusoire démarche qui consisterait à repousser les limites de la vie, ils s’approprient le droit de vaincre les sortilèges de la mort. Or, nul ici-bas ne peut déroger à cette loi, ni les rois ni même les saints ou les bienheureux, car ils se comptent sur les doigts d’une main ceux qui ont repassé dans l’autre sens les portes du néant et, par la même, ressuscité d’entre les morts.

Voyez-vous, les Évangiles sont des plus explicites : « Si Jésus a bien ressuscité Lazare et avant lui le fils d’une veuve de la ville de Naïm, ainsi d’ailleurs que la fille de Jarïus ; si à l’instant de Sa mort certains trépassés près du Golgotha ressuscitèrent quand la terre trembla, aucun d’entre eux ne le fit avec « le corps glorifié » comme cela se passa pour le Christ. Tous, je dis bien tous, irrémédiablement, retournèrent un jour à la terre. »

Seul le Seigneur ressuscita vraiment des morts, m’apprit dans mon enfance mon maître, qui était aussi le commandeur des templiers de Vaour. « Le Christ et… et, se ravisa-t-il après une étrange hésitation, et peut-être certains dieux païens qui aujourd’hui sont heureusement oubliés des croyants et de notre mère l’église. »

Devant mon étonnement et ma curiosité, il avait ajouté plus bas, de peur sans doute qu’on ne l’entende :

« Dans des temps immémoriaux, ceux-là même qui sont traités dans l’Ancien Testament et à l’époque de Moïse, en pays d’Égypte, les hommes adoraient d’étranges divinités. Un certain Horus, qui eut, dit-on, une vie proche de celle de notre seigneur Jésus Christ. Enfanté par une vierge dénommée Isis, il aurait lui aussi ressuscité d’entre les morts. Tout comme son père Osiris, dont le corps avait été démembré en quatorze morceaux par son assassin de frère et jetés diversement dans le Nil. Cette divinité, représentée entourée de bandelettes de la tête aux pieds, serait revenue à la vie grâce à son épouse, la mère d’Horus. Mais tout cela, c’était avant la venue de Jésus… bien longtemps avant notre civilisation. »

Si mon tout premier propos traite de la destinée et de la mort des hommes et aussi de leur volonté d’imiter Le Tout-Puissant, c’est parce qu’en cet an de grâce 1320 de notre ère, je me suis, une fois encore, retrouvé mêlé malgré moi à une étrange affaire. Une mésaventure, si je puis dire, qui plus que toutes les autres m’a emmené, ainsi d’ailleurs que certains de mes proches, sur des sentiers que je qualifierai de « perdition ». Une randonnée où l’allégresse des premiers jours, associée à la douce chaleur du printemps, allait bien vite sentir le souffre de l’enfer et l’haleine fétide du diable. Une conspiration sordide où la violence, la cupidité et l’ignorance, allaient s’allier à la haine de l’étranger et bien sûr, comme toujours, à l’intolérance. Une conjuration qui malheureusement s’était déjà produite au siècle précédent et qui allait concerner à la fois notre peuple – et particulièrement ses enfants – mais aussi toutes les forces vives du royaume. Une tragédie qui s’engagea le premier jour du printemps et se termina le dernier jour de l’été. Un drame sordide qui restera à jamais gravé en lettres de feu dans le grand livre d’histoire de notre fier pays.

Alors que les blés blondissaient et ondoyaient à nouveau dans nos campagnes, fatigués d’avoir depuis cinq longues années subi la faim, la froidure et bien des malheurs ; aigris et haineux, le cœur meurtri et le vague à l’âme, des gueux et des enfants par milliers se mirent à envahir les routes du royaume pour y semer d’immenses troubles. C’est l’histoire de ces désœuvrés, que l’on nomma Pastoureaux, parce qu’ils étaient pour le plus grand nombre des bergers, et aussi celle bien plus étrange du manteau d’Isis et des Vierges-Noires, que je me dois de vous conter par le menu. Une aventure que je ne suis pas prêt d’oublier, qui rassembla en une folle équipée trois groupes d’individus qui n’auraient jamais dû se rencontrer…

 

LIVREPREMIER
Les Vierges-Noires

Chapitre 1
Le Mont au péril de la mer
Avril 1320

D’un même mouvement, ils avaient tous tourné la tête vers le couchant quand la cloche de brume avait retenti. Les hailles de brouillard qui les entouraient maintenant ensevelissaient l’espace d’un étrange voile blanc. Un voile cotonneux, qui, comme chaque année à pareille époque, recouvrait la côte en un instant. Par son épaisseur insolite ne dépassant guère deux fois la hauteur d’un individu, il inventait un décor féérique. Une douceur duveteuse et palpable que les pêcheurs redoutaient par-dessus tout et qui piégeait les pèlerins et autres téméraires surpris à traverser tardivement l’immensité sableuse de la baie. Alors… pour ne pas vivre trop cruellement ce moment d’égarement, il fallait très vite prendre la bonne décision.

― Avançons en direction de la cloche, il n’y a plus un instant à perdre, ordonna le guide d’une voix forte, nombreux ceux que la marée a surpris. Un grondement sourd l’annonce… elle avance, court, glisse et arrive à vos pieds. Ce froid qui glace et mouille, c’est elle. Et si la terre ferme est trop loin, alors... Alors, personne ne peut plus rien pour vous !

C’est ce qu’ils avaient tous compris en se donnant la main et en pressant le pas.

Le Mont Saint-Michel, cet ilot rocailleux, ce donjon naturel exposé aux vents venus de l’océan, ce roc tutélaire, cette silhouette pyramidale posée dans le lointain tel un joyau sur son écrin de sable, ils l’avaient longuement admiré avec une certaine crainte depuis les bords déchiquetés de la grève.

Arrivés la veille, alors que la nuit tombait, ils avaient dormi pelotonnés les uns contre les autres en bordure du village de Courtils, dans les ruines sans toiture d’une ancienne bergerie. Il y avait là, âgé d’une trentaine d’année, Hamélius de Laignelet, qui était moine au prieuré du Halay. Il était en charge d’un groupe de cinq gosses de huit à quinze ans. Louis Pichard, dit Gros-Louis, venait du manoir de l’Artoire, une sergentise{1}. Un adolescent assez grand qui à l’évidence, devait son surnom à son encombrant tour de taille. Venaient ensuite Colin et sa sœur Huéline Bosserel, du relais de chasse de « la Foresterie » près du hameau de Châtel. Puis c’était Antoine, un enfant malicieux qui avait été recueilli à la mort de ses parents et adopté par le meunier du moulin d’Avion, et enfin, Gilles de Ber, un silencieux, qui habitait près du château, rue du bourg-vieil à Fougères. Tous venaient de cette ville ou de ses environs immédiats, et tous partaient au pèlerinage annuel des enfants à l’occasion des fêtes pascales.

Place forte importante en limite du Maine et de la Normandie, pour être bâtie aux confins de la Bretagne, Fougères, au carrefour de deux anciennes voies romaines, vivait paisiblement du tissage, du commerce du drap et de ses nombreuses tanneries.

Les moines du prieuré du Halay de Landéan, situé à l’orée nord de la forêt proche, se relayaient pour envoyer chaque année à pâques un des leurs accompagner un groupe demiquelots{2} au pèlerinage organisé par l’abbaye du Mont Saint-Michel.

Au grand dam de son responsable et pour la première fois depuis des lustres, la riche paroisse de Saint-Léonard de Fougères, aidée des principales confréries de la ville, avait décidé de faire cette année son propre cortège. Les enfants de familles aisées – cela avait été définitivement convenu – délaisseraient une fois pour toute cette abjecte promiscuité avec les pauvres. L’impertinence générée à leur contact devenait trop indécente à supporter. Elle renvoyait, à l’opposé de la religiosité et de sa vertu, à un indéterminisme laissant entrevoir des comportements rustauds et des manières par trop affligeantes. Ignorant ouvertement l’antique prieuré, on entendait en haut lieu ne plus mélanger à l’avenir les torchons et les serviettes. Conscients des us et coutumes, il fut néanmoins laissé aux moines du Halay l’autorisation de s’occuper des miséreux et de tous les rejetons de la campagne et de la forêt profonde qui voudraient bien rejoindre leurs rangs.

Contrarié, vexé même de cette iniquité, mais foncièrement têtu, le prieur avait insisté au sein de sa communauté pour que l’on maintienne cette tradition séculaire. Hamélius avait donc battu le pavé, afin de regrouper autour de lui les enfants désireux de l’accompagner sur les routes dites de Paradis{3}.

Avec un certain flegme, le jeune moine aux cheveux cuivrés et à la mine austère, s’était donc coltiné ce qu’il devinait être une corvée. Il faut dire que depuis plusieurs semaines un différend l’opposait à ses frères en Jésus-Christ. Une histoire de préséance au poste tant convoité de cellérier qui venait de lui échapper au profit d’un lointain neveu du prieur. Un pistonné bien plus instruit que lui, que l’on s’était bien gardé de désigner comme accompagnateur. Un dépit qui évidemment s’ajoutait à la longue liste des désagréments qu’on lui infligeait depuis qu’il s’était mis en tête d’exister.

Sans grande conviction, il avait donc fait le tour de la forêt voisine, de ses bourgades et de ses fermes et n’avait trouvé que quelques rares candidats susceptibles de le suivre en pèlerinage. De fait, ils n’étaient que cinq à lui emboiter le pas au petit matin de ce troisième jour d’avril qui était un jeudi. Cinq enfants perdus. Cinq bons à rien rejetés plus que gentiment confiés.

― Rouquin, tu peux le prendre si ça te chante, et on t’en voudra pas d’oublier de nous le rendre, lui avait-on franchement dit pour chacun d’eux. Un feignant et un ingrat, un enfant que par bonté on a recueilli et qui coûte plus à nourrir par ces temps de disette qu’à élever…

Quatre garçons et une fille qui avaient ramassé leur maigre baluchon et qui docilement avaient suivi le moine sans véritablement broncher.

« Cinq, seulement cinq, c’est peu, s’était dit le prieur en les regardant franchir la porte de l’enceinte. C’est vraiment peu, mais après tout, si les choses tournent ainsi vinaigre, cela n’est point de mon fait ! Et si Dieu le veut ainsi… en fin de compte, un sou étant un sou, songea-t-il en se frottant les mains, nos fragiles finances n’en seront point affadies cette année ! »

 

Sur le chemin montois{4}, après deux longues étapes de sept lieues, sans avoir fait de mauvaises rencontres ni avoir rencontré detuchins{5}, ils avaient tous les six atteint l’océan. À l’aube de ce troisième jour et alors que le ciel était encore bien dégagé, après avoir rejoint la grève déchiquetée, ils avaient courageusement décidé de traverser la périlleuse baie. Depuis la Roche Torin, leur point de départ, un passeur grassement payé les guidait maintenant à toute allure vers le Mont Tombe.

Bien sûr, comme souvent à cette saison, le vent avait tourné et ils avaient passé une bonne heure surpris par le brouillard à se mouvoir sans plus rien voir. À s’empresser, le cœur au bord des lèvres, et à patauger en silence dans les lises mouvantes de sable et de limon d’argile blanche. L’esprit bientôt en totale léthargie, seule la peur de l’enlisement et de la cruelle noyade leur avait donné la force d’affronter ces étranges nuées, ce brouillard laiteux et diaphane fait – disait-on dans la région – des âmes de ceux qui dormaient à tout jamais sous la tangue{6}.

Maintes fois, ils avaient croisé des spectres en guenilles qui cheminaient dans la pénombre blafarde. Maintes fois, ils avaient contourné des flaques d’eau et de multiples rus qui leur barraient la route. Plusieurs fois même, grâce au tintement de la cloche, le guide s’était arrêté afin de s’orienter pour retrouver plus sûrement son chemin.

Après quelques hésitations et alors que l’angoisse de se perdre se faisait plus forte, que la panique allait soudain les prendre et que la mer implacable s’annonçait toute proche, ils perçurent enfin des éclats de rire devant eux, là-bas, au loin.

Épuisés, les jambes engourdies et tremblantes, les cheveux ruisselants de rosée, ils étaient tous en sueur et n’en menaient pas large quand ils atteignirent la rive rassurante. En abordant le rocher bienveillant, ils n’étaient pas les seuls à reprendre leur souffle et à afficher un sourire radieux. Le dicton qui laissait entendre « que pour être un bon pèlerin, il vaut mieux faire avant de partir son testament », prenait tout à coup dans l’esprit de chacun sa pleine justification.

Chargé d’adrénaline et empreint de solitude, l’épisode dangereux et pénible qu’ils venaient de vivre se dissipait enfin pour faire place à une perspective nouvelle. En vérité, sur le ponton en bois qui prolongeait la grève, et sur l’espace à peu près plat qui servait d’accès principal, il y avait foule. Même si on n’y voyait encore qu’imparfaitement, les cris, les interpellations, les satisfactions et les clameurs en tout genre laissaient penser au regroupement d’un très grand nombre d’individus.

Quand la brume enfin s’effilocha, en laissant voir d’abrupts talus recouverts d’herbe rase, nos amis découvrirent, regroupée autour de nombreuses bannières, une foule en liesse qui s’étreignait en se recomptant. Comme au-dessus, et enfin victorieuses du ciel, les fières murailles monastiques surmontées de l’Archange apparaissaient enfin… relayant un des leurs à la voix cristalline, dans l’allégresse de leur triomphale traversée, par centaine et d’une même voix, les miquelots entonnèrent avec ferveur un chant dédié tout entier à la louange de Dieu.

 

Une heure plus tard, tandis qu’une brise perfide et froide tempérait les ardeurs, et pendant que les vagues au grand galop faisaient du Mont une île, après avoir partagé sur le pouce les dernières provisions qu’ils avaient, nos amis, toujours dirigés par le passeur, s’engagèrent sur le chemin de grève qui menait vers l’enceinte du village construit bien plus haut sur le rocher. Assurément, ils étaient bien des centaines – voire même près d’un millier – tels des oiseaux à nicher sur les tertres aménagés à flanc de coteau. Abrités sous des tentes de toile qui claquaient au vent, dans les creux des rochers ou sous de maigres taillis, ils avaient envahi l’espace resté libre de part et d’autre du sentier. Des habitations faites de bric et de broc avaient surgi de nulle part et, au dire du passeur, comme chaque année à pareille époque, la folie s’était emparée du Mont.

― Il nous faut rejoindre l’aumônerie au plus vite, ordonna Hamélius au guide qui les précédait. Depuis des années, notre prieuré détient un passe-droit. Peux-tu nous amener jusque là-bas ?

― Bien sûr, répondit celui-ci. Malgré votre petit nombre, votre pennon, que j’ai reconnu pour le voir chaque année, m’a décidé à vous préférer. Je sais l’amitié qui lie depuis longtemps votre prieur à notre abbé. Venez, ne me perdez pas de vue. La foule va se faire de plus en plus dense et il nous faudra nous infiltrer dans d’interminables encombrements avant de franchir lesremparts{7}.

Il fallut en effet jouer des coudes sur l’étroite route qui montait vers le village, et ensuite prendre son mal en patience pour accéder à la herse et au portail situé entre deux altières tours aux toitures hourdées de bois et recouvertes de lauzes.

― Qui sont ces gens, qui ne parlent pas notre langue ? demanda ingénument Antoine, en désignant un groupe d’enfants qui s’adossaient à la chemise de pierre{8} d’une des fortifications.

― Ceux-là viennent de loin, expliqua le guide à l’allure joviale, de très loin même… À voir leurs bannières, je dirais de Lübeck et d’Hambourg. Les autres, plus bas, sont de Cologne. Il y a cette année des groupes de Bruges et aussi de Londres. La semaine passée, il y avait même des Provençaux et des Génois.

― Ils sont maigres et bien fatigués, s’étonna Gros-Louis.

― Pour être depuis longtemps sur les routes, ils arrivent épuisés, ajouta le passeur. Beaucoup de leurs compagnons sont morts de faim et de froid en voulant rejoindre le Mont. Contrairement à vous, qui n’êtes qu’à deux jours de marche, ceux-là ont tout sacrifié pour atteindre notre Jérusalem céleste. Certains, poussés par une force irrésistible et pour vénérer l’Archange, sont partis sans même l’autorisation de leurs parents.

Au bruit sec et répété d’une tapette que l’on agitait, la foule derrière eux s’écarta et sur les ordres de deux soldats armés de piques, un groupe d’estropiés prit place à son tour non loin de l’entrée.

― Ce rocher, ajouta le guide, est un des plus importants et des plus riches sanctuaires chrétiens. Paix au milieu de la tourmente, la Merveille{9}, à l’évidence et comme vous pouvez l’imaginer, se mérite… Voyez-vous, dit-il en montrant les hautes murailles tachées de mousses et de lichens, seuls les cœurs purs ont le droit de passer cette vénérable enceinte que sur l’ordre de Dieu les hommes ont construit.

Pendant que de gros nuages noirs envahissaient le ciel, une bourrasque de vent se fit plus forte et un frisson bien involontaire s’empara de Huéline qui instinctivement chercha la main de son frère.

― J’ai peur ! dit-elle… Cet endroit sinistre et gigantesque me fait peur.

― N’aie crainte petite sœur. Même si tout ici est démesuré et imposant. Si tout est plus sauvage, plus grandiose, et qu’une immense tristesse semble ronger ces bâtiments, je suis certain que le prince des anges qui y est vénéré en ce lieu veillera sur nous. Vois-tu, notre mérite à être ici, n’en est pas moins grand que celui des autres. Nos cœurs sont purs et nos intentions des plus louables…

― Sans doute, mais regarde autour de nous… ces malades, ces enfants apeurés et ces infirmes en nombre. Ces étrangers qui nous dévisagent et nous entourent. Cette foule immense et ces gros oiseaux qui ne cessent de nous survoler et de méchamment nous crier dessus. Entends-tu le vent mugir et la mer maintenant gronder sous la muraille ?

― Calme-toi petite sœur et garde confiance. Je suis là, à tes côtés, et nous ne risquons rien. C’est bientôt à notre tour d’entrer, alors, n’aie plus peur !

Ils durent néanmoins attendre un bon moment pour passer la herse d’entrée. Enfin libéré de la cohue, et seulement bien longtemps après que Hamélius ait payé le droit de péage pour accéder à l’abbaye, le petit groupe pénétra dans le bourg. S’il y avait bien moins de monde qu’au-dehors, la rue principale restait encombrée de chalands et aussi d’un grand nombre de pèlerins désemparés. Il fallut encore s’armer de persévérance pour monter les multiples rampes ouvertes à tous les vents. Savamment étagées, elles s’échelonnaient entre les murs de pierre, les étals des commerçants, les maisons faites de bois et de torchis et les toitures aux tuiles noircies par la fumée.

En tête de file et avec toujours le même zèle, Gilles, qui n’avait dit mot depuis la grève, devant l’immensité de la baie qu’il découvrait, s’accouda un instant au rempart que l’escalier tutoyait. Impressionné par la vue, il convia ses amis au spectacle.

― C’est admirable… c’est un paysage incroyable à voir ! dit-il en reprenant son souffle et en invitant ses compagnons à découvrir l’horizon.

― L’ile que l’on aperçoit c’est Tombelaine, indiqua bras tendu le passeur. Et là-bas sur la côte, la traversée à marée basse se fait à partir des Genêts au nord, de Grouin et du gué de l’Épine à l’est, de Courtils d’où nous sommes partis, ou de Beauvoir, plein sud, près de l’embouchure du Couesnon…

― On aura tout le temps d’admirer le panorama plus tard, rétorqua Hamélius, qui semblait impatient et nerveux. Si on veut une soupente pour dormir, il nous faut nous dépêcher.

Le portail du monastère passé, le guide abandonna le petit groupe au bon soin de deux gardes et leurs besaces furent fouillées par un moine soupçonneux. Dans la porterie au sol inégal et formée de trois travées voûtées de croisées d’ogives, l’attestation de privilège fut vérifiée par un autre religieux qui faisait office d’aumônier. Le prix du séjour payé, les multiples recommandations faites et après la distribution d’une médaille en étain représentant Saint-Michel terrassant le dragon, un novice à la barbe juvénile les prit en charge.

― Venez, leur dit-il. Venez que je vous montre les lieux réservés aux enfants de votre condition.

Par un passage qui donnait à la base de la tour des Corbins, le jeune garçon les fit pénétrer dans l’aumônerie.

C’était une vaste et profonde salle à deux nefs, qui sentait, en plus de sa jonchée{10} moisie, un remugle fait de sueur et d’acres fumées. Alignée sur de puissantes colonnes de pierre, une séparation de bois partageait l’espace en deux parties distinctes. Le côté sombre, contre le rocher, chargé de multiples séparations et recouvert d’une belle épaisseur de paille, servait de dortoir. L’autre côté, éclairé par des fenêtres à voussures profondes et encombré de bancs et de tables, faisait office de réfectoire.

― Vous les enfants, décréta le moinillon en montrant le cloisonnement du fond, vous vous installerez là. En vous serrant un peu, vous trouverez quelques places encore libres dans le recoin que fait le mur.

Comme un refrain récité par cœur, il ajouta :

― Deux collations sont servies chaque jour. Le prendium en fin de matinée et la cena avant la nuit. À midi, outre le choix entre deux plats chauds, nos frères distribuent pour la journée une hémine{11} de vin et une livre de pain par personne. Le soir, on ne boit que de l’eau et on ne mange que les reliefs accommodés du repas précédent. Il est à savoir que les nourritures se prennent dans le plus grand silence.

Sur le même ton et avec le même sérieux, il précisa encore :

― Demain, dimanche, qui est le jour de la célébration de l’annonciation, il ne sera servi qu’un repas et un seul plat maigre agrémenté d’un fruit. La cloche détermine les offices où nécessairement vous êtes fortement conviés. Enfin, je vous rappelle que pour sortir du monastère et surtout pour y pénétrer, il vous faudra montrer aux gardes de la porterie la médaille numérotée que l’on vous a remise. J’ajoute, et pour en terminer, que la clôture{12}, réservée aux moines, vous est interdite ainsi qu’aux personnes du siècle. Voilà, rien de plus, si ce n’est que notre abbé, Jean de la Porte – Dieu veille encore longtemps sur lui – vous souhaite la bienvenue et un bon séjour dans nos murs… Des questions ?

Les têtes baissées, comme nul ne pipait mot, le novice se tourna vers Hamélius.

― À votre tour mon frère, venez ! Il nous faut monter au dernier étage. Le dortoir et le réfectoire qui nous sont attribués donnent sur le cloître. Un endroit de recueillement qui tout en haut de la Merveille jouxte l’église… Suivez-moi, voulez-vous !

Devant l’étonnement et l’inquiétude qui se faisait jour sur les visages de ses compagnons, l’accompagnateur objecta :

― On m’a confié ces enfants, je préférerais, si c’est possible, rester près d’eux…

― Passé la porte, répliqua le postulant, vous vous êtes tous placés sous la seule responsabilité de notre père abbé. De plus, mon frère, votre habit, identique à tous les religieux qui vivent ici, vous met, par là-même, sous ses ordres. Rassurez-vous, ajouta gentiment le jeune homme en voyant la tristesse poindre dans les yeux des enfants, votre place auprès d’eux pourra se faire en dehors des offices, des repas et de certaines de vos futures obligations…

Affligé de quitter momentanément ses nouveaux amis, le moine accompagnateur se tourna vers eux et s’accorda à dire :

― Mes enfants, je reviendrai près de vous dès que je le pourrai.

Dans l’interminable escalier à vis de la tour des Corbins, qui menait au deuxième étage du monastère, Hamélius garda un silence amer. Il le gardait encore quand, à bout de souffle, il découvrit l’incroyable salle où les moines chaque jour prenaient leur repas.

― Nous voici chez nous, indiqua le novice en refermant soigneusement la porte d’un tour de clef. Pour rejoindre les vôtres, le chemin de retour devra nécessairement se faire par l’ancienne aumônerie. Une partie de l’abbaye que je vous montrerai tantôt et où vous devrez passer nécessairement, car cet escalier est strictement réservé aux résidants.

Éclairé par cinquante-neuf fenêtres étroites et hautes, avec sa voûte carénée en berceau de bois, ses bancs et ses tables rigoureusement alignées, l’immense réfectoire fit prendre conscience à l’accompagnateur qu’il avait le privilège de pénétrer dans la cour des Grands.

L’inquiétude d’être séparé de ses jeunes amis, qui occupait précédemment son esprit, s’estompa soudain et fit place à une légère fierté. Celle, semblait-il, d’être enfin considéré.

Par le fond de cette vénérable et vertueuse salle, les deux hommes accédèrent au cloître où déambulaient un petit groupe de moines. Le bruit que fit la porte en s’ouvrant figea pendant un instant la discussion particulièrement animée qui semblait les préoccuper. Étonnés de voir débouler un nouveau venu, ils le toisèrent avec une certaine froideur. Après le passage des deux hommes, qui malgré l’altière beauté des lieux ne s’éternisèrent pas, la conversation reprit de plus belle.

― Le dortoir est par là ! déclara le jeune novice qui découvrit un Hamélius contrarié de s’être vu aussi laidement dévisagé.

― Serait-ce mon arrivée qui jette le trouble ? demanda le moine avec inquiétude.

― Rien à voir avec vous, mon frère. Enfin… avec vous qui venez à peine d’arriver.

― Qu’est-ce à dire ?

En haut des quelques marches qui menaient à la porte du dortoir, le guide des lieux ajouta :

― Voilà deux jours, un religieux, d’un âge plus avancé que le vôtre et que j’avais installé, comme je le fais avec vous… s’est avéré apostat et s’est vu expulsé sur ordre du chapitre. La chose s’est faite sans ménagement et le scandale est venu s’ajouter aux troubles qui agitent en ce moment notre communauté.

― Des troubles, ici ?

― Ne restons pas là, venez ! décréta le novice en se pinçant les lèvres. Je ne voudrais pas que l’on me surprenne à colporter des ragots et des rumeurs qui se veulent infondés. Je pourrais être puni. Frère Mormand, notre prieur, n’est point tendre avec la discipline.

Contigu au mur de l’église, le bâtiment, chichement éclairé par de petites ouvertures, était, de par son orientation plein nord, sombre et glacial. Pour préserver l’intimité, l’âge et la hiérarchie, des cloisons de planches fractionnaient à mi-hauteur l’espace en plusieurs courtines. L’une d’entre elles servait de dortoir aux moines de passage. Dans la pénombre, des estrades de bois séparées par des coffres cerclés de fer courraient contre les murs et servaient de literie, et alors que des porte-manteaux et des braséros disposés dans les pièces complétaient cet ameublement spartiate, sur le manteau de la cheminée centrale et commune on pouvait voir un christ peint en majesté. Enfin, adroitement agencés dans des niches creusées dans les murs, des calels{13} en terre cuite et en nombre attendaient d’être allumés.

― Votre matelas est le dernier de la rangée, décréta le moinillon. Un porte-manteau, une couverture et un oreiller sont à votre disposition. Pour les trois soirées à venir, vous devrez, juste après vêpres{14}, impérativement réanimer la cheminée et l’approvisionner de plusieurs bûches. Il y va du confort de tous pour la nuit. Ce sera, avec l’entretien en huile des luminaires et l’approvisionnement en eau potable de cette salle, votre corvée en titre.

― Crédiou ! pensa le moine à haute voix, à peine arrivé et déjà livré à besogne.

― C’est la règle ici. La même pour les nouveaux arrivants… À moins que le chantre ne vous désigne, vous serez exempté de mâtine{15}, ce qui vous permettra d’entretenir le feu et la lumière pendant tout le temps que durera la prière de la nuit. C’est vous aussi qui moucherez les lampistous au lever et qui viderez les seaux d’aisances entre laudes et prime{16}. Enfin, quand je dis : c’est vous… je veux dire, à l’intérieur de la clôture. En dehors, vous pouvez vous faire aider. C’est ce que font tous nos frères quand ils sont de corvée. Des questions ?

― Pas vraiment… les corvées en général ça me connaît ! Par contre, à quels troubles faisais-tu allusion ? Qu’est-ce qu’il se passe céans ? Et de quelles rumeurs s’agit-il ?

― Ne me posez pas de telles questions, mon frère. Un chapitre se tient en ce moment dans la salle de l’officialité entre l’abbé et ses conseillers. Il nous informera des dernières nouvelles connues ce soir, au repas. Moi, j’en ai déjà trop dit ! Allez venez, je dois encore vous montrer les latrines, la citerne et l’appentis où l’on stocke le bois. Et ensuite… et surtout, le chemin le plus simple pour vous permettre de retrouver la porterie et les pèlerins dont vous avez la charge…

 

Pendant que leur accompagnateur découvrait les inconvénients du pèlerinage, les enfants avaient accroché leurs besaces à des pitons scellés au mur. Impatients comme on peut l’être à cet âge, ils trouvaient le temps bien long en attendant Hamélius. Assis bien sagement dans la paille de leur stalle, ils conversaient à voix basse quand une troupe fit soudain irruption dans l’aumônerie en chantant à tue-tête. Ils étaient une dizaine de vilains garçons, armés de bourdons et d’oriflammes, à se réjouir et à s’invectiver.

― Un miracle ! affirmaient les uns.

― Une révélation et un signe qui ne trompe pas ! attestaient les autres en acquiesçant de la tête.

― Une certitude, oui ! Une belle certitude, s’exclama l’un des plus cabochards qui avait pris le parti de monter sur un banc. La preuve évidente que le prédicateur est un thaumaturge et non, comme le laissent croire les moines de cette abbaye, un vulgaire escroc…

Dans le silence qui venait de se faire, exalté, les yeux brillants, il ajouta :

― Vous êtes témoins, et tout comme moi, de vos yeux grands ouverts, vous avez vu comment la colombe est venue de nulle part, et comment elle s’est mise à tourner au-dessus de l’enfant à la chevelure couleur neige, quand il s’est agenouillé en invoquant la Vierge. Comment, elle s’est approchée de lui à l’effleurer quand son sang vermeil a coulé de ses mains et ensuite de son côté et de ses pieds. Aussi, lorsque des croix bleutées se sont dessinées distinctement sur ses bras et sur son torse, qu’il a crié : « Jérusalem, Jérusalem » et que ses yeux se sont révulsés, alors qu’il se tournait vers la chapelle Saint-Aubert… c’est sur sa tête qu’elle s’est posée. Et c’est sur lui, qu’elle est encore perchée…

― C’est vrai ! On l’a tous vu. Tu as raison, affirmèrent les adolescents subjugués par le prodige auquel ils venaient d’assister.

― Dans la foule qui nous entoure, reprit le garçon, et qui comme nous est venue en pèlerinage vénérer l’Archange, il est le signe attendu. Croyez-moi, désormais, il est la lumière à suivre…

― Alléluia, alléluia, s’écria le groupe galvanisé.

Sur ces entrefaites, la porte s’ouvrit et un autre gosse entra en...