Les Chinois à Saint-Pétersbourg

Les Chinois à Saint-Pétersbourg

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Livres
250 pages

Description

De deux à cinq millions de Chinois seraient présents aujourd’hui sur le territoire russe. Qui sont ces migrants? Quelles raisons les poussent à choisir la Russie comme pays d’accueil? Quelles sont leurs activités principales et comment s’insèrent-elles dans les tissus économiques locaux? Qu’en est-il de la vie associative au sein de cette population ? Quelle politique la Russie a-t-elle adoptée à l’égard de cette nouvelle population ? Comment la population locale russophone réagit-elle à la présence de migrants chinois en Russie?
Basé sur des informations qualitatives et quantitatives originales recueillies lors de quatre missions de terrain en Chine et en Russie, cet ouvrage dresse le portrait de la communauté chinoise à Saint-Pétersbourg et, à travers elle, celui de la diaspora chinoise en Russie. L’auteure analyse le processus de formation d’une communauté ethnique, son évolution dans le temps et en fonction des différents facteurs sociopolitiques et économiques, sa place au sein de la société d’accueil et ses perspectives de développement.

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Date de parution 26 août 2015
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EAN13 9782760542884
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Existe-t-il un modèle de développement asiatique? Quel est l’héritage des fractures
eopérées lors de l’irruption des puissances occidentales au XIX siècle? La notion de
développement durable existe-t-elle en Asie?
La collection Asies contemporaines tente de répondre à ces questions en rassemblant des
ouvrages destinés à approfondir nos connaissances sur les processus de transformation
des sociétés et des États du continent asiatique.
Les auteurs s’intéressent aux diverses formes de développement – économique, social,
culturel, politique – et aux modes de gouvernance – gouvernements national et régionaux,
politiques pratiquées, choix sociétaux, représentations de la place de l’Asie contemporaine
dans une dynamique de mondialisation économique axée sur le modèle occidental et un
monde unipolaire dominé par les États-Unis.Les Chinois
à Saint-PétersbourgDANS LA MÊME COLLECTION
La Chine et le Monde
Quelles nouvelles relations, quels nouveaux paradigmes?
Sous la direction de Éric Mottet, Barthélémy Courmont et Frédéric Lasserre
2015, ISBN 978-2-7605-4143-6, 326 pages
Marches et frontières dans les Himalayas
Géopolitique des conflits de voisinage
Emmanuel Gonon
2011, ISBN 978-2-7605-2703-4, 376 pages
Disparités régionales et inclusion des minorités
Les défis de la Chine après les Jeux olympiques de Beijing
Huhua Cao et Sabrina Bergeron
2010, ISBN 978-2-7605-2442-2, 164 pages
L’éveil du dragon
eLes défis du développement de la Chine au XXI siècle
Sous la direction de Frédéric Lasserre
2006, ISBN 2-7605-1390-4, 476 pages
La colonisation agricole au Viêt Nam
Steve Déry
2004, ISBN 2-7605-1312-2, 310 pages
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par des professionnels. L’objet du logo apparaissant ci-contre est d’alerter le
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développement massif du «photocopillage».Les Chinois
à Saint-Pétersbourg
Histoire et portrait d’une communauté en
mutation
Olga V. AlexeevaCatalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et
Bibliothèque et Archives Canada
Alexeeva, Olga V.
Les Chinois à Saint-Pétersbourg: histoire et portrait d’une communauté en mutation
(Asies contemporaines)
Comprend des références bibliographiques.
ISBN 978-2-7605-4286-0
ISBN EPUB 978-2-7605-4288-4
1. Chinois – Russie – Saint-Pétersbourg. 2. Saint-Pétersbourg (Russie) – Émigration et
immigration. 3. Chinois – Pays étrangers. I. Titre. II. Collection: Asies contemporaines
DK510.35.C5A43 2015 305.8951 C2015-940332-4
Conception graphique
Richard Hodgson et Michèle Blondeau
Images de couverture
Olga V. Alexeeva
Mise en pages
Interscript
eDépôt légal: 3 trimestre 2015
› Bibliothèque et Archives nationales du Québec
› Bibliothèque et Archives Canada
© 2015 – Presses de l’Université du Québec
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
Imprimé au CanadaR E M E R C I E M E N T S
Ce livre est l’aboutissement de plusieurs années de recherches consacrées à l’histoire de
la communauté chinoise en Russie et à la sociologie des migrations chinoises
internationales. Je voudrais ici remercier des personnes qui m’ont guidée et accompagnée
sur ce chemin plein de détours.
Je pense d’abord à tous les Chinois rencontrés à Saint-Pétersbourg et dans mes
périples à travers la Chine. À tous ceux qui m’ont gratuitement consacré leur temps, à
tous ceux qui ont pris la peine de remplir un questionnaire ou de participer à un entretien,
je veux dédier ici mes plus sincères remerciements. Ce travail n’aurait pas pu exister sans
leur confiance.
Je ne remercierai jamais assez le professeur Éric Guerassimoff, de l’Université Paris
VII-Denis Diderot, pour la confiance qu’il m’a accordée en acceptant d’encadrer mon
travail et pour m’avoir formée, conseillée et guidée tout au long de mon parcours doctoral.
Mille mercis au professeur Frédéric Lasserre, de l’Université Laval, pour ses judicieux
conseils, sa critique constructive et pour la lecture très attentive de ce travail. Sans son
soutien et ses encouragements, ce livre ne serait sans doute pas.
Je n’aurais de plus jamais réussi à réaliser mes enquêtes sans l’aide précieuse de mes
collaborateurs russes et chinois, les professeurs Vilya G. Gelbras, Alexander G. Storozhuk
et Pang Ying. Merci pour leur patience, leur disponibilité et leur générosité!
Un grand merci également à mes amis qui m’ont soutenue dans la réalisation de ce
projet: Benoît Menut, Catherine et Gabriel Sevilla, Juliette Sevilla, Fabrice Perron et
Frédéric Raguenez. Votre soutien indéfectible, votre hospitalité chaleureuse et votre
enthousiasme à l’égard de mes travaux m’ont permis de ne jamais dévier de ma «voie
académique».
Pour leur assistance – aussi bien matérielle que morale – et leurs encouragements, qui
m’ont permis de réaliser mes recherches doctorales dans les meilleures conditions, je
remercie chaleureusement Tatiana Zakhodnova, ma mère, ainsi que Victor Alexeev, mon
père, à qui ce livre est dédié.LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
Figure 1.1 Répartition des Chinois présents à Leningrad selon l’âge (en%)
Figure 3.1 «Qui vous a donné l’idée de partir en Russie?» Répartition des réponses des
Chinois vivant à Saint-Pétersbourg, 2006 (en%)
erFigure 3.2 Population des migrants chinois de Saint-Pétersbourg au 1 janvier 2007
(jour de référence)
Tableau 1.1 Activités professionnelles des Chinois arrêtés lors des purges staliniennes à
Leningrad, 1935-1950
Tableau 3.1 L’évolution du niveau de connaissance de la langue russe par des migrants
chinois, Saint-Pétersbourg, 2006
Tableau 4.1 Répartition de la population totale et de la population d’étudiants selon le type
de logement en Russie, Saint-Pétersbourg, 2006 (en%)
Tableau 4.2 Les principales difficultés de vie en Russie rencontrées par les étudiants
chinois, Saint-Pétersbourg, 2006I N T R O D U C T I O N
La circulation migratoire entre la Chine et la Russie a une longue histoire. Les perspectives
de développement de cette circulation sont définies par la proximité géographique des
deux pays, par la complémentarité de leurs économies et par les relations politiques assez
intenses dans le passé et à l’heure actuelle.
La Russie, qui est devenue relativement tard un pays d’accueil pour les migrants
chinois, est un cas particulier dans l’histoire des mouvements de populations, car, à la
esuite des changements politiques violents survenus au début du XX siècle, le processus
migratoire y a été pratiquement interrompu pendant soixante-dix ans. La circulation à
l’intérieur comme à l’extérieur du pays a été interdite et la communauté chinoise y a été
réduite à quelques milliers de personnes naturalisées et complètement intégrées dans la
société russe. Après la dissolution de l’URSS en 1991, la Russie s’est à nouveau ouverte
aux migrations chinoises, qui se sont multipliées d’une année à l’autre.
Aujourd’hui, avec une Chine en plein développement et une Russie qui tente de se
remettre d’une crise profonde, la migration chinoise se situe dans une conjoncture aux
eantipodes de celle qui prévalait à la fin du XIX siècle. La circulation migratoire semble
faire partie de la stratégie économique de la Chine qui la considère plutôt comme une
coopération entre les deux pays. Les Russes échangent leurs matières premières et leurs
ressources naturelles contre des produits alimentaires de grande consommation et contre
une main-d’œuvre chinoise abondante, toujours disponible et que nul ne vient
concurrencer. Les migrants chinois jouent un rôle majeur dans le développement de ces
processus: ils ont établi de nombreux liens économiques, sociaux et culturels entre les
deux pays qui façonnent désormais les relations sino-russes.
Le nombre exact de Chinois présents aujourd’hui sur le territoire russe est inconnu. La
presse russe ainsi que le personnel politique donnent des estimations différentes, mais
toujours élevées, de l’ordre de 2 à 5 millions de personnes. Les migrants chinois se sont
répartis principalement dans l’Extrême-Orient russe, mais aussi dans les grandes villes de
Sibérie (Krasnoïarsk, Ekaterinbourg, Novossibirsk) et dans la partie européenne de la
Russie (Moscou et Saint-Pétersbourg). Qui sont ces migrants? Quelles raisons les
poussent à choisir la Russie comme pays d’accueil? Quelles sont leurs activités principales
et comment s’insèrent-elles dans les tissus économiques locaux? Qu’en est-il de la vie
associative au sein de cette population? Quelle politique la Russie a-t-elle adoptée àl’égard de cette nouvelle population? Comment la population locale russophone réagit-elle
à la réapparition des migrants chinois en Russie? Pour répondre à ces questions, nous
avons décidé de privilégier une échelle d’analyse microspatiale qui permet d’examiner le
phénomène migratoire chinois en Russie de manière plus approfondie et concrète tout en
révélant sa diversité. En suivant cette logique, nous avons choisi de mener une étude de
cas sur la ville de Saint-Pétersbourg – et sa communauté chinoise qui est principalement
constituée de trois grandes catégories de migrants, soit les étudiants, les entrepreneurs et
les travailleurs contractuels – en tant qu’objet de recherche. Ce choix n’était pas aléatoire.
D’une part, Saint-Pétersbourg est la seconde ville de Russie. Elle se développe de
manière très dynamique et bénéficie d’un statut économique et politique bien particulier au
sein de la Fédération russe. Sa position géographique – aux portes de l’Union européenne
(UE) et au sein du grand ensemble maritime baltique – et les liens que la ville entretient
avec l’Europe font de Saint-Pétersbourg un grand pôle migratoire, qui attire de nombreux
migrants de différentes origines et qui figure désormais sur la carte des réseaux
migratoires chinois transnationaux. Cette situation, relativement récente, est le résultat
d’une conjonction de plusieurs facteurs d’ordre économique, sociopolitique et culturel.
Saint-Pétersbourg est en quelque sorte une «terre vierge»: elle possède de nombreuses
niches inoccupées et propose des opportunités économiques intéressantes qui, dans des
conditions de faible concurrence intraethnique et interethnique, représentent un terrain
propice pour les initiatives entrepreneuriales et professionnelles des migrants.
SaintPétersbourg nous donne donc la possibilité d’étudier le fonctionnement de la dynamique
migratoire dès son commencement, c’est-à-dire d’analyser les mécanismes
d’établissement des Chinois dans le lieu d’accueil à partir de la première installation sur le
territoire, puis tout au long des étapes de construction de la communauté et de ses
réseaux économiques et migratoires.
D’autre part, jusqu’à aujourd’hui, la communauté chinoise à Saint-Pétersbourg n’a pas
fait l’objet de recherches sociologiques, démographiques ou historiques, les chercheurs
étant plus concentrés sur le sujet de la migration chinoise dans l’Extrême-Orient russe ou
à Moscou. Puisqu’il y avait une lacune importante à combler, la recherche promettait des
résultats intéressants et inédits.
Toute étude migratoire implique une enquête de terrain qui permet d’obtenir des
données démographiques, mais aussi de mieux comprendre les dynamiques internes
d’une communauté. Cet ouvrage ne fait pas figure d’exception: il est basé sur des
informations qualitatives et quantitatives originales recueillies lors de quatre missions de
terrain en Chine et en Russie (entre 2005 et 2010). Le travail de terrain comprenait la
réalisation d’une enquête statistique menée auprès des différents groupes de migrants
chinois résidant à Saint-Pétersbourg en 2006, des consultations avec différents experts
(responsables politiques, chercheurs indépendants, leaders d’associations immigrantes,
etc.), la conduite d’entretiens approfondis avec les migrants chinois en Russie et le travail
dans les archives chinoises et russes.
Le principal objectif de cet ouvrage est donc de dessiner le portrait de la communauté
chinoise à Saint-Pétersbourg et, à travers elle, celui de la diaspora chinoise en Russie. En
utilisant les outils méthodologiques propres aux sciences humaines, nous allons analyser
le processus de la formation d’une communauté ethnique, son évolution dans le temps et
en fonction des différents facteurs sociopolitiques et économiques, sa place au sein de la
société d’accueil et ses perspectives de développement.LE CONTEXTE HISTORIQUE DE LA FORMATION
D’UNE COMMUNAUTÉ CHINOISE À
SAINTPÉTERSBOURG
Saint-Pétersbourg est une ville relativement jeune, construite il y a à peine 300 ans sur
l’ordre de Pierre le Grand (1672-1725), dont le dessein était d’arracher son pays à
l’immobilisme des steppes asiatiques et de l’obliger à adopter les acquis technologiques et
les mœurs de l’Europe. Étendue sur 80 km autour du golfe de Finlande, sur plus de 40
îles reliées par des ponts qui enjambent la Neva et ses affluents, Saint-Pétersbourg fut
toujours ouverte aux influences étrangères en étant cosmopolite dans son essence même.
Sa fonction principale de port de mer lui ouvrit d’emblée tous les anciens comptoirs
commerciaux hanséatiques et tous les marchés occidentaux jusqu’à l’Amérique du Nord.
Conçue comme la capitale de la nouvelle Russie, tournée vers l’Europe par la volonté du
tsar, ville moderne ayant l’esprit occidental, la construction de Saint-Pétersbourg marqua
la fin de la Grande Principauté de Moscou et la naissance de l’Empire russe. Depuis ce
temps, les deux villes sont en éternelle compétition. Située au-delà de l’espace
géographique et culturel russe, Saint-Pétersbourg fut toujours une capitale européenne,
alors que Moscou a fièrement conservé son esprit slave et son mode de vie patriarcal à la
saveur asiatique. Comme le disait l’éminent écrivain russe Nicolas Gogol, «Moscou est
une vieille maîtresse de maison, occupée à ses fourneaux à cuire les blinis, elle regarde
de loin et écoute, sans bouger de son fauteuil, ce qui se passe dans le monde…
Pétersbourg est un gamin déluré, sans cesse en vadrouille, toujours habillé, flânant à la
frontière, se faisant beau devant l’Europe, qu’il voit, mais n’entend pas…» (Gogol, 2003, p.
716).
Capitale de l’Empire russe de 1712 à 1918 et berceau de la révolution d’Octobre,
SaintPétersbourg a perdu sa fonction de capitale au profit de Moscou avec l’arrivée au pouvoir
des bolcheviks. Rebaptisée Petrograd en 1914, puis Leningrad (de 1924 à 1991), la ville
s’est dotée de grands complexes industriels – ce qui compensa en partie la perte de
pouvoir politique –, tout en restant un important centre culturel et scientifique du pays. Ville
la plus peuplée de l’Empire russe, Saint-Pétersbourg comptait environ 2,4 millions
d’habitants à la veille de la Première Guerre mondiale. Après 1917, sa croissance
démographique fut entravée d’abord par les purges staliniennes des années 1930.
Leningrad (Saint-Pétersbourg) se vit ainsi amputée de ses communautés ethniques, dontles membres furent expulsés, arrêtés ou exécutés. Ensuite, le siège meurtrier de la ville
par l’armée allemande lors de la Seconde Guerre mondiale coûta la vie à plus d’un million
de ses habitants morts de faim, de maladie ou des blessures subies (Chistyakova, 2004).
Malgré les perturbations de l’époque soviétique, Saint-Pétersbourg a su préserver son
caractère occidental et son esprit cosmopolite, de même que sa relative autonomie
politique et économique. Cette situation a été accentuée par l’arrivée au pouvoir de
Vladimir Poutine, natif de la ville, qui fit pencher la balance entre les deux capitales –
inclinée pendant soixante-dix ans vers Moscou – de nouveau à l’avantage de
SaintPétersbourg. Peuplée d’environ 5 millions de personnes, la ville est aujourd’hui un centre
économique et socioculturel de premier plan. Elle possède des industries et des
infrastructures modernes qui occupent une place importante dans la stratégie de
développement national du gouvernement russe actuel.
eDepuis la fin du XIX siècle, Saint-Pétersbourg a accueilli beaucoup de Chinois – des
diplomates, des commerçants, des travailleurs, des étudiants, etc. –, qui ont joué un rôle
majeur dans le développement de la ville. L’histoire de la communauté chinoise à
SaintPétersbourg a été ponctuée de nombreux moments tragiques, conséquences des
changements politiques violents qui ont perturbé l’évolution de la Russie au siècle dernier.
Dans ce premier chapitre, nous allons suivre les étapes de la migration des Chinois en
Russie en général et à Saint-Pétersbourg en particulier, afin de situer le mouvement de la
population actuelle dans son contexte historique.
1.1. LES PREMIERS MIGRANTS CHINOIS EN RUSSIE: UN ACCUEIL
BIENVEILLANT DES AUTORITÉS RUSSES
La Russie et la Chine ont établi des contacts après l’envoi des premières missions
ediplomatiques russes à Pékin dès le début du XVII siècle. Ces missions furent souvent
infructueuses sur le plan politique et commercial, car les Russes refusèrent d’observer le
1cérémonial prévu pour les envoyés étrangers à la cour de Chine . À ce problème s’ajouta
aussi la question de l’installation «illégale» des colons russes sur les territoires de la région
du fleuve Amour, que la dynastie chinoise des Qing (1644-1911) considérait comme
faisant partie de son empire. En effet, avec l’expansion de l’empire des tsars vers l’est et
la colonisation progressive de la Sibérie, les Russes découvrirent le bassin du fleuve
Amour et les territoires environnants; ils explorèrent ensuite la côte Pacifique. Ils
s’installèrent d’abord dans les vallées des rivières, affluents de l’Amour, pour y labourer la
terre, puis ils commencèrent à bâtir de petites villes entourées de palissades. Avec le
temps, ils s’avancèrent de plus en plus vers l’est en occupant les territoires inhabités et en
s’approchant de la Chine.
La présence des Russes sur les territoires limitrophes demeura longtemps inconnue,
puis négligée par la cour des Qing. Cependant, la croissance notable de leur nombre finit
par attirer l’attention de l’empereur chinois. Ce dernier jugea que les Russes
représentaient un danger potentiel et il envoya des troupes pour les expulser et détruire
leurs fortifications. Le rapport de force penchait du côté chinois. Beaucoup moins
nombreux, les Russes durent quitter leurs terres et signer un accord avec la Chine. Le
traité de Nertchinsk, le premier accord de l’histoire des relations russo-chinoises, signé en
1689, a ainsi délimité la frontière entre les deux États et a ouvert la voie à l’établissement
de relations diplomatiques et commerciales sino-russes.
e eAu cours des XVIII et XIX siècles, la Russie et la Chine ont échangé de nombreuses
missions diplomatiques et commerciales. L’Église orthodoxe russe installa ainsi une
mission à Pékin en 1716. Malgré son caractère religieux, cette mission a vite rempli lesfonctions d’une représentation diplomatique, devenant ainsi la première ambassade
européenne sur le sol chinois. En 1727, la Russie signa le traité de Kiakhta avec la Chine,
qui établit des accords commerciaux et fixa la frontière entre la Sibérie et les territoires
Qing de Mongolie et de Mandchourie. Le monopole d’État sur le négoce avec la Chine fut
aboli en 1762, ce qui permit aux entrepreneurs privés de participer aux échanges
commerciaux sur la frontière avec la Chine, dans la ville de Kiakhta. Les négociants
russes y échangeaient des fourrures, des peaux de mouton, des draps et du cuir contre
des tissus cotonniers, de la soie, du thé et du sucre produits en Chine (Sladkovsky, 1974).
C’est ainsi que les exemples de l’artisanat chinois apparurent pour la première fois à
SaintPétersbourg, où ils suscitèrent un grand intérêt parmi les habitants de la nouvelle capitale
russe. Les «merveilles chinoises» furent exposées dans le premier musée, la
2K u n s t k a m e r a [Кунсткамера] , où elles furent admirées par des milliers de personnes.
Les premiers Chinois en Russie étaient les membres des missions diplomatiques
envoyées au début dans les villes sibériennes, à proximité de la Chine, pour régler toutes
sortes de problèmes liés au commerce frontalier. En avril 1732, Saint-Pétersbourg
accueillit pour la première fois les envoyés de l’empereur chinois, De Xing et Bang Dai,
accompagnés d’un secrétaire, Fo Lu. Les trois hommes furent reçus en audience par
3l’impératrice Anna Ioannovna lors d’une somptueuse réception dans le palais impérial.
Les diplomates chinois restèrent plus d’un mois à Saint-Pétersbourg et visitèrent les
différents monuments et les sites de la ville (imprimerie, Académie des sciences
4 5impériales, forteresse et base navale de Kronstadt , palais et jardins de Peterhof )
(Reshetov, 2006).
Le développement des relations politiques et économiques entre la Russie et la Chine
e eaux XVIII et XIX siècles a également stimulé la circulation migratoire entre les deux
pays. Cependant, du point de vue du nombre, celle-ci n’était guère importante. Les
premiers migrants chinois apparus à Saint-Pétersbourg furent des professeurs de langue
et de culture chinoises. Ils donnaient des cours aux étudiants de la Faculté des langues
orientales de l’Université impériale de Saint-Pétersbourg, fondée le 7 septembre 1855, où
l’on enseignait le chinois, le mandchou et le mongol. Avec l’installation de l’ambassade
6chinoise à Saint-Pétersbourg en 1880 , le nombre de Chinois résidant dans la ville
augmenta, tout en restant assez faible. Cette première communauté était principalement
composée des étudiants chinois inscrits à l’Université impériale de Saint-Pétersbourg
(Reshetov, 2006; Samoilov, 2003).
eAu milieu du XIX siècle, les relations entre la Chine et la Russie entrèrent dans une
nouvelle phase. Les Russes revinrent dans les régions frontalières de la Chine, mais cette
fois, ils étaient plus nombreux que les Chinois et soutenus par les garnisons basées en
Sibérie de l’Est. La Chine, aux prises avec de sérieux problèmes intérieurs (guerres de
l’opium, rébellions populaires, crise économique et monétaire, etc.), n’avait guère les
moyens d’arrêter l’avancée des Russes. Quelques petites garnisons chinoises perdues
dans les vastes territoires non habités ne pouvaient résister aux troupes russes bien
organisées et bien armées. Le gouverneur de Sibérie de l’Est, le comte Nikolay Muraviev
(1809-1881), saisit l’occasion et persuada l’administration chinoise locale de réviser le
passage de la frontière sino-russe en signant le traité d’Aigun, en 1858, qui fut ensuite
confirmé par la signature du traité de Pékin en 1860. Selon ces traités, la frontière entre la
Chine et la Russie suivait le parcours du fleuve Amour et les vastes territoires de taïga,
quasi inhabités au nord du fleuve, furent désormais rattachés à l’empire des tsars. Ces
7territoires sont connus aujourd’hui sous le nom d’Extrême-Orient russe .