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Les Cinq Pays de l'Indo-Chine française et le Siam

De
206 pages

Situation. — Le Tonkin (ou Bac-Ky) borde la frontière Sud de la Chine et les provinces de Kouang-Toung (Canton), et de Kouang-Si au Nord-Est, le Yunnan au Nord, le Laos à l’Ouest, la Mer de Chine à l’Est et l’Annam qui lui fait suite au Sud. Il a une superficie de 90,000 kilomètres carrés et s’étend du 101° au 105°40’ de longitude Est et du 20° au 23°20’ de latitude Nord.

Il se compose de trois régions : l’une plate et alluvionnaire de 125 kilomètres de profondeur et de 15.

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Ch. Lemire

Les Cinq Pays de l'Indo-Chine française et le Siam

AVANT-PROPOS

Pourquoi cette publication sur l’Indo-Chine, alors que de si nombreux et si importants ouvrages ont paru sur cette colonie ?

Voici justement ce qui a motivé cette notice :

Des commerçants, des industriels, des agriculteurs, des fonctionnaires, des capitalistes, des futurs colons et même des coloniaux nous ont fait part de leurs desiderata :

« Nous voudrions, ont-ils dit, nous renseigner sur la situation économique actuelle de l’Indo-Chine. Ces renseignements existent ; mais ils sont disséminés dans une foule de volumineuses publications. Il est difficile de se les procurer toutes et de les étudier en entier. En outre, leurs indications sont déjà d’ancienne date et les progrès rapides de ces régions ont amené des changements fréquents.

Pour éviter une dépense de temps et d’argent et pour nous faire connaître succinctement la situation de ces cinq pays, d’après leurs récentes transformations, ne pourriez-vous compulser et condenser tous ces renseignements en une courte et substantielle notice, nous donnant toutes les notions pratiques dont nous avons besoin ?

Vous nous mettriez ainsi en mesure de nous faire une opinion exacte sur cette colonie, d’apprécier ses ressources et de pouvoir, le cas échéant, décider d’y créer des entreprises appropriées à sa situation économique. »

C’est pour répondre à ce désir que nous avons entrepris ce travail. Si imparfait et incomplet qu’il soit, peut-être rendra-t-il service aux nombreux Français de toute profession qui s’intéressent à ces pays nouveaux et seraient disposés à y engager des capitaux ou à y tenter des entreprises de toute nature.

Au moment où cet immense domaine, très peuplé, bien organisé et unifié, va être desservi par 1.700 kilomètres de voies ferrées qui le transformeront rapidement et qui centupleront son activité commerciale et son rendement agricole, il est indispensable qu’on connaisse bien son état actuel, ce qu’il vaut, ce qu’il promet, ce qui lui manque et ce qu’il peut produire.

Les colons y deviennent de plus en plus nombreux.

Les demandes de concessions affluent et, avant peu d’années, on n’en trouvera plus aux abords du Delta tonkinois. Les transports des produits agricoles seront doublement facilités par la voie des fleuves et celle du chemin de fer. L’exposition de 1900, en montrant à la métropole toutes les ressources de ce domaine, provoquera des affaires, des demandes nouvelles et des échanges constants entre nos nationaux de France et ceux de l’Indo-Chine.

Si nous avons fait œuvre utile en renseignant exactement les uns et les autres sur la situation économique actuelle de ces contrées si vastes et si peu connues encore, notre tâche sera remplie et notre but atteint. Notre récompense sera d’avoir par là contribué à assurer l’avenir fécond d’un pays auquel restent inaltérablement attachés tous ceux qui l’ont habité et qui ont été les témoins et même les ouvriers de sa prospérité.

 

Juillet 1899.

Carte d’ensemble de l’Indo-Chine

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Dissémination des races de l’Indo-Chine

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La conception,de notre domaine indo-chinois comprenait, comme son nom l’indique, toute l’Indo-Chine et aurait dû avoir pour base géographique les bassins des cinq fleuves dont les sources sortent en faisceau de la même région pour s’épanouir en éventail vers leurs deltas, suivant la forme d’une main ouverte, comme le faisait remarquer en 1866 Francis Garnier.

De ces cinq vallées qui sont celles du Fleuve-rouge, du Mékong, du Ménam, de la Salouen et de l’Irawaddy, les deux premières seules sont à la France. Elles embrassent une vaste région dépourvue à l’ouest de frontières naturelles et divisée en cinq parties distinctes : le Tonkin, l’Annam, la Cochinchine, le Cambodge et le Laos.

I

LE TONKIN

Situation. — Le Tonkin (ou Bac-Ky) borde la frontière Sud de la Chine et les provinces de Kouang-Toung (Canton), et de Kouang-Si au Nord-Est, le Yunnan au Nord, le Laos à l’Ouest, la Mer de Chine à l’Est et l’Annam qui lui fait suite au Sud. Il a une superficie de 90,000 kilomètres carrés et s’étend du 101° au 105°40’ de longitude Est et du 20° au 23°20’ de latitude Nord1.

Il se compose de trois régions : l’une plate et alluvionnaire de 125 kilomètres de profondeur et de 15.000 kilomètres carrés ; c’est le Delta, le grenier à riz. L’autre est un plateau intermédiaire de 30.000 kilomètres carrés et enfin la région montagneuse et minière de 50.000 kilomètres carrés. La superficie totale est de 14 millions d’hectares. Le Delta seul compte 10 millions d’habitants, soit 800 habitants par kilomètre carré, tandis que les hautes régions n’en comptent que trois.

Population. — La population du Tonkin est d’environ 15 millions d’habitants Annamites, plus 200.000 indigènes de races diverses, principalement Thai, comme les Thos, les Nongs, les Mans2, et une trentainte de mille Chinois. Les européens ne dépassent pas quinze cents. Les familles y sont assez nombreuses. Les agriculteurs, commerçants et industriels français au Tonkin et en Annam qui sont chargés de l’administration politique, financière, des travaux publics, de la justice, de l’état-civil, des milices. En ce qui concerne la justice, des tribunaux français sont établis à Hanoï et Haïphong. Une Chambre d’appel, détachée de la Cour de Saïgon, tient ses assises au chef-lieu du Tonkin, qui possède, ainsi que Haïphong, un tribunal mixte de commerce.

Armée. — Le corps d’occupation est commandé par un général de division, commandant en chef, qui dispose de 8.000 hommes de troupes européennes, de 14.000 hommes de troupes indigènes, total 22.000 hommes.

La garde du pays est faite par les milices (garde civile), au nombre de 4.800 hommes, encadrés par des chefs européens. Enfin les fonctionnaires annamites disposent d’une force de police indigène appelée linh-co et linh-lé. Les chefs militaires indigènes sont sous les ordres du gouverneur annamite de la province.

Assiette de l’impôt. — L’établissement des rôles d’impôt, la répartition des taxes, sont faits par les communes sous le contrôle du Quan-Bô et du Résident. Trois conseillers communaux, le maire, l’adjoint et un notable supérieur sont chargés de l’impôt, de sa perception, de son versement et des prestations. On voit quel est le rôle important de la commune annamite, plus puissante et plus autonome que la nôtre.

Budget. — Le budget des dépenses se monte à 7.961.859 piastres à 2 fr. 70, chiffre égal au budget des recettes. Ce budget des recettes a suivi la marche ascendante suivante :

18914.447.779piastres
18924.792.502 — 
18935.548.014 — 
1894.5.980.460 — 
18957.205.450 — 
1896.7.571.500ou 20.439.000 fr.

L’impôt annamite a passé de 2.075.816 piastres, en 1891, à 2.420.080 en 1895 et vient d’être éteudu à un plus grand nombre d’inscrits suivant une répartition plus normale de charges égales pour tous.

Les revenus indirects ont passé de 1.768.963 piastres, en 1891, à 4.300.000, en 1897.

Les dépenses métropolitaines pour les troupes ont été de 24 millions en 1897. Elles sont de 22 millions en 1898 et ne dépasseront pas 19 millions en 1899.

La dépense totale est donc de 45.439.000 francs.

Les dépenses locales du personnel sont de 12 millions, contre 8.419.000 francs pour le matériel. Ces dépenses étaient hors de proportion entre elles.

De même pour les troupes : 14 millions de personnel et 8 millions de francs pour le matériel, chiffre réduit, en 1899, de cinq millions.

La marine ne coûte que 1 million 490.000 francs.

Pour remédier à la baisse de piastre, tombée de 5 fr. 55 à 2 fr. 30, le Gouverneur général a sagement augmenté le nombre des contribuables (inscrits) sans aggraver le taux de l’impôt. La révision de la classification des terres a relevé normalement les recettes de l’impôt foncier depuis 1898. On a augmenté les impôts indirects sur les allumettes, la cannelle, le timbre, les barques, les bois et la capitation des asiatiques. Le sel et l’alcool ont été d’abord donnés en monopole et constituent actuellement des régies du service des douanes jusqu’à ce que ces revenus soient de nouveau affermés par adjudication.

Le résultat financier ne peut être préjugé ; mais le budget tonkinois se soldera avec une plus-value d’au moins 4 millions en 1898, par des excédents de recettes, provenant surtout des contributions indirectes.

La dette résulte 1° d’un emprunt de 80 millions contracté le 10 février 1896, en France, remboursable par tirages, garanti par l’État et consacré aux travaux publics : voies ferrées, routes, ponts, phares, ports, bâtiments et 2° d’un emprunt de 200 millions voté le 24 décembre 1898, par le Parlement, sous la seule garantie de l’Indo-Chine et applicable à la construction du réseau de chemins de fer indo-chinois et franco-chinois.

Impôts. — Les impôts sont directs et indirects. Les premiers se composent de la taxe personnelle (capitation), des patentes et des prestations ou corvées. Les seconds : des droits de douane, de navigation, des régies de l’opium, du sel, des alcools et enfin de la capitation des Chinois.

Les annamites de 18 à 20 ans et de 55 à 60 ans paient demi-taxe, de 20 à 55 ans taxe entière. Au-dessus de 60 ans on est exempt, ce qui est plus sage qu’en France. C’est la Commune qui dresse à ses frais le rôle et qui est responsable du versement au trésor. L’administration établit l’assiette de l’impôt ; les communes en assurent la répartition et la perception. C’est beaucoup plus simple qu’en France.

De même la commune fournit, parmi les inscrits ou contribuables, le recrutement militaire, fixé à 10 ans de service et payé par an 12 ligatures, ou 6 francs, plus la nourriture et l’habillement.

Les prestations se doivent 1/3 en nature et 2/3 en argent.

Pour les chinois, ils sont divisés en Corporations ou Congrégations d’origine et leur chef élu a les mêmes responsabilités que les notables de la commune annamite. Le rôle est annuel.

Le revenu des 26 provinces du Tonkin et de l’Annam peut être évalué à 30 millions.

Impôts indirects. — Le tarif général français a été rendu applicable par la loi du 11 janvier 1892, modifiée par décret du 29 novembre 1892. Des droits de consommation sur les liquides, sur les riz et paddys (0 piastre 25 par picul, plus une surtaxe variable, qui est de 20 cents en 1898), sauf ceux pour France directement, des droits sur les sels, sur la cannelle, la badiane (anis étoilé), le pétrole, le tabac, les bois, des droits de phare, de pilotage, constituent les revenus annuels. Nous n’en donnons pas le tableau parce que ces taxes sont en cours de transformation et que des modifications y sont demandées par les chambres de commerce.

Climat. — L’européen ne s’acclimate pas sous le climat de l’Indo-Chine. Il est obligé d’aller se refaire au Japon ou en Europe ; mais l’on va construire en Annam, et d’abord à Lang Bian, province de Khanh Hoa, non loin du laboratoire de bactériologie de Nha Trang, des sanatoriums qui éviteront ces onéreux déplacements.

Il existe dans ces régions deux saisons distinctes, caractérisées l’une par la brise constante du Nord-Est et l’autre par la brise du Sud-Ouest et entre lesquelles on subit un mois de pénible transition. La grande chaîne de l’Annam, arrêtant les nuages, fait que la pluie et la sécheresse ont lieu en Cochinchine et au Tonkin à des époques différentes, selon les deux moussons.

Le Tonkin jouit d’un hiver d’octobre à mars. Le thermomètre descend dans le delta à 10° et dans le haut pays à 6°. C’est la saison du crachin et des brouillards, surtout de janvier à fin mars. On s’y remet de l’anémie.

En été, on souffre d’une température minimum de 28° et maximum de 30°, avec élévation exceptionnelle jusqu’à 40°. Les nuits sont très pénibles, parce que la brise cesse au coucher du soleil. Les fortes pluies commencent en mai et produisent en août des inondations. Les typhons sont fréquents. On est prévenu deux jours à l’avance par les observatoires de la côte de Chine et le télégraphe sous-marin. Quand le baromètre descend au-dessous de 750m/m, c’est l’indice d’un ouragan.

Le voisinage du littoral, sauf certains estuaires, est salubre. Le Delta est moins malsain que le pays montagneux, où les détritus et l’humidité engendrent la fièvre des bois.

L’hiver, il faut prendre des vêtements chauds et faire du feu. En été, il est essentiel de se prémunir contre les insolations, la fièvre, la dysenterie. Personnellement nous avons résisté de longues années en ne buvant pas entre entre les repas, ni en marche, en évitant le mélange des liquides, en dormant sous une couverture, même l’été, et en n’usant pas du panka, écran léger servant d’éventail mécanique. La ceinture de flanelle est un préservatif nécessaire. L’européen doit éviter les excès de travaux industriels et surtout agricoles et les écarts de régime.

Agriculture et propriété foncière. — La propriété individuelle existe chez les annamites. Le sol est très morcelé et il existe peu de grandes propriétés. Les biens sont ou personnels ou communaux, ou affectés au culte. La plupart des propriétés restent à l’état d’indivision entre les membres d’une même famille. Une parcelle est réservée pour les frais du culte des ancêtres.

Le propriétaire annamite n’a pour gages des prêts qu’il contracte que sa terre et surtout sa récolte. Sa terre, il ne l’engage jamais qu’à réméré. Sa récolte, il l’engage nominalement au taux légal de 36 0/0 ; mais en réalité toujours à un taux beaucoup plus élevé, dépasssant 100 0/0, et les intérêts s’ajoutent au principal.

Le riz est la principale culture de l’Indo-Chine et donne généralement deux récoltes par an. Il produit de 10 à 30 hectolitres de riz décortiqué par hectare. C’est, avec le le poisson salé et la saumure, la nourriture de tous les pays d’Extrême-Orient. En Cochinchine, les récoltes sont constantes. Au Tonkin, c’est le pays « des vaches grasses et des vaches maigres alternativement ». On n’exporte pas du Tonkin plus de 50 à 100 mille tonnes de riz (contre 550.000 tonnes en Cochinchine.)

Pour complèter l’alimentation, on cultive quelques céréales : le maïs, le blé noir, le millet, le sorgho. Les tubercules farineux sont les patates, l’igname, le taro ; les 1haricots, concombres, oignons, salades variées et tous les légumes d’Europe poussent facilement. Partout on rencontre la canne à sucre, le thé et l’on commence à faire des plantations de café.

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Ferme tonkinoise, prês Haïphong (Tonkin)

On trouvera plus loin le règlement concernant la concession des terrains domaniaux aux français qui désirent entreprendre des cultures au Tonkin. La plupart d’entre eux créent d’abord un métayage avec la main-d’œuvre indigène et participation de ceux-ci aux bénéfices en nature ou en argent. Cette méthode est très en vogue et donne rapidement de bons résultats.

Produits végétaux et industriels. — Autour des villages, les jardins sont remplis de bananiers, de jacquiers, papayers, orangers, tamariniers, caramboliers, pommiers canneliers, ananas médiocres, etc.

Si l’on greffait les arbres fruitiers d’Europe, on obtiendrait, dans le haut pays, la plupart des fruits de nos climats.

Le litchi est particulier au Tonkin, comme le manguier à l’Anna m, le mangoustan à la Cochinchine et le corossol au Cambodge.

Les plantes industrielles sont nombreuses : le cotonnier et le mûrier nain ou arborescent sont cultivés partout sur les bords des rivières. Le coton, qui est de très bonne qualité, et la soie, dont le dévidage est à améliorer, sont recherchés, le premier par les Japonais, le second par les Chinois.

On a beaucoup développé, sous l’impulsion d’une grande maison française, la ramie (jute) appelée à faire concurrence à la production de l’Inde anglaise, dont le continent et l’Amérique sont tributaires pour 118 millions par an.

Les produits végétaux oléagineux ou résineux sont nombreux et importants : c’est surtout l’arachide (huile et tourteaux), le cocotier (huile et fibres), le sésame, le ricin (éclairage et savons), le calophylle, le bancoulier, l’arbre à huile. La gomme gutte est très abondante.

Les ficus (caoutchouc) et la gutta-percha sont à développer. Des cultures importantes sont celles de l’aréquier, du bétel, du tabac et du poivre, la cannelle, la badiane et le pavot à opium.

Forêts. — L’exploitation des forêts est rudimentaire, sauf pour les bambous. Lorsque les moyens de transport seront établis, ces ressources seront mieux utilisées. Les bois de pavage pour Paris viennent de l’Indo-Chine. Les traverses de chemins de fer et les étais de mines sont employés sur place.

Animaux. — L’animal le plus utile à l’agriculture, c’est le buffle, qui laboure les rizières et dans le nord traîne les chariots. Leur nombre est d’un million au Tonkin et deux millions dans tout le pays. Les bœufs servent aussi au labourage, mais en plus à l’alimentation des européens.

Les épizooties d’aphte et de typhus étant fréquentes, un service de vétérinaires indigènes s’impose dans toute l’Indo-Chine. Ce service aidera aussi à l’élevage des chevaux, pour lesquels on a créé des haras et des jumenteries. Un contrôle sanitaire va être exercé sur l’introduction des bœufs et buffles en provenance des régions voisines.

Les éléphants sont domestiqués et rendent de grands services dans l’Ouest, au pays des Khas et des Laotiens.

Le mouton vient de Chine et d’Aden, pour la consomsommation ; on fait des essais d’élevage sur le littoral. Le porc est indigène et se trouve partout en grand nombre, avec les poules et les immenses troupeaux de canards. Porcs et canards servent à l’exportation. Les œufs de canards sont, en outre, utilisés par les usines d’albumine. Toutes ces races sont à développer comme élevage. On s’occupe activement d’améliorer les variétés de riz et les procédés de cultures industrielles.

Industries agricoles. — Si le soin des cultures doit rester aux mains des annamites, dirigés et conseillés par des Européens pour l’adoption de meilleures méthodes, leurs industries ne se développent que sous la direction des Chinois et des Européens.

La première est celle du coton, qui est de bonne qualité. Les procédés indigènes sont si primitifs pour le filage et le tissage que les cotonnades indigènes ne dépassent pas le dixième de la consommation. Presque tous les fils viennent du dehors et c’est à nos nationaux à créer des usines locales pour la filature et le tissage. Hanoï en possède une qui a été sur le point de passer aux mains des Chinois.

Le sucre de canne est fabriqué au moyen de moulins en bois dur. Il est brun. La mélasse sert pour les confiseries ; on ne fait pas de rhum. La production reste bien au-dessous des besoins et les Chinois en importent de grandes quantités.

Des usines à vapeur ont été créées pour le décorticage et le blanchissage du riz en Cochinchine ; mais, comme au Siam, cette industrie est passée en des mains chinoises, pour l’exportation. Chaque maison décortique et blanchit pour ses besoins, au moyen de mortiers en bois ou en pierre et de deux meules verticales. Le long des rivières sont des fabriques de vermicelles et de pâtes, qu’on colporte dans tous les marchés.

L’eau-de-vie de riz provient de la distillation du riz gluant. Elle a un goût empyreumatique. Elle sert à la boisson et aux sacrifices rituels. La distillation de la badiane ou anis étoilé est spéciale au Haut-Tonkin.

L’une des plus grandes industries est celle de la soie ; mais elle est à améliorer. Une magnanerie modèle va être fondée avec l’appui de l’administration coloniale.

Les pêcheries maritimes tiennent une grande place, ainsi que les pêcheries fluviales. Les produits donnent lieu à la préparation des poissons salés et des saumures, indispensables comme condiment à l’alimentation nationale.

Les salines sont considérables et nombreuses. Le trafic du sel du Tonkin est tout différent au Tonkin de celui de l’Annam. On avait affermé cette industrie à une Société française, mais le contrat a été résilié et la vente du sel a été mise en régie, jusqu’à ce que la ferme soit remise en adjudication.

Industries diverses. — Les autres industries sont celles des fonderies de cuivre, pour les objets d’usage courant et pour les objets du culte et de l’art. C’est une spécialité du Tonkin.

Les briqueteries et tuileries ont pris une grande extension. La vannerie, les objets et meubles de bambou, les nattes, les stores de Sontay se rencontrent dans tous les centres.

La chaux s’exporte partout. Au Tonkin on la fabrique avec le marbre. Elle est transportée par jonques.

Les carrières, mal exploitées par les indigènes, sont maintenant travaillées sous la direction de maisons françaises.

Mines. — Le Tonkin est un pays minier. Les gisements de charbon sont abondants ; mais le produit est de l’anthracite sec et maigre, exigeant des mélanges ou la préparation-en briquettes et des grilles spéciales. Les principales exploitations sont celle de Hon-Gay, qui est alimentée surtout par des capitalistes de Hong-Kong et celle de Kébao dont les actionnaires sont français.

Plus on remonte dans le haut pays, plus la qualité du charbon s’améliore. Déjà, à Yen-Bai, sur le fleuve Rouge, il se rapproche de la houille et devient plus combustible.