//img.uscri.be/pth/f31abd558e3fa2670cac55e11755125501a64619
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Les Comores

De
192 pages
Les Comores n'ont pas l'attribut reconnu à tout Etat souverain, celui de battre la monnaie. Elles ne peuvent être vraiment indépendantes tant qu'elles ne quittent pas la zone franc CFA et ne se dotent pas d'une monnaie nationale. Il s'agit donc pour l'archipel de se diriger vers son indépendance économique, financière et monétaire et de suivre l'exemple positif des pays de l'océan Indien occidental, comme l'île Maurice ou les Seychelles, qui réalisent de belles prouesses économiques.
Voir plus Voir moins
Saïd AhmedSAÏDABDILLAH
Les Comores
Pour une indépendance financière et monétaire de l’archipel
PréfacE DE MamaDou KOULIBALY
COLLECTION OCÉAN INDIEN/ ÉtUdes
Les Comores Pour une indépendance financière et monétaire de l'archipel
Océan Indien/ Etudes Cette collection rassemble les essais généraux, études et travaux universitaires concernant les îles de l’océan Indien : Les Comores, l’Ile Maurice, Madagascar, La Réunion, les Seychelles…). * NB. Les œuvres littéraires issues de la même zone géographique sont publiées dans notre collection Lettres de l’océan Indien.
Saïd Ahmed Saïd Abdillah
LESCOMORESPour une indépendance financière et monétaire de l'archipel Préface de Mamadou KOULIBALYL’Harmattan
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04025-7 EAN : 9782343040257
Préface Par Mamadou KOULIBALY, Professeur d’Économie, Université d’Abidjan, Côte-d’Ivoire  La monnaie joue un rôle important dans l’activité économique, mais reste à beaucoup d’égards ignorée des non spécialistes. Cela vient de ce qu’elle estun phénomène complexe, s’insérant dans un système financier complexe. Son rôle ne peut donc être étudié qu’en liaison avec les comportements des agents et pour cela des théories économiques qui expliquent ces comportements, de même que les fonctions qui tentent de les traduire. D’ailleurs, les économistes ont toujours discuté sur la façon de donner sa place à la monnaie aux côtés des autres variables économiques. Il existe peu de domaines où les désaccords soient aussi flagrants et où les écoles soient aussi prêtes à l’affrontement. Les lecteurs pourraient donc ne pas être d’accord avec l’auteur qui expose ici ses analyses.  L’histoire de la Zone franc n’échappe pas à cette réalité des débats chauds. À côté des auteurs comme Saïd Abdillah SAÏDAHMEDet moi-même, pour qui les accords de coopération entre les Pays africains de la Zone franc (PAZF) et la France jouent contre le développement des premiers, une certaine élite africaine prétend que les Africains ne possèdent pas les compétences nécessaires et ne sont pas capables d’adopter les formes institutionnelles efficaces pour gérer de manière responsable et efficace leur monnaie. Cette controverse trouve son fondement dans l’histoire singulière de la Zone franc.  De façon formelle, la Zone franc est née le 9 septembre 1939, lorsque, dans le cadre des mesures liées à la déclaration de guerre, un décret de l’État français a instauré une législation commune des changes pour
5
l’ensemble des territoires appartenant à son Empire colonial. Mais, l’acte de naissance du franc CFA, ou franc des Colonies françaises d’Afrique, date d’un décret signé le 25 décembre 1945 par le gouvernement français. La Zone franc rassemble quatorze pays africains (le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, en Afrique de l’Ouest, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée Équatoriale et le Tchad, en Afrique Centrale) regroupés en 2 unions économiques et monétaires (l’UÉMOA et la CÉMAC), ainsi que les Comores, tous pays liés à la France par des accords de coopération financière.  La Zone franc est un espace monétaire, économique et culturel (les francophones et la Francophonie), sans équivalent dans le monde car elle montre aujourd’hui un rare exemple de coopération institutionnalisée entre un pays développé et des États en voie de développement, unis par une Histoire et une langue communes. Des États non français, dans ce cadre, s’imposent et maintiennent une monnaie, sous multiple du franc français, alors que la France elle-même n’a plus le franc comme monnaie depuisqu’elle est engagée dans l’euro.  Si hier, les États africains s’accommodaient de cette coopération monétaire entre les PAZFla France et , le débat sur le franc CFAmobilise et in s’enfle, quiète la France. Deplus enplus, les États africains s’impgnent des réalités monétaires et s’interrogent sur le bien-fondé du maintien du franc CFA, une monnaie coloniale, même si l’appellation officielle est devenue franc de la Communauté financière africaine.  Avant mespublications(«Le Libéralisme, Nouveau partpour l’Afrique noire», «Les servitudes dupacte colonial», «La souveraineté monétaire despays africains») sur l’utilité de recouvrer notre souveraineté
6
monétaire, le Camerounais Joseph TCHUNDJANGPOUEMI(1980,p. 154) nous avertissait sur les limites de cette coopération monétaire en ces termes : «Il n’y a pas de moyens plus subtils, plus sûrs de miner les bases existantes de la société que de vicier sa monnaie. Le procédé engage toutes les forces cachées des lois économiques dans le sens de la destruction, et il le fait d’une manière qu’aucun homme sur un million ne peut le déceler».  Nous avons toujours rappelé que les principes de la coopération monétaire entre les États membres de la Zone franc et la France ont été énoncés, dès les années 1960, dans le cadre d’un pacte colonial. Ce pacte a été modifié par la convention de coopération monétaire du 23 novembre 1972 entre les États membres de la Banque des États de l’Afrique centrale (BÉAC) et la France, d’une part, et par l’accord de coopération du 4 décembre 1973 entre les pays membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) et la République française, d’autre part. Dans le cas des Comores, c’est l’accord franco-comorien du 23 novembre 1979 qui place les Comores sous la tutelle économique, financière et monétaire de la France.  Bien que la gestion de cette monnaie ait été confiée à des Banques centrales communes, (BÉACAfrique en centrale, BCÉAO en Afrique de l’Ouest et Banque centrale des Comores (BCC), force est de constater que ces banques n’ont d’africaines que le nom car elles n’ont aucun pouvoir. En réalité, elles ne sont rien de plus que de gigantesques institutions bureaucratiques qui ne décident pas des politiques monétaires malgré les réformettes qui surviennent de temps à autre dans le dispositif, sans toucher au cœur du système.  Nous avons toujours pensé que le combat pour la souveraineté monétaire des PAZFstrictement n’avait
7
rien d’idéologique et de dogmatique. Il a pour seul dessein de faire disparaître une monnaie qui déstructure l’économie des pays membres de la Zone franc, retarde leur développement et les éloigne de la mondialisation. Cette zone et ses monnaies sont moralement injustes.  LelivredeSaïdAhmedSAÏD ABDILLAH, «Pour une indépendance financière et monétaire des Comores» est une contribution aux débats actuels sur les voies de sortie du sous-développement des pays africains. Saïd Abdillah SAÏDAHMEDa donné à son livre un titre qui résume bien la réponse que les États africains de la Zone franc doivent apporter à la domination monétaire française encore récemment exprimée dans de rapports d’universitaires et du Sénat et de gouvernement français qui arrivent à la même conclusion que «La Zone CFA actuelle gagnerait à être élargie aux pays limitrophes, en particulier au Ghana, au Libéria et à la Sierra Leone. Le Ghana pourrait être le moteur de cet élargissement ; les Ghanéens sont en effet favorables à une libéralisation des échanges commerciaux avec les pays voisins dans le cadre de la CÉDÉAOde permettre afin un débouché plus facile à leurs produits dans les pays limitrophes, de manière à faire de leur pays un“hub régional”pour les investissements. La“Zone CFAdeviendrait ainsi un bloc économique régional renforcé et une enceinte de dialogue panafricain. Cette intégration permettrait de dialoguer plus facilement avec le Nigeria, et aurait un impact fort sur l’Afrique francophone. Elle permettrait également de travailler plus efficacement avec les communautés économiques régionales, notamment la CÉDÉAO et la CÉMAC.Symboliquement,cenouvel espace économique pourrait abandonner le nom de“Zone franc”. La nature des mécanismes monétaires ainsi que le rôle des banques centrales et de ses banques de développement pourra
8
être discutée collectivement. Son pilier principal pourrait être un accord de stabilité monétaire en cas de difficulté de balance des paiements tout en laissant flotter la monnaie par rapport à l’euro. Les banques centrales disposent des leviers pour fluidifier les démarches de création d’entreprises, structurer les banques primaires, accompagner la bancarisation de l’économie, encourager la création d’un marché hypothécaire (qui contribuerait à créer un écosystème favorable, en parallèle de la professionnalisation du cadastre, des promoteurs et des constructeurs) et assurer un rôle de régulateur et contribuer à la bonne gestion des comptes publics. Les banques centrales pourraient jouer en particulier un rôle moteur dans la croissance ou la mise en place d’un cadre favorable à une épargne longue. La question de l’emploi des surplus de paiements courant pourrait également être discutée 1 avec les partenaires africains. » . Le but de cette publication était de mettre à la portée de tous et particulièrement des esprits non avertis les rudiments de nos connaissances actuelles concernant le combat pour la souveraineté monétaire des PAZF
1 Rapport au ministre de l’Économie et des Finances de la République française, sous la direction de MM. Hubert VÉDRINE, Lionel ZINSOU, Tidjane THIAM, Jean-Michel SEVERINO et Hakim El KAROUI :Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, Paris, décembre 2013, p. 123.Cf.Évaluation des gains attendus de l’intégration économique régionale dans les pays africains de la Zone franc, Recherches coordonnées par Patrick GUILLAUMONT, Anne-Marie GEOURJON et Samuel GUÉRINEAU, Ferdi, 19 septembre 2012.Cf:. Sénat de France L’Afrique est notre avenir.d’information du 29 octobre Rapport 2013, par MM. Jeanny LORGEOUX et Jean-Marie BOCKEL pour la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées françaises. http://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-104.htm. 9