Les crises de santé publique

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Français
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Description

On regroupe, sous le même vocable de crise sanitaire, aussi bien de minables arrangements que d'affreuses tragédies avec deux constantes : incompétence et compromissions. Experts et médias agitent le spectre d'un désastre : la crise survient, avec ou sans malades. Les responsables politiques homologuent cette fable et achètent avec largesse le médicament miraculeux. Gouvernement et industriels nous présentent la note...

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Publié par
Date de parution 15 janvier 2015
Nombre de lectures 24
EAN13 9782336367538
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Antonio Furone
tions contemporaines
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LES CRISES
DE SANTÉ PUBLIQUE
Entre incompétence et compromissions

Questions contemporaines








Les crises de Santé publique

Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud

Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les «questions
contemporaines »n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à
appréhender. Le pari de la collection «Questions contemporaines»
est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux,
chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement,
exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion
collective.


Dernières parutions

Frank GUYON,France, la République est ton avenir,2014.
Guy PENAUD,Pour en finir avec l’affaire Robert Boulin, 2014.
Jean-Paul BAQUIAST,Ce monde qui vient. Sciences,
e
matérialisme et posthumanisme, au XXIsiècle, 2014.
Nadia BOUKLI,L’échec scolaire des enfants de migrants, Pour
une éducation interculturelle, 2014.
Nicole PÉRUISSET-FACHE,Pouvoirs, impostures. Du mensonge
à l’encontre des peuples, 2014.
André DONZEL,Le nouvel esprit de Marseille, 2014.
Félicien BOREL,Renaître, ou disparaître, 2014.
Alain RENAUD,Lyon, un destin pour une autre France,2014.
Blaise HENRION,Eurocopter savait, La vérité sur un crash
mortel,2014.
André PRONE,La fin du capital. Pour une société d’émancipation
humaine, 2014.
Philippe QUÊME,Finance et éthique. Le prix de la vertu..., 2014.
Maurice BERTRAND,Machiavel ou l’Illusion réaliste, 2014.
Cyril MARÉ & Rémi RAHER,Géopolitique de l’Arctique, 2014.
Chantal PERRAS,La coopération policière globale contre le trafic
de drogue transnational,2014.
Gaby NAVENNEC,Les souffrances sociales. De l’acceptation aux
alternatives, 2014.
Julien PINOL,Essais nucléaires : 1961, une apothéose ?,2014.



















Antonio FURONE



Les crises de Santé publique
Entre incompétence et compromissions











































© L'HARM ATTAN, 201
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05018-8
EAN : 9782343050188

Dédicace

Au Professeur André DEMICHEL qui, en guidant mes
recherches en droit médical, a encouragé ma curiosité et mon
intérêt pour un champ toujours plus large, celui d’un
véritable humanisme des sciences politiques, économiques et
sociales.

INTRODUCTION

Nous sommes tous concernés par les crises

La santé publique n’est pas une notion vague, une
invention bureaucratique. Elle représente la somme des santés de
chacun d’entre nous: notre espérance de vie, les conditions
physiques dans lesquelles nous passons nos quatre-vingts et
quelques années de vie, nos maladies et accidents et leurs
remèdes. Tous ces faits nous affectent directement et
personnellement, que nous soyons jeunes ou vieux, malades ou
bien-portants à l’heure où nous lisons ces lignes.
Les actes liés à ces faits nous touchent également, de façon
au moins aussi directe et personnelle: chacun de nous - ou
presque - finance ces conditions et ces remèdes. Chacun est
confronté à l’hospitalisation, à l’accessibilité des soins et, plus
généralement encore, au passage de la force juvénile à la
faiblesse sénescente, qui détermine des données aussi diverses
que la pyramide des âges, les facteurs de production, les
services à la personne ou l’habitat, sans oublier, dans la
dimension collective de ce passage, dans son ampleur, l’état moral
de la population. Avec une moyenne jeune et vigoureuse, elle
n’envisage pas l’avenir avec la même vision que lorsqu’elle est
vieille et fatiguée.

Nous sommes ainsi concernés par la gestion de la santé
publique, non seulement en tant que citoyens contributeurs
et, par conséquent, sujets de la santé publique, mais aussi
comme patients, vieillards, accidentés, et par là même objets
de cette santé publique. Cette dernière reflète donc à la fois
nos choix publics, ou en tout cas elle est censé le faire, et
notre perception intime du destin de notre corps, jusque
dans son déclin et sa fin. C’est pourquoi nous acceptons de
consacrer, à titre individuel comme à titre collectif une partie
importante de nos ressources, soit près de 12 % de la richesse
nationale, et de notre confiance à un système complexe et
très hiérarchisé de décisions politiques, de compétences
scientifiques, d’investissements matériels et d’organisation
administrative.
Or chacun a connaissance de crises qui, à intervalles
réguliers, secouent la perception que nous avons de la gestion
publique de nos santés: sang contaminé, hormone de
croissance, vache folle, H1N1, autant d’incompréhensibles
cacophonies dans un système que nous imaginons bien huilé,
solidaire, techniquement au point. À chaque crise, la terre
tremble. Pourtant, même secoué de part en part, l’édifice
reste toujours debout. La surface se tient tranquille quelque
temps jusqu’à la secousse suivante, puis le scandale se lève,
pour retomber bien vite, comme si cette succession de crises
constituait un mode de fonctionnement réglé comme papier
à musique.
En a-t-il toujours été ainsi? Évidemment non! La santé
publique est, depuis l’Antiquité, au centre des
préoccupations des gouvernants. Mais ces préoccupations sanitaires ont
elles-mêmes varié du tout au tout au fil du temps. Et la crise
a changé de nature. Elle était accidentelle, elle est devenue
normale : elle s’est faite institution.

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CHAPITREI

Qu’est-ce que la santé publique ?

A. UNE BRÈVE HISTOIRE DE LA SANTÉ PUBLIQUE
1) Une dure leçon qui marque les esprits depuis vingt-cinq
siècles
A quand faire remonter la mesure même de santé
publique ? Au IV° siècle av.JC. Le récit de l’historien grec
Thucydide de la fameuse Peste d’Athènes inaugure une prise de
conscience qui va changer les mentalités politiques à tout
jamais.
Désormais, au moins en Occident, tous les
gouvernements auront le souci d’éviter à tout prix la désorganisation
de leur autorité, par des fléaux microbiens ou
bactériologiques. Tous essaieront de garder une population saine. Mais
qu’est-ce à dire ?
Ce qualificatif ne recouvre absolument pas la même chose
dans la Grèce de Périclès et dans la France de François
Hollande.
Il reste néanmoins un objectif essentiel depuis deux mille
cinq cents ans, et toute rupture brutale de la représentation
politique et sociale de ce qu’est une population saine entraîne
une crise sanitaire. On peut ainsi définir la crise sanitaire

comme une déchirure brusque de l’image que se fait une
population quelconque d’un idéal physique, à un
moment donné. Cet idéal peut être une tyrannie de la minceur,
une exaltation de la force musculaire, une prédilection
générale pour l’embonpoint, voire un accroissement accéléré de la
population. Peu importent la représentation et même
l’objectif de la santé publique. Les ruptures de cet idéal
forment autant d’occasions de crises.
Leurs apparitions et leurs caractéristiques revêtent donc
d’innombrables formes, parce que la santé publique a des
significations très différentes selon les époques et les
gouvernements, mais toutes requièrent une extrème attention des
autorités. Pourquoi ?
Dans sonHistoire de la guerre du Péloponèse,Thucydide
fait de la maladie une cause première de la défaite d’Athènes.
Il lui attribue dès l’abord des conséquences qui pèseront sur
toute la durée d’un conflit de vingt-sept ans. L’épidémie va
apparaître en 430, au tout début de la guerre, puis en 426.
Elle comporte, selon le célèbre récit, deux effets :
D’une part, elle est très meurtrière, parce que généralisée.
La Fontaine se serait inspiré de cet épisode pour ses
"Animaux malades de la peste" :
« …ils n’en mourraient pas tous, mais tous étaient atteints… ».
Dès le commencement des hostilités, l’appareil militaire
est numériquement très diminué. En outre, les rangs
clairsemés de la ligne ionienne, convalescents, pour ce qu’il en
reste, sont frappés de faiblesse et les efforts physiques fournis
par les soldats restent très en deçà du niveau habituel. Le
coup décisif d’emblée, sur quoi comptait Athènes, ne peut
être donné.

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Enfin, l’économie, facteur primordial de la puissance
athénienne, avec un trésor de mille talents gardé sur
l’Acropole au moment de la déclaration de guerre, pâtit de
cette énorme ponction humaine, de la désorganisation et de
la baisse d’activité qu’elle induit. Les récoltes ne rentrent
plus, le commerce maritime et terrestre, vital pour cette cité
marchande, s’interrompt :
«Les Athéniens souffraient beaucoup de cette situation et leurs
affaires se trouvaient compromises par les pertes immenses en
argent et en vie humaines» (1).
A un moment crucial, Athènes doit renoncer à des
renforts thraces, faute de pouvoir les solder.
D’autre part, l’épidémie de peste installe dans la cité ce
que Thucydide appelle "l’anomie".
Aucune loi, divine ou humaine, n’est plus observée lors
des pics de la maladie. Les Athéniens, dans ces paroxysmes,
ne reconnaissent ni n’admettent plus les liens qui faisaient
d’eux une société forte et cohérente. Il s’ensuit un
bouleversement des structures sociales: afflux incontrôlé de réfugiés
peu sûrs, envahissement et pillage des propriétés rurales, d’où
la ville tire sa substance, par des bandes, violences civiles,
rejets des rites, des règles et des hiérarchies. Les pouvoirs
publics, impuissants, sont discrédités. L’ampleur et la
gravité du mal ont pour beaucoup une origine et un objectif
magiques. C’est une manifestation de la colère des dieux,
sanctionnant l’impiété publique et une mauvaise gestion
politique.
Les délibérations sur l’Agora n’ont pas, quant à
l’épidémie, la moindre valeur opératoire, ce qui est
également un choc pour la démocratie athénienne dont les
citoyens pensaient avoir prise sur tout, grâce au débat public.

13

L’unité de la patrie, plus nécessaire que jamais, se délite sous
l’effet de cette démoralisation générale.
Ainsi, c’est bien un effondrement de la santé publique
qui aurait causé la défaite. C’est la peste, avant tout, qui
aurait précipité le déclin d’Athènes, puis celui de la Grèce
entière.
Obsédante leçon d’histoire et de sciences politiques que ce
récit de l’épidémie et de son rôle. L’auteur, Thucydide,
possède une grande hauteur de vue sur cette période, qu’il a
vécue. Par ailleurs, il fait, avec ce récit, œuvre d’historien
magistral :

«Du premier coup, avec une sûreté géniale, il établit ses principes
et définit sa méthode. Rompant avec les récits poétiques et
ingénieux des analystes, et surtout d’Hérodote, il fixe à l’histoire
son but, assure sa marche. L’histoire n’est pas une distraction
passagère qui charme l’esprit par des fonctions. Selon l’expression
même de Thucydide, […]elle est une acquisition pour les
générations à venir[…].Il n’a étudié dans son livre que les causes
secondes, dont il a voulu, sous la complexité des faits, montrer
l’enchaînement.» (2).

Cette position d’autorité, ayant sur la chose publique un
entendement expérimenté, cette méthode historique
innovante, proprement scientifique, appuyée sur un talent
narratif épuré de toute éloquence, ont toujours donné une grande
force probante à son ouvrage :
«Les pages sur la peste d’Athènes ont de tout temps provoqué
l’admiration pour leur précision, pour l’étude pénétrante du
retentissement qu’avait eu le fléau sur les âmes» (3).
e
Depuis le Vsiècle avant J.C., ce récit fameux a pénétré
la conscience des élites occidentales, cristallisant la
crainte qu’une nouvelle peste pourrait avoir des
consé

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quences comparables à celle d’Athènes. C’est d’ailleurs,
très explicitement, tout le propos de l’auteur :
«Il me suffira que ceux qui veulent voir clair dans les faits passés
et, par conséquent, aussi dans les faits analogues que l’avenir, selon
la loi des choses humaines, ne peut manquer à ramener, jugent
utile mon histoire. C’est une œuvre d’un profit solide et durable.»

2) Catastrophe sanitaire, désastre politique : un schéma
permanent
Ce schéma d’une catastrophe sanitaire entraînant un
désastre politique marque d’autant plus les esprits qu’il
paraît se reproduire sans fin, justifiant au fil du temps la
prophétie de Thucydide.
La peste noire de 1348 empêche l’Angleterre de gagner
immédiatement, ce qui devient, faute d’une décision rapide
et sans appel, la Guerre de Cent Ans. En quelques mois, ceux
précisément qui inaugurent l’expédition, la maladie tue un
tiers –la même proportion qu’Athènes– de la population
anglaise : 1,5 million sur 4,5 millions.
L’Angleterre, aux ressources humaines limitées, se
retrouve dans la situation d’Athènes en 430. Quelles que soient
les fautes tactiques françaises, l’occasion est manquée.
Édouard III est toujours à court de deux ou trois compagnies
d’archers pour s’imposer en profondeur.
De même, l’histoire de la chute de l’Empire romain
d’Orient est-elle écrite dans le dépeuplement continuel de
l’État byzantin qui ne compte plus que 40 000 habitants en
1453.
Dans cette veine, le relatif effondrement démographique
e
français du XIXsiècle a des conséquences aggravées par la
mauvaise santé de nombreuses couches de la population. Au
conseil de révision de 1850, pour la commune de Forest en

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