Les enfants au carré ? Une prévention qui ne tourne pas rond

Les enfants au carré ? Une prévention qui ne tourne pas rond

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Livres
256 pages

Description

Dans ce nouvel ouvrage, le collectif Pasde0deconduite s'attache à mieux comprendre les hiatus entre prévention et évaluation des comportements des enfants, à préciser en quoi l'accompagnement vers la socialisation est d'une autre nature que les apprentissages précoces de conduites adaptatives, à analyser les méthodes utilisées, leurs fondements théoriques, leur cadre d'application. Comment une politique bénéfique pour l'enfance et la famille pourrait-elle émerger de la logique de contrôle qui prévaut actuellement ? Malmener la dimension éthique dans le rapport à l'enfant n'ouvre-t-il pas... sur une impasse ? Conformément à l'esprit de travail multidisciplinaire et citoyen du collectif Pasde0deconduite, ces questions seront abordées sous les aspects psychologique, médical, éducatif, philosophique, sociologique et politique. Le collectif Pasde0deconduite créé en 2006 rassemble des professionnels, des associations, des universitaires, de simples citoyens.

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Date de parution 03 juin 2011
Nombre de visites sur la page 4
EAN13 9782749230696
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Les enfants au carré ? Une prévention qui ne tourne pas rond !
Ont collaboré à cet ouvrage :
Claire Blain Daniel Calin Pierre Delion Pierre Frackowiak Vincent de Gaulejac Nathalie Georges Sylviane Giampino Bernard Golse Roland Gori Tim Greacen Marina Julienne Christopher Lane Isabelle Millon Sylvain Missonnier Hubert Montagner Michel Parazelli Christiane Simon-Lang Pierre Suesser Serge Tisseron
Les enfants au carré ? Une prévention qui ne tourne pas rond !
Prévention et éducation plutôt que prédiction et conditionnement
Conception de la couverture : Anne Hébert
Illustration : dessin de PANCHO
Version PDF © Éditions érès 2012 CF - ISBN PDF : 978-2-7492-3070-2 Première édition © Éditions érès 2011 33, avenue Marcel-Dassault, 31500 Toulouse, France www.editions-eres.com
Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation, inté-grale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC), 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris, tél. 01 44 07 47 70, fax 01 46 34 67 19.
Table des matières
Prologue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pierre Delion
Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Pierre Suesser
ADAPTATION,PRÉVENTION: QUEST-CE QUI RIME,QUEST-CE QUI PRIME?
Normer ou prévenir ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nathalie Georges
Le projet Promat : promouvoir la socialité à l’école maternelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tim Greacen
Une alternative au dépistage précoce : leJeu des trois figuresen école maternelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Serge Tisseron
Enfants, graines de délinquants ? Témoignage. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Marina Julienne
Les programmes positivistes de prévention précoce. Vers quel horizon politique ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Michel Parazelli
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DE LA SOCIALISATION À LÉDUCATION,PENSER ET GRANDIR
Prédiction et anticipation de la dynamique du grandir chez l’enfant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Sylvain Missonnier
À la rencontre des autres à La Maisonnée. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Christiane Simon-Lang
Les ateliers philo à l’école . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Isabelle Millon
Du maternage à l’éducation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Daniel Calin
La résurgence de l’idée simpliste qu’on peut – et qu’il faut – détecter les « graines de violence » au cours de la petite enfance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Hubert Montagner
ENFANCE ET FAMILLE: CONTRÔLE DES BILLETS OU INVITATION AU VOYAGE?
La médicalisation des sentiments par la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . Interview de Christopher Lane
L’obsession évaluatrice et la nouvelle gestion publique . . . . . . . . . . . . . . . Vincent de Gaulejac
L’in-discipline et l’indiscipline, des savoirs vers l’éducation. . . . . . . . . . Pierre Frackowiak
Démocratie et subjectivité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Roland Gori
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Bernard Golse
Postface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Sylviane Giampino
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ANNEXES
Programmes de « prévention en santé mentale » : quels fondements théoriques et quels effets pratiques ?. . . . . . . . . . . . .
Santé mentale pour tous à l’école Claire Blain. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le dépistage des bébés agités pour prévenir la délinquance, c’est encore et toujours non !. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Socrate, la ciguë et les futurs délinquants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Alerte ! La prévention de la délinquance rapte les bébés ! . . . . . . . . . .
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Pierre Delion
Prologue
«Pour chasser l’enfant, pas besoin de permis, tous les braves gens s’y sont mis.» Jacques Prévert
Nous voilà dans un contexte sociétal crucial, car la cr ise tombe à point nommé pour masquer les vices de constructi on d’une société capitaliste décomplexée promettant, par l’intermé-diaire d’une classe politique à bout de souffle, l’Eldorado du libé-ralisme sauvage et qui, grâce à son emprise médiatique – Serge Tisseron le développera –, jure d’en revenir à des valeurs parta-gées par les plus forts : plus vous travaillez et plus vous gagnez ; moins vous travaillez, plus vous êtes fainéant et on ne voit pas pourquoi la société devrait vous encourager à le rester. La compétition remplace la solidarité, et si les vaches grasses sont bien gardées, les vaches maigres, elles, peuvent bien crever. Cettelogiquedetriomphedelargentetdublingblingaquelques conséquences fâcheuses, notamment, mais pas seulement, sur les enfants par l’entremise de leurs familles : les citoyens sous addic-tiontélévisuellenontpasletempsdesoccuperdeleursenfants de façon suffisamment interactive et ils sont sensibles aux argu-ments flattant les apprentissages précoces de comporte ments normalisateurs que d’autres enfants, vivant sans cete pression de
Pierre Delion, professeur de pédopsychiatrie.
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LES ENFANTS AU CARRÉ? UNE PRÉVENTION QUI NE TOURNE PAS ROND!
fausse appartenance ausociusqui masque une profonde solitude, acquièrent sans difficultés dans l’après-coup d’une intersubjec-tivité authentique. Plus généralement, on peut dire que nous sommes au-del à d’une société démocratique, dans une démocratie médiat ique, c’est-à-dire que ceux qui détiennent le pouvoir dans les médias peuvent faire acheter ce qu’ils veulent à qui ils v eulent, et de la même manière, faire voter pour qui les sert le plus efficacement. Cela ouvre la porte à une perversion des circuits de communica-tion entre les humains, et pour prendre un exemple proposé par Philippe Meirieu et rappelé par Pierre Suesser dans son intro-duction : « Les décideurs décrètent toute licence pour l es marchands d’excitants et le bâton pour les excités. » Dans le domaine de la pédopsychiatrie, nous sommes actuel-lement soumis à une menace très grande, celle de la médicali-sation des comportements, et plus précisément la mise des enfants sous psychotropes. Le consultant-mamelle de la Ritaline calmante devient le nouveau dealer de la souffrance p sychique. Sommes-nous désormais engagés dans une forme de soins pallia-tifs de la vie elle-même ? Il nous faut résister ferm ement pour défendre, en lien avec nos partenaires naturels, la pédopsychia-trie de secteur, qui va bientôt se trouver, rapport Cou ty oblige, clivée en intra et extrahospitalier, comme au bon vieux temps de l’asile. Beaucoup ont déjà compris que la solution pour échapper auxsixmoisdattentedanslescentresmédico-psychologiqueset voir plus rapidement le pédopsychiatre, consistait à al ler aux urgences pour éradiquer le symptôme incriminé. On comprendra aisément que, dans ces conditions, la psychopathologie n’est plus nécessaire pour penser la souffrance psychique : il suffit d’isoler le symptôme et de le tuer avec un psychotrope ou un condition-nement adéquat. Michel Foucault, puis Roland Gori et d’autres ne croyaient pas si bien dire lorsqu’ils prévoyaient l’ avènement du biopolitique, coïncidant avec la généralisation du Panop ticon de Bentham. Le roman de science-fiction le plus abouti àmes yeux, 1 celui d’Ira LewinUn bonheur insoutenable, va jusqu’au bout de cette idée, et je ne peux qu’en conseliler la lecture, à ceux qui ne
1. I. Lewin,Un bonheur insoutenable, Paris, Robert Laffont, 1971.
PROLOGUE
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prennent pas encore de somnifères. Après l’avoir lu, c’est probable qu’ils en prendront ! Alors, les enfants au carré avec une prévention qui ne tourne pas rond, c’est vraiment le chemin que nous prenons sa ns vergogne aujourd’hui. À moins d’un réveil des conscienc es, et d’une reconnaissance de l’inconscient – j’y insiste p arce que, grâce au provocateur de Basse-Normandie, notre ami Freud est 2 à nouveau repassé du côté des méchants –, la vitesse de la déconstruction est telle que les enfants à venir ont d u mouron à se faire s’ils ne veulent pas devenir les citoyensd’un monde de brutes, où la seule loi du talion règne en maître, faute d’une véri-table pensée de l’altérité. Je retiens deux exemples affligeants qui montrent l’ ampleur des dégâts : les mauvais parents se verront infligerla suppression des allocations familiales, et les personnels des stru ctures d’ac-cueil petite enfance assisteront, impuissants, à l’a ugmentation, autant que de besoin, du nombre d’enfants accueillis. Les premiers vont devoir f aire des stages de bons par ents pour apprendre la fonction parentale en douze leçons. Lemanus-crit, publié par les méthodes Assimil, est prêt. Lorsque les parents auront validé les questionnaires à la fin de chaque chap itre, ils pourront envoyer un coupon détachable à laCAFqui, après accord direct de l’Élysée, pourra éventuellement redonner le s points manquants. Une fois les douz e points r écupérés, les par ents retrouvent leur « permis de parentaliser » et les allocations rete-nues peuvent être rendues sous conditions. Là aussi, lepermis à points peut diminuer l’absentéisme scolaire. Les seconds vont devoir faire preuve d’imagination, et j’ai entendu parler de professionnels petite enfance qui vont louer des caravanes qu’ils stationneront devant les haltes-garderies, avec, à l’entrée, des mannequins signaleurs de travaux rachetés a ux autoroutes, qui indiqueront aux parents, avec un drapeau orange, l’entrée de la caravane. Une fois l’enfant dans la c aravane, on ferme la porte à clé dans le cadre des mesures sécur itaires aujourd’hui bien engagées. On maintient les chers petits su r leurs sièges avec la sécurité enfant pour être en règle, en cas de
2. Heureusement, Élisabeth Roudinesco a su barrer la rou te à cette entreprise commerciale de falsification de l’histoire.