Les Etats-Unis devant l

Les Etats-Unis devant l'opinion française 1815-1852

-

Livres
450 pages

Description

Dans cet ouvrage, René Rémond se propose de retracer l'évolution, dans la première moitié du 19e siècle, des relations entre la France et les Etats-Unis, en s'intéressant à la représentation que l'opinion française se fait de ce pays. A sa parution en 1962, la méthode adoptée pour cette étude fut considérée comme très novatrice. L'ouvrage est désormais une référence dans son domaine.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 mai 2013
Nombre de lectures 11
EAN13 9782724685701
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Extrait de la publication
René Rémond
Les États-Unis devant l’opinion française, 1815-1852
1962
Extrait de la publication
Copyright © Presses de Sciences Po, Paris, 2012. ISBN numérique : 9782724680430 ISBN papier : 9782724601599 Cette œuvre est protégée par le droit d'auteur et strictement réservée à l'usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L'éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
S'informer
Si vous désirez être tenu régulièrement informé de nos parutions, il vous suffit de vous abonner gratuitement à notre lettre d'information bimensuelle par courriel, à partir de notre site Presses de Sciences Po, où vous retrouverez l'ensemble de notre catalogue.
Extrait de la publication
Table Préface(Pierre Renouvin) Introduction
PREMIÈRE PARTIE. LES RELATIONS ENTRE LES DEUX PEUPLES Chapitre I . Distance et éloignement Lenteur, irrégularité, incertitude des communications Les effets sur la transmission des informations De l’ère du voilier à l’âge du steamer Chapitre II. L'émigration I - L’émigration politique les Etats-Unis, asile de la liberté II - L’émigration utopique l’Amérique, continent de l’imaginaire III - L’émigration de la misère et du déclassement l’Amérique, terre promise IV - Les sollicitations du mirage les entreprises de colonisation V - Le mirage de la Californie Chapitre III. Les rapports spirituels et intellectuels I - Les liens entre l’Eglise de France et le catholicisme américain II - Les relations entre les Eglises protestantes III - Les affinités entre les deux franc-maçonneries IV - Les échanges intellectuels Chapitre IV. Les relations économiques Les échanges et les facteurs de variation. Crises économiques et tarifs douaniers Les produits : coton, vins, soieries La navigation et les ports La carte des intérêts Les placements de capitaux
Extrait de la publication
Chapitre V. Les contacts individuels I - Les américains en France II - Les liens entre la France et la Louisiane III - Quelques intermédiaires Conclusion
DEUXIÈME PARTIE. LES MATÉRIAUX DE LA CONNAISSANCE Introduction. Les éléments de l'information prédominance de l'imprimé Chapitre I. L'héritage du passé Survivance des auteurs. Persistance de leur vision Quelques causes de la stabilité des images Permanence des thèmes et fixité des controverses Chapitre II. Le point de vue anglais Une tradition de dénigrement : orgueil britannique et préjuge tory Les impressions des voyageurs britanniques et leur influence sur l’opinion française Chapitre III. Le témoignage des américains sur eux-mêmes à travers leurs écrivains Histoire de l’opinion et littérature comparée La fortune de Cooper Peut-il y avoir une littérature américaine ? Une seconde génération d’écrivains Chapitre IV. L'apport français contemporain Les ouvrages de première main au contact de la réalité Chapitre V. Les fantaisies de l'imagination I - Les compilations II - La fiction Chapitre VI. Les écrits politiques propagande et polémique
Extrait de la publication
Caractères et lacunes de l’information française Chapitre VII. Les périodiques I - Les revues II - Les journaux Chapitre VIII. L'illustration Conclusion. L'information et le travail de l'opinion
Extrait de la publication
Préface
Pierre Renouvin
de l’Institut.
A u cours des trente dernières années, l’histoire des relations internationales a mis au centre de ses préoccupations, au-delà de l’horizon traditionnel de l’histoire diplomatique, l’étude des facteurs et des fondements de la politique étrangère, des forces profondes qui orientent les initiatives des Etats. Cette recherche s’est engagée dans deux directions : Les uns étudient les facteurs économiques et financiers qui ont eu souvent une influence sur les mouvements de l’opinion publique et sur les décisions prises par les gouvernements. Dans un régime d’économie libérale, il faut connaître les intérêts matériels des hommes d’affaires ou des groupes financiers ; intérêts des exportateurs qui cherchent des marchés nouveaux, des industriels qui veulent s’assurer des réserves de matières premières, des fabricants d’armements ; intérêts des banques qui cherchent à développer les investissements dans les pays étrangers, puis à garantir à ces capitaux une protection et essayer de voir comment les sollicitations de ces intérêts ont amené tel ou tel gouvernement à mener une politique d’expansion, qui pouvait être une cause de conflits avec d’autres Etats. A côté de ces occasions où s’exerce l’attrait du profit, l’historien ne doit pas méconnaître les intérêts collectifs d’un peuple qui veut améliorer ses conditions de vie. Les autres, sans contester que les forces économiques peuvent contribuer à déterminer les initiatives des hommes et à modifier leur état d’esprit, s’attachent de préférence à l’étude des sentiments et du mouvement des idées. Les grandes « forces historiques », croient-ils, sont liées au tempérament, aux traditions, aux manières de penser, aux tendances de la psychologie collective, dont il serait fort arbitraire de chercher l’origine dans les conditions matérielles de la vie. La foi religieuse, la croissance du
Extrait de la publication
sentiment national, la prise de conscience des intérêts collectifs d’un peuple, la cohésion morale qui se manifeste dans son sein, enfin l’attitude de ce peuple devant l’éventualité de la guerre, voilà ce qu’il importe surtout de connaître. L’homme d’Etat, même s’il dispose, en droit ou en fait, d’une autorité souveraine, ne peut pas échapper à ces influences de la psychologie collective, ou négliger d’en tenir compte. De ces forces profondes qui orientent la politique extérieure des Etats, quelle est celle dont l’importance est prépondérante ? Question vaine. La recherche historique aboutit presque toujours à constater que l’influence des conditions économiques et financières, celle des courants de la psychologie collective et du sentiment national, celle enfin des initiatives prises par les gouvernements se complètent et se pénètrent. Leur part d’influence respective varie selon les époques et les Etats. L’historien essaie de déterminer quelle a été cette part. Dans cette recherche qui est le but essentiel de l’œuvre historique, l’image qu’un peuple se forme d’un autre peuple présente une particulière importance. Dresser le bilan des informations, toujours incomplètes ; étudier l’origine des méfiances, des malentendus ou des craintes, des sconstater comment ellesympathies ou des préventions entre deux nations ; se représentent leurs forces respectives, leur avenir, le rôle qu’elles sont appelées, l’une et l’autre, à jouer dans la vie économique et politique du monde ; voir naître les erreurs de jugement et la méconnaissance mutuelle des intentions ; voilà qui intéresse au premier chef l’histoire des relations internationales, car ces courants d’opinion ont contribué à orienter ouà entraver les initiatives politiques. Or ce domaine n’avait guère été défriché, jusqu’à ces dernières années, que par les historiens de la littérature comparée. Leur apport est bien loin d’avoir été négligeable. Lorsque M. Monchoux montre comment, sous l’influence de Mme de Staël, les milieux littéraires français ont été entraînés, entre 1815et 1835, par un courant germanophile ; lorsque Claude Digeon analyse « la crise allemande de la pensée française de 1871à 1914ou que Marius-François Guyard étudie « l’image de la », Grande-Bretagne dans le roman français de 1914à 1940 », ces recherches éclairent la formation de l’opinion publique. Pourtant l’optique du « comparatiste » reste limitée aux relations littéraires, et aux réactions des milieux intellectuels. « Si l’histoire, écrit l’un d’eux, lui fournit ses méthodes, la littérature et elle seule constitue son domaine. » L’historien a, lui, « besoin » de savoir si l’état d’esprit de la nation, dans
Extrait de la publication
sa masse, ou, tout au moins, celui des milieux les plus aptes à jouer un rôle dans ta vie politique a subi l’influence du comportement de ces intellectuels, ou s’il s’est formé en dehors de cette influence. Il doit donc élargir le champ des recherches, étendre son regard dans toute la mesure du possible vers toute la documentation imprimée, qu’elle ait ou non une valeur littéraire, essayer même de trouver d’autres sources d’information. L’histoire de l’opinion publique, dès lors qu’elle veut apercevoir, au-delà des idées des intellectuels, les réactions mentales de milieux très étendus et très divers a de vastes exigences. Elle va plus loin que l’histoire des idées politiques, car elle veut atteindre l’expression des sentiments ; elle diffère de la « sociologie des opinions », car elle s’intéresse au caractère des phénomènes d’opinion et non pas à leur contenu. Elle tient compte, évidemment, des aspects politiques, mais aussi des conditions économiques et sociales. Le programme est lourd. C’est aux moyens et aux méthodes de cette recherche que René Rémond a voulu attacher le meilleur de son effort dans cet ouvrage où il trace une voie. Son dessein est neuf et son enquête présente pour l’orientation de la recherche historique une portée singulière. Comment a-t-il défini les problèmes de méthode et quelles solutions a-t-il appliquées ? Dans le cadre de la recherche historique, où l’enquête est privee des moyens d’observation auxquelles les études d’opinion ont recours lorsqu’elles s’appliquent au monde contemporain, l’image qu’un peuple s’est formée d’un autre peuple peut être reconstituée grâce à la lecture des ouvrages et des brochures ou des articles de revues publiés à l’époque, et par la consultation des journaux ; tels sont les principaux « matériaux » dont l’opinion française a tiré sa représentation de la réalité américaine. Il est impossible, certes, lorsque l’étude s’applique à une période de vingt ou trente ans, de prétendre maîtriser l’énorme masse des périodiques et des quotidiens : dans ce domaine, l’historien doit se contenter de « coups de sonde », autour des dates où soit les circonstances politiques et économiques, soit la publication d’un ouvrage important lui permettent de présumer l’existence de manifestations d’opinion, et le développement de controverses ; mais il essaie de connaître et de consulter tous les livres, toutes les brochures. A propos de chacun d’eux, il se demande si ce document est représentatif de l’opinion, et il s’efforce de mesurer son rayon d’action : le nombre d’éditions d’un livre, le ton et la fréquence des comptes rendus dont il a fait l’objet sont des indices de cette influence. Les ouvrages qui sollicitent et qui retiennent l’attention, dans ce genre
Extrait de la publication
d’enquête, ne sont pas seulement les œuvres où s’expriment une observation directe et une pensée originale : l’historien attache souvent plus d’importance aux ouvrages de vulgarisation, aux articles parus dans des almanachs, parce qu’ils peuvent permettre d’apercevoir l’opinion « commune ». Ces méthodes de l’enquête, René Rémond ne se borne pas à les présenter et à les analyser ; il les soumet à une critique pénétrante et se garde bien d’en masquer les points faibles. L’étude historique de l’opinion, dit-il, ne peut pas éviter de laisser une part à l’arbitraire, ou plus exactement au discernement personnel. L’auteur de l’enquête n’est-il pas en droit d’invoquer son intuition, grâce à la familiarité qu’il a acquise avec les écrits de l’époque ? Oui, sans doute. Pourtant le lecteur s’interroge : existe-t-il vraiment une « opinion commune » ? Et quels sont les critères qui permettent d’affirmer qu’un témoignage est « représentatif » ? Ce sont des points sur lesquels l’auteur n’obtient l’assentiment que dans la mesure où il inspire confiance. Mais cette confiance, René Rémond sait la mériter, parce qu’il ne cherche pas à dissimuler ses incertitudes et qu’il se montre exigeant pour lui-même. Au-delà de ces questions de méthodes l’étude suggère des constatations de portée générale. Entre les Etats-Unis « réels », les Etats-Unis tels que les voyaient les citoyens de l’Union, et l’image que s’en est formée l’opinion française entre 1815et1852, les différences sont sensibles ; et nous n’en sommes pas surpris. L’image « devient souvent un mirage ». Ce sont les causes de cette déformation que René Rémond ne manque pas de mettre en lumière, à chaque occasion : décalage dans le temps entre les informations recueillies par les observateurs français et l’évolution politique ou sociale dont ils essaient de rendre compte ; lacunes de l’observation directe, même de la part des témoins les plus perspicaces, parce que leur tour d’esprit ou leurs préoccupations du moment leur font négliger certains aspects de la réalité ; rôle de l’imagination et de la sensibilité affective lorsqu’il s’agit d’interpréter ces informations, qui sont toujours appréciées en fonction des préoccupations françaises et même des partis pris de politique intérieure. Le jeu de ces causes n’est pourtant pas uniforme. L’opinion ressent des « poussées de fièvre », à l’occasion d’incidents dont l’importance n’est pas toujours évidente ; elle peut subir aussi, en quelques années, des changements profonds. Les pages où René Rémond analyse les tendances générales de l’opinion française avant 1830et après 1835sont particulièrement dignes de réflexion : d’abord, l’expression d’une