Les femmes de Bondoukuy au Burkina Faso

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Français
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Description

Pratiquant l'agriculture itinérante sur brûlis les Bwaba du sud-ouest du Burkina Faso avaient une stricte division du travail par genre : aux femmes la cueillette et le ménage, aux homme l'agriculture. Cette étude sur le genre féminin expose à partir d'une observation participante ethnographique la mise au travail récente des femmes dans toutes les phases de l'agriculture. Mais pour construire une véritable stratégie économique qui les rendrait indépendantes, se posent aux femmes trois problèmes de base : l'accès à la terre, l'accès au crédit, l'accès à un véritable statut d'agricultrice.

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Date de parution 01 février 2010
Nombre de lectures 118
EAN13 9782296693609
Langue Français
Poids de l'ouvrage 17 Mo

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Pour Bernard, que je remercie de m’avoir consacré
tant d’années à me suivre et m’encourager afin que
je transforme mon rêve en réalité :
être docteur en ethnologie.

Au-delà de cette relation professionnelle,
je ne saurais oublier son attention et son affection.
Je l’assure ici,
dans cette étape finale de notre longue collaboration,
de ma reconnaissance et de mon affection.

Couverturetraditionnelle bwaba présentée par les griotstisserands

Introduction

Le sujet de cet ouvrage porte surl’approche
ethnologique des transformations du rôle des femmes et de leurs
activités en milieu rural. Pour la traiter, je m’appuierai sur le cas
des Bwaba de la région de Bondoukuy (Sud-Ouest du Burkina
Faso). En effet l’observation de terrain a montré qu’aucune
activité agricole n’est aujourd’hui réalisée sans l’apport de
travail féminin. La tradition bwaba ne considérait commetâches
dévolues aux femmes que la cueillette, les activités de
transformation, les activités ménagères et trois tâches liées
àl’agriculture :semis, récoltes, transport des grains (après battage).
Quant aux hommes, ils avaient en charge les travaux agricoles
et l’obligation d’assurer l’approvisionnement en grain des
familles.C’est ce changement qui a ouvert ma curiosité lors de
mes premiers travaux sur le terrain.
Mon objectif est de comprendre tout d’abord les
transformations de ces dernières années où le travail féminin en
agriculture est devenu de plus en plus important.Pour mieux les
comprendre, nous étudierons les travaux des champs, désormais
assignés aux femmes.Que pensent alors les femmes des
changements de leur participation au travail au sein
del’exploitation agricole familiale?L’apparition des besoins nouveaux
amène certaines femmes à exploiter un champ personnel.Cette
activité agricole intense pose le problème de la disponibilité des
mères pour leurs enfants en bas âge.Ne bénéficiant que de très
peu d’aide, comparées à leursmères et grand-mères, quelles
sont les solutions qui s’offrent à elles pour faire face à leurs
multiples tâches ?

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Parler du travail agricole féminin soulève également la
question de la propriété des moyens de production. Patrilinéaire
et virilocal, le système de parenté bwaba exclut les femmes de
la propriété familiale, en tant que fille et épouse. Pour leur
entretien et celui de leurs enfants, elles dépendaient d’un groupe
d’hommes. Comme elles ne cultivaient pas la terre, posséder
(houes, charrue, charrette, âne…) ne faisait pas partie des
préoccupations des femmes pour qui produits de transformation
et élevage de porcs bornaient l’horizon pécuniaire. Aujourd’hui
en revanche, la situation est différente car les femmes se
révèlent être des acteurs économiquesmajeurs. Mineures
juridiques, à elles se pose désormais le problème d’acquérir des
moyens de production (dont la terre) et d’accumuler et gérer des
capitaux. Nos interrogations porteront sur l’accès à l’utilisation
d’outils agricoles familiaux et sur les possibilités d’obtenir du
matériel à titre personnel. Pour tout achat effectué parl’épouse,
nous questionnerons le rôle joué par le mari. Nous verrons
ensuite les difficultés auxquelles les femmes se trouvent
confrontées quant à l’achat dematériels agricoles et les
alternatives (prêt ou location) qui s’offrentà elles. Cette
différence de traitement entre les deux sexes ne provient pas
d’une "nature féminine" mais bien d’un choix culturel de la
société bwaba, d’où notre intérêt pour les relations de genre
comme cadre d’analyse pour expliquer les faits que nous avons
observés sur le terrain.
C’est dans ce cadre que nous analyserons l’impact des
transformations des tâches agricoles et des changements
concomitants du statut féminin. En rapport avec les activités
agricoles et les responsabilités féminines nouvelles (frais

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0

d’école, d’habillement, de dispensaire…),
Le fondement de la répartition des charges concernant
l’alimentation dans les ménages était :le grain pour les hommes
et la sauce pour les femmes. Certes, des variations existaient
selon les sociétés et les ethnies. Cependant, cette formulequi
exprimait une division du travail entre sexes est fortement
remise en cause aujourd’hui par le« progrès »et le
« développement »,au détriment des femmes. Pour le Sénégal,
A. Bergeret (1992) montre que, chez lesWolof et les Socé, des
variations se produisent quand les familles rencontrent des
difficultés d’approvisionnement (périodes de soudures, années
difficiles).B.Lacombeet al(1969) montrent que chez les
Seereer, on retrouve cette même division des responsabilités
dans les couples, avec une infinité de variations selonles
ménages, les années et les saisons.Mais ces auteurs insistent
tous sur le fait que lamodernité bouleverse le schéma
traditionnel.Nous-même avons constaté que cette division n’est
plus respectée : nous verrons comment les acteurs masculins se
ménagent des échappatoires quant à leurs responsabilités
économiques vis-à-vis de leurs dépendants (épouse/s et enfants).

Nos travaux antérieurs nous ont montré que les femmes
restent toujours très liées à leurs familles d’origine vers
lesquelles elles se replient en cas de trop grandes difficultés
conjugales.Nous ne pensions pas trouver ce type de relations
chez lesBce quewaba, au contraire deC.Alfieri (1994) a
observé chez lesBobo, patrilinéaires également, avec
l’existence du “panier matrilinéaire”.Par contre, nous avons pu
constater chez lesBwaba (aux lignages patri-virilocaux) le
même phénomène que celui qui a été observé par V.Vinel

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1

(2005) chez les Moose : le maintien des liens fraternels affectifs
et économiques entre enfants demême père ou mère au sens
strict, (et non au sens classificatoire de« frères/sœurs »).Cet
auteur a remarqué que la distance séparant les lieux de résidence
respectifs est le seul élément déterminant de lafréquence des
visites que les femmes Moose Sikoomse rendent à leur famille
paternelle et maternelle. Nous insisterons sur cet aspect
méconnu de la société bwaba.
Les femmes ne vivent pas indépendamment des hommes
et prendre ceux-ci en compte s’impose naturellement. En effet,
les stratégies poursuivies par les hommes et les contraintes
économiques et sociales dans lesquelles ils sont, font partie
intégrante de la situation féminine. La réciproque pourrait être
théoriquement possible, mais ce n’est pas entièrement le cas car
les hommes sont dans une position sociale dominante: ils
influent plus sur le sort des femmes que celles-ci ne les
influencent. Cela n’empêche pas les femmes de frayer leur
chemin vers des stratégies d’acteurs sociaux à part entière et
indépendants. Nous verrons à travers les associations féminines,
émerger une solidarité économique et se développer, des
stratégies individuelles d’accumulation du capital. Enfin, nous
verrons également, à travers quelques couples, monogames ou
polygames, s’installer une nouvelle relation économique et
affective, entre conjoints ayant des objectifs communs.
Ce n’est pas parce que les femmes représentent la moitié
de la population que notre sujet de étude présenterait de
l’intérêt, c’est parce qu’elle révèle les enjeux des sociétés
africaines d’aujourd’hui et qu’elle traite d’enjeux plus
généraux : la place de la femme et des femmes dans les sociétés

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modernes et donc les conditions de la construction du futur.
Nous verrons que l’avenir des enfants, les soins qui leur sont
accordés et l’éducation qui leur sera donnée dépendent
effectivement plus de leurs mères que de leurs pères,en
l’Afrique comme dans le reste du monde, en développement ou
industrialisé. A plus long terme notre étude évalue les
conditions objectives de l’émergence d’une meilleure égalité
entre hommes et femmes.

Problématique

Cette étude s’inscrit dans le courant de l’anthropologie
dynamique et du développement élaborée parG.Balandier dans
son ouvrage,Sociologie actuelle de l’Afrique Noire(1955).
Cette anthropologie est reconnue pour avoir mis l’accent sur les
changements.Aux origines de l’ethnologie, on étudiait les
sociétés non-occidentales comme si l’histoire ne les avait jamais
atteintes. Mis à part les récits oraux quel’on recueillait sur le
passé, les premiers ethnologues ne disposaient d’aucune donnée
sur le passé.De cette contrainte est née l’observation
participante comme outil privilégié de l’ethnographie. Les sociétés
qu’étudiait l’ethnologie paraissaient immobiles.Cela amènera
C. Lévi-Strauss, dans ses entretiens avecG.Charbonnier
(1959), à parler de "sociétés froides" qui résisteraient
àl’intrusion de l’histoire.D’où l’importance qu’il accordera à leur
analyse structurale. L. deHeusch (1967 : 7) à propos de l’apport
deLévi-Strauss explicitera le débat tel qu’il se posait sur le plan
théorique à l’époque: «Ethnographie et ethnologie ont été
sollicitées avant le structuralisme par deux optionsmajeures :
l’explication historique (qui est d’ordre diachronique) et

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l’explication fonctionnelle (qui est d’ordre synchronique). La
tentation de l’histoire continue à marquer fortement divers
courants actuels. »G.Balandier au contraire, malgré le manque
de documentation écrite, n’hésitera pas à replacer
dansl’histoire, coloniale en particulier, ces sociétés, et élaborera les
hypothèses de travail d’une anthropologie dynamique tout en se
fondant sur des données de terrain.Depuis 1955, année de la
parution de son ouvrage, presque tous les ethnologues ont suivi cette
démarche : J.Capron (1973), J.-P. Olivier de Sardan (1984),
J.L.Boutillier (1964), M.Godelier (1982),C. Meillassoux
(1975)…Ces auteurs ont eu recours à l’histoire comme variable
explicative de la situation des sociétés traditionnelles africaines.
Ils ont montré que le changement existe dans toutes les sociétés.
Imais d’une successionl est le résultat non du hasard
d’événements qui est responsable des divers changements qui
affectent ces sociétés.
SelonR.Bastide (inG.Balandier 1971: 77) le
changement s’accompagne de transformations structurelles des
sociétés :«Nous ne parlerons pas de mutation tant que nous
restons dans une même structure; nous réserverons ce terme à
tout changement qui se définit comme passage d’une structure à
une autre, comme bouleversement des «systèmes ».La société
bwaba actuelle connaît une mutation structurelle qui entre bien
dans cette définition deR.Bastide.
L’histoire n’est pas la seule variable qui soit prise en
compte par l’anthropologie dynamique.Celle-ci considère les
conflits comme des opérations de réaménagement des relations
sociales entre groupes, institutions et acteurs sociaux.Les
tensions et la violence ne sont donc plus vus comme des

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perturbations d’un “ordre stable” mais comme des éléments
nécessaires à un ajustement dynamique, ce qui permet àdes
auteurs tels que E.E. Evans-Pritchard(1968), M.Gluckman
(1963) de montrer que tout en étant propre à chaque système
social, les conflits et les dysfonctionnements doivent être perçus
à la fois «comme des phénomènes de déstructurationmais
également comme pouvant favoriser l’intégration.» (InLes
notions clés de l’ethnologie, 2007: 179.)Nous verrons tout au
long de notre étude que cet aspect de l’anthropologie dynamique
nous a aidé à entendre la société bwaba.L’approche de
G.Balandier a enfin intégré les dynamiques interne et externe
des cultures dans la compréhension des changements que les
sociétés connaissent.En effet, ils résultent d’un double
mouvement :celui du dedans et du dehors.Aucune société n’a
évolué avec sa seule logique interne.D’autres sociétés
l’entouraient, des événements (mondiaux même) l’affectaient.
Comme le signaleG: «: 9)odelier (1982Jusqu’en 1951, les
Baruya n’avaient jamais vu deBlancs et cependant, sans le
savoir, ils s’étaient déjà placés dans leur dépendance matérielle,
économique. »L’utilisation de cette dialectique qui englobe les
transformations internes et les déterminations historiques nous
sera d’une grande utilité pour comprendrel’évolution de la
société bwaba et évaluer les potentialités du futur.C’est donc
logiquement que notre problématique de recherche est proche de
celle deC.Rondeau (1994) qui a pris en compte les
changements survenus dans trois sociétés paysannes duMali et
leurs conséquences sur la vie des femmes.Parler de
l’intensification du travail agricole féminin nous a obligée à
intégrer une analyse rétrospective du fonctionnement de la

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société car, comme le souligne C. Rondeau (1994: 90) : «Il est
important de connaître le contexte social, économique et
environnemental pour mieux cerner les différences entre la vie
des femmes d’aujourd’hui et celles de la période coloniale ».
Après avoir situé notre sujet dans le courant de
l’anthropologie dynamique, nous nous intéressons maintenant
au double mouvement auquel le monde rural africain a été
confronté et qui est le cadre obligé de toute étude sur les
femmes africaines rurales :
D’une part, l’agriculture sur brûlis est arrivée à la limite de ses
*
capacités de fonctionnement à cause de la croissance dela
population et d’une conjonction de phénomènes naturels
(sécheresse depuis quelques décennies), et anthropiques (perte
des espaces vierges et disparition des faunes sauvages). Au
regard des normes agricoles héritées du passé, la terre est
surexploitée et on assiste à une baisse globale des rendements ;
D’autre part, on constate une fortemodernisation de
*
l’agriculture (semences nouvelles, outillage (charrue, attelages),
engrais, commercialisation des récoltes, cultures de rente,
travail salarié… et surtout augmentation des surfaces par actif).
Ceci est corrélé avec la dislocation des sociétés rurales (d’où
l’abandon des troupeaux familiaux de bovins, des champs
collectifs et de la coopération intra-familiale), la montée des
cultures de rente (coton…) etl’émergence d’une certaine
modernité y compris dans les campagnes les plus reculées
(besoins d’éducation et de soins de santé, consommation de
biens modernes : moyens de transport, vêtements, matériaux de
construction : ciment et tôles).
Les sociétés paysannes africaines, ont réagi
diffé

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remment selon leur propre culture d’origine devant le choc de la
modernisation. Pour faire face à la fois à la dégradation des
conditions naturelles (sécheresses depuis les années 1960,
dégradation de certains sols…), aux migrations massives de
populations allogènes et à l’effondrement des organisations
traditionnelles des sociétés, elles ont dû recourir à de nouveaux
moyens d’adaptation.
Les cultures du Sud-Ouest du Burkina ont profondément
modifié leurs propres règles de répartition du travail entre les
sexes. Les femmes qui ne pratiquaient pas la culture,y sont
aujourd’hui contraintes et de plus, d’une façon intensive. Elles
participent désormais à toutes les tâches agricoles. Aujourd’hui,
dans certaines zones, et c’est le cas à Bondoukuy, les femmes
sont considérées, et se considèrent elles-mêmes, comme de
véritables ouvriers agricoles. Notre problématique considère que
ce fait n’est qu’un moment d’une évolution : de femmes rurales,
d’épouses de paysans, elles deviendront des paysannes à part
entière. Le surcroît de travail des femmes dans de nombreuses
sociétés et pays africains, aussi bien dans les champs que pour
les travaux domestiques a été évoqué par
C.CoqueryVidrovitch (1994: 33-34) en ces termes: «On dit aujourd’hui
qu’elles se définissent par «trois S» :Silence, Sacrifice et
Service.Les périphrases qui les désignent auBénin pourraient
se traduirent par «palissade d’un autre», ou «cheval de la
belle-famille. »
Elle donne également une estimation du nombre de jours
que les paysannes gambiennes consacrent aux travaux des
champs :«Dans ce pays où pourtant le travail agricole des
hommes est loin d’être négligeable, les femmes passent en

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moyenne 159 jours par an dans leurs champs, contre 103 jours
pour les hommes. Elles y travaillent 6,8 heures par jour, contre
5,7 pour les hommes, mais consacrent, en sus, quatre heures par
jour en plus à leurs autres travaux: portage de l’eau et du bois,
cuisine, lavage, enfants. Ainsi, dans beaucoup derégions
d’Afrique, en période de pointe, la journée de travail des femmes
avoisine quinze heures. » (Coquery-Vidrovitch, 1994 : 111)
Assurant travail productif et rôle économique, tant dans
l’agriculture céréalière que celle de rente (coton...), les femmes
bwaba devront obtenir une place responsable dans la société et
nous chercherons les signes de cet éventuel futur.Car il paraît
difficile qu’un développement puisse se réaliser avec des filles
et épouses moins considérées que des ouvriers agricoles.Ces
derniers peuvent en effet, répondre à unmarché du travail, ce
qui n’est pas le cas des femmes bwaba.C’est ainsi que, malgré
le temps et l’énergie consacrés aux champs familiaux, les
femmes bwaba sont toujours considérées comme étant des
"aides familiales".Or, elles font plus qu’aider.Cette situation,
que les paysannes africaines vivent actuellement n’est pas très
éloignée de celle qu’ont connue les paysannes françaises dans
les années 1950, avant que le statut d’agricultrice ne leur soit
reconnu, si nous nous référons àl’étude faite parA.Barthez
(1982).C.C: 115) aborde cette ques-oquery-Vidrovitch (1994
tion en ces termes : «Le travail agricole des femmes reste
invisible parce que n’étant pas encore vraiment entré dans
l’économie monétaire, il n’est pas payé ».
Les femmes sont un acteur impensé, ce qui a longtemps
contribué à rendre leur travail invisible.D’ailleurs, la question
féminine n’est pas apparue d’emblée dans les études
socio

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économiques. Avant les années 1960-1970 sur le terrain, les
chercheurs tels que Malinowski, Lévi-Strauss,
EvansPritchard… étaient des hommes qui écoutaient d’autres
hommes.Ils se sont fondés uniquement sur le discours des
hommes pour analyser le fonctionnement des sociétés.Le peu
d’intérêt accordé aux femmes a donc conduit à une occultation
de l’importance de leur rôle en tant qu’actrices sociales, ayant
un poids réel dans la construction sociale et dansl’activité
économique. C. C: 10) revient plus enoquery-Vidrovitch (1994
détail sur les raisons qui ont conduit à lamise à l’écart des
femmes au cours des recherches: «La vie quotidienne des
femmes, dans l’histoire africaine comme ailleurs, n’a intéressé
ni les observateurs extérieurs ni la tradition.Les sources écrites,
plus nombreuses qu’on ne le soupçonne d’ordinaire, ont été
ème
dans leur quasi-totalité étrangères : arabes depuis le Xsiècle,
ème
européennes depuis la fin du XVsiècle.Elles ont émané,
pendant des siècles,d’hommes :des marchands, des
explorateurs, des hommes politiques. Venus de sociétés à
prédominance masculine, ils se sont préoccupésd’affaires
d’hommes.Les femmes y apparaissent fort peu ou sous des
rôles stéréotypés: princesses et« mères »de chefs, ou au
contraire esclaves ou concubines.Les voyageurs ont surtout
fréquenté les milieux dirigeants, et n’ont guère regardé les
femmes sinon pour les utiliser.Les colonisateurs, quelle que soit
leur nationalité, étaient pour la plupart imbus de l’héritage
victorien de leur époque.Pour eux le monde du travail était
masculin. Sauf exception ils n’ont même pas perçu à quel point
le travail physique était enAfrique dévolu aux femmes ».
Lmasculin nee point de vue "anthropocentrique"

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permettait pas de faire cas de la division sexuelle du travail, ni
de la différence de statut entre les hommes et les femmes, nide
leurs connaissances cultuelles différentes. Cela nous amène à
l’évidence qu’il faut effectuer une distinction fondamentale
entre sexe et genre. Ce sera le grandmouvement féministe des
Women’setGender Studiesqui affirmera les femmes comme
acteur social à part entière.Dans le souci de les réhabiliter,
l’histoire est la première discipline qu’investiront ces militantes.
La question est de sortir le genre féminin de ses déterminations
biologiques (avec sa fonction de reproductrice) et de son rôle
domestique (qui lui serait naturel).Ces mouvements
s’intéresseront par la suite aux sciences sociales dont elles vont
bouleverser la problématique.Certaines chercheuses
entreprendront des investigations dans les sociétés déjà étudiées, par les
hommes par la force des choses; se focalisant sur la gente
féminine, elles obtiendront des données fort différentes sur ces
mêmes sociétés.Pmouvementrise globalement, tant dans son
politique que scientifique, cette nouvelle orientation va montrer
la pertinence de l’étude de genre, cessant d’amalgamer sexe et
genre.Il n’y a rien relevant de la "nature" quant à la répartition
des tâches et des responsabilités entre les hommes et les
femmes.C.Delphy précise que c’est à partir des années 1940 à
1960 que des chercheurs, commeAnnOakley, opéreront une
scission conceptuelle entre sexe et genre.Leurs travaux
montreront que: «Les places et activités des individus ne sont
pas considérées comme découlant de leur nature ou de leurs
capacités propres mais de l’organisation sociale». (Delphy,
1991 : 90)
Si la scission avait pour but de faire apparaître le facteur

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0

culturel dans la notion de genre à travers la définition qui lui est
donnée, elle permettait aussi par la même occasion: «De
réhabiliter les femmes comme actrices sociales, et demettre en
évidence les déterminations sociales et les rapports sociaux
impliqués par la division des tâches, jusqu’alors décritemais
non problématisée, car considérée comme naturelle ». (Guionnet
et Neveu, 2004 : 21)
LesWomen’s,Gender Studieset d’autres remettront en
cause l’explication de la domination des hommes à partir du
facteur sexe.C.Delphy fait référence à quelques passages du
livre d’A.Oakley :Sex,Gender and Society, (1972), à travers la
définition qu’elle donne du sexe et du genre : «Le mot ''sexe'' se
réfère aux différences biologiques entre mâles et femelles : à la
différence visible entre leurs organes génitaux et à la différence
corrélative entre leurs fonctions procréatives.Le ''genre'', lui, est
une question de culture : il se réfère à la classification sociale en
''masculin'' et ''féminin'' ». (Oakley citée parDelphy, 1991 : 91)
La division du travail entre les sexes, ditA.Oakley « est
universelle, mais le contenu des tâches considérées comme
féminines et masculines varie considérablement selon les
sociétés ».La variabilité historique et géographique du contenu
des tâches féminines et masculines en fonction des sociétés est
une des preuves de la validité du concept sociologique de genre.
«La constance du sexe doit être admise, ditA.Oakley, mais
aussi la variabilité du genre » (Delphy 1991 : 91).

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1

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Femme cueillant des feuilles d’un jeune baobab

Chapitre 1

Pratique et méthode de terrain

Avant d’expliciter la méthode de travail que nous avons
pratiquée sur le terrain, nous allons présenter succinctement la
zone d’étude. Notre travail portera sur le village de Bondoukuy
composé d’un centre et de hameaux et non sur l’ensemble du
département, portant le même nom. Nous privilégions le terme
de village à celui de ville, parce qu’en dehors de structures
administratives, Bondoukuy reste un village. Le département de
Bondoukuy regroupe vingt-six villages. Les ethnies qui y vivent
sont les Bwaba, les Moose, les Peuls, les Dafing. Les Samo sont
peu nombreux par rapport aux quatre ethnies citées. Si nous
nous basons sur les résultats préliminaires du recensement
1
général de la population et de l’habitat de 2006, Bondoukuy
compte au total 51174 habitants avec unsex ratiode 98
hommes pour 100 femmes. La densité moyenne du Burkina
Faso est de 38 habitants/km², avec de fortes disparités
régionales :entre 50 et 60 dans les provinces centrales et 34,4
dans la zone qui nous intéresse. Les données du nouveau
recensement ne sont pas encore traitées, et les fréquentes
modifications du découpage de la carte administrative ne
permettent pas de donner de chiffres pour les recensements

1
Institut national de la statistique et de la démographie.Avril 2007

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antérieurs. Bondoukuy est situé dans les savanes sub-humides
d’Afrique de l’Ouest, dans la province du Mouhoun, sud-ouest
du BurkinaFaso. La zone appartient au "domaine soudanien
nord" marqué par une saison humide de 110 à 140 jours
totalisant de 750 à 1 000 millimètres de pluie par an. Situé sur la
route qui jointDédougou etBobo-Dioulasso, c’est une
2
préfecture du paysBwaba quia connu une forte immigration
mossi et dafing.
1. La pratique du terrain
Bondoukuy un terrain d’étude
En tant que préfecture, le village deBondoukuy dispose
d’un commissariat de police, d’un service forestier, d’un service
vétérinaire, d’une pharmacie, d’une caisse populaire (qui sert de
caisse d’épargne et qui consent des prêts aux groupements),
d’un dispensaire, d’une maternité, d’une école primaire, d’un
collège et d’un lycée, d’une bibliothèque et d’un centre culturel,
de lignes et de cabines téléphoniques. Les bureaux
administratifs disposent du téléphone ainsi que quelques familles qui
peuvent se l’offrir. Le village n’étant pas électrifié, les habitants
s’éclairent avec des lampes à pétrole et les gens se déplacent
avec des torches à piles. Lors des grandes fêtes, des
entrepreneurs louent des groupes électrogènes pour lamusique et
l’éclairage. Un certain nombre de forages a été effectué dans le
village et par quartier pour permettre aux populations d’avoir de

2
Bwaba : nom générique de l’ethnie « bwa » (basignifie l’ensemble des
personnes), l’adjectif est bwamu (sauf quand il est appliqué aux
personnes, auquel cas on dit bwaba : ex. des personnes bwaba, la culture,
la langue bwamu).

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