Les femmes peuvent-elles être de Grands Hommes ?

Les femmes peuvent-elles être de Grands Hommes ?

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Livres
72 pages

Description

Le génie a-t-il un sexe ? Les femmes illustres font figure d'exception, en littérature, dans les arts ou les sciences, sans parler de la vie publique. Des lois garantissent pourtant l'égalité d'accès des deux sexes à l'école et à l'université, dont les filles sortent plus nombreuses et plus diplômées que les garçons. Comment alors expliquer qu'il y ait toujours si peu de femmes célébrées ? Pour donner la place qui leur revient aux femmes de talent, les initiatives se multiplient. Leur généralisation est indispensable pour construire une société égalitaire.

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Date de parution 06 mars 2017
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EAN13 9782410000023
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Collection publiée en partenariat avec leLaboratoire de l’Égalité, sous la direction de Annie Batlle et Catherine Vidal
Le code de la propriété intellectuelle n’autorise que « les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective » [article L. 122-5] ; il autorise également les courtes citations effectuées dans un but d’exemple ou d’illustration. En revanche « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » [article L. 122-4]. La loi 95-4 du 3 janvier 1994 a confié au C.F.C. (Centre français de l’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands Augustins, 75006 Paris), l’exclusivité de la gestion du droit de reprographie. Toute photocopie d’œuvres protégées, exécutée sans son accord préalable, constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.
© Éditions Belin, 2016
ISBN 978-2-4100-0002-3
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Avant propos
Les femmes illustres, figures d’exception
« La place qu’elle fait aux femmes dit de notre culture quelque chose qu’il est temps d’entendre. » Christine Planté, professeure de littérature, 1989
« Aux grands hommes la patrie reconnaissante. » Cette frise inscrite en lettres dorées au fronton du Panthéon donne le ton. Sur les soixante et onze personnalités qui y reposent, une seule femme a été inhumée pour son mérite propre, Marie Curie, qui y a été accueillie avec son époux en 1995 (Sophie Berthelot y avait été admise en 1907, non à titre personnel, mais pour ne pas la séparer de son mari, le chimiste Marcellin Berthelot). Il faut attendre 2015 pour que deux autres femmes les rejoignent, les résistantes Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz. Quant aux rues de Paris, 97 % portent un nom d’homme et, sur les 300 stations de métro de la capitale, une seule a été baptisée d’un nom de femme (Louise Michel), tandis que Marie Curie 1 partage toujours la sienne avec son mari . La France compterait donc dans son histoire si peu de femmes illustres ? Quiconque feuillette les encyclopédies d’histoire de l’art, de littérature, des sciences, ou parcourt les musées, écoute des symphonies, tire vite cette conclusion : les femmes de talent, dignes d’être célébrées par les institutions culturelles et par la mémoire collective, font figure d’exception. Bien davantage, peut-être sommes-nous tellement habitué-e-s à leur absence, que nous ne nous en apercevons même pas. Myopie du passé ? Il suffit de parcourir les palmarès qui dressent les listes des livres de l’année, de la décennie ou du siècle, ou encore des personnalités du sport, de la politique, du spectacle, pour se rendre compte qu’aujourd’hui, les femmes ne sont toujours pas plus présentes. Est-ce à dire que les femmes ne peuvent pas être de Grands Hommes ? Le but de ce livre est de répondre à cette question. D’une part en montrant, chiffres et exemples à l’appui, combien, dans tous les domaines, les « Grandes » femmes sont oubliées. D’autre part, en mettant au jour les processus qui amènent à cette éviction des femmes. Si les lois qui interdisaient l’accès des femmes à certains espaces ont aujourd’hui disparu dans les pays occidentaux, comment expliquer qu’elles soient toujours moins nombreuses que les hommes à être reconnues ? Le Génie aurait-il un sexe ? Trouverait-on l’explication dans les cerveaux et les hormones ? Ou alors les
normes et représentations seraient-elles bien plus efficaces qu’une hypothétique Dame Nature ? Parce qu’il ne s’agit pas là de détails et que cette invisibilisation des femmes a de réels effets sur toutes et tous, il est important d’agir et de pallier cette absence. Redonner leur place aux oubliées, changer les conditions qui permettent cet effacement des femmes, c’est ce à quoi œuvrent des initiatives de plus en plus nombreuses, comme nous le verrons dans le dernier chapitre, montrant avec éclat que ce n’est pas parce qu’un phénomène est ancien, qu’il est indéboulonnable
CHAPITRE 1
Les femmes, ombre légère
« Au théâtre de la mémoire, les femmes sont ombre légère. » Michèle Perrot, spécialiste de l’histoire des femmes, 1998
Quand on daigne les représenter dans l’espace public, les femmes sont souvent des allégories ou des muses éventant le front plissé de ces hommes si importants, qui eux, ont un nom. Pourtant, tout le monde connaît Marie Curie en sciences, George Sand, la Comtesse de Ségur, Marguerite Duras en littérature, Camille Claudel en art... Et si l’on cherche une femme héroïne de notre Histoire de France, tout de suite surgit la silhouette casquée de Jeanne d’Arc. Mais peut-on citer, à brûle pourpoint, une autre femme que l’Histoire aurait érigée en statue dans nos villes ? Peut-on trouver, sans chercher, une autre scientifique, une autre artiste, une autre écrivaine, tandis que les noms d’hommes se bousculent dans notre mémoire, comme sur les plaques qui nomment les rues et les places ?
Aux abonnées absentes
Le Centre Hubertine Auclert a été créé en 2009 pour fournir des ressources pour l’égalité femmes-hommes. En particulier, chaque année, ce centre conduit une étude sur une catégorie de manuels scolaires. Et les résultats sont sans appel. Qu’il s’agisse 2 3 4 des manuels de mathématiques , d’histoire , de littérature ou des manuels de CP 5 d’apprentissage à la lecture , les femmes célèbres sont quasiment absentes. On dénombre par exemple seulement 3,2 % de femmes parmi les personnages historiques cités dans les manuels de mathématiques. La science se conjugue au masculin, mais qu’en est-il du français, de la littérature, de l’art ? Le constat est malheureusement le même pour les manuels de français : la sous représentation des femmes y est flagrante. Sur les 13 192 noms de femmes et d’hommes recensés dans dix-sept manuels de la classe de seconde (Bac général et Bac professionnel), seuls 6,1 % sont des femmes. Les femmes auteures (3,7 %) et artistes (6,7 %) sont très peu
citées par rapport à leurs homologues masculins (96,3 % et 93,3 %). Et elles sont 0,7 % des noms de philosophes cités… Enfin, sur les 254 biographies de personnalités recensées, seules 11 concernent des femmes. Plutôt que sur leurs œuvres, on insiste sur les liens qui les unissent aux Grands Hommes : dans les manuels, elles sont « confidente », « épouse » ou « maîtresse de » et on ne mentionne pas qu’elles peuvent être elles-mêmes poétesse (Louise Collet), scientifique (Madame Lavoisier) ou aviatrice (Louise de Coligny Chatillon).
ZOOMHubertine Auclert, née le 10 avril 1848 à Saint-Priest-en-Murat et morte le 8 avril 1914 à Paris, est une militante féministe française en faveur du droit des femmes à l’éligibilité et du droit de vote des femmes.
Mais cet oubli n’est pas le seul fait des manuels scolaires : il suffit de recenser une année de couvertures d’un magazine commeSciences et Vie Juniorpour s’apercevoir que les deux seules représentations de femmes sont... une statue de l’Atlantide et une 6 femme robot habillée en mariée, à côté de son futur mari, humain en chair et en os . La Cité des Sciences et le Palais de la Découverte se sont inquiétés de la sous-représentation des femmes dans leurs présentations au public. Une équipe composée d’expert-e-s et d’associations, comme Femmes et maths ou Femmes et sciences, a été chargée d’étudier les expositions : pas de femmes dans les frises historiques, pas de femmes dans la salle consacrée aux mathématiques, pas de femmes dans l’exposition sur l’aviation, aucune mention par exemple de Rosalind Franklin dans la section relatant ladécouverte de l’ADN(voirpage suivante)...