Les hommes veulent-ils l

Les hommes veulent-ils l'égalité ?

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72 pages

Description

Depuis quelques années, il est de bon ton pour les hommes de se dire favorables à l'égalité femmes-hommes, alors qu'ils sont les bénéficiaires d'un système toujours très inégalitaire.
S'agit-il d'une façade permettant de se donner bonne conscience ou d'un engagement pris avec lucidité et honnêteté ?
En perdant leurs privilèges, si les hommes ont peu à gagner immédiatement, ils auront la satisfaction de participer à la construction d'un monde meilleur. Et ce n'est déjà pas si mal !

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Date de parution 06 mars 2017
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EAN13 9782410008760
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Collection publiée en partenariat

avec le Laboratoire de l’Égalité,

sous la direction de

Annie Batlle, Hélène Kloeckner et Catherine Vidal

L’auteur remercie Nataly Breda et Francis Dupuis-Déri pour leur relecture et leurs précieux conseils.

Avant-propos


« Les hommes aussi doivent être engagés dans la lutte pour l’égalité car, après tout, ce ne sont pas des femmes qui violent les femmes. »

Ève Ensler, dramaturge (2012)

Après un siècle de progrès pour les femmes, la hiérarchie traditionnelle qui organise les rapports femmes-hommes subsiste encore en Occident. Bien qu’il soit possible d’observer une vaste palette de situations et de comportements individuels, femmes et hommes constituent encore deux groupes sociaux définis par une relation de pouvoir : économique, social, politique, privé, symbolique. On trouvera mille exceptions à la règle mais, alors que chaque individu occupe un point particulier de la structure sociale, celle-ci s’analyse comme un système : la domination masculine.

Depuis quelques années, il est de bon ton pour un homme de se dire favorable à l’égalité femmes-hommes. On ne peut pas parler de mouvement de masse, mais les hommes qui se disent proches des féministes sont de plus en plus nombreux. Des groupes fleurissent à travers le monde : Zéromacho, MenEngage ou encore HeForShe.

On peut s’étonner de voir s’engager des hommes dans ce combat alors qu’ils sont les bénéficiaires des injustices tournées contre les femmes. Et il est difficile de vérifier comment leur engagement se traduit réellement dans les faits, voire si leur comportement n’y contrevient pas de façon flagrante. Pourtant, certains d’entre eux se demandent sincèrement comment ils peuvent agir collectivement pour l’égalité, ou, dans une perspective plus individuelle, s’ils peuvent s’améliorer eux-mêmes pour améliorer le monde.

La place des hommes dans la marche pour l’égalité est-elle une illusion ou bien peuvent-ils aussi y participer utilement ? S’agit-il d’une façade permettant de se donner bonne conscience ou d’un engagement qui peut être pris avec lucidité et honnêteté ?

Des pistes existent pour tout homme désireux de s’engager. Le chemin est long et semé d’embûches. Mais en renonçant à leurs privilèges, les hommes participeront à la construction d’un monde meilleur.

L’auteur de ces lignes est conscient d’être lui-même un membre du groupe social dominant. C’est en tenant compte de ce point d’observation très particulier qu’il faut lire les pages qui suivent.

CHAPITRE 1

La part des hommes


« Homme, es-tu capable d’être juste ? Qui t’a donné le souverain empire d’opprimer mon sexe ? »

Olympe de Gouges (1748-1793)

Avant d’explorer la façon dont les hommes peuvent s’engager dans le mouvement pour l’égalité, il faut comprendre comment s’est institué et comment perdure le système de domination.

Le jardinier et son pot de terre

Sur un sujet comme celui des rapports entre femmes et hommes, il faut d’emblée faire la distinction entre savoir et intuition. L’anthropologie nous donne des éléments scientifiques permettant de comprendre dans différentes cultures, ethnies ou sociétés, comment se forgent les normes sociales, les mythes, les hiérarchies. Elle apporte un socle de réflexion souvent en opposition avec nos intuitions, vis-à-vis desquelles il faut conserver la plus grande méfiance.

La grande anthropologue Françoise Héritier a montré comment la compréhension erronée de la reproduction a organisé chez les humains, toutes sociétés confondues, un rapport de hiérarchie où les hommes dominent les femmes. Depuis la préhistoire de l’humanité, le constat que les femmes font des enfants filles semblables à elles-mêmes, mais aussi des garçons, a conduit à des représentations mythologiques qui placent le mâle en position dominante. C’est l’homme qui mettrait des enfants mâles dans le corps des femmes. D’où la nécessité de s’approprier les femmes pour produire des garçons.

imageLa femme est notre propriété, nous ne sommes pas la sienne car elle nous donne des enfants et l’homme ne lui en donne pas. Elle est donc sa propriété comme l’arbre à fruits est celle du jardinier.image

Napoléon Bonaparte, préambule du Code civil (1804)

Ne dit-on pas encore dans certaines familles que « papa a déposé une petite graine dans maman » ? L’idée s’est perpétuée dans toutes les sociétés qui ont ensuite émergé et l’homme est resté le propriétaire de ces vases vides qui lui permettraient de se reproduire et de prolonger sa lignée. La femme était donc un bien mobilier que l’on pouvait échanger, vendre, obtenir en héritage ou détruire.

Hiérarchiquement inférieure, elle était considérée, et elle l’est toujours dans de nombreux pays, comme une mineure qui doit obéir et se soumettre à la loi des hommes. En Europe, ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle que les femmes sont sorties de ce statut légal.

ZOOM En France, jusqu’en 1965, les femmes devaient obtenir l’autorisation de leur mari pour ouvrir un compte en banque et travailler. La notion de « chef de famille » ne disparaît qu’en 1970, date à laquelle « l’autorité parentale » remplace la « puissance paternelle ».

Les travaux de Françoise Héritier ajoutent aux trois piliers communs à toute société humaine décrits par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss1 (prohibition de l’inceste, répartition sexuelle des tâches, forme reconnue d’union sexuelle) un quatrième pilier : la « valence différentielle des sexes », rapport conceptuel orienté sinon hiérarchique entre le masculin et le féminin2.

Les sociétés humaines, sous toutes leurs formes, se sont constituées selon ce modèle décrit sous le vocable de patriarcat3. Il est parfois fait mention de sociétés matriarcales où la relation de pouvoir aurait été inversée. L’anthropologie contemporaine a montré non seulement qu’il s’agissait de mauvaises interprétations des faits, mais surtout que l’idée d’un matriarcat primitif était le résultat de la mythologie patriarcale4.