LES IMMIGRÉS HORS LA CITÉ
LE SYSTÈME D'ENCADREMENT DANS LES FOYERS
(1973-1982)

Mireille GINESY -GALANO

.lES IMMIGRÉS

HORS

LA CITÉ

LE SYSTÈME D'ENCADREMENT DANS LES FOYERS (1973-1982)

, t

Editions l'Harmattan

7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 PARIS

C.I.E.M. 46, rue de Nanteuil 75011 PARIS

@

L'Harmattan,

1984

ISBN:

2-85802-325-5

Je remercie

tous ceux qui par leurs conseils m'ont aidée tout au en particulier sans oublier qui guida ce Maria,

et leurs encouragements long de cette recherche, Antonio, Monsieur

Assane et Patrick, le Professeur

BALANDIER

travail.

"Oui, j'aurais voulu dédier ce livre à la masse énorme et silencieuse des travailleurs iTTJr.1igrés France, tous ces Vendredis dépêen chésvers nous par le tiers monde, ces trois millions d'Algériens, de .Marocains,de Tunisiens, de Sénégalais, de Portugais sur lesquels repose notre société et qu'on ne voit jamais, qu'on n'entend jamais, qui n'ont ni bulletin de vote, ni syndicat, ni porte-parole. En toute logique, en toute justice une partie importante de la presse écrite, de la radio, de la télévision devrait non seulement leur être consacrée mais leur appartenir. Notre société de consommation est assise sur eux, elle a posé ses fesses grasses et blanches sur ce peuple basané réduit au plus absolu silence. Tous ces éboueurs, ces fraiseurs, ces terrassiers, ces manoeuvres, ces trimardeurs, il va de soi qu'ils n'ont rien à dire, rien à nous dire, rien à nous apprendre, tout à gagner au contraire à notre école et d'abord à apprendre une langue civilisée, celle de Descartes, de Corneille et de Pasteur, à acquérir des manières policées, et surtout à se faire oublier des stupides et bornés Robinson que nous sommes tous. Cette population bâillonnée mais vitale, tolérée mais indispensable, c'est le seul vrai prolétariat qui existe en France. Prenons garde que la voix de cette foule muette n'éclate pas tout à coup à nos oreilles avec un bruit de tonnerre".

Michel TOURNIER, "Le ven t Paraclet",

1 977 .

l

SOMMAIRE

NOTE

PRELIMINAIRE

INTRODUCTION

4

PREMIERE

PARTIE

PRESENTATION

DE LA RECHERCHE

Chapitre

l

FONDEMENTS

THEORIQUES,

LE

RENVERSE'ViENT DE PERSPEcrIVE

6

Chapitre II
CHAMP D'APPLIQUATION Chapitre III

DE

L'HYPOTHESE

14

PROBLEMATIQUE DE L'ETUDE

17

Chapitre

IV

METHODOLOGIE

19

DEUXIEME
LE CADRE ET LES ACTEURS

PARTIE

DU CONFLIT.

LA SITUATION

AVANT

1975 23

INTRODUCTION

Chapitre

l

LES PRINCIPAUX GESTIONNAIRES 1,.1. SONACOTRA

ORGANISMES DE FOYERS

CONSTRUCTEURS

ET/OU 27 28

1.1.1. 1.1.2.
1.1.3. 1.1.4.

Une origine

coloniale

28

1.1.5.

L'extension du champ d'action de la SONACOTRA L'Etat algérien et la SONACOTRA L'Etat français contrôle pleinement la SONACOTRA Présence du patronat au sein du Conseil d'Administration

29 30
31 31

II

1.1.6. La répartition des bénéfices selon les statuts 1.1.7. Les logements familiaux des filiales HLM de la SONACOI'RA 1.1.8. La SONACOTRA et les logements familiaux à normes réduites 1.1.9. Un exemple: la cité de transit de Saint-Denis, son rôle dans la résorption du bidonville des Francs-Moisins 1.1.10.0pérations d'aménagement urbain et relogement des familles 1.1.11.Les foyers-hôtels (nombre et implantation régionale) 1.2. ADEF

32 33 34

37 38 39 42

42 1.2.1. Présentation générale 1.2.2. Sur quatre points l'ADEF et la SONACOTRA présentent des caractéristiques différentes 43
1.3.
1 . 4.

AFTAM
AFRP

45 45
de moindre importance en

1.5. Les organismes

47 47

1.6. Evaluation du nombre de lits disponibles foyers pour travailleurs immigrés Chapitre II DESCRIPTION PHYSI~UE cC)llectives individuelles:

LES FOYERS,

49 49
les

2.1. Les foyers en chambres 2.2. Les foyers en chambres foyers SONACOTRA

52
54 54 56 60 60 65 66 66 69 70 70 71 71 71

2.2.1. Description générale des foyers-hôtels SONACOTRA 2.2.2. Les différents types de foyers-hôtels 2.2.3. Les chambres des foyers 2.2.4. Les locaux semi-collectifs A. Les cuisines - Les salles communes B. Les sanitaires 2.2.5. Les locaux collectifs A. Le bar B. Autres salles collectives 2.2.6. La qualité des matériaux 2.2.7. La réglementation en matière de foyer 2.2.8. L'implantation des foyers A. L'implantation par rapport aux lieux de travail B. L'implantation par rapport aux lieux de vie

.111

Chapitre

III DES FOYERS sur l'immigration en 76 76 82 88 92 94 95 95 97 98 98 99 100 101 102 103 103 105 105 106 107 107 108 109 109
sondage

LES UTILISATEURS

75

3.1. Données statistiques France en 1975

3.1.1. Données statistiques globales sur l'immigration en France en 1975 3.1.2. Le logement des étrangers en région Ile-de-France 3.2. Les résidents des foyers SONACOTRA. Résultats d'un sondage réalisé en 1973 3.2.1. La répartition des locataires par nationalités 3.2.2. L'ancienneté en France des résidents 3.2.3. La durée de séjour dans les foyers 3.2.4. Age et situation de famille 3.2.5. Les personnes à charge 3.2.6. Emplois A. Secteurs d'activité B. Les qualifications C. Durée hedomadaire de travail D. Les horaires E. Les temps de transport. 3.2.7. Salaires A. B. C. D. E. F. G. H.
I.

-

Budgets

Les Les Les Les Les Les Les Les

salaires budgets dépenses alimentaires envois à la famille dépenses de t.ransport économies achats de biens durables loisirs
conclusions de ce

L'''aisance''

3.3.

Les

principales

110 110 111

3.3.1. 3.3.2.

Un logement standard pour une clientèle relativement diversifiée Les locataires "à la limite de leurs possibilités cont.ributives"

Chapitre LES

IV NORMES DE VIE DANS LES FOYERS

114 dans les foyers 115 115 116 120 122 122 124 125

4.1. Les règlements en 1975

intérieurs

4.1.1. TerminolQgie et statut 4.1.2.. Les conditions d'admission 4.1.3. Le droit de visite 4.1.4. L'hébergement 4.1.5. L'entrée du directeur dans les chambres 4.1.6. Le droit de réunion 4.1.7. Les conditions d'expulsion

IV

4.2. Les directeurs

de foyers

126 126 127 131 138 138 141 141 141 145

4.2.1. Le personnel des foyers 4.2.2. Les critères de recrutement des directeurs de foyer 4.2.3. Le rÔle des directeurs de foyers tel qu'ils déclarent le concevoir et le vivre 4.2.4. L'évaluation des oerfürmances des directeurs de foyers A. L'ordre et la propreté du foyer B. Le bon foyer: celui dont on n'entend pas parler au siège de la SONACOTRA 4.3.Le règlement intérieur tel qu'il est appliqué par les directeurs de foyers de la SONACOTRA 4.3.1. Les stratégies
teu!rs de foyer

de commandements

des direc-

4.3.2. Des traitements différents selon la nationalité et le niveau de revenu des résidents

TROISIEME

PARTIE

LE CONFLIT ENTRE LES RESIDENTS GESTIONNAIRES

ET LES ORGANISATIONS

INTRODUCTION
Chapi tre LES l PREMICES DE LA GREVE

159

163 166 168 176 179

1.1. Des résidents à la limite de leurs moyens financiers 1.2. La baisse du taux d'occupation des foyers 1.3. Des résidents qui n'ont pas d'autre possibilité de logement 1.4. Le refus du contrôle exercé par l'encadrement

Chapitre
LE

II GREVE

DEROULEMENT DE LA

181 181 184 188 à tous à chaque foyer 188 189

2.1. Le déclenchement de l'action 2.2. L'extension de la grève 2.3. Les revendications des résidents 2.3.1. Les revendications les foyers 2.3.2. Les revendications communes propres

v

2.4. Les négociations avortées: la SONACOTRA refuse de reconnaitre le Comité de Coordination 2.4.1. La SONACOTRA rencontre le Comité de Coordination ~ais lui dénie toute représentativité 2.4.2. Les négociations foyer par foyer 2.4.3. Un cas de négociation "groupée" 2.4.4. La SONACOTRA recherche des interlocuteurs extérieurs aux foyers 2.5. La première grande vague de répression: les expulsions du territoire 2.6. Les résidents recourent. à l'arbi trage de la justice 2.7. Les procédures engagées par les organismes gestionnaires 2.8. La fermeture du foyer de Garges-les-Gonesse 2.9. Les multiples dimensions de la grève des loyers 2.9.1. La grève s'est étendue foyers de la SONACOTRA 2.9.2. La lutte des foyers et conditions de vie des 2.9.3. L'ouverture des foyers au-delà des le problème des imm'igrés aux non-résidents

192

192 196 197 199 201 205 208 211 216 216 217 218

QUATRIE.ME

PARTIE

L'ARGUMENTATION

FONDANT

LES

PRINCIPALES

REVENDICATIONS

INTRODUCTION

219

Chapitre

l

DE LA REVENDICATION APPROFOiIDIE LA COMMISSION :: MISE

SPONrANEE EN PLACE

AL'

ARGUMENTATION DE

ET FONCTIONNEMENT

JURIDIQUE

ET TECHNIQUE

223

Chapit~e

II

LE MONTANT DES REDEVANCES 2.1. L'apport des juristes sur la question des prix 2.2. L'apport des comptables sur la question des prix 2.3. L'apport des architectes sur la question des prix

228 230 232
240

VI
Chapitre III

LE STATUT DE LOCATAIRE 3.1. Le point de vue des gestionnaires 3.2. Le point de vue défendu par les résidents
Chapi tre IV

242 242 244

LE RESPECT Chapitre V

DES NORMES DE CONSTRUCTION

ET DE SECURITE

245

REPRESENTATION

COLLECTIVE

ET RECONNAISSANCE

DU

COMITE DE COORDINATION

249

CINOUIEME LA DIMENSION INTRODUCTION POLITIQUE

PARTIE DU CONFLIT

DES MODES DE RESOLUTION

253

Chapitre

l

"RAPPORT IMMIGRES,
Georges 1.1.

SUR

L'HEBERGEMENT

COLLECTIF

DES TRAVAILLEURS

SES DIFFICULTES
- 10 JUIN de

ET LES REMEDES POSSIBLES".
1978 et responsabilité de

LEVARD

256 256 257 258 259

Gestion
I ' Eta t

la SONACOTRA

1.2. Le statut des résidents 1.3. Le contrat et le montant du loyer 1.4. La représentation collective des résidents Chapitre II DELMON" Delmon quant

LA "COMMISSION

260 262 263

2.1. Les résultats de la Commission au statut des résidents 2.2. La question des loyers
Chapitre III

LE PROJET D'ORNANO RESIDENCE

PORTANT

CREATION

D'UN CONTRAT DE

269

VII

Chapitre

IV A LA FIN DE L'ANNEE 1982

LE POINT SUR LA SITUATION

272

SIXIE\1E

PARTIE

SYNTHESE ET PERSPECTIVES

280

1. pourquoi

construire

des fovers ? des foyers? spatiale?

280 281 284 286 287 288

2. Pour qui construit-on 3. Que signifie

la ségrégation

4. La signification

de la grève des loyers de l'Etat

5. Rôle et responsabilités 6. perspectives

et options politiques

ANN

E XES 295 297
par la
SONACOTRA

I. Extrai ts des

statuts

de la SONACOTRA

II. Les actionnaires III. Les logements
les filiales

de la SONACOTRA réalisés et

familiaux

HLM

298

IV. Associations SONACarRA V. Estimations VI. Composition VII. Associations VIII.

gérant des foyers construits

par la

300 302

du patrimoine du Conseil

de l'ADEF de l'ADEF

d'Administration régionale

304 305 306

à compétence

Sondage réalisé dans les foyers SONACOTRA (printemps 1973) 1. Méthode d'étude et échantillon 2. Questionnaire utilisé

VIII
IX. Temps libre et activités dans les foyers (résultats extraits du sondage réalisé par la SONACOTRA) X. Résultats de l'expertise faite par les architectes du Comité de Coordination dans 7 foyers SONACOTRA de la région parisienne XI. Quelques chiffres extraits population (1868,1975) des recensements de la

318

322 324

XII. Le logement des étrangers en région Ile-de-France (exploitation particulière du recensement de 1975) XIII. Règlements en 1975 : intérieurs en vigueur dans les foyers

330 340

. SONACOTRA
.

ADEF

340 341 344 348

. AFTAM
XIV. Le règlement intérieur tel qu'il est appliqué par les directeurs de foyers de la SONACOTRA XV. Protocole d'accord signé en décembre 1975 par deux foyers S0NACOTRA de la Seine-Saint-Denis soutenus par le syndicat CGT et les élus locaux du PCF. . Règlement accord intérieur des foyers prévu par cet

373 375

XVI. Règlement intérieur de juillet 1976

de la SONACOTRA

appliqué

à partir

380

BIBLIOGRAPHIE 1. Livres - Rapports
Travaux _

383
- Dossiers

- Communications universitaires

383 383 383 38? 391 392
392 aux travailleurs immigrés 392 393 395

1.1. 1.2. 1.3. 1.4. 1.5.
2. Revues

Méthodologie Immigration: études générales Logement des immigrés Position des partis, des syndicats Racisme
et périodiques

2.1. Revues spécialisées 2.2. Numéros spéciaux consacrés 2.3. Articles cités

NOT

E

PRE

L I MIN

A IRE

Est-il encore

justifié de présenter

en 1982 la description en 1971 ?

et l'analyse

d'une

réalité dont l'étude fut commencée

S'agit-il

d'anthropologie

sociale ou d'archéologie

sociale?

Le changement

n'a-t-il

point atteint et subverti

l'objet de notre recherche?

A certains moments fondément.

nous l'avons pensé, peut-être

que nous le souhaitions

pro-

Analyser,

écrire, paraissait

vain et dérisoire.

La grève des loyers dans les une

foyers de travailleurs démonstration

immigrés qui dura plus de 5 ans était en elle-même

qui aurait dû suffire pour dévoiler pour ceux qui la subissaient

et éclairer une réalité so-

ciale insupportable gues années.

jour après jour depuis de lon-

Après la rumeur

soulevée par la grève des loyers, le silence enveloppe d'oublier

à nou-

veau les foyers et on risquerait aux travailleurs

les conditions dè survie imposées de logement.

immigrés dans ces simulacres

Les foyers subsistent.

Peut-être

seront-ils

aménagés,

le statut de locataire

formellement

établi,

mais l'existence

même de cette forme de logement

sera-t-elle

remise en ques-

tion?

La construction

de foyers se poursuit,

toujours

sur le même modèle:

la ségré-

gation des immigrés par le logement est maintenue. dire, le logement des immigrés Brisera-t-on ce cercle? traduit toujours

Ou bien encore, pourrait-on leur exclusion sociale.

2

Toutefois,

la grève des loyers n'est pas restée sans échos. Par immigrés ont fait connaître et reconnaître

leur action,

les travailleurs

qu'ils vivaient au dé-

dans une situation

de non-droit.

Ces travailleurs en évidence

isolés, inorganisés les ambiguités

but de leur grève, ont réussi à mettre sur lesquelles

juridiques

fonctionne un système concernant

près de 200 000 logements cons-

truits avec des fonds publics.

Ce processus

d'investissement

du terrain juridique sur le déroulement

par les travailleurs

immi-

grés n'a pas été sans incidence certainement et absorbant développé

de leur lutte. Il s'est formes d'action, canalisant

en lieu et place d'autres

l'énergie des travailleurs

sur des problèmes

complexes.

Dans ce qui pouvait

être perçu comme un conflit d'ordre immigrés

privé entre un bailla dimension

leur et des logés, les travailleurs politique ~ les gouvernements

ont fait apparaître

successifs

ont été contraints

d'intervenir.

Ce fut d'abord

le dépôt

le 17 septembre

1979 d'un "Projet de loi portant n° 1304).

créa-

tion d'un contrat de résidence"

(Projet Barre-D'Ornano-

Ce projet qui ne faisait qu'entériner naires a été vivement

et codifier

les pratiques

des gestionNa-

critiqué et n'a jamais été présenté

à l'Assemblée

tionale.

Le gouvernement

d'Union de la gauche,

au pouvoir depuis concernant

1981, se propose à les logements-foyers des

nouveau de légiférer.Un

titre supplémentaire

doit être inséré dans la loi générale locataires et des bailleurs.

relative

aux droits et obligations

Ce texte a pour objectif régi jusqu'ici

de "mettre un terme à l'ambiguité entre gestionnaires le paternalisme

juridique qui a dans les foyers

les rapports favorisé

et locataires

et qui a longtemps

et l'arbi traire.1f(1)

(1) Ministère de la Solidarité Nationale. Secrétariat d'Etat chargé des Immigrés. "Note d'orientation pour un projet de loi relatif aux droits et obligations des locataires et gestionnaires des loqements-fovers". 13 janvier 1982- 8 pages.

3

Ca projet de loi est-il conçu comme une mesure conditions de vie dans les foyers existants,

transitoire

d'aménagement

des

l'objectif

final étant l'inseret la

tion des immigrés résorption

et de leur famille dans l'ensemble du logementsocial spécifique segrégatif ?

à terme de l'habitat

Devons-nous

attendre d'en connaître

la teneur ou clore dès maintenant

notre

recherche?

Les aménagements

d'ordre

juridique La

ne modifieront structure,

pas radicalement

les condi-

tions de vie dans les foyers.

la conception

de ces logements

sont à l'origine de la grève. Analyser le de la grève et rappeler d'actualité

la situation dans les foyers à la veilce mouvement reste la place remis

les éléments qui ont déterminé spécifique

dans la mesure où le logement

des immigrés,

qui est faite à ceux-ci dans notre société ne sont pas radicalement en cause.

Les revendications cu quotidien

des grévistes

se sont exprimées

par référence

à leur vé-

dans les foyers. Si on les prend en compte dans leur formulaon enferme la réponse dans le cadre du foyer. Or, l'analyse de maintenir celui-ci. Le poids de ce l'en-

tion immédiate, du système

renvoie à l'impossibilité la ségrégation,

s¥stèmepérennise cadrement,donc

la mise à l'écart de la vie sociale,

le surcoût imposé aux résidents.

Au terme d'une démarche

analytique

et d'une

recherche

conduite durant pluimpérative d'en-

sieurs années, il nous est permis de conclure visager sans délai la résorDtion

à la nécessité

de ce type d'habitat

ségrégatif.

Décembre

1982.

4

l N T ROD

U C T ION

Il ne saurait y avoir du point de vue sociologique le champ de la réalité sociale.

d'événements

fortuits

dans

Quand bien même les mécanismes les causes qui conditionnent nismes pour retrouver

du système social ont pour fonction de masquer il convient d'analyser ces méca-

les événements,

l'origine,

l'enchaînement

des causes et des effets.

Nous avons choisi de mettre en oeuvre cette démarche et des mécanismes qui les engendrent

de décryptage

des faits à

et les produisent

en l'appliquant

l'analyse de la place qui est faite aux travailleurs ciété.

immigrés

dans notre so-

Nous ne considèrerons travailleurs

qu'un aspect:

celui du logement

institutionnel

des

immigrés venus en France

sans leur famille.

L'ampleur vailleurs gement

et la durée des grèves de loyer dans les foyers logeant des traimmigrésapu surprendre une opinion publique qui méconnaissait lar-

les conditions

de vie de ces travailleurs.

Toutefois
d'existence

des études avaient
des résidents,

été condui tes dans ces foyers,
"

sur le mode
de l'or~anisme

notamment

sous

la responsabilité

qui a connu le plus fort mouvement

de grève:

la SONACOTRA.

Les résultats

de ces études conduites exprimées

en 1973

ne sont nullement

en contradic-

tion avec les revendications

par les résidents

à partir de 1975.

5

Il convient antérieurs

de s'interroger

non seulement

sur les résultats

de ces travaux de ces don-

aux grèves mais aussi sur le fait que la connaissance ni modifier la politique de l'institution.

nées n'a pu infléchir

Le rappel de ces résul tats d'études situation

nous permettra

de faire le point de la Mais l'analyse ne saurait ges-

dans les foyers à la veille des grèves. mis face-à-face:

isoler les deux partenaires tionnaire. sociaux Il convient

les immigrés, établies

l'organisme

de situer les relations

entre ces deux agents

dans le cadre de la société globale qui a suscité ce face-à-face.

Avant la grève les inter-relations tique globale de l'inmigration

entre

l'institution

SONACOTRA

et une poli-

étaient certes observables

et repérables.

Mais la grève et ses conséquences

ont mis en lumière ce qui était latent.

C~~te explicitation

s'est concrétisée création

par le dépôt,

le 17 septembre

1979, d'un

"Projet de loi portant D'Ornano N° 1 304).

d'un contrat de résidence"

(Projet Barre-

Si ce projet vernement

de loi n'a jamais été présenté se propose

à l'Assemblée

Nationale,

le gou-

socialiste

à nouveau de légiférer

sur les logements-

foyers.

Le logement des immigrés en foyers s'inscrit

donc dans le cadre de la poliétrangers.

tique globale menée à l'égard des travailleurs

6

PREMIERE

PARTIE

PRE SEN TAT ION

0 ELA

R E CHE R CHE

C HAP

I T R E

F 0 N D E MEN

T S

THE

0 R I QUE

S :

L ERE

N VER

SEM

E N T

D E PER

S PEe

T IV E S

Nous vivons et pensons vers des catégories truction

la réalité

sociale dans laquelle nous baignons sont classés les individus. et "spontanée".

à tra-

dans lesquelles

Cette consAinsi, on

en catégories

se donne pour "naturelle"

parle communément des "handicapés", rectement

des "jeunes", des "femmes", des "personnes des "immigrés" on s'efforce Ces catégories

du 3ème âge", comme di-

étant posées

observables,

ensuite de définir

les besoins de ces Ainsi à une catégoet des manières

groupes et de rechercher rie particulière spécifiques

les moyens de les satisfaire. des besoins

correspondraient

spécifiques

de les satisfaire.

Telle est la démarche fonctionne

ordinaire

qui se donne pour évidente

et sur laquelle

notre société.

Cette façon de procéder elle un critère vrai?

ne manque pas d'efficacité.

Mais l'efficacité

est-

7

Une recherche

anthropologique

qui se veut scientifique

ne peut accepter une

telle présentation

des réalités

sociales et se doit de rompre avec celle-ci.

La question

que nous nous pose:rronsvise à la mise en question, de la réalité sociale en catégories

à la remise en

cause de ce découpage

globalisantes.

Que signifie dans le langage courant, et dans la pratique, les individus, jeunes", a priori, dans des catégories

le fait de classer "les

telles que "les femmes",

"les immigrés"posées

comme des entités?

Ces catégories

permettent

tout au plus de parler en termes vagues est génépas des situations éminemment hé-

raux, mais en réalité, ne recouvrent-elles térogènes ? Il serait possible d'examiner

une à une chacune de ces catégories en en montrant l'hétérogé-

ainsi découpées

et isolées, d'en faire la critique

néité. Hais notre ambition

sera à la fois plus limitée et autre.

Elle sera plus limitée car nous n'étudierons celle dite des "immigrés".

qu'une

seule de ces catégories,

Elle sera autre, et c'est là notre hypothèse un renversement
tégories.

théorique

générale:

elle suppose de ca-

de la problématique

traditionnelle

sur cette question

La vision ordinaire population,

consiste

à dire:

il y a des catégories

particulières

de

ces catégories

ont des besoins et notamment

celui de se loger Il faut donc

(nous verrons plus loin pourquoi construire

avoir choisi le logement).

des logements particuliers induirait

pour cette catégorie particulière.Ainspécifique de ses membres.

si la catégorie

un traitement

Nous faisons pulation

l'hypothèse

que ce n'est pas l'étude de ces catégories qui est sociologiquement l'analyse significative

de po-

en elles-mêmes

mais qu'il

est plus éclairant coupage,

de £aire porter

sur ceux qui ont généré ce dé-

sur ceux dont la pratique

sociale se fonde sur ce découpage.

8
L'analyse interne des catégories établies (description socio-professionnelle, ne peut avoir de qui mettent

mise à jour des besoins sens que par référence en place et gèrent particulières.

et des problèmes

dits "spécifiques")

à l'étude des agents sociaux, des décideurs

le mode de vie de ces populations

classées en catégories

Ce n'est qu'à partir d'une telle analyse que nous pourrons raisons sociales qui motivent l'existence et la production

appréhender

les

de ces catégories, inavoua-

leur rôle, leur efficacité, bles qui ont présidé pothèse est générale. découpage

les intentions

non avouées et peut-être

à leur mise en place. On voit par là, combien cette hyElle remet en cause la notion même de catégorie sociale en catégories. et le

de la réalité

Il Y a lieu, en effet, de s'interroger

sur la signification

de ces découpages.

Dans la recherche

sociologique,

ces catégories

ont une valeur opératoire

nulle.

Or, leur productivité par prod~ctivité

sociale, voire politique,

est très forte. Nous entendons

sociale d'une notion,

le fait pour celle-ci de servir de réCette catégorisation à attribuer la

férence, voire de caution idéologique sert en effet qualification catégories

à des pratiques.

à mettre en place institutions de "spécialistes"

et organismes, et agissent

à ceux qui parlent

au nom de ces

d'individus.

Le processus

aboutit non seulement

à la marginalisaquant aux déci-

tion, mais encore à la mise à l'écart totale de ces individus sions qui régissent leurs conditions de vie et d'existence.

Il convient donc de s'interroger sur les mécanismes

sur cette productivité sur la prégnance

sociale,

sur son sens,

qui la sous-tendent,

de ces catégories.

On aura donc à étudier "spécialistes" investis

non les individus distribués

en catégories,

mais les

du 'Oouvoir de décider en leur lieu et place.

L'objet de la recherche conception pragmatique,

sociologique

ne saurait être construit arbitraire en catégories

à partir d'une globalisantes. que ne sau-

d'un découpage

Les "jeunes" en général ne sont rait l'être la totalité appelée

pas plus une notion sociologique "les immigrés". Ce découpage,

pour arbitraire

9

qu'il soit d'un point de vue sociologique, tions sociales.

est fortement

chargé de significa-

Ce sont ces significations se doit d'expliciter ciale de l'expérience

implicites

et sous-jacentes

que l'anthropologue l'expérience so-

et d'analyser. scientifique.

Il importe de distinguer L'expérience

sociale est celle qui est du sens commun de ce

vécue par les individus,

elle est fondée sur les expériences

(évidence au sens de ce qui saute aux yeux et non qui résiste au doute). L'évidence

au sens cartésien

est, en ce cas, une bévue ou une vue erros'appuie sur des apparences appelle immédiates. "l'expé-

née, aveuglante.

L'expérience

sociale

Elle est du domaine rience première" d'illusion

de l'opinion,

elle est ce que BACHELARD

ou "immédiate"

et participe de ce que DURKHEIM qualifie

de la transparence.

A elle s'oppose

l'expérience

sociologique

qui n'est plus de l'ordre du vécu en rupture avec l'expérience

mais du conçu, du construit, sociale , véritable obstacle

qui se constitue épistémologique.

C'est là toute la distance du vécu au conçu. Ce conçu nécessi te l'élaboration des concepts scientifiques
.

qui ne sont en rien les notions communes, social peut être efficace
à travers

telles

les "catégories"
magie, sans être

Le découpage

connue l "est la
lesquelles est per-

valide.

Ainsi,les"catégories"

çue la réalité

sociale,

sont de l'ordre de l'opinion.

La sociologie et à

n'a pas

à manier de telles nctions, elle a à rompre avec elles
C test-à-dire, sociale. à rendre compte de leur fonctionnement

les expliquer,
efficacité

e,t de

leur

Notre recherche 'tout spécialement

limitée au cas particulier à l'analyse des décideurs

du logement des immigrés, en la matière, générale.

et donc

sera un essai de

contrôle et de validation

de notre hypothèse

Bien évidemment

nous pourrions

tenter cette validation établie,

en étudiant

un autre

champ social dans lequel a été également cial, une relation privilégiée

a priori,

par le corps so-

entre une catégorie

( jeunes ou femmes, par

10

exemple)

et un phénomène

social. Le phénomène

du travail par intérim pourNous serions alors condi-

rait être un champ d'~pplication conduit à analyser tions, certains

de notre hypothèse.

comment, par qui, pour quelles accréditent

fins, dans quelles

agents sociaux

l'idée que cette forme de travail de travailleurs.

convient particulièrement

à certaines

"catégories"

On dit ordinairement: l'on qualifie

il y a une catégorie particulière Ces immigrés ont des besoins

d'individus et notamment

que des bepour

d'immigrés.

soins de logement. Donc, il faut construire les immigrés.

des logements particuliers

Notre renversement

de perpective

nous conduit

au contraire,

à refuser de podu raisonde population du logement par

ser ainsi la question.

Nous dénonçons

le caractère

tautologique

nement qui consiste à dire:

pour ces catégories justifiant

particulières

il faut des logements particuliers, le caractère

la spécificité

d'un groupe qu'on a érigé en catégorie

particulière.

Aussi, conformément nous nous proposons spécifique poursuivis

à notre hypothèse d'opérer,

et au renversement

de perspective

que

nous étudierons

non les immigrés

et le logement

qu'on leur attribue, mais les raisons, par ceux qui ont intérêt à constituer

les buts, les finalités les immigrés en catégorie et

à les loger dans un logement spécifique.

Afin de resserrer société précise, immigrés.

encore .notre analyse, nous prendrons un des principaux constructeurs

comme objet d'étude une

de logements pour travailleurs

Pourquoi

avoir choisi le logement comme point d'ancrage de notre hypothèse générale? S'interroger

de notre étude et de

validation

sur le rôle attribué et de la société frandes populations

joué par le logement dans la configuration çaise renvoie

socio-économique

à l'analyse du statut politico-socio-économique

logées.

Mais en premier et promoteurs

lieu, cette interrogation

suppose l'analyse

des constructeurs politique,

de logements,

de leur rôle et place dans le dispositif

11

social, économiqueo

Les rôles des logeurs et les statuts des logés ne sont pas explicités, médiatement lisibles. Ils doivent être décryptés.

ni im-

Le discours promoteurs.

officiel

attribue

des finali tés au logement, des objectifs

aux

Il relève de la sphère de l'idéologie les réalités.

et diffuse une image des occulte les vi-

logés qui tend à masquer sées hétérogènes dans

Ce discours univoque la dynamique

et complexes

qui assurent Choisir

interne du sytème dans le logement, c'est faire un logement dans une vi-

lequel se situe

le loqement.

comme objet d'étude qu'il peut revêtir,

et plus précisément,

les formes spécifiques

l'hypothèse que la manière spécifique se situerait et

de loger n'est pas neutre. Concevoir sociale,

ainsi dans une problématique bien précise.

sée politique

idéologique

Le logement

est un

élément de la structure

politico-économique

de la société

et le logement

conçu hors des normes courantes particulières.

est porteur de significations créant et perpétuant implicites une

et d'intentionalités forme marginale vient de mettre

Les promoteurs

de logement obéissent à jour.

à des objectifs

qu'il con-

C'est la signification Si les caractéristiques renvoient

sociale de cette spécificité des logements voulues, définies, l'analyse

que nous interrogerons. par les promoteurs du bâti Ainsi

élaborées

à des populations la conception

des caractéristiques des occupants.

doit éclairer à travers cite des

que se font ces promoteurs

la spécificité habitants

du logement doit se dégager

l'image sociale implide la construction

telle que la voient

les responsables

et de la gestion

des logements.

La liaison établie entre un logement de population mérite réflexion

spécifique

et une catégorie de multiples

particulière présuppo-

car elle est porteuse

sés.

Poser la nécessité c'est codifier

de l'existence

et de la pérennité

de logements

spécifiques de po-

et fixer la "spécificité"

de "catégories

particulières

12

pulation".

Cela implique

le postulat du particularisme

et de l

de cette population.

Prétendre

qu'il existe des populations de construire

aux caractéristiques

telles qu'il c'est po-

est nécessaire

pour elles des logements sont données et qu'elles

spécifiques

ser que ces caractéristiques définitivement caractéristiques ces catégories supposées

isolent et distinguent C'est ériger ces

du reste de la population. immuables

en données

et figées.

On a souvent montré que telle classe sociale habitait Mais on n'a jamais assez insisté

tel type de logement.

sur le fait que c'est aussi, en un certain l'image sociale des personnes ses occupants. qui

sens le type même de logement qui définit y habitent. habiter habiter La bâtiment même marque

socialement

Si on le fait

là, on le fait devenir autre, c'est-à-dire, là. C'est alors l'habitation qui le fait habiter à telle habitation,

tel qu'il doit être pour et non pas ce qu'est

qui fait l'habitant

l'habitant prédestine

là. Il n'y a pas une "nature" du logé qui le mais l'habitation en créant une image sociale là. C'est

de l'occupant,

crée l'idée que celui-ci,

par nature, doit habiter

du moins ce qu'on en arrive à faire croire. Je vous isole donc, vous avez une nature d'isolé, semble-t-on dire. Cette sorte de "raisonnement" nature est innée. suppose donc

qu'il existe une nature et que cette prétendue

Ainsi le thème d'une "nature" particulière cipaux de l'idéologie raciste.

supposée rejoint

les thèmes prin-

Le logement

spécifique

devient

alors signe de particularité.

Il marque une comme

coupure radicale intrinsèque

et signale

la différence

perçue pour l'environnement

de la population

visée. Mais n'est-elle La nécessité

pas en amont jugée telle

par les concepteurs que ne relève-t-elle aux habitants?

du logement?

supposée d'un logement spécifiqu'ont les décideurs face

pas de l'image stéréotypée

L'analyse logements pulations

de la conception sera révélatrice

et du mode de fonctionnement de la perception qu'ont

imaginés pour ces des po-

les promoteurs

visées et du degré d'acceptation

de ces stéréotypes

par la société

13

environnante.

De plus, cette image ne rejoint-elle les autres partenaires sociaux?

pas celle que se font Serait-ce le reflet, par l'i-

de cette population le résultat

des stéréotypes

de la société globale?

Est-elle engendrée qui conforte

cette société ou bien ne projette-t-elle mage latente dans la société? engendre forcement l'autre?

pas un stéréotype

Quelle image, quel stéréotype justification

est premier et mutelle et ren-

N'y a-t-il pas réciprocité,

de l'un par l'autre?

14

C HAP

l T REI

l

C HAM

P

D

I

A P PLI CAT

ION

DELI

H Y POT H ESE

Nous

ne

considérons

pas

c,?mme

objet

d'étude

cette

enti

té "travailleurs

immigréslJ

,

mais les agents de la société globale,

organismes,

institutions

investis du

pouvoir de parler à la place des immigrés.

Nous faisons

l'hypothèse

que les travailleurs du contexte

immigrés

ne sauraient

consti-

tuer un objet d'étude des immigrés"

isolable

socio-économique.

Les "problèmes "immigré",

décelés ne proviennent

pas de leur caractéristique tant que travailleurs

mais de la place qui leur est faite en tème de production.

dans le sys-

C'est cette place qui conditionne

leur mode de vie en soient

France et donc leur logement et non le fait, en lui-même, qu'ils immigrés.

Etudier

les conditions

de vie imposées

aux immigrés et tenter de les analyles immigrés eux-

ser, d'en expliquer

les causes, ne renvoie pas à étudier organismes, institutions

mêmes mais les décideurs, globale qui agissent

et agents de la société

sur leurs conditions de vie et les déterminent.

Ce n'est pas la spécificité mais la spécificité

des travailleurs

étrangers que nous analyserons

des conditions

de vie qui leurs sont imposées en France.

Notre champ d'investigations cifique élaboré à l'intention vivant en France ment appelés

sera délimité par le secteur du logement spédes travailleurs immigrés isolés, collectifs à savoir

sans leur famille. Ces logements ou "logements-foyers".

sont générale-

"Foyers-hôtels"

Leur étude nous parait

15

de nature à éclairer leurs immigrés

la place que réserve la société française à certains immigrés.

aux travail-

ou plus précisément,

Notre objet de recherche loger ces travailleurs

sera un des organismes

investis de la "mission" de hors de leur apparaît temps de bien comme

et d'organiser

leur existence

travail. Dans le système politico-social, le "spécialiste du logement des immigrés".

cet organisme

Plusieurs

organismes

construisent

et/ou gèrent des foyers-hôtels
SONACOTRA

pour tra-

vailleurs migrants. Parmi ceux-ci la

(Société Nationale de Consà la de la

truction de logements pour les Travailleurs) fin de l'année France, 1975, le patrimoine

est le plus important: sur l'ensemble

de la SONACOTRA,

s'établissait

à 250 foyers permettant

de loger 73 660 personnes. depuis 1975, l'objet d'une

Cette société,

créée en 1957, est par ailleurs, eux-mêmes.

remise en cause par les résidents

Une crise grave y a éclaté et les résidents, tiques et leurs revendications, ment, à un certain moment, sation de paiement. à l'automne 1980. ont décrété

pour faire entendre

leurs cri-

la grève des loyers. Ce mouveen ces-

a touché 82 foyers, soit 20 000 personnes en 1975, se poursuivait

Cette grève, commencée

encore

Nous nous proposons

d'analyser

l'institution

SONACOTRA

représentative

d'un

certain nombre d'organismes ve des loyers. En effet, et les travailleurs un approfondissement

"spécialisés"

et ce qu'a révélé la crise, la grè(objet de l'étude) offre

l'affrontement

entre l'organisme

immigrés

(objet de l'action de l'objet d'étude) d'analyse. L'émergence

des perspectives

de ce conflit à

donne ainsi l'occasion ses normes (résistance

de saisir les formes de résistance restée longtemps

à l'institution,

latente et diffuse) .

Nous verrons

que cette grève n'a pas éclaté sans être annoncée La plupart

de longue exprimées

date par des signes avant-coureurs. étaient prévisibles

des revendications

et prévues par certains.

16

Ce conflit met en évidence des décideurs

le hiatus profond de

existant entre les conceptions

et les revendications

fond des résidents.

La remise en cause opérée par les travailleurs en donnent au premier sont porteuses niveau, de significations:

immigrés et l'expression elles éclairent

qu 1ils

non seulement, d'exis-

le refus

de ces travailleurs

face aux conditions

tence qui leur sont imposées dans les foyers, mais encore, veau, elles révèlent ments réclamés. les attitudes des décideurs

à un second niaux change-

qui s'opposent

En ce sens, l'irruption 5 ans, sont révélateurs l'ordre

de la crise et son développement

sur une durée de immigrés dans

de la place assignée aux travailleurs

social et politique.

17

C HAP

l T REI

l l

PRO

BLE

r.1 T l QUE A

0 ELI

E T U 0 E

De l'application choisi découle un L'ensemble

de notre. hypothèse certain

principale

au champ d'investigation d'hypothèses secondaires.

nombre de questions,

de celles-ci

constitue

la problématique

de l'étude envisagée.

- Quelles hypothèses

sont les finalités

du logement en foyer?

On peut

faire diverses eux-mêmes qu'à

sur le rôle du foyer tant à l'égard des immigrés dans son ensemble.

l'égard de la société française

A l'égard des immigrés:

+ Les foyers jouent-ils Existe professionnelles, foyer? -il

un rôle sélectif

au sein de l'immigration? entre caractéristiques et présence au

des relations

significatives

économiques,

familiales,de

nationalités

+ Le foyer s'inscrit-il un moment de celui-ci

dans un trajet résidentiel?

Réprésente-t-il

ou bien est-ce une fin, un aboutissement?

+ Quel rôle joue le logement en foyer dans les projets ment familial du travailleur t-il sur la possibilité En ce sens, comment migration? immigré? Le fait d'être

de regroupe-

logé en foyer influeen France? d'im-

du travailleur

de faire venir sa famille

se situe le fover dans l'ensemble

de la politique

Le foyer joue-t-il un rôle de filtre envers

la venue des famil-

les étrangères?

18

+ Quelle est la fonction des foyers sur le marché de la main-d'oeuvre? Les foyers seraient-ils utilisés d'oeuvre? des réservoirs de main-d'oeuvre? Comment sont-ils

par le patronat?

Les foyers sélectionnent-ils du travail?

une certaine main-

Quel est leur poids sur le marché

Le rôle des foyers de travailleurs çaise en général:

immigrés

à l'égard de la population

fran-

+ Quelle est l'image des foyers aux yeux de la population Les foyers sont-ils des éléments un rôle de mise à l'écart? d'intégration

française?

des immigrés ou jouent-ils

- Plus généralement, relèvent-ils

la conception,

le mode de fonctionnement au sens strict

des foyers

d'une logique économique

(promotion d'un loge-

ment bon marché)

ou d'une logique sociale et politique?

- En outre,

le projet social et politique

qui se concrétise Ne trouve-t-on

par la construcpas des simili-

tion de foyers est-il réellement tudes dans la politique générale

spécifique?

du logement social

en France?

Ces interrogations

sous-tendront

l'ensemble de notre recherche.

La mise en place, mulées

la pérennité

de ces logements,

malgré

les critiques

for-

et leur remise en cause par les résidents

eux-mêmes

sont à situer mais

dans le contexte

global, non seulement de la politique sociale dans son ensemble.

d'immigration

encore dela politique

19

C HAP

I T REI

V

MET

HOD

0 LOG

IE

Les différentes répercussions

phases de la grève des loyers, les réactions sont à nos yeux le révélateur

suscitées, qui

les

et incidences

privilégié

permet d'éclairer

ce qui était latent avant la crise.

G. BALANDIER gique de

a souligné

la valeur heuristique

dans la démarché

anthropolo-

l'étude de la crise, de l'analyse

de la contestation:

"(...) la contestation ne se lie pas à un projet rigoureusement défini comme l'est le projet révolutionnaire, et ne se fonde pas sur une stratégie de conquête du pouvoir. Elle fait surgir du sein de tout système social ce qu'il porte en lui même de négatif, ce qui doit provoquer sa transformation plus que sa reproduction. Elle acquiert au maximum, dans les sociétés industrielles avancées, ce caractère d'opposition radicale à la contrainte des organisations". (1)

La crise opère un déchirement, té par le quotidien.

une rupture mettant

à jour ce qui était occul-

Toutefois,

nous avons mentionné

précédemment

que des études sur les condien 1973. Chargée d'études (DEP) de la

tions de vie dans les foyers avaient psychosociologiques à la Direction

été conduites

des Etudes et Programmes

SONACOTRA de juin 1971 à septembre de la réalisation de ces études.

1976, nous avons assumé la responsabilité

(1) BALANDIER

Georges

- 1974, Anthropo-logiques,

Paris,P.U.F.,

223 p.

20

Nous reprendrons

ici les résultats

de ces travaux afin d'en approfondir sont révélatrices de la situation

l'anadans

lyse et l'interprétation.

Ces données

les foyers â la veille de la grève.

Ce sont des éléments qui apportent entre l'institution

un éclairage

objectif

sur les relations l'éclatement de la

et les travailleurs des directeurs

immigrés avant de foyers envers

crise, sur les pratiques

les résidents.

Par ailleurs,
ment au sein

nous nous efforcerons
de l'ensemble des autres

de situer l'organisme
logeurs

SONACOTRA

non seuleencore dans

institutionnels

mais

ses rapports

avec les organismes

financeurs

de logements

foyers.

Rappelons

que si notre objet d'étude, d'encadrement

la SONACOTRA,

occupe une place imporimmigrés, il n'en donc

tante dans le dispositif

des travailleurs

demeure pas moins qu'il n'en représente

qu'un élément. Nous devrons

prendre en compte d'autres parties du dispositif avec la SONACOTRA. Celle-ci,

qui sont en étroite relation

en effet, est un élément, qui bien que signifiIl nous fau-

catif et révélateur,

demeure un rouage d'un ensemble plus vaste.

dra donc situer sa place et son rôle par référence

à cet ensemble.

Notre recherche plexe

qui s'attache

à l'analyse d'un dispositif

institutionnelcom-

nécessitera

le recours à une double démarche:

1) Méthode quantitative

et statistique:

l'analyse de la situation

dans les foyers à la veille de la grève sera fondée sur les études quantitatives menées en 1973 dans les foyers.

De même,nous

situerons

la place des foyers dans l'ensemble en analysant les résultats

des logements du recense-

occupés par les immigrés ment de la population l'Ile-de-France).

statistiques

en 1975( plus particulièrement

dans la région de les

Ainsi le rappel et l'analyse

des faits qui ont généré quantitative

grèves seront fondés sur une approche purement

et statistique.

21
2) Démarche du conflit. anthropologique: approche dynamique selon les théories

L'étude de la grève des loyers, des rôles joués par les,diffépermet de saisir une dynamique sociale en acte.

rents intervenants

Les acteurs présupposés situation.

sociaux de groupes théoriques

réels sont alors analysés

non plus selon des en

abstraits mais au travers de leurs interactions,

L'approche

quantitative

ne saurait rendre compte de celles-ci participante.

et la démarche

ne peut qu'être

celle de l'observation dynamique

Il s'agit de rendre

compte d'une réalité

et complexe. Mais ainsi que le souligne

B.BALANDIER : " Si cette complexité ne doit pas être niée, elle exige tout autant d'être maîtrisée; sinon le sociologue s.entient à la description (1) brouillonne d'agencements dont les composants sont enchevêtrés".

A cetœ

~in, nous nous sommes efforcé principale.

de préciser

et d'approfondir

notre

hypothèse

Délimitation

dans le temps de notre investigation.

La grève des loyers commencée ont eu lieu en novembre le terme d'un mouvement où les expulsions les velléités

en 1975 a duré 5 ans:

les dernières de marquer

expulsions

1980 (2). Il est difficile qui a connu de multiples

dans le temps au moment de nouvel-

rebondissements: on annoncait

de novembre

1980 étaient exécutées, dans d'autres

de refus de paiements

foyers.

Si la grève est révélatrice

et se trouve au coeur de notre démarche, à analyser les réponses

il n'en

demeure pas moins que nous nous attachons nelles aux revendications des résidents.

institution-

En ce sens, notre étude se limite

(i) BALANDIER

George

- op. cit., p. 127. en janvier 1975,

(2) Les résidents du foyer qui démarra la grève à Saint-Denis, ont été les derniers expulsés le 19 novembre 1980.

22

dans le temps:

- d'une part, à l'analyse de la période déclenchement de la vague de grèves de loyers

immédiatement ( 1973-1975)

antérieure

au

- d'autre part, à la période jusqulaumoment où furent apportées

durant

laquelle

se déroule

le conflit aux ques-

des réponses gouvernementales

tions soulevées.

En effet, le dépôt

d'un projet de loi le 27 septembre présenté

1979 "Portant

créa-

tion d'un contrat de résidence" de l'Environnement

par M. Michel D'ORNANO, comme la réponse

ministre du gouver-

et du Cadre de vie, apparaît en place, à l'ensemble

nement français,alors

des résidents

des foyers.

L'existence

même d'une telle réponse nationale

situe la véritable

ampleur du problème

posé et sa dimension

et politique.

Le changement immédiates

politique

intervenu

le 10 mai 1981 n'a pas eu d'incidences

sur notre champ de recherche.

Nous ne pourrons fin de l'année

qu'évoquer

les projets

et eS\1uisses qui se dessinent

à la

1982.

Force est de constater veau texte législatif

que ceux-ci confirment est en préparation. politique

notre interprétat.ion : un nou-

Ceci donne donc une force nouvelle des questions posées par les rési-

à notre analyse de la dimension dents des foyers.

23

D EUX lEM E

PAR TIE

.E

CAD

RE

ET

LES

ACT

EURS

DUC
1975

0 NFL

I T.

LAS

I TUA T ION

A V ANT

INTRODUCTION

Si dès 1969,
la plupart

des mouvements
des sociétés

revendicatifs,

des grèves de loyer ont touché
de foyers, c'est prin-

ou associations

gestionnaires

cipalement dimension.

à partir de 1975 (1) que ces mouvements

connurent

leur véritable

Cette

partie de notre étude a pour objectif de situer le cadre, de dépeindes foyers et de leurs occupants en 1975. lors du déclenchement de

dre la situation la grève,

c'est-à-dire,

En effet, nous considérons flit, de s'interroger

qu'avant

d'analyser

les divers aspects de ce conil convient de rappeler à la compréhension du

sur ses multiples

dimensions, essentielles

un certain nombre de données de base, mouvement.

La durée exceptionnelle

du conflit,

ses innombrables

rebondissements,

les

(1) Voir plus loin:

Troisième

partie,

chapitre

2 : "Le déroulement

de la

grèveIt..

24

diverses

prises de positions

contradictoires fondamentaux

ont contribué du problème

à obscurcir

et

souvent à banaliser

des aspects

qui furent à 1'0-

rigine de la grève des loyers.

En ce sens, il est essentiel cours dans les foyers lors du

de rappeler

la situation,

les normes de vie en

déclenchement

de la grève.

Dans cette partie de notre recherche

nous définirons

comme acteurs

les for-

ces effectivement présentes dans les foyers avant 1975
tionnaires et les résidents.

: les organismes ges-

La relation

entre ces deux groupes

passe par un personnage une part importante

central:

le di-

recteur de foyer auquel nous consacrons
lyse. (1 )

de notre ana-

Ce face -à-face qui se déroule clenchement

dans un isolement

quasi total avant le déquant à la place

de la grève est particulièrement

significatif

de ces foyers dans la société globale,

dans le système social, dans l'ensem(relevant du finan-

ble de ce qu'il est convenu d'appeler le "logement social" cement public)
.

De cette délimitation sieurs remarques:

du champ des acteurs en deux groupes

découlent

plu-

- Si le foyer est socialement niveau des résidents. ges parfaitement la composition la SONACOTRA En effet,

isolé, en fait, il l'est seulement gestionnaires et politique.

au

les organismes

sont des rouaL'analyse de

intégrés

au système économique d'Administration

des Conseils

que nous avons conduite pour les liens étroits entre ces

et l'ADEF

(Voir ci-après) montre

(1) Voir Deuxième
foyers" ~

partie

-

chapi tre 4, paragraphe

4.2.: "Les directeurs

de

25

organismes

et les différentes

instances

gouvernementales

et patronales.

- La coupure évidente qui existe, de fait, avant la grève, entre les résidents des foyers et l'environnement social peut s'expliquer plus particulièrement par le sysles noret

tème de gestion

des foyers. Nous étudierons

mes de vie instaurées notamment

dans les foyers par les organismes intérieurs appliqués avant

gestionnaires

les règlements

1975.

- La réalité

de cet isolement

joue un rôle important

dans le déroudes forces

lement de la grève et notamment en ce qui concerne les réactions sociales (principalement politiques et syndicales)

à l'égard du conflit, que se donnent les

des revendications résidents en grève.

exprimées

et du mode d'organisation

Dans leur majorité, tés des résidents logements-foyers

les forces sociales qui auraient leurs conditions

pu se mobiliser

aux cô-

n'ont découvert qu'à travers

d'existence

dans ces

le mouvement

revendicatif.

Ceci apparaît et travailleurs qui a révélé vailleurs

comme une constante immigrés:

des relations

entre travailleurs

français

c'est la grève des nettoyeurs de travail,

du métro en 1977

leurs conditions

c'est la grève de la faim des traleurs condi-

de Turquie

"sans papiers"

(février 1980) qui a révélé

tions de vie dans la clandestinité. gres cotoyaient clarations quotidiennement

Or, dans l'un et l'autre cas, ces immifrançais syndiqués. Les dé-

des travailleurs

d'un syndicaliste

de la CFDT lors du metting des nettoyeurs du significauives.

métro du 18 juin 1977 sont particulièrement

A la tribune, il déclara après 18 jours de grève: "Nous, travailleurs de la R.A.T.P., nous ne savions pas que les nettoyeurs n'avaient ni vestiaire, ni vêtements de travail. Nous, travailleurs de la R.A.T.P., nous ne savions pas que les nettoyeurs avaient des salaires de misère. Mais aujourd'hui nous le savons". (1)

(1) AUDIOPRADIF

- 1977,

Après le dernier métro,

film super 8.