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Les Marins russes en France

De
249 pages

CRONSTADT. — TOULON. — ORGANISATION DES FÊTES

LE 1er septembre 1893, l’empereur d’Allemagne se rendait en Alsace-Lorraine pour présider aux grandes manœuvres des corps d’armée de la frontière ; et, le 3, il faisait son entrée solennelle dans Metz, ayant à ses côtés le prince royal d’Italie en uniforme de hussard hessois. Le jour de l’arrivée de Guillaume II dans les anciennes provinces de France annexées, la Chancellerie russe communiquait à l’ambassadeur de la République française à Saint-Pétersbourg l’ordre donné par le Tsar « à l’escadre russe, sous le commandement de l’amiral Avellan, de se trouver vers le 13 octobre (1er octobre russe) à Toulon, pour rendre la visite faite à Cronstadt par l’escadre française ».

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Marius Vachon
Les Marins russes en France
PRÉFACE
Il y a dans leBoris Godounofde Pouchkine une très belle scène, page classique d e la poésie russe, que tous là-bas savent par cœur co mme nous savons notre Songe d’Athalie ;rs qu’il écrit dans sac’est le monologue du moine chroniqueur Pimène, alo cellule, sous la lampe nocturne, le récit des faits de son temps. Le vieillard lutte contre la fatigue, il s’encourage à continuer en méditant sur la grandeur de sa tâche :tant d’événements remontent dans sa mémoire et se presse nt sous ses yeux, « tumultueux comme les flots de la mer océane », qu i vont périr sans laisser de trace, s’il ne les inscrit pas sur le parchemin !Il pense à ses successeurs, « au moine laborieux qui dépliera un jour ce rouleau tout char gé de la poudre des siècles », et y trouvera les leçons du passé, le témoignage du perp étuel effort des ancêtres pour laisser une patrie à leurs descendants. Saisi d’une respectueuse terreur devant le mystère qu’il célèbre, Pimène achève d’écrire l’His toire, jusqu’à l’aurore. Je suppose que les mêmes sentiments ont agité le co nsciencieux auteur du Mémorial des fêtes russes, tandis qu’il classait et fixait dans ce volume les visions dont nos yeux sont encore emplis. L’émotion patriot ique y vibre : à cela rien de surprenant, nous l’avons tous ressentie ;mais cette émotion intellectuelle dont parle Pouchkine, et qu’il prête à l’historien chargé de r etracer les grands faits de la vie des nations, comment ne pas l’éprouver devant l’événeme nt historique dont nous avons été témoins ? Cette rencontre de deux peuples, si d ifférente des anciens accords internationaux, nous a révélé une transformation pr ofonde dans les ressorts traditionnels de la politique. Des sentiments insti nctifs se substituant aux calculs des chancelleries ; toutes les prévisions, optimistes o u pessimistes, déjouées par la crue soudaine et irrésistible de ces sentiments :l’introduction de l’amour dans la politique, comme l’a dit un homme d’esprit, c’est là, semble-t -il, l’aspect le plus frappant, parmi tant d’aspects nouveaux qui nous furent ouverts sur le versant inconnu où descend la vieille Europe. Soyons francs. Quand la visite des marins russes no us fut annoncée, nul ne douta de l’enthousiasme qu’elle provoquerait ;mais on donnait d’avance à l’allégresse populaire une signification restreinte et précise : le rapprochement intime des deux nations semblait n’avoir qu’un mobile, l’union défe nsive contre des adversaires communs. Et le contentement n’allait pas sans appré hensions, en Russie comme en France, chez tous ceux qui ont mission de sauvegard er l’ordre, la paix, la dignité nationale, les bonnes relations avec le dehors. N’a urait-on pas à regretter quelque intempérance chauvine dans les manifestations de no tre joie, quelque fanfaronnade provocante pour d’autres, humiliante pour nous ? No s amis redoutaient ces défaillances possibles ;rtout où laon les tenait pour certaines, on les escomptait, pa malveillance nous épie. L’événement a donné tort aux timides et aux malveil lants. Il ne s’est pas produit un hoquet déplacé dans cette ivresse si bien réglée. O n fait honneur au bon sens populaire de sa retenue méritoire : certes, je sous cris à cet éloge, et je ne veux pas diminuer la victoire qu’ont remportée sur eux-mêmes certains cœurs dont le patriotisme est d’habitude turbulent. Mais on s’exp liquerait mal le caractère des fêtes franco-russes, si l’on n’y voyait que la surveillan ce attentive d’une passion dissimulée. La vérité, c’est que le mobile auquel on rapportait d’abord la ferveur du rapprochement a passé au second plan. Les deux peuples s’étaient recherchés à l’origine pour se protéger mutuellement contre un troisième ; mis en contact, ils ont oublié cette
préoccupation initiale, ils y ont substitué un rêve de fraternité touchante, une explosion d’espérances indéfinissables, sans le moindre mélan ge d’animosité contre des tiers. Je ne me charge pas d’analyser cet enchantement vag ue, cette attente d’une nouvelle aurore dans l’histoire, ce besoin d’aimer pour aimer, qui donnèrent aux foules accourues sur le passage des Russes une physionomie si particulière. Nous l’avons tous constatée, sans pouvoir la définir ; les scept iques en ont souri d’abord, bientôt ils ont été gagnés comme les autres par l’état d’esprit universel. Paroxysmes du sentiment, inexplicables chez un peuple comme chez un individu;qui dira pourquoi, à certaines heures, à la suite de quelque incident fu tile en apparence, un convalescent se réveille tout à coup avec un tressaillement de j oie et de force, un élan d’attendrissement vers tout ce qui l’entoure, une c onfiance dans la vie revenue qui lui ouvre mille horizons nouveaux ? La meilleure explication, elle est peut-être dans l a vue pénétrante de Michelet, lorsqu’il dit que « la grande entreprise commune du moyen âge, celle qui fit de tous les Francs une nation, la croisade, révèle lasociabilité profonde de la France ». Cette sociabilité de notre race a trouvé dans le rapproch ement franco-russe l’occasion de se manifester, occasion d’autant plus vivement saisie que nous étions condamnés depuis longtemps à un isolement contraire à notre nature e t à notre mission dans le monde. Ajouterai-je que cette apothéose triomphale assouvi ssait enfin des besoins d’imagination et de sentiment trop comprimés, mal s atisfaits par la régularité bourgeoise de notre vie politique ? Les romanciers ont pour meilleure clientèle des personnes sages, tout appliquées au travail de la s emaine, qui lâchent la bride le dimanche à la folle du logis :audurant ces journées d’octobre, la France a lu un be roman. Après le banquet de l’Hôtel de Ville, nous regardio ns ce peuple heureux, gai, si doux dans sa force, qui roulait sur la vieille Grèvedes vagues humaines sans cesse renouvelées ;j’échangeais mes observations avec un historien à q ui les scènes de la Révolution sont familières ; les mêmes mots nous vi nrent aux lèvres :« C’est la fête de la Fédération ! » Oui, j’ai mieux compris ce soi r-là les récits et les estampes qui nous représentent la société française dans son exa ltation d’espérance, à l’aube des temps nouveaux ; quand les mains se cherchaient ins tinctivement, parce que l’humanité s’élargissait et que le lendemain allait être très beau. A quoi les gens qui ont lu l’histoire, et qui partant sont moroses, rép ondent en hochant la tête que ces crises de sensibilité durent peu, finissent mal, et que le lendemain fut 93. —Je ne dis pas non ; raison de plus pour savourer ces rapides minutes. Qui voudrait priver l’adolescent de son premier rêve, sous prétexte qu’ il l’achèvera en douloureuses folies ? Ces instants où l’on est dupe de son imagi nation et de son cœur, ils font pour l’homme tout le prix de la vie, et ils font dans l’ univers le prix de la France. Et de l’autre côté, dans les profondeurs énigmatiqu es de la Russie, la commotion populaire a-t-elle eu la même intensité ? N’ont-ils apporté dans l’alliance qu’un calcul, une force au service d’une haine, où se sont-ils ab andonnés comme nous à je ne sais quel souffle de rédemption et de millénium !Tandis que Paris en liesse, sous les drapeaux et les lanternes aux couleurs russes, offr ait à ses idoles son âme répandue, je me demandais souvent ce qui filtrerait de cette âme jusque dans les mornes solitudes, steppes et forêts, où le moujik coule sa rude vie. Il est si loin des conceptions, des mœurs, des bruits de l’Occident ! Il nourrit une défiance séculaire contre les gens de cet Occident, qu’il appelle tous païens au même titre. Et c’est une si invraisemblable entreprise de remuer avec nos lé gers émois la lourde, immobile, somnolente Russie ! Quel écho nous renverrait elle ? Et en renverrait-elle un ?
La Russie a répondu. Le même frisson l’a secouée. P endant une longue suite de jours, le fil électrique nous a transmis des vibrat ions correspondantes aux nôtres, les battements de tous les cœurs qui palpitaient à l’un isson, entre la mer Blanche et la mer de Crimée. Les humbles et les grands, les enfan ts des écoles et les vétérans de l’armée, les gens de toute condition et de tout âge voulaient communiquer avec leurs frères inconnus. Eux aussi, ils voyaient dans ce pr odigieux transport autre chose qu’une combinaison diplomatique, ils dataient une è re nouvelle du testament de l’alliance.
ALEXANDRE III EMPEREUR DE RUSSIE.
Photog. Nadar.
Entre les lettres que j’ai reçues de tous les point s de la Russie, j’en veux traduire une qui marque bien cet état de pensée. Elle m’arri vait du fond des forêts de Courlande: « ...Oui, elle est vraiment grande et bienfaisante pour les peuples de l’Europe, la signification de notre alliance. Jusqu’à ce jour, l ’humanité avait coutume de voir des alliances dont le but final était le champ de batai lle. Elle connaît enfin le bonheur d’en voir une qui a pour devise : Paix et travail. Vive la première alliance de cette nature qui ait jamais été conclue dans le monde, l’alliance franco-russe!.Il n’y a aujourd’hui chez nous qu’une prière sur toutes les lèvres : puisse c ette alliance être la gardienne d’une ère nouvelle dans notre vie ! Puisse le sentiment f raternel qui nous jette les uns vers les autres demeurer aussi ardent, aussi entier qu’i l l’est à cette minute !... » Un mois a passé. Peut-être ces effusions feront-ell es déjà sourire, le diapason de notre lyrisme ayant baissé ; pas dans le peuple, qu i ne sourit jamais des choses du cœur. Il était moins mystique en ses élans, notre p euple ; il se rattrapait sur la finesse et la bonne grâce de ses trouvailles. Un ami m’a ra pporté un trait charmant dont il fut témoin. Des officiers russes l’avaient pris dans le ur landau pour le conduire au gala de l’Opéra ; sur le parcours, un homme, décoré de la L égion d’honneur, sauta sur le marchepied:« Messieurs, dit-il aux marins, j’ai cherché ce que j’avais de plus cher et de plus précieux pour vous l’offrir ;je n’ai rien de plus cher et de plus précieux que mon honneur :prenez-le!racher de saEt il leur jeta le ruban rouge qu’il venait d’ar  » boutonnière. On colligerait certainement tout un vo lume de traits pareils, si l’on avait le loisir et la patience de les rechercher.
* * *
C’est aussi un volume qu’il faudrait pour retracer, même sommairement, les précédents et l’histoire du rapprochement franco-ru sse. Combien de sources invisibles et lointaines ont lentement cheminé sous terre, ava nt de former le torrent qui a enfin rompu toutes les digues ! Et l’on devrait reprendre les origines de très haut. C’est un fait remarquable que la France se tourne d’instinct vers la Russie, quand elle subit une de ces métamorphoses intérieures qui lui donnent un e figure nouvelle, déconcertante pour les habitudes de nos voisins immédiats ;les contacts des deux nations ont toujours quelque chose d’inattendu et de paradoxal pour les autres Etats ; il semble que ces deux corps s’attirent en raison même de leu rs différences constitutives et des antithèses politiques qui devraient logiquement les séparer. Peu après l’an mil, quand la famille des Capétiens s’établit péniblement, l’un d’eux, er Henri I , a l’idée bizarre d’aller chercher une femme dans ce pays fabuleux qui n’a pas encore de nom et dont on connaît à peine l’exis tence. La fille de Iaroslaf de Kief lui apporte un reflet de la grandeur byzantine ; c’ est ce qu’il faut à la jeune dynastie pour lutter contre le souvenir auguste de Charlemag ne et des empereurs issus de lui. Huit siècles plus tard, Napoléon retrouve la même p ensée ; pour consolider l’empire révolutionnaire qu’il vient d’imposer à l’Europe, i l demande une fille des Romanof ; les diplomates ahuris contemplent, sur le radeau de Til sitt, les chaudes embrassades du soldat de Brumaire et de son bon frère Alexandre, le seul ami avec lequel il consente à partager le monde. Aujourd’hui, notre République, l ongtemps suspecte aux monarchies voisines, triomphe de leurs bouderies en s’alliant avec le Tsar. —« Tsar orthodoxe, tsar autocrate, » disent les paroles de l’Hymne russe. —« Allons, enfants de la patrie... » répond la Marseillaise.Et les accords des deux chants, devenus
inséparables, résonnent comme une étrange cacophoni e aux oreilles des diplomates étrangers, aussi ahuris que leurs grands-pères de T ilsitt ; ils ne reviennent pas de cette union si naturellement, si fortement cimentée entre des éléments qui leur paraissaient plus inconciliables que le feu et l’ea u. Elle les trouble d’autant plus qu’ils y discernent un phénomène tout nouveau, l’acquiescement passionné de deux peuples. L’un, ce lui de Russie, s’est donné avec le Chef qui incarne l’âme nationale, qui est la con science vivante de tous ses sujets. L’autre, celui de France, a imposé son idée fixe à la mobilité de ses gouvernants ; ici, la vague populaire a poussé irrésistiblement, vers le rivage où elle se précipitait, les flotteurs qui croient la diriger alors qu’elle les roule à son gré. En accordant à notre démocratie tous les droits et tous les pouvoirs, on lui avait jusqu’ici refusé qualité pour juger de ses intérêts extérieurs ; elle a prouvé qu ’elle s’y entendait, à la condition que les lignes de la politique extérieure soient simple s comme le bon sens. Je n’oserais parler de la sorte si je n’avais recueilli, un de c es soirs d’octobre où nous observions les manifestations de la foule, ce propos d’un amba ssadeur vieilli sous le harnais : « Commeilest heureux que nous ayons un peuple pour faire notre diplomatie! » Ce sera pour les historiens futurs une curieuse étu de que celle de la formation dans ce peuple d’une tradition politique unanime et pers istante. Naguère encore, il n’avait que des préventions héréditaires contre le pays loi ntain, inconnu, qu’on lui représentait comme l’antipode des formes de société qu’il préfèr e. Peu à peu, il a appris la Russie, il s’est fait une image favorable, sinon très exact e, de la nation qui commençait à l’intéresser ; il a accompli ce grand progrès intel lectuel, de comprendre et d’estimer à leur juste valeur des conditions de vie sociale con traires à ses goûts. Les préventions qui lui restaient, il les a subordonnées avec une e xtraordinaire souplesse à la nécessité évidente de chercher un appui de ce côté. Enfin l’amour est venu, et l’amour a fait son œuvre habituelle, qui est de nous attach er à l’objet aimé précisément par les différences avec notre propre nature que nous remarquons en lui. L’instinct est devenu dans notre peuple une idée claire et raisonnée, pui s une passion. Dès lors, il n’a plus toléré qu’on hésitât à le suivre dans la voie qu’il avait choisie, et il y a mené d’étonnements en étonnements les timides qu’il pous sait devant lui. Ce n’est plus un secret qu’au départ de nos vaissea ux pour Cronstadt, nul n’avait prévu la portée et les conséquences de cette visite de courtoisie. Quand on les vit éclater, on éprouva la surprise, et un peu l’inquié tude, de l’enfant qui croyait brûler une simple amorce dans son pistolet, et qui entend la d étonation d’une forte charge de poudre. A Toulon, on s’attendait bien à un coup de pistolet ; surprise nouvelle, quand il se changea en coup de canon. Allez donc mesurer la puissance de ce formidable explosif le sentiment populaire, qui venait trouble r tous les calculs de la balistique des chancelleries, qui se substituait délibérément aux anciens moteurs de la machine diplomatique. A peine nos hôtes ont-ils débarqué que le peuple pr end la direction du mouvement ; il imprime aux fêtes ce caractère imposant qui en f ait un véritable plébiscite national. Les marins traversent la France, et nos populations se précipitent au-devant d’eux. Ceux qui ne peuvent les joindre leur envoient des m illiers d’adresses ; on pavoise en leur honneur d’humbles villages qu’ils ne verront j amais. Dès leurs premiers pas dans Paris, ils trouvent toute la grande ville sur pied ; ils la voient ainsi durant huit jours, infatigable dans sa joie, et les acclamations ne ce ssent pas un instant de retentir à leurs oreilles. Chacune de leurs promenades ressemb le à l’entrée d’une armée victorieuse, dans la foule fendue à grand’peine, so us les voûtes de drapeaux, sous les fenêtres et les balcons chargés de monde, où s’agit ent les mouchoirs, d’où pleuvent
les fleurs et les baisers des femmes. Spectacle tou jours fait des mêmes éléments, toujours varié par l’ingéniosité parisienne, toujou rs plus grandiose et plus émouvant, jusqu’à l’apothéose finale, celle inoubliable minut e où l’amiral, sortant de l’Opéra et regagnant la gare, se dressait seul dans sa voiture , éclairé comme un roi de féerie par les feux convergents des projecteurs électriques, a u centre des masses noires dont on devinait la houle dans la nuit et qu’on pouvait dén ombrer à l’immense clameur répercutée dans les rues lointaines. Les mêmes scènes se renouvelaient sur la route de r etour, à Lyon, à Marseille, à Toulon. Les marins, mis à la rude épreuve physique de l’ova tion perpétuelle, tenaient bon contre cette tempête charmante et inaccoutumée. On sentait qu’ils disaient vrai, quand ils affirmaient que le plaisir et l’orgueil patriot ique les cuirassaient contre la fatigue. Je demandais à un Russe, qui revenait des fêtes de Lyo n, ce qu’il y avait vu et ce qu’on avait pu inventer pour continuer, sans l’affaiblir, l’impressiondes splendides journées parisiennes. —te du train jusqu’à« Je ne sais pas, me répondit-il ; depuis ma descen la minute où j’y suis remonté, on m’a embrassé sans interruption ; c’est tout ce que j’ai vu. »