Les Maux pour le dire

Les Maux pour le dire

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Français
226 pages

Description

La liberté d’être repose sur la capacité à faire des choix.


François-Paul, marqué par la violence du rejet maternel, prit la décision, à l’âge de treize ans, de quitter la demeure familiale. Pour tout bagage, il n’avait que le crachat dégoulinant sur le visage, généreusement gratifié par sa mère. Il se trouva confronté à l’émergence de situations compliquées et déstabilisantes.


Dans un monde où la droiture est rare, la probité méconnue, il a tenté de se construire sur des fondations de sable mouvant.


Les maux de sa vie témoignent sans complaisance des épreuves qui ont émaillé sa trajectoire erratique. Cabossé d’avoir trop sillonné les chemins escarpés de son existence, il aura cherché sans cesse à se trouver... Se retrouver.


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Informations

Publié par
Date de parution 07 mars 2018
Nombre de lectures 8
EAN13 9782414199631
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-19961-7
© Edilivre, 2018
« N’être personne pour personne constitue une des plus grandes souffrances. »
(Theresa de Calcutta)
Préface
En l’an 2 000… et quelques ; un matin d’été commençant, elle le croisa. Elle ne le vit pas. Il s’approcha, elle s’éloigna. Plus tard, elle accepta de le rencontrer. D’emblée, il lui accorda sa confiance. Il lui parla longtemps, longuement de François-Paul. Émue, elle découvrit un être sensible, attachant, humain, altruiste. Elle comprit que derrière ce masque clownesque, rieur, taquin, jovial se cachait une belle âme, marquée plus que de raison par les chagrins de la vie.
Elle eut envie de faire un bout de chemin avec François-Paul, ce petit bonhomme écorché vif au regard traqué, au cœur si lourd qu’il déversait en continu un flot de douleur émotionnelle mêlée à une allégresse parfois feinte, souvent… feinte pour échapper à la souffrance, pour anesthésier ce passé si pesant… si destructeur.
Elle pensait avoir déjà beaucoup flirté avec la plupart des tristesses de l’existence. Là, pourtant, de son approche fusionnelle avec François-Paul… elle n’est pas sortie indemne.
La passagère du vent
Prologue
La journée a bien commencé en ce début d’automne. Nous sommes dans le milieu des années cinquante. Comme à son habitude, dès la fin de son petit déjeuner, François-Paul s’est empressé de sortir de la maison pour aller gambader dans les prés voisins. Ses fines chaussures de toile s’humectent de la rosée du matin. L’herbe caresse ses mollets, l’air fleure bon ce mélange de senteurs de mousse, de feuille et d’humus. Le pull-overtricoté main, trop grand pour lui, tient au chaud ce petit corps frêle. Tata Huguette lui a de nouveau recommandé de ne pas trop s’éloigner et de bien faire attention. À quatre ans, François-Paul est un enfant précoce et assez indépendant. Il aime les grands espaces et la solitude. Il ne se pose pas la question de savoir comment il a atterri dans cette famille d’accueil et depuis combien de temps. Cela n’a guère d’importance. Est-il conscient de toute façon de ne pas être dans un foyernormal? Madame Cusin, que tous les enfants appellentTata Huguette incarne la femme joyeuse, aimante, équitable avec l’ensemble des gosses. C’est tout ce qui lui importe.
Dans cette grande demeure à étages en bordure de la route nationale 75, à la périphérie de la ville de Morestel : bourgade entre Lyon et Chambéry ; Tata Huguette élève ses poules et lapins, cultive son potager qui procure de bons légumes frais pour les repas. Il est joyeux, heureux d’être là ce gamin del’assistance publique. Il passe des heures à flâner le long du petit ruisseau de la Bordelle à peine plus large qu’un fossé qui court au pied des murailles et se jette dans le canal de Morestel. Il crée son univers. Parfois, il joue au facteurdistribue des morceaux de papier dans les boîtes aux lettres des habitations et voisines. Jamais il n’a osé s’aventurer plus loin dans le village. Tata Huguette ne le tolère pas. L’aspect austère des sombres ruelles étroites aux pavés de couleur grise et desmurs immensesen grosses pierres apparentes non jointes lui fait peur. Depuis le deuxième étage de la maison, on peut apercevoir la majestueuse citadelle-tour e médiévale du XII siècle ; la crête des remparts et l’église gothique saint Symphorien avec sa tourelle qui sembleagrippée, rajoutée à l’édifice. Du haut de ses quatre ans, tout cela lui paraît tellement impressionnant et inaccessible qu’il préfère la campagne, ses prairies et ses fermes.
L’heure du déjeuner approche, François-Paul sait qu’il ne faut pas être en retard. Il fait en sorte de ne jamais arriver le dernier à table ni d’attendre au lavabo pour se laver les mains avec le trop grossavon de Marseille. Ce midi-là flotte une atmosphère pesante. Dans chaque assiette trônent deux saucisses sur un monticule depurée maison. Globule, le chat, le regard avide, guette patiemment tous les gestes des enfants : il espère sa petitegâterie. Tata Huguette semble mal à l’aise. Elle n’a pas, ce jour-là, sa joie coutumière à faire l’article sur son plat du jourà expliquer les bienfaits d’une bonne alimentation qui, au et demeurant, n’a aucune influence sur François-Paul rentrant toujours affamé de ses escapades et réclamant souvent durab.est totalement Elle absente, a l’air abattue, triste. Elle se tient en bout de l’immense table en chêne au centre de la cuisine. Sa longue chevelure argentée ramassée en chignon, ses yeux bleus rieurs, ses lèvres minces et son nez épais lui donnent un aspect plutôt sympathique. Mais c’est surtout sa vigueur et sa faconde que les enfants apprécient avant tout. À l’autre extrémité de la tablée, monsieur Cusin, petit bonhomme frêle et fade qui garde constamment son béret sur la tête même pour manger, se sert un verre de vin rougeétoilé. Il ne semble pas concerné par les événements. Pensionné
suite à un accident de travail, désœuvré, sa vie est d’une grande monotonie. Manifestement, ce n’est plus lui lechef de famille. Du côté de François-Paul sont assis deux autres garçons Roger et Alfred. En face d’eux, Alain, douze mois, sur sa chaise haute accolée au bord de table, a déjà imprimé le dessin de sa main dans la purée ; à côté de lui, les filles de la maison Françoise et Marie-Paule. Elles sont au lycée à Chambéry. La rentrée scolaire approche. Le statut de pensionnaires les ravit : Morestel n’offre guère de distraction. Elles sont gentilles avec les enfants et participent activement aux tâches ménagères. Roger, six ans et Alfred trois ans, partagent la chambre avec François-Paul. Tata Huguette réclame le silence : « Les garçons, j’ai quelque chose à vous dire !… » Globule a pris place sur le banc en bois entre Alain et Françoise. Le dos droit, les yeux jaunes grand ouverts, il semble attendre la nouvelle comme s’il sentait que le moment est important. « Cet après-midi, votre maman va venir vous chercher et vous emmènera dans votre nouvelle maison ! » Le ton est grave. La voix posée débite chaque mot lentement pour que les garçons en saisissent bien le sens. « Nouvelle maison ? Nouvelle maman ? » « De quoi parle-t-on ? » « On va partir d’ici ? Tous ? » « Ça veut dire qu’on a tous la même maman ? – Oui, bien sûr, vous êtes tous frères, vous êtes de la même famille. Nous en avons déjà parlé, mais vous avez oublié. » La notion de frère et sœur est très vague à cet âge ! « On est obligés de partir ? » À l’exception d’Alain en train de remplir de purée son gobelet à eau, les trois autres garçons assaillent Tata Huguette de questions. Ils ne sont pas sûrs de bien comprendre. « Moi, j’veux pas de nouvelle maman ! » hurle Roger. « Moi, j’veux pas de nouvelle maison ! » dit François-Paul en larme. « Et moi, j’veux rien du tout ! » exprime timidement Alfred, essayant de suivre tant bien que mal le fil de la conversation. La fin du repas se fait dans le silence. Les filles cachent quelques sanglots. Elles s’étaient habituées aux enfants. Tata Huguette, elle, semble perdue dans ses pensées. Depuis quand était-elle au courant de ce départ ? Est-elle triste de les voir partir parce qu’ils vont lui manquer, ou parce qu’elle se doute de ce qui les attend ? Peut-être un peu des deux…
Le goûter a été avalé avec peu d’enthousiasme. Quelques sacs de vêtements et objets de toilette sont réunis dans le hall d’entrée. Les enfants ont passé l’après-midi sur les genoux ou dans les bras de leur nourrice. Elle ne cesse de leur expliquer que cela est dans l’ordre des choses. Avec des mots simples prononcés d’une voix douce, elle est presque parvenue à les apaiser. Vers 17 heures, les enfants sont à peu près convaincus que tout cela est bien pour eux et qu’ils vont être heureux dans leur nouvelle famille… Globule traverse la cour intérieure à toute vitesse et trouve refuge sur une branche du noyer non loin des clapiers à lapins : une automobile vient de s’engouffrer sur le chemin d’accès à la maison et s’apprête à entrer dans la cour. À cet instant précis, la blouse bleue en tergal de tata Huguette est proche de la rupture tant la pression des mains qui l’agrippent et tirent dessus est dense. Une Simca Aronde verdâtre pointe son nez dans l’entrebâillement du portail. Son avant ressemble à la tête d’un poisson. De gros phares ronds à fond jaune ornent les extrémités du
capot, sertis d’enjoliveurs identiques à des paupières. La calandre chromée semblable à une moustache et son pare-chocs associé à deux tampons centraux en forme de dents complètent le tableau. La portière avant droite s’ouvre sur un petit bout de femme aux cheveux mi-long châtain clair, au regard bleu, franc, volontaire et déterminé. Elle porte un tailleur gris moyen agrémenté de gros boutons gris foncé sur un chemisier bleu marine à pois blancs dont le col est noué autour du cou. Elle est jeune, mince, très belle et très élégante. Très citadine ! Ses premiers mots sont : « Les enfants sont prêts ? » Coté chauffeur, un homme grand, svelte, cheveux foncés légèrement ondulés, les traits fins, le regard sombre mais plaisant, sort du véhicule et ouvre la malle arrière. Tata Huguette prend Alain dans les bras et Alfred par la main pour les confier à leur mère. Roger va se réfugier sur le noyer avec Globule et François-Paul se cache derrière l’imposante cuisinière à bois de la cuisine. Il faut un bon quart d’heure de négociations pour faire monter les enfants dans la voiture.
Au cours de ces retrouvailles, pas un seul « comment ça va les enfants ? Comme je suis contente de vous retrouver ! » n’est prononcé. Pas un seul bisou ! Pas un seul sourire ! Oups ! La journée avait pourtant bien commencé !
Première partie
La Nouvelle Famille
Le voyage en voiture leur parut interminable. Ils n’avaient pas souvenir d’être déjà montés dans une automobile. Tous les quatre assis sur la banquette arrière, Alain sur les genoux de Roger, aucun d’entre eux ne s’était aventuré à dire un mot pendant le trajet. L’estomac noué par l’appréhension de l’inconnu, Roger et François-Paul s’occupaient l’esprit en regardant défiler le paysage. Alfred n’avait pas desserré la main de François-Paul depuis le départ. Ils amorcèrent leur entrée dans la ville de Lyon, le panorama avait commencé de changer depuis quelques kilomètres ; les grands immeubles remplaçaient la végétation et la circulation se faisait plus dense. « Nous arrivons bientôt les enfants ! » La soudaineté de ce début de conversation les fit sursauter. Alfred lâcha subitement la main de François-Paul et Alain déclama son envie de faire pipi. « Vous pouvez m’appeler Maman ! – J’veux pas de nouvelle maman ! s’exclama Roger. – J’veux retourner chez tata Huguette ! renchérit François-Paul. – Ne commencez pas vos caprices ! On s’est donné assez de mal pour vous récupérer ! » Le ton était sans équivoque, plus un mot ne fut prononcé jusqu’à l’arrêt de la voiture. Ils n’avaient pas encore entendu le son de la voix du chauffeur. Au bout de quelques minutes, ils arrivèrent dans une rue pavée qui les faisait bringuebaler sur la banquette. Ils entrèrent dans un dédale sombre. « Nous sommes arrivés, descendez les enfants ! » Un ensemble de petits immeubles mitoyens vétustes entourait la cour ; de la musique « étrange » semblait sortir de nulle part ; une odeur épicée émanait des bâtiments. Pas d’arbres, Pas de verdure !
L’appartement se composait d’un seul grand espace : à droite, un poêle à charbon, un meuble en formica couleur indéfinissable qui supportait un réchaud à gaz avec la bouteille en dessous ; face à l’entrée une table de cuisine recouverte d’une toile cirée douteuse, un banc en bois et quelques chaises ; à gauche, un lavabo et des matelas superposés. Une pâle lumière jaune finissait de rendre l’endroit désespérément lugubre. Une seule fenêtre du côté de la porte d’entrée secondait l’ampoule pour la clarté de la pièce : un pseudo ventilateur manuel en plastique était inséré dans le carreau du haut. « Déshabillez-vous et mettez votre pyjama. » Cette injonction s’adressait aux deux plus âgés. Tandis que la mère s’affairait autour des deux plus petits, l’homme entreprit de chauffer une grande casserole d’eau. Il sortit et revint avec une immense bassine métallique qu’il posa au milieu de la pièce. « C’est pour faire votre toilette avant de passer à table », dit-elle. Chacun leur tour ils montèrent dans la bassine. Elle leur passait le gant de toilette sur le corps et lui, les rinçait avec un petit récipient d’eau tiède. Le premier repas dans leurnouvelle maison fut unbouillon Kubdes vermicelles. avec François-Paul, écœuré, refusa obstinément d’ingérer cette mixture peu appétissante qu’il n’avait pas l’habitude de manger. « Tu mangeras ça ou tu n’auras rien d’autre ! – J’aime pas, ça sent pas bon ! »
Cette claque sur sa joue gauche, François-Paul ne la vit pas arriver. Elle fut aussi soudaine qu’inattendue et le fit basculer d’arrière en avant ! Toute la troupe se mit à pleurer de concert. Un désordre indescriptible et une cacophonie générale s’ensuivirent aussitôt. Tout
le monde eut alors droit à sa fessée et fut mis au lit dans la foulée. Désormais, leperturbateur de la tribu, c’était forcément lui, François-Paul ! Une étiquette qui luicolleraà la peau des années durant. Le premier conciliabule autour de ce qui venait de se passer eut lieu cette nuit même sur le matelas qu’ils partageaient. Mais rapidement, épuisés par les événements de la journée, ils s’endormirent ! Plus tard, Marie-Jeanne dix ans, Michelle sept ans et Jean-Pierre, huit ans, vinrent compléter la fratrie.
Les familles Lopez, Munoz, Choukani, étaient réunies sous le même toit.