Les métiers ont-ils un sexe ?

Les métiers ont-ils un sexe ?

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Livres
80 pages

Description

En France, seuls 12 % des métiers sont mixtes. Aux hommes, la production et l'ingénierie, aux femmes, l'éducation, la santé, le social. Existerait-il des métiers plutôt féminins ou plutôt masculins ?
Filles et garçons auraient-ils des aptitudes spécifiques qui les orienteraient «naturellement» vers des professions différentes? L'objet de ce livre est de démonter les ressorts de la division sexuée du travail, porteuse d'inégalités, et de révéler tout l'intérêt pour la société d'une réelle mixité des métiers.

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Date de parution 06 mars 2017
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EAN13 9782410007909
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Collection publiée en partenariat

avec le Laboratoire de l’Égalité,

sous la direction de

Annie Batlle, Hélène Kloeckner et Catherine Vidal

Avant-propos


« Les pays qui orienteraient les garçons vers les lettres et les filles vers les formations d’ingénieurs sont à inventer. »

Christian Baudelot et Roger Establet,
sociologues, 2001

Les métiers ont-ils un sexe ? Existe-t-il des métiers faits pour les hommes et des métiers faits pour les femmes ? En d’autres termes, existe-t-il un déterminisme « naturel » qui orienterait les filles vers certaines formations et professions, et les garçons vers des voies différentes ?

Mais pourquoi se poser ces questions ? En effet, actuellement, seuls deux métiers de l’armée ne sont toujours pas ouverts aux femmes, et aucune profession n’est interdite aux hommes. Depuis 1976, la loi impose la mixité dans tous les établissements de l’enseignement public, à tous les niveaux et dans toutes les filières. Pourtant, près de quarante ans plus tard, les choix d’orientation des filles et des garçons demeurent souvent stéréotypés.

Sans même connaître les statistiques, l’expérience commune montre que le monde du travail est très sexué. Les prédictions sur le sexe des personnes qui exercent tel ou tel métier sont même très souvent faciles à faire !

ZOOM Quand on apporte sa voiture à réparer dans un garage, il y a 99 % de chances d’avoir à faire à UN mécanicien, et si l’on amène son enfant à la crèche, il y a 99 % de chances d’avoir à faire à UNE puéricultrice.

Nous verrons que l’orientation scolaire et professionnelle des jeunes joue un rôle crucial dans la non-mixité des métiers et les inégalités de sexe qui en résultent. Comment expliquer que les choix d’orientation des filles et des garçons demeurent si différents malgré les mesures politiques prises depuis quelques décennies ? Les connaissances actuelles permettent d’écarter l’hypothèse de différences innées entre les sexes. La réponse est à chercher dans l’influence des « normes » sociales qui assignent les femmes et les hommes à des rôles différents dans la famille et la société. L’orientation relève donc à la fois de questions politiques, économiques et sociales et de questions personnelles.

Mais rien n’est immuable ! Des pistes existent pour offrir plus de liberté de choix d’orientation aux filles et aux garçons et rendre le monde du travail plus mixte et plus égalitaire entre les femmes et les hommes. La mixité ne dépend pas seulement d’une volonté politique, elle relève aussi d’un changement des mentalités, d’une remise en cause des stéréotypes de sexe, dans nos manières de penser et d’agir, au sein de la famille, à l’école et au travail.

CHAPITRE 1

Sous le régime de la séparation


« L’avancée en mixité ne concerne pas seulement l’accès des femmes aux positions dominantes, mais bien l’ensemble des formations et des emplois, des plus modestes aux plus prestigieux, et ce processus concerne également les hommes. »

Yvonne Guichard-Claudic,
Danièle Kergoat et Alain Vilbrod,
sociologues, 2008

En 2014, les femmes composent quasiment la moitié de la population active (48 %). On devrait donc, a priori, compter 48 % de femmes et 52 % d’hommes dans les différentes activités et fonctions professionnelles. Or c’est loin d’être le cas : seulement 12 % des métiers et seulement trois familles professionnelles (qui ne regroupent que 4 % des emplois) présentent une mixité équilibrée entre les femmes et les hommes : les professionnels du droit, les cadres des services administratifs, comptables et financiers, les médecins et assimilés.

imageDans le monde du travail, c’est la non-mixité qui fait toujours loi, même si l’on constate quelques évolutions depuis ces 30 dernières années.image

Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), 2013

Le monde du travail offre le paysage d’une double ségrégation. L’une que l’on dit « horizontale » : les femmes et les hommes ne travaillent pas dans les mêmes secteurs professionnels. L’autre est « verticale » : les femmes et les hommes ne se répartissent pas également dans les différentes catégories socio-professionnelles.

À chacun-e son secteur et à chacun-e son métier

Les femmes sont beaucoup plus concentrées dans le secteur tertiaire (88 %) que les hommes (65 %) qui sont, eux, plus nombreux dans le secteur de la production (19 % pour 8,5 % de femmes).

ZOOM Actuellement, il faudrait qu’un peu plus de la moitié des femmes ou des hommes changent de métier pour aboutir à une mixité équilibrée, estime la Dares (2013).

Près d’un tiers des femmes travaillent dans l’éducation, la santé, l’action sociale, secteurs dans lesquels elles représentent 75 % des salariés parce que les hommes y sont très peu nombreux. Inversement, dans les fonctions d’ingénieurs et de cadres techniques, les femmes sont au pire 2 % dans le bâtiment et les travaux publics, et au mieux 33 % en chimie/biologie.

Quant à la répartition des sexes dans les métiers, la situation peut être trompeuse : les femmes sont partout et les hommes aussi, mais c’est parfois à dose infinitésimale.