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Les Montagnards du Tonkin

De
216 pages

Le peuple annamite habitait il y a cinq mille ans les contrées méridionales de la Chine, le Quang Tong, le Quang Si, le Yunnam et la région tonkinoise de Cao Bang. Depuis lors il est descendu graduellement vers le Sud et, abandonnant les régions montagneuses à d’autres peuplades, il a couvert de ses villages et de ses citadelles le delta du Tonkin, a conquis ce que nous appelons maintenant l’Annam Central sur le royaume du Ciampa, puis le pays qui est devenu la Cochinchine française sur le Cambodge.

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Édouard Diguet
Les Montagnards du Tonkin
PRÉFACE
Lorsqu’en 1894, j’ai connu l’auteur du présent livr e, il dirigeait à la grande satisfaction de l’autorité supérieure et des habita nts, cette vaste région de la Rivière Noire, dite des « Sipsong chau thaïs » (douze fiefs thaïs), dans l’ouest du Tonkin, et dont l’étude géographique, la pacification et l’org anisation, avaient été un des buts captivants de ma vie de mission. Depuis, nos relations n’ont fait que se resserrer, assurées par la considération croissante que m’a donnée pour lui, en dehors des q ualités professionnelles qui lui ont valu d’être un des plus jeunes colonels de notre ar mée d’outre-mer, son infatigable persévérance à étudier et à faire connaître les parties de l’Indo-Chine où sa carrière l’a conduit, et les populations avec lesquelles il a été en contact. Aussi son désir de me voir faire précéder de quelqu es pages, un travail né pour ainsi dire dans ces pays que j’aime passionnément, m’a-t-il trouvé charmé d’y donner suite. En me procurant l’avantage de présenter une œuvre m éritoire, et le plaisir de parler d’un ami, il ramenait un instant ma pensée vers un passé lointain, vécu dans des conditions souvent dures dans cette contrée de la R ivière Noire, la plus pittoresque de l’Indo-Chine ; il me faisait revivre au milieu de p opulations douces et intéressantes, chez qui j’avais eu le bonheur de ramener la paix a près vingt-cinq ans de troubles et de misères, et parmi lesquelles j’avais distingué d es hommes de mérite, trouvé des collaborateurs enthousiastes et dévoués avec l’assi stance de qui, sans autre escorte, mes compagnons et moi, avions maintes fois parcouru , en des époques troublées, toute l’étendue de nos confins avec la Chine, du Fl euve Rouge jusqu’au delà même du Mékong. Il me permettait surtout de saluer du témoignage de toute ma gratitude, les successeurs immédiats que j’y avais eus, depuis le Général de division Pennequin, jusqu’au Colonel Diguet, pour le contentement que m e causèrent les services qu’ils rendirent à la France en maintenant, dans ce pays, la tradition de l’organisation simple du début, et qui eurent pour résultat la possibilit é, il y a treize ans, du retrait complet de nos troupes d’un territoire dont la superficie é gale celle du Tonkin proprement dit. C’est de 1893 à 1895 que le capitaine Diguet après le colonel Pennequin et sous son commandement a dirigé, non seulement cette régi on, mais aussi celle de Nghia-Lo, comprenant un vaste plateau dans les montagnes au nord. Il me semble à propos de saisir cette occasion pour faire ressortir ici le rôle bienfaisant qu’a eu la France, servie par ces offic iers de mérite, dans une contrée rendue par sa nature difficilement praticable, et d ont les sentiments de reconnaissance des populations, à qui nous avons do nné le bien-être, doivent être notre meilleur gage de sécurité, Pour cela, il suffira de jeter un peu de lumière su r le passé contemporain, encore presqu’inconnu, de la fraction fixée dans cette rég ion, de la plus importante des races
dont le colonel Diguet a, dans ce livre, envisagé l ’étude. Ainsi que l’auteur l’expose, cette fraction est sub divisée en Thaïs blancs, Thaïs noirs et Thaïs rouges, dont le costume blanc, indigo fonc é ou rocou, marque la classification. Les premiers fixés sur la haute Riv ière Noire, ont Muong Lai pour centre. Les deuxièmes habitent la région moyenne des bords du même cours d’eau, Muong La ou Sonia est leur chef-lieu. Les troisièmes sont répandus dans le bassin du Nam Ma. Le territoire des deux premiers groupes a constitué les « Sipsong chau thaïs » (douze fiefs thaïs) dont nous avons fait : le 4e te rritoire extérieur au delta. Voici, brièvement résumée, une chronique recueillie au cours de ma mission, qui 1 sera publiée d’autre part , et qui fait connaître quelle était la situation d u pays et par quelles péripéties il a passé, depuis l’époque de l ’entrée en scène de la France en Indo-Chine, jusqu’au moment où la parole nous y app artint définitivement. En 1861, le Phu de Hung-Hoa, représentant du Gouver nement annamite, ordonne aux chefs des « Sipsong chau thaïs » d’envoyer chac un cent hommes pour combattre les Français. Déovanseng, chef de Muong Laï, charge Doï Nam de co nduire sa troupe. Effrayé de la mission, celui-ci s’enfuit chez les Lues. Hors l a loi, il songe à se venger. Il guide des Birmans et des Lues qui envahissent les « Sipsong c hau thais » et pendant six ans les dévastent, malgré les efforts de l’Annam. En 1867, le Quan, chef des soldats annamites, succo mbe à la fièvre à Sonla. Pressé par le Phu de Hung-Hoa de le suppléer et de faire un effort décisif, Déovanseng confie sa troupe à son fils Déovantri, â gé de 18 ans. Le succès suit. Déovantri chasse l’ennemi, s’empare des trois chefs Birmans et les envoie à Hung-Hoa. La tranquillité ainsi rétablie se maintient jusqu’e n 1871. A cette époque Doï Nam ramène d’autres bandes. C’es t alors que les Pavillons Noirs entrent en scène. Lu Vinh Phuoc, leur chef, e nvoyé par le Gouvernement annamite, termine la guerre, secondé par Déovantri. Doï Nam se sauve. Six ans plus tard il se soumettra. En 1872, 10.000 Pavillons Jaunes envahissent les va llées du Fleuve Rouge et de la Rivière Noire. Les Pavillons Noirs et les chefs Tha ïs leur résistent, mais ce n’est qu’en 1879 qu’ils parviennent à les soumettre et que Lu V inh Phuoc les reconduit à Laokay. Entre temps, en 1864, 1875, 1876 et 1878, de succes sives invasions de Méos, de Khas Moucks, de Khas Choeungs et de Chinois du Moka , avaient augmenté le trouble et la misère. Le Gouvernement annamite nomma Déovanseng, Phu de M uong Theng, et Déovantri, chef de Muong Laï.
Sur ces entrefaites les Pavillons Rouges, formés de débris des Pavillons Jaunes réfugiés chez les Thaïs Rouges et au Tran Ninh, gro ssis de renforts constants, recommencent à piller le pays et viennent menacer M uong Theng. Pour diriger ce centre, Déovanseng s’était adjoint un Chinois de Canton, nommé Vong Mane, qui depuis 1875 avait gagné sa confiance . Trahissant son bienfaiteur, il s’unit aux Pavillons Rouges, entraîne le chef de Mu ong Khoaï et attaque Muong Laï. Déovantri est repoussé aux frontières du Yunnan. Dé ovanseng appelle l’Annam au secours ; et bientôt Vong Mane, chassé, se réfugie au Laos (1884). Sur la plainte de Déovanseng, le roi du Luang-Praba ng le fait arrêter. Mais l’année suivante (1885), les Siamois se disposant à envahir les « Sipsong chau thaïs » le remettent en liberté et le réinstallent à Muong The ng avec le titre siamois de Pra sa Houa. En même temps le général siamois ordonne à tous les chefs thaïs de se soumettre à son autorité. Seul Déovanseng ne se rend pas à son appel. Il prét exte l’absence de son fils Déovantri retenu par la guerre contre les Français au siège de Tuyen Quan où il commande les trois compagnies thaïes dans l’armée d e Lu Vinh Phuoc. Cependant la bataille de Houa Moc disperse les Pavi llons Noirs. La majeure partie revient s’installer dans les Sipsong chau thaïs à M uong La, Muong Wat, Muong Mouei et Van Yen. Déovantri se retire à Muong Laï. C’est là qu’en 1886, Thuyet, oncle de l’empereur Ha m Nghi, en fuite depuis l’attaque de la légation française à Hué, le 5 juillet 1885, arrive lui demander asile. La même année, les Siamois reviennent en force à Mu ong Theng. Les chefs des « Sipsong chau thaïs » livrent leurs titres et cach ets annamites à leur général en échange d’autres au nom du roi de Siam. Les Pavillo ns Noirs eux-mêmes acceptent son investiture contre la promesse qu’ils ne seront pas inquiétés dans leur occupation du pays. Mais de nouveau Déovanseng ne se rend pas à son cam p ; trois de ses jeunes fils et un parent vont l’excuser. Le chef siamois, irrité, fait enchaîner et mettre en cage ces jeunes gens, les dirige sur Luang-Prabang d’où, en mars 1887, ils sont expédiés à Bangkok. Déovantri apprenant le sort fait à ses frères, a ra ssemblé 500 hommes. En avril il part pour Luang-Prabang d’où les Siamois effectuent leur retraite vers Bangkok. Il atteint cette ville en juin, la détruit par représa illes, et revient à Muong Laï retrouver son vieux père et Thuyet. Alors la nouvelle se répand de la marche prochaine d’une colonne française venant
de Laokay vers son pays. Il prépare aussitôt la déf ense des passages de Pactane et de Chinheua. Dans ce même temps un de ses frères revient du Siam porteur de propositions de soumission à Bangkok. Si on les accepte ses autres frères seront mis en liberté. Un drapeau siamois qu’il présente montrera qu’ils sont devenus sujets de ce pays. Thuyet approuve la proposition, le drapeau est envoyé à Ch inheua. Pendant ce temps, poursuivant sa marche, le colonel Pernot enlève les retranchements de Pactane et de Chinheua, et arrive à Muong Laï que Thuyet fuyant au Yunnan, guidé par Déovantri, vient de faire ince ndier.
* * *
Venant de Luang-Prabang, ayant en vue de rendre le calme à ces malheureux pays, je joignis la colonne française en mars 1888, alors qu’elle s’éloignait vers le delta, laissant un poste à chacune des extrémités des « Si psong chau thaïs », Muong Laï et Muong La. Entre ces points, et au delà d’eux, les Pavillons N oirs, finalement alliés aux Pavillons Jaunes et aux Pavillons Rouges, s’étaient reformés, occupant tous les endroits importants où n’étaient ni les Français, n i les Siamois qui venaient de réapparaître à Muong Theng. Les chefs Thaïs, avec résignation, obéissaient à to ut le monde ! Le succès, après de longs mois, vint récompenser me s efforts ; Déovanseng et Déovantri acceptèrent les propositions françaises e t se firent mes auxiliaires résolus. Les Pavillons de toutes les couleurs se soumirent. Les Siamois se retirèrent. Le Commandant Pennequin, nommé chef du territoire, ne tarda pas à reconduire les Bandes chinoises jusqu’en Chine. Sous sa direction paternelle les habitants commencèrent à se reconnaître, l’heure de se repose r était enfin venue pour eux ! Bientôt Déovantri, après d’éclatantes preuves de lo yalisme, se verra confier la garde de toute la frontière chinoise des « Sipsong chau t haïs » ; les garnisons seront retirées, et l’administration, après avoir en derni er lieu eu pour titulaire militaire le capitaine Diguet, pourra être remise à l’autorité c ivile. Cet exposé montre, par le détail, l’historique cont emporain d’une des parties de la large enceinte montagneuse enserrant jusqu’à la mer le delta tonkinois. Si l’on veut bien considérer que chacune des autres régions anal ogues a passé par des désordres semblables et n’a pas eu moins de déboires, on se r endra compte du degré d’entraînement vers nous qu’ont pu avoir des popula tions chez lesquelles le désespoir était à sa limite lorsque nous leur avons apporté l e calme qu’elles n’espéraient plus. Il m’a paru propre à souligner l’intérêt que nous a vons à nous les attacher de plus en plus, en mettant un soin vigilant à entretenir à leur tête des agents, doués des qualités de cœur dont ont fait preuve les devancier s militaires que je viens de citer, et
particulièrement soucieux de développer au milieu d ’elles les résultats heureux déjà obtenus. Ces territoires des Sipsong chau thaïs ne sont pas les seules parties de l’Indo-Chine où le colonel Diguet a eu l’occasion de montrer ses qualités et d’acquérir l’expérience qui peut être un jour si utile. Sa carrière comport e, en effet, un passé de quatorze ans dans notre grande colonie. Contribuant d’abord à la conquête, il prend part en 1884 aux prises : de Bac-Ninh, de Hung-Hoa et de la cita delle de Yên Thê, et participe à la colonne de Yen-phu près de Kê-So, etc... ; de 1893 à 1895 il prend part à la campagne du colonnel Pennequin, contre Nguyen Trieu Trong, a lors qu’il commandait les territoires de Vanbou et Nghia-Lo. De 1898 à 1899 i l commande au Siam le corps d’occupation de Chantaboun. En 1902 il est à la têt e des troupes françaises à Shanghaï jusqu’à l’évacuation. Enfin, de retour au Tonkin, il reçoit la direction du vaste territoire de Caobang, y exerçant une action analog ue à celle qu’il eut autrefois dans les Sipsong chau thaïs. Prolongeant son séjour au d elà des limites ordinaires, il y reste jusqu’en 1905, réunissant entre ses mains les pouvoirs civils et militaires, dans des conditions particulièrement remarquées. Il faut savoir gré au colonel Diguet d’avoir su ras sembler, au cours d’une carrière aussi mouvementée et aussi occupée, les matériaux q ui lui ont permis l’édification des ouvrages qu’il a déjà publiés, et que je me borne à énumérer ici, n’ayant en vue que de présenter son dernier travail. Éléments de grammaire annamite,3e édition. Méthode d’enseignement mutuel franco-annamite. Étude de la langue Taï. Les Annamites.Société, coutumes, religions. Annam et Indo-Chine Française. DansLes Montagnards du Tonkinqui forme pour ainsi dire le complément des deux précédents ouvrages, le colonel a tenté, avec l’app oint des plus sérieuses connaissances, une ethnographie de races bien moins civilisées et homogènes que celles du Delta, mais peut-être encore plus curieus es pour l’observateur. Le chapitre premier est consacré à un rapide aperçu physique des hautes régions du Tonkin dont il décrit en quelques traits les sit es pittoresques et sauvages ; puis il dénombre les groupes qui en peuplent les flancs et les altitudes moyennes, exprime une classification de leurs variétés ethniques, por tant surtout son attention sur le groupe thaï, de beaucoup le plus considérable, dont il résume brièvement les migrations et l’histoire dans les deux Quangs et su r la frontière sino-annamite. Le second chapitre est une monographie des Thôs, va riété des Thaïs, qui peuplent en majorité presque toutes les montagnes de la fron tière du Tonkin. L’auteur en donne la physiologie et la psychologie. Vie matérielle : habitation, costume, alimentation. Vie familiale : naissance, mariage, rôle de la femme, r apports des parents et des enfants. Vie sociale : organisation de la tribu et du villag e. Vie économique : agriculture, industrie, commerce ; et vie morale : idées religie uses, coutumes et superstitions, légendes.
Les chapitres III, IV et V constituent des monograp hies semblables des autres variétés du groupe thaï. Enfin les chapitres VI, VII et VIII renferment tout ce qui a trait aux autres groupes ethniques distincts des Thaïs, et les uns des autre s, comme les Yaos ou Mans, les Méos, les Lolos et les Xas ou Khas. Le plan de l’ouvrage donne déjà une idée de sa rich esse d’informations et de l’intérêt qu’il présente pour tous ceux qui s’intér essent aux questions coloniales et en particulier à l’Indo-Chine. Nul moins que le colonel Diguet ne s’imagine avoir trouvé la solution définitive des problèmes ethniques ou linguistiques soulevés au co urs de son étude ; il en aura du moins présenté des hypothèses fort probables et tou jours appuyées d’arguments sûrs, fruits d’une mûre observation des choses. Si quelques-unes ne sont pas corroborées plus tard par des investigations ultérieures — en quoi son œuvre aurait au surplus l e sort de toutes les œuvres humaines — son livre restera toujours d’un précieux secours à tous ceux qui voudront connaître les hautes régions du Tonkin et un exempl e de ce que la plume peut ajouter de lustre à l’épée quand toutes deux sont maniées p ar un homme de cœur et d’intelligence pour le plus grand honneur de la Fra nce. AUGUSTE PAVIE.
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Partisans de la frontière de Chine à Tra Linh.
Cascade le Ban Gioc.
1,Mission Pavie, géogr. et voy., t.VI,