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Les musulmans : un cauchemar ou une force pour l'Europe ?

De
182 pages
Cet ouvrage est une étude comparative relative à l'islam européen et l'islam global, basée à la fois sur l'analyse documentaire, sociologique, anthropologique et sur les données quantitatives de l'enquête sociale européenne et la World Values Survey. Peut-on vraiment dire que l'islam n'est pas fautif, quant à l'exclusion des musulmans d'Europe ? S'agit-il vraiment seulement de politiques européennes biaisées envers les musulmans ? Comment expliquer la radicalisation de certains musulmans d'Europe ?
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LES MUSULMANS :
Un cauchemar ou une force pour l’Europe ?
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13980-0 EAN : 9782296139800
Arno Tausch et Hichem Karoui
LES MUSULMANS :
Un cauchemar ou une force pour l’Europe ?
L’Harmattan
Ouvrages récents par Hichem Karoui :
- L’après-Saddam en Irak (l’Harmattan, Paris, 2005). - Où va l’Arabie saoudite ? (l’Harmattan, Paris, 2006). - The Middle East as a US Predicament. The Bush II years (20002008) 2 volumes. Anthem Press, London, 2012.
Ouvrages récents par Arno Tausch:
- « Muslim Calvinism », Internal Security and the Lisbon Process in Europe (with Chr. Bischof AMP K. Mueller). Rozenberg Publishers, Amsterdam. 2011. - What 1.3 Billion Muslims Really Think: An Answer to a Recent Gallup Study, Based on the World Values Survey. (2009 Nova Science Pub Inc.) - Titanic 2010? The European Union and Its Failed L isbon Strategy (2009 Nova Science Pub Inc.) - Multicultural Europe : Effects of the Global Lisb on Process : Muslim Population Shares and Global Development Patterns 19902003 in 134 Countries (2008, Nova Science Publishers) - Against Islamophobia: Quantitative Analysis of Global Terrorism, World Political Cycles and Center Periphery Structures (2007, Nova Science Publishers Inc.) - From the “Washington” Towards a “Vienna Consensus”? A Quantitative Analysis on Globalization, Development and Global Governance (2006, Nova Science Pub Inc.)
« Quelques-uns ont dit que si l’on usait d’une indulgence paternelle envers nos frères errants qui prient Dieu en mauvais français, ce serait leur mettre les armes à la main ; qu’on verrait de nouvelles batailles de Jarnac, de Moncontour, de Contras, de Dreux, de Saint-Denis, etc. : c’est ce que j’ignore, parce que je ne suis pas un prophète ; mais il me semble que ce n’est pas raisonner conséquemment que de dire : ’ces hommes se sont soulevés quand je leur ai fait du mal : donc ils se soulèveront quand je leur ferai du bien.’ » Voltaire, Traité sur la tolérance.
Avant-propos
Si après avoir lu ce livre, le lecteur ne verra plu s l’islam d’Europe de la même façon, nous aurons ainsi réalisé un des objectifs de cette publication. Ce livre se veut juste une contribution au débat. Une contribution à titre scientifique. En effet, grâce aux outils les plus récents de la r echerche en sciences sociales, nous pouvons désormais prétendre mieux connaître le s musulmans qui vivent sur le continent européen. Cela nous permet à la fois de les distinguer de l’islam global, et de commencer à établir un cartogramme humain évolutif de l’islam européen. Bientôt, nous serons à même de tracer des lignes de « frontières » distinctes entre l’islam européen et l’islam global. L’islam est d’abord présent en Europe du Sud, au terme de sa première expansion, entre le VIIIème et le XVème siècle : c’est l’histoire, notamment, de l’Espagne musulmane. Avec l’empire Ottoman, à partir du XVIème siècle, c ’est l’Europe du Sud-Est (Grèce, Balkans, etc…) qui passe sous influence musulmane. Le déclin, ensuite, de cet empire – fin XIXème, début XXème siècles – correspond aux premières migrations musulmanes de travail en direction de l’Europe de l’Ouest. Nord-a fricaines, africaines, turques et asiatiques, ces dernières se réclament de plus en p lus de l’islam, à partir des années 1970 et séjournent en Europe de façon de plus en plus prolongée.
Combler un vide
Nous prétendons que notre travail vient combler un vide. C’est pour la première fois, en effet, qu’on entreprend une étude comparative relative à l’islam européen et l’islam global, basée à la fois, sur l’analyse documentaire , sociologique, anthropologique, et sur les données quantitatives de l’enquête sociale européenne et la World Values Survey. Dans notre approche de l’islam européen, nous amorç ons un début de réponse générale et des réponses spécifiques à un nombre de questions que les européens, non musulmans et musulmans, se posent depuis un certain temps. En effet, l’analyse empirique des données concernant les conditions de vie aussi bien que les opinions des musulmans en Europe, nous conduit à des conclusions , sinon surprenantes pour les observateurs de l’islam européen, pour le moins différentes. Jusqu’à récemment, on a plus ou moins maintenu que si les musulmans d’Europe vivent encore dans des espaces « d’exclusion sociale », c’est à cause de la culture qu’ils portent, c’est-à-dire à cause de l’islam (même si o n ne le dit pas toujours ouvertement). C’est vrai. Mais pour nous, ce n’est pas l’islam qui est fautif, mais ceux qui n’arrivent pas à l’accepter. Nous démontrons ici, que si cette cultu re différente de la culture occidentale dominante en Europe a causé l’exclusion sociale, c’est bien parce que certaines politiques européennes, sont basées sur de fausses données, des stéréotypes et des préjugés. Notre connaissance directe des deux cultures (occid entale et islamique) nous permet de pousser un peu plus loin l’analyse. Peut-on vraiment dire que l’islam n’est pas fautif, quant à l’exclusion des musulmans d’Europe ? S’agit-il vraiment seulement de politiques européennes biaisées envers les musulman s ? Comment expliquer alors la radicalisation de certains musulmans d’Europe qui va jusqu’à faire de certains d’entre-eux un véritable soutien à Al-Qaeda, s’ils ne sont pas directement impliqués dans des activités terroristes ? Après tout, depuis le 11 septembre 20 01, on a découvert que ce sont des
musulmans d’Europe qui ont agi à tous les niveaux du réseau terroriste. Il est surprenant en effet, pour quelqu’un qui a pa ssé une grande partie de sa vie dans des pays musulmans, de constater jusqu’à quel point les musulmans de France, par exemple, sont conservateurs par rapport à des pays comme la Tunisie, le Maroc, l’Égypte, etc… et jusqu’à quel point leur conservatisme sembl e réactif à l’égard de leur environnement direct. Pourtant, ce qu’il est désormais convenu d’appeler « calvinisme islamique » a des bases réelles dans le comportement des musulmans. Q uand nous parlons de « bases », cela veut dire qu’on peut chercher loin les racines de ce comportement, essentiellement dans le Coran lui-même, aussi bien que dans la Trad ition ou Sunna du prophète Muhammad. En effet, plusieurs versets et Hadith tendent à confirmer le plus simplement du monde les conclusions de l’analyse empirique, qui sans se référer aux textes-sources de l’islam, a pourtant bien vu que lorsque les musu lmans cherchent la prospérité et l’intégration dans une société développée, même si elle est culturellement différente, ils ne se sentent pas du tout en conflit avec leur religio n. Bien au contraire. Mais avant d’aller plus loin, il faut aussi relativiser. Pour nous aussi, le problème ne se pose pas au niveau de la religion elle-même. Quelle que soit la société dans laquelle un musulman (pratiquant ou non) essaie de s’intégrer, il peut trouver dans sa religion (s’il le veut) tout ce qui l’aide à développer non seulement une interaction active avec la société d’accueil, mais aussi un esprit d’entreprise. Mais s’il est vrai que certaines politiques européennes n’arrivent pas à intégrer les musulmans, il y a aussi un autre facte ur entravant, qui provient d’une double interaction négative : avec la société d’origine, et avec la société d’accueil. Nous nous proposons ainsi de faire le point sur deu x aspects essentiels du problème : 1 : - L’islam représente-t-il une entrave à l’intég ration du musulman dans une société occidentale ? La réponse peut être un oui ou un non. Cela présuppose le respect de certaines conditions, sans lesquelles décidément, l’homme (ou la femme) qui se définit comme musulman ne peut pas survivre en Occident. Pa r exemple, un islam fermé et obscurantiste n’a aucune chance de gagner la sympathie de la population occidentale. Il n’a d’ailleurs aucune chance de plaire aux jeunes g énérations de musulmans nés en Occident. Mais nous pouvons trouver des exemples dé montrant la capacité d’adaptation de l’islam, pris dans le Coran, la Sunna et l’histo ire. Nous pouvons démontrer ainsi que l’Islam : a) encourage le commerce, la libre entrep rise, et l’enrichissement honnête ; et qu’il b) encourage le dialogue et l’échange avec les autres cultures. Cependant, tout cela reste tributaire de la réponse apportée à la questi on : quel islam adopter ? Il est bien évident que l’islam des mollahs extrémistes ou celu i des ultraconservateurs puritains, sunnites ou chiites, représente la mauvaise réponse en Occident. La raison est simple : l’Occident ne s’adaptera pas à la minorité musulmane qui vit chez lui. Par conséquent, on s’attend à ce que cette minorité s’adapte au systèm e occidental. Ce qui est presque normal. « Presque » parce que ce principe de réalité semble impossible à « digérer » pour deux types de musulmans : les salafistes et autres fondamentalistes tournés vers le passé idéalisé, et tous ceux qui agissent sous l’impulsio n d’une réaction épidermique contre la stigmatisation. Mais tant qu’ils ne changeront pas, ils vivront toujours en « décalage horaire ». Bien entendu, cela ne les empêchera pas de s’insérer dans le système économique, de faire des affaires et même de prospé rer. Mais du point de vue d’un nombre important d’occidentaux, cela n’est pas suffisant pour faire partie de la société. 2 : - Si l’islam n’est pas une entrave à l’intégration et la bonne entente, alors qu’est-ce qui l’est dans le comportement musulman ? La réponse est dans l’idée qu’on se fait de l’islam . En effet, beaucoup de gens
disent : tout est positif et encourageant en islam ; les musulmans peuvent parfaitement mener leur barque à bon port dans la modernité. Maintenant, peut être. Mais si tel est le cas, qu’est-ce qui a donc empêché les musulmans de progresser durant des siècles ? On ne peut pas tout mettre sur le dos du colonialisme et de l’impérialisme occidental. Lorsque nous examinons l’histoire islamique, nous nous aper cevons que la décadence n’a pas commencé au XIXème siècle, lorsque les Européens on t décidé d’envahir les pays musulmans. Il y a déjà longtemps que ces pays ont r até le sens de l’histoire et se sont perdus dans un long tunnel obscur, sans possibilité de progrès vers la lumière. Quand cette décadence a commencé, les européens n’étaient pas assez puissants ni pour les menacer, ni pour les retarder. Ils ont même beaucoup appris à leur contact. Si la cause de la décadence des musulmans n’est pas européenne, elle est donc intrinsèque. Si elle est intrinsèque, les musulmans ne peuvent pas en être c omplètement blanchis. Il doit probablement y avoir quelque chose dans leur interprétation de l’islam qui a joué contre la continuation du progrès, qui a même arrêté le progrès, et qui continue encore à entraver les efforts actuels pour « s’en sortir ». Nous insistons ici sur le fait qu’en parlant de l’islam, c’est toujours de sa représentation qu’il s’agit. L a représentation est une manière particulière de percevoir et d’interpréter les text es, les rites, et les pratiques qui en découlent, ce qui touche tous les aspects de la vie sociale, économique, politique, et culturelle. La représentation est aussi la clé pour comprendre le comportement. En effet, aucun comportement humain n’est possible sans un cadre de références qui l’ancre dans une optique sociale, philosophique, cosmologique, etc… Dans la présente étude, nous explorons ces questions selon deux axes au moins : l’un, relatif aux rapports des musulmans avec l’Eur ope ; l’autre, relatif à leurs rapports avec la société d’origine. Les deux genres de rappo rts nous semblent contenir des éléments provoquant l’échec et prolongeant une mése ntente déjà chronique entre les musulmans et l’occident. Nous sommes convaincus que pour réussir leur intégration, les musulmans doivent connaître ce qui l’entrave, qu’il vienne d’eux-mêmes, ou de leurs rapports et de leur interaction. Nous serons donc amenés à parler de la représentation et de ce qui influence le comportement. Cet aspect du problème concerne l’examen des donnée s quantitatives en corrélation avec l’analyse historique, psycho-sociale, et sociologique des perceptions et des représentations de l’islam. En effet, sur les a ttitudes, les valeurs et les positions des musulmans, nous disposons à présent d’une information provenant de plusieurs bases de données, grâce aux enquêtes européennes et mondiale s sur ces thèmes. C’est la dimension empirique qui nous permet de fonder notre réponse sur les données quantitatives. Dans le premier chapitre, nous introduisons notre lecteur à l’analyse empirique, par un résumé de la littérature sur la connaissance de l’islam, tout en essayant de traiter les problèmes qui pourraient entraver la connaissance s cientifique de l’islam. Nous présentons aussi une première approche des problèmes idéologiques dans le processus de l’intégration, et une analyse comparative des systèmes de croyances musulman et non musulmans. Nous essayons aussi d’avancer sur le terrain de la connaissance empirique de l’islam et de voir comment se forme le discours scientifique à ce propos. Nous terminons par une analyse de la politique en islam et des catégories sociales. Dans le deuxième chapitre, nous introduisons notre lecteur à la notion fondamentale de « calvinisme islamique, » qui pour nous, éclaire le succès économique des musulmans, ce qui facilite leur intégration. Nous commencerons alors à démontrer les spécificités d’un islam européen. En essayant de répondre à la question : « est-il licite et moral pour le musulman de s’intégrer et de prospére r dans des sociétés non
musulmanes » ? Nous analyserons quelques échantillo ns des textes fondateurs de l’islam. En effet, c’est le Coran et le Hadith (pro pos) du prophète Muhammad, qui nous fournirons les réponses. Les chapitres suivants (III, IV, et V) sont consacr és aux résultats de l’enquête empirique, qui fondent nos propres conclusions, con cernant l’existence d’un islam européen spécifique. Le chapitre III est consacré à une analyse comparative des différences entre l’islam européen et l’islam global, sur la base des données de la World Values Survey (WVS) et Gallup Coexist Index 2009. L e chapitre IV répondra aux questions concernant la sécurité intérieure en Europe en rapport avec les musulmans. Le chapitre V analysera la criminalité et le facteur r eligieux, la pauvreté et ses rapports à l’intégration. Le dernier chapitre (VI) est un long commentaire et un complément de l’analyse quantitative précédente. Nous y soulevons des quest ions à propos des origines des problèmes qui peuvent handicaper ou élever des obstacles devant l’intégration et la bonne entente entre musulmans et non musulmans et nous y commentons longuement le conservatisme islamique.