//img.uscri.be/pth/fcb6f19b47a62eb6a9f93d60469258a8bea9eb2c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 14,63 €

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les nouvelles proximités urbaines

195 pages
Ces textes écrits par des économistes, des géographes et des aménageurs, pointent les deux principaux enjeux d'une analyse des villes : tout d'abord, rendre compte de la diversité contradictoire de la ville ; ensuite, progresser dans l'explication du phénomène croissant de métropolisation, c'est-à-dire comprendre l'organisation de la région métropolitaine, son fonctionnement, ses avantages et ses limites. La concevoir comme une combinaison de proximités peut y aider.
Voir plus Voir moins

Les nouvelles proximités urbaines

GÉOO1~APHmS EN LIBERTÉ sous la direction de Georges Benko GÉOGRAPHIES EN LIBERTE est une collection internationale publiant des recherches et des réflexions dans le domaine de la géographie humaine, conçue dans un sens très large, intégrant l'ensemble des sciences sociales et humaines. Bâtie sur l'héritage des théories classiques de l'espace, la collection présentera aussi la restructuration de cette tradition par une nouvelle génération de théoriciens. Les auteurs des volumes sont des universitaires et des chercheurs, engagés dans des réflexions approfondies sur l'évolution théorique de la discipline ou sur les méthodes susceptibles d'orienter les recherches et les pratiques. Les études empiriques, très documentées, illustrent la pertinence d'un cadre théorique original, ou démontrent la possibilité d'une mise en oeuvre politique. Les débats et les articulations entre les différentes branches des sciences sociales doivent être favorisés. Les ouvrages de cette collection témoignent de la diversité méthodologique et philosophique des sciences sociales. Leur cohérence est basée sur l'originalité et la qualité que la géographie humaine théorique peut offrir aujourd'hui en mettant en relation l'espace et la société.

Déjà parus:
26. Villes et régions au Brésil L. C. DIAS et C. RAUD, eds., 2000

27. Lugares, d'un continent l'autre...
S. OSTROWETSKY, ed., 2001

28. La territorialisation de l'enseignement supérieur et de la recherche. France, Espagne et Portugal
M. GROSSETTI P. CLAVAL, et Ph. LOSEGO, eds., 2003

29. La géographie du XXIe siècle
2003

30. Causalité et géographie
P. CLAVAL, 2003

31. Autres vues d'Italie. Lectures géographiques d'un territoire
C. V ALLA T, ed., 2004

32. Vanoise, 40 ans de Parc national. Bilan et perspectives
L. LASLAZ, 2004

33. Le commerce équitable. Quelles théories pour quelles pratiques?
P. CARY, 2004

34. Innovation socioterritoriale et reconversion économique: le cas de Montréal
J.-M. FONT AN, J.-L. KLEIN, D.-G. TREMBLA Y, 2005

35. Globalisation, système productifs et dynamiques territoriales. Regards croisés au Québec et dans le Sus-Ousetfrançais.
R. GUILLAUME, ed., 2005 36. Industrie, culture, territoire
S. DA VIET, 2005

37. Chroniques de géographie économique
P. CLAVAL, V. FRIGANT, 2005 M. KECHIDI, D. TALBOT,
2006

38. Les clusters de l'aéronautique. EADS, entre mondialisation et ancrage territorial
39. Géographie de l'Espagne R. MENDEZ, ed., 2006

40. Géographies et géographes
P. CLAVAL, A. RALLET, 2007 A. TORRE, eds. 2007

41. Quelles proximités pour innover? 42. La politique introuvable? Expériences participatives à Recife
P. CARY, 2007

43. Les nouvelles proximités urbaines
A. RALLET, A. TORRE, eds. 2007

Sous la direction de ALAIN RALLET ET ANDRE TORRE

Les nouvelles proximités urbaines

L 'HARMATTAN

Couverture: Manel Marzo-Mart, La porta, 1993 (bronze, 28x18x12).

(Ç) L'HARMATTAN,

2008
75005 Paris

5-7, rue de l'École-Polytechnique;

http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo. fr diffusion .harmattan@wanadoo.

fr

ISBN: 978-2-296-04572-9 EAN : 9782296045729

SOMMAIRE

Introduction Pourquoi les villes existent-elles? Mérites et limites de la proximité urbaine Alain Rallet, André Torre

7

Partie I Où commencent et finissent les villes? Chapitre I Les modes de vie périurbains François Madoré Chapitre II Les Nouvelles formes urbaines: entre multipolarisation et suburbanisation des emplois. Le cas de la Communauté d'Agglomération Dijonnaise (1990 - 1999) Catherine Baumon!, Françoise Bourdon

15

33

Partie II Le processus de métropolisation Chapitre III Varsovie, une nouvelle métropole Lise Bourdeau-Lepage Chapitre IV La dynamique urbaine des régions métropolitaines brésiliennes

73

Mauro Borges Lemos, Sueli Moro, Elenice Biazi, Marco Crocco 89
Chapitre V Globalisation et urbanisation en Chine Cécile Batisse, Jean-François Brun, Mary-Françoise Renard

119

Partie III Les villes productrices de richesse

Chapitre VI Entreprises, acteurs immobiliers et acteurs publics: des proximités à reconstruire Louis-M Boulianne, Olivier Crevoisier, Jean Ruegg Chapitre VII Salvador de Bahia: de l'ancien au nouveau centre des affaires. Proximité, fonctionnalité et prestige Elaine Norberto, Paulo Henrique de Almeida Chapitre VIII Les projets de régénération urbaine où comment recréer la proximité Aude Chasseriau

137

159

181

Liste des auteurs

191

INTRODUCTION

POURQUOI LES VILLES EXISTENT-ELLES? MERITES ET LIMITES DE LA PROXIMITE URBAINE

ALAIN RALLET ANDRÉ TORRE

Les économistes ne sont pas toujours rapides, mais ils sont persévérants. Alors que les firmes fleurissaient depuis les débuts de la révolution industrielle, il a fallu attendre les travaux de Coase dans les années 30 pour donner une explication théorique de l'existence des entreprises. On pourrait faire la même remarque pour les villes, si ce n'est que la réponse peine à s'élaborer, en dépit des travaux remarquables d'auteurs tels que Fujita ou Thisse sur ce sujet. A une époque ou la majorité de la population mondiale vit dans des agglomérations urbaines, cette interrogation n'est pourtant pas sans intérêt. On connait, à ce sujet, l'admonestation célèbre de Lucas, dans son adresse aux membres du Jury des Nobel: mais pourquoi les gens cherchent-ils à se localiser à Manhattan ou Downtown Chicago, alors que l'espace abonde ailleurs? Pourquoi vouloir s'installer dans un lieu encombré, cher et pollué, alors que d'autres espaces, porteurs de paysages remarquables, restent souvent vierges de présence humaine pennanente? Et sa réponse, un peu décevante: c'est parce qu'ils recherchent la proximité des uns aux autres... En fait, derrière cette interrogation s'en profile une autre, plus fondamentale, sur l'existence des villes et de leur nécessité: pourquoi les villes existent-elles? Les villes ont de multiples dimensions (historique, politique, culturelle, économique, sociale, symbolique.. .), de sorte que la réponse excède toujours celle qu'on peut lui apporter au travers d'une approche disciplinaire. C'est la source d'insatisfactions, à moins de prétendre à un savoir totalisant. Mais il n'est pas inutile de confronter un objet complexe à une découpe disciplinaire. Cette confrontation enrichit la connaissance de l'objet mais surtout pousse l'approche disciplinaire à ses limites et donc à modifier ses lignes, intégrer de nouveaux phénomènes, forger de nouveaux concepts, bref à s'enrichir aussi. C'est tout l'intérêt d'une confrontation de l'analyse économique à l'objet ville: s'obliger à penser des phénomènes qui relèvent à l'évidence aussi de l'économie (comme la dimension économique des interactions sociales de proximité) mais qui lui échappent en partie. C'est aussi tout l'intérêt

8

A. Rallet et A. Torre

d'une confrontation des approches économiques à celles venues d'autres disciplines, comme dans le présent ouvrage. Pourquoi les agents économiques recherchent-ils la proximité des autres agents et des infrastructures urbaines? Autant de sujets qui intéressent directement l'économiste et, au-delà, les spécialistes des relations de proximité. Se poser la question de l'existence des villes, c'est en effet déjà se poser celle des proximités urbaines, qu'il s'agisse de la proximité géographique ou de la proximité organisée. C'est tout d'abord de la proximité géographique dont il est question, qu'elle soit recherchée ou subie par les acteurs économiques: - recherchée par les agents individuels, qui trouvent dans la ville des aménités nombreuses (rencontres d'autres personnes, distractions, ressources humaines...) mais également une concentration de services et de loisirs permettant de satisfaire une partie importante de leurs besoins dans un espace de déplacement restreint et dans un temps limité. Recherchée aussi par les entreprises, qui y voient un débouché en termes de consommateurs et la possibilité de réaliser des économies d'échelles au niveau de la distnbution, ainsi qu'un approvisionnement immédiat et une grande richesse de compétences en termes de marchés locaux du travail ; - subie par l'ensemble de ces acteurs économiques, qu'il s'agisse des problèmes de congestion, de voisinage, de pollution, d'encombrement ou de prix du foncier. Les agents individuels parce qu'ils doivent supporter les volontés divergentes et les actions de leurs voisins (constructions, bornages, passages...), mais aussi les émissions toxiques, les bruits, les embouteillages, les risques sanitaires. Les entreprises parce qu'elles se trouvent confrontées à des problèmes d'acheminement des produits, de prix de la location ou de la construction des infrastructures de production, mais aussi à une compétition importante de la part de leurs concurrents directs. On considère souvent que la recherche de proximité géographique est suffisante à expliquer l'existence des villes. Mais il ne suffit pas d'être côte à côte pour communiquer ou travailler ensemble. Et les villes en offient l'exemple le plus pertinent avec l'habitat vertica~ qui nous met à proximité géographique immédiate de parfaits inconnus que nous croisons parfois dans l'ascenseur alors que ce sont les personnes qui vivent à la plus faible distance de nous! Encore faut-il, pour valoriser le potentiel offert par la proximité géographique, entretenir des relations avec ces personnes proches, la même remarque s'appliquant aux relations de coopération entre entreprises. Il ne suffit pas, pour des start ups, d'être co-localisées dans le silicon quartier d'une grande métropole pour interagir, échanger des connaissances et des savoir faire. Encore faut-il que les membres de ces organisations se connaissent, et, plus encore, désirent échanger et travailler ensemble,

Les nouvelles proximités urbaines

9

se projettent ensemble dans des projets et des constructions communes. C'est à ce point qu'intervient la proximité organisée, avec ses déclinaisons en termes de logiques d'appartenance ou de similitude. Elle permet d'expliquer l'autre facette de la constitution et de la pérennité des agglomérations urbaines, c'est-à-dire l'importance des interactions humaines et productives. - la logique d'appartenance de la proximité organisée révèle comment les liens tissés au sein des réseaux d'acteurs et de personnes contribuent à l'activation des potentialités offertes par la proximité géographique d'un grand nombre d'autres acteurs économiques et sociaux et à la constitution de groupes ou de chaines de personnes physiques ou morales. L'appartenance à un même réseau, à une même organisation, permet d'entamer la discussion entre voisins sur les règles de vie communes, sur les projets de construction ou d'aménagement d'un espace de vie, mais aussi sur les règles à produire au sein d'un collectif de travail et de discuter des modalités techniques de production. La ville prend corps et existe par le biais de ce processus constitutif du lien social et productif: et facteur d'actions communes porteuses d'interactions. - la logique de similitude est fondée sur les ressemblances entre acteurs appartenant à des communautés de destin ou adhérant aux mêmes types de représentation. Elle renvoie, sur son versant positif: à la possibilité de mettre en commun les expériences et les projections des acteurs locaux, afin de les faire adhérer à un projet partagé, en particulier au sein de groupes unis par des origines géographiques ou des confessions communes. Ici également, la proximité permet la production de règles collectives, acceptées par toutes les parties prenantes de la négociation, ainsi que la production de croyances et d'anticipation partagées par les acteurs, compromis provisoire et révisable qui permet de tracer un sentier commun à des collectifs d'acteurs. Sur son versant négatif: elle ouvre la porte aux ségrégations urbaines, aux groupes de personnes qui se regroupent au sein de zones géographiques détenninées, alors que les nouveaux arrivants vont s'avérer incapables de s'insérer dans des communautés dont ils ne partagent pas les règles fondamentales. Les groupes d'acteurs qui partagent les mêmes systèmes de représentation, les mêmes valeurs, les mêmes liens communautaires, ont tendance à écarter les individus qui ne partagent pas ces références, et à constituer des groupes homogènes et isolés socialement et spatialement. Ces éléments montrent qu'existent deux principaux enjeux à la mise en œuvre d'une analyse des villes en termes de proximités: Tout d'abord, rendre compte de la diversité contradictoire de la ville.

10

A. Rallet et A. Torre

Analyser la ville à partir de la question de savoir pourquoi et comment les agents économiques sont proches permet d'éviter de la saisir au travers d'un primat accordé soit à l'agglomération, soit aux nuisances. Il est de tradition d'aborder la ville à partir des bénéfices de l'agglomération en introduisant les nuisances comme bornes de ces bénéfices, où de partir des nuisances que la ville génère en faisant de la sauvegarde des bénéfices de l'agglomération le point limite du combat contre les nuisances. Un des intérêts de l'analyse en termes de proximités est d'envisager les bénéfices et nuisances de la ville comme l'expression d'un même mouvement et non comme des limites réciproques dont il faudrait trouver le point d'équilibre (la fameuse et introuvable taille optimale des villes). Ensuite, progresser dans l'appréhension du phénomène croissant de métropolisation. On connaît la difficulté à définir et cerner ce qu'est la métropolisation, ce qui ne revient pas à caractériser un type particulier de villes (les métropoles). On peut naturellement l'entendre en ce sens : la métropolisation serait l'ère des métropoles. Mais ce serait à notre sens manquer ce qui se cherche au travers de l'emploi de ce terme, car la métropolisation est une forme de dépassement de la ville, de tous les types de ville. C'est pourquoi on ne peut la réduire à un seul type; il s'agit d'un processus d'extension de la ville au-delà de ce qui fait la nature d'une ville, d'où la difficulté à le qualifier. A l'urbanisation comme processus correspond la ville comme forme. A la métropolisation comme processus ne correspond pas la métropole comme forme mais bien davantage la région métropolitaine (certains parlent aussi de régions de villes). On est au-delà de la « edge city », de la ville s'établissant aux limites d'elle-même dans une configuration particulière de noyaux urbains reliés par des axes et un tissu urbain plus ou moins dense. Le terme de région métropolitaine exprime cela: un processus d'urbanisation ayant un espace régional comme cadre d'organisation. Une ville qu~ s'organisant en dehors d'elle-même, deviendrait autre chose qu'une ville. On pourrait, à cet égard, caractériser la région métropolitaine comme un jeu particulier de distances et de proximités. C'est par exemple une forme d'organisation marquée à la fois par la proximité et par l'éloignement géographiques. La proximité car l'organisation métropolitaine continue de conférer les avantages de la proximité géographique à ceux qui en font partie. La distance car la densité, la complexité et l'étendue du tissu métropolitain font écran aux interactions, ce que les individus expriment en disant qu'il est plus facile d'aller d'une ville de province à Paris que de relier deux points éloignés de la région parisienne. Dans une ville, la proximité géographique et la proximité organisée peuvent se superposer à l'échelle de la ville toute entière

Les nouvelles proximités urbaines

Il

pour en faire un espace potentiellement homogène d'interactions (potentiellement, car la proximité organisée n'existe pas nécessairement, et: les relations aux voisins). Cet avantage disparait dans le cas dans la région métropolitaine, dont la grande taille et la densité font écran physique aux interactions. La proximité organisée doit alors se coupler à la proximité géographique à des échelles plus petites, donnant naissance, par exemple, à des clusters locaux intramétropolitains, ou à des phénomènes de ségrégations sociale et spatiale comme dans les cités ou les condominiums. A cet égard, un des problèmes de la région métropolitaine est bien de savoir comment reconstituer en son sein des cadres localisés d'exploitation des bénéfices issus de la superposition des proximités géographique et organisée. Cela donne lieu à un intéressant paradoxe, qu'avaient déjà soulevé des auteurs tels que Chamboredon il y a quelques années. La proximité organisée, d'essence non géographique, est généralement utilisée pour expliquer que les relations issues d'agents ou d'individus localisés dans un espace géographique donné excèdent et débordent cet espace. Elle sert à combattre l'illusion localiste. Or, dans le cadre métropolitain, c'est l'inverse qui se produit. La proximité organisée se nourrit du repli local pour pouvoir fonctionner. Plus même, alors que c'est son absence qui provoque les difficultés de communication dans les villes, c'est justement sa présence qui entraine des phénomènes négatifs de ségrégations spatiale et sociale dans les métropoles. Expliquer une organisation métropolitaine, c'est analyser la formation d'espaces micro-locaux fondés sur l'exploitation conjointe de la proximité organisée et de la proximité géographique et reliés entre eux par un système de flux dont l'efficacité, plus ou moins grande, génère des avantages ou des contraintes de nature spécifiquement métro po litaine. Expliquer l'organisation de la région métropolitaine, son fonctionnement, ses gains et ses limites, est aujourd'hui une des principales tâches de l'analyse spatiale. L'analyser comme une combinaison de proximités peut y aider.

Partie l

, OU COMMENCENT ET FINISSENT LES VILLES?

CHAPITRE I

LES MODES DE VIE PERlURBAINS

FRANÇOIS MADORE

INTRODUCTION

Un phénomène de dissociation relative entre la croissance démographique des aires urbaines et la localisation de l'emploi au sein de ces entités est observé depuis quelques décennies en France. D'un côté, la périurbanisation de l'habitat marque la fin de la ville européenne dense et compacte. De l'autre, «la périurbanisation de l'emploi est moins prononcée », même si le mouvement de diffusion centrifuge des activités économiques est également engagé, en particulier dans «les grandes aires urbaines de province les plus dynamiques» (Lainé, 2000). Cette évolution contrastée de la géographie résidentielle et de l'emploi est pour partie à l'origine d'un débat sur l'avenir de la ville, que celui-ci s'exprime autour du concept de la «métapole» (Ascher, 1995),de la «ville émergente» (DuboisTaine et Chalas, 1997) ou encore de la «ville éclatée» (May et al., 1998; Haumont et Lévy, 1998). La population périurbaine est bien évidemment au cœur de ce processus de dissociation relative entre résidence et emplo~ d'où l'intérêt d'observer ses pratiques spatiales, en cherchant à vérifier une double hypothèse. La première est que les pratiques citadines mises en œuvre par les périurbains sont toujours guidées pour partie par la recherche de la proximité, car certaines d'entre elles participent d'un ancrage dans la commune de résidence. La seconde hypothèse est que ce rapport à l'espace urbain s'accompagne d'un processus de « périphérisation » des modes de vie, autrement dit d'une fréquentation plus portée vers les polarités périphériques que vers le cœur de la ville, par comparaison avec celle des habitants des pôles urbains. Certes, de nombreux travaux visant à mieux comprendre le schéma de mobilité dite quotidienne des périurbains ont déjà été réalisés, en particulier au cours des années quatre-vingtt, mais il nous semble que les deux hypothèses qui sous-tendent cette réflexion n'y étaient pas véritablement posées de façon explicite.
t On peut se reporter en particulier à l'ouvrage collectif Les périphéries urbaines, qui fait la synthèse, au milieu des années quatre-vingt, des recherches conduites sur le périurbain en France. Certaines contributions abordent plus spécifiquement la question de la mobilité quotidienne des périurbains, notamment celles de Nicole Croix et Jean Renard (1985), de Robert Hérin (1985) ou encore de Christian Pihet (1985).

16

A. Rallet et A. Torre

1-

METHODOLOGIE

Afin d'observer la dynamique de périurbanisation en France, l'Insee a mis au point, au milieu des années quatre-vingt-dix, une nouvelle approche territoriale de la ville fondée sur le zonage en aires urbaines (ZAD)(Le Jeannic, 1996). Celui-ci délimite en particulier des aires urbaines composées d'un pôle urbain et d'une couronne périurbaine. Les pôles sont des unités urbaines offiant plus de 5 000 emplois, sous réserve qu'elles ne soient pas sous la dépendance directe d'un pôle urbain plus important. Quant aux couronnes périurbaines, elles sont composées des communes où au moins 40% de la population active résidente ayant un emploi travaille dans le pôle urbain ou dans les autres communes de la couronne périurbaine. L'intérêt de ce découpage en aires urbaines est qu'illégitime statistiquement l'identité urbaine des communes marquées par le développement, depuis les années soixante-dix, de la périurbanisation, et qu'il offie de ce fait un cadre d'observation pertinent de la réalité des pratiques sociales en milieu urbain. C'est donc à l'échelle de ces aires urbaines que sera analysé ce phénomène de distanciation entre la résidence, qui se dilue dans les franges périurbaines, et l' emplo~ dont la concentration dans les aires urbaines reste nettement plus marquée. Quant à l'observation des pratiques spatiales de la population périurbaine, elle passe par la réalisation d'une enquête par questionnaire, qui permet d'appréhender, avec beaucoup de finesse, la diversité des schémas de mobilité mis en œuvre par la population et de vérifier la double hypothèse du maintien de la recherche de proximité dans certaines pratiques de l'espace et d'une «périphérisation» des modes de vie périurbains. D'où l'intérêt d'une approche monographique éclairée et mise en perspective par cette problématisation. Le matériau de recherche est donc constitué d'une enquête financée par la ville de La Roche-sur-Yon en Vendée, dans le but de saisir, à l'échelle de cette aire urbaine, les comportements de mobilité autres que ceux de nature résidentielle et la représentation de la centralité liée à ces pratiques. 1 000 enquêtes ont été réalisées en 2000 auprès de la population de l'aire urbaine, telle qu'elle a été définie par l'Insee en 19902.Celle-ci était composée, à l'issue de ce recensement, d'un pôle urbain constitué d'une ville isolée de 49 262habitants en 1999 et d'une couronne périurbaine rassemblant vingt communes et 44 624 habitants, soit 93 886 habitants pour l'aire urbaine (avec le zonage en aire urbaine de 1999,la couronne périurbaine a gagné quatre communes et atteint désormais 48 913 habitants). L'échantillon retenu pour cette enquête est représentatif de l'ensemble de la population occupant une résidence principale, les quotas ayant été établis en tenant compte du
2

Les 1 000 enquêtes ont été passées au cours des mois de mars et avril2000
2 de géographie au centre universitaire de La Roche-sur-Yon,

par treize enquêteurs étudiants
de l'Université de Nantes.

du Deug

qui dépend

Les nouvelles proximités urbaines

17

lieu de résidence en 1999,puis du sexe et de l'âge en 19903.L'objectif étant d'observer les pratiques spatiales d'une population périurbaine composée en majorité de couples biactifs ayant des enfants, ce sont les réponses données par les 475 individus enquêtés dans la couronne périurbaine qui vont être plus particulièrement exploitées. Trois types de pratiques vont retenir l'attention, car elles sont au cœur de la mobilité et du mode de vie des individus: les pratiques liées à l'emplo~ celles articulées autour de la ftéquentation des commerces et enfin les pratiques commandées par le recours aux services privés de base. Bien évidemment, l'adoption de la démarche monographique contient une mise en garde implicite, mais qu'il faut néanmoins rappeler, afin d'éviter tout risque de généralisation abusive. Chaque aire urbaine étant singulière, celle de La Roche-sur-Yon, par sa taille réduite, ne peut être considérée comme représentative de l'ensemble des aires urbaines ftançaises, a fortiori des plus peuplées. Toutefois, l'intérêt de la démarche tient à la mobilisation d'un vaste matériau d'enquêtes susceptible d'éclairer empiriquement certaines tendances des modes de vie périurbains.
11L'HABITAT ET L'EMPLOI DANS LES AIRES URBAINES FRANÇAISES: DES DYNAMIQUES CONTRASTEES

1. La dynamique de périurbanisation de l'habitat à partir des années soixantedix

La poursuite de l'urbanisation ne s'est jamais démentie en France tout au long des dernières décennies (Julien, 2001). En raisonnant à espace constant, c'est-à-dire en se référant à la définition des aires urbaines en 1990, l'intégralité des gains démographiques enregistrés dans l'hexagone depuis les années soixante est le fait de l'espace à dominante urbaine, dont la population a augmenté au rythme annuel moyen de +0,85%, alors que celle de l'espace à dominante rurale a été remarquablement stable à 13,6millions d'habitants (tableau 1).

3 Toutes les données du recensement en mars et avri12000.

de 1999 n'étaient

pas encore disponibles lorsque l'enquête a été réalisée

18 Tableau J
L'EVOLUTION

A. Rallet et A. Torre

DE LA POPULATION DE L'ESPACE A DOMINANTE URBAINE EN FRANCE DE 1962 A 1999 (AIRES URBAINES 1990)

ET RURALE

Esp ace à dominante urbaine Esp ace à dominante rurale France métrop olitaine

32 812 13 613 46 425

71 29 100

44 891 13 627 58 518

77 23 100

+0,85 0,00 +0,63

Source: Insee, recensement de la population 1962 et 1999

Néanmoins, cette poursuite de l'urbanisation a pris une nouvelle dimension au milieu des années soixante-dix, avec la dynamique de périurbanisation. En effet, toujours en se référant à la définition des aires urbaines françaises en 1990,le taux d'évolution annuel des pôles urbains est divisé par cinq entre 1962-1975et 1975-1990(+1,48% à +0,30%), alors que dans le même temps ce taux est multiplié par 1,7 (+1,34%à +2,28%)pour les couronnes périurbaines (tableau 2). Ainsi, la hiérarchie des taux s'est complètement inversée en peu de temps, la population des couronnes périurbaines augmentant quasiment huit fois plus vite que celle des pôles urbains entre 1975-1990.Au cours de la dernière période intercensitaire (1990-1999), es pôles urbains continuent l à croître lentement (+0,27%), tandis que s'amplifie la poursuite du ralentissement de la périurbanisation déjà amorcé entre 1982-1990

(Choffe~2000): après avoir atteint son paroxysmeentre 1975-1982vec a
+2,71%, le taux d'évolution annuel de la population des couronnes périurbaines recule à +1,89% entre 1982-1990, pour de nouveau diminuer entre 1990-1999 (+1,03%). Toutefois, les couronnes périurbaines progressent encore quatre fois plus vite que les pôles urbains et le ralentissement de la dynamique de périurbanisation, certes très sensible en taux, l'est beaucoup moins en effectifs.

Les nouvelles proximités urbaines

19 Tableau 2

L'EVOLUTION DE LA POPULATION DES POLES URBAINS ET DE LEURS COURONNES PERIURBAINES EN FRANCE DE 1962 A 1999 (AIRES URBAINES 1990)

Pôles urbains Couronnes p ériurbaines

+ 1,48 + 1,34

+0,30 + 2,28

+0,27 + 1,03 3,81

+0,71 + 1,64 2,31

Rapport couronnes / pôles
Source: Insee, recensement

0,91
1962 à 1999

7,60

de la population

La poursuite du dynamisme démographique des aires urbaines en France est donc moins le fait, depuis 1975, des pôles urbains, dont la progression est faible, que des couronnes périurbaines, qui enregistrent une forte augmentation de leur population, bien que ralentie depuis 1982. L'existence d'un solde migratoire légèrement négatif dans les pôles depuis 1975,mais fortement positif dans le périurbain (supérieur à +1% par an entre 1975-1990, oire à +2% entre 1975-1982)~ ontre que la v m croissance de ces auréoles a été alimentée par des flux migratoires en provenance des pôles urbains, même si l'importance de la mobilité interne au périurbain n'est pas à négliger,,, comme l'a montré Martine Berger (1990) à partir du cas de l' Ile-de-France. Ainsi, l'essence urbaine de la périurbanisation ne fait pas de doute, ce phénomène n'étant en aucun cas révélateur d'une renaissance rurale. Même les chercheurs qui ont eu recours à un autre néologisme d'origine anglo-saxonne pour qualifier ce processus, en parlant de rurbanisation, dont la terminologie dit combien le sens profond du phénomène serait à chercher à la croisée de rural et de l'urbain, ont tendance, pour la plupart, à considérer ce fait géographique comme « l'une des modalités spatiales de la croissance urbaine» (Berger et al., 1980). D'ailleurs, il nous semble que l'usage équivoque de ce concept de rurbanisation a progressivement périclité au profit de celui de périurbanisation, sémantiquement plus proche de la signification socio-spatiale du phénomène. Sans doute faut-il voir dans cette substitution une forme de légitimation du postulat selon lequel la périurbanisation résulte bien du « développement d'une forme urbaine adaptée à l'état momentané des forces productives et des rapports sociaux» (Jaillet et Jalabert, 1982), postulat qui semble faire l'unanimité, ou peu s'en faut (Taffin, 1985; Chapuis, 1995; Jean et Calenge, 1997; Le Jeannic, 1997)4.
4 Quelques extraits rendent compte de cette convergence d'appréciation sur le fait périurbain. Pour Claude Taffin (1985), « le développement des zones périurbaines n'est pas une nouvelle forme d'exode rural,