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Les psychothérapies en prison

De
174 pages
Pratiquer la psychothérapie en milieu pénitentiaire nécessite un respect rigoureux de principes théoriques et éthiques, mais implique cependant certains aménagements en raison des personnalités rencontrées et des contraintes de la vie carcérale. Les auteurs, qui ont pratiqué et développé diverses méthodes de psychothérapies en prison, présentent ici le cadre, les principes, l'intérêt et les difficultés de ce type d'approches.
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Francis DesCAr Pentr Ies et Aude FAn ILES PSYCHOTHERAPIES
EN PRISON
LES PSYCHOTHERAPIES Psychothérapies et Actes Criminels
Les psychothérapies se sont développées récemment en milieu pénitentiaire sous EN PRISON
l’impulsion de précurseurs, et aussi grâce à des avancées législatives organisant
de façon générale les soins en direction des personnes détenues. Pratiquer la
Psychothérapies et Actes Criminelspsychothérapie en milieu pénitentiaire nécessite un respect rigoureux de principes
théoriques et éthiques, mais implique cependant certains aménagements en
raison des personnalités rencontrées et des contraintes de la vie carcérale. L’utilité
des psychothérapies est indéniable, car les personnes détenues ont souvent à tirer
bénéfce d’une accession à une plus grande capacité de penser, et l’incarcération
constitue pour certains un moment particulier où une relation thérapeutique
peut s’enclencher. Les auteurs, qui ont pratiqué et développé diverses méthodes
de psychothérapies en prison, présentent ici le cadre, les principes, l’intérêt et
les difcultés de ce type d’approches. Ils racontent des exemples de patients
criminels incarcérés qui se sont engagés dans une réfexion sur leur acte à travers
une psychothérapie, et relatent la parole d’un violeur d’enfant engagé dans une
thérapie de groupe.
Francis DESCARPENTRIES est psychiatre, pédopsychiatre, psychanalyste de
formation. Il a exercé son métier notamment en milieu carcéral, où il a contribué
à introduire et développer des méthodes de psychothérapies notamment dans le
domaine de la prise en charge des auteurs d’infractions violentes et sexuelles. Sa
pratique d’expert judiciaire l’a conduit à s’interroger particulièrement sur les ressorts
psychoafectifs de certains actes criminels.
Aude FANI est psychologue clinicienne, spécialisée en protection de l’enfance. Elle
a travaillé au sein de la Protection Judiciaire de la Jeunesse puis en Établissement
Pénitentiaire pour Mineurs. Sa pratique de la psychothérapie spécialement auprès
d’adolescents incarcérés a aiguisé son intérêt pour la compréhension des actes
transgressifs et de leurs enjeux.
Illustration de couverture par : David Bre DA (bzz_@hotmail.fr)
Is Bn : 978-2-296-99828-5
17 e
Francis DesCAr Pentr Ies
LES PSYCHOTHERAPIES EN PRISON
et Aude FAn I
Psychothérapies et Actes Criminels


LES PSYCHOTHERAPIES EN PRISON




























Francis Descarpentries
Aude Fani



LES PSYCHOTHERAPIES EN PRISON
Psychothérapies et Actes Criminels












L’Harmattan

















© L’HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-99828-5
EAN : 9782296998285 Introduction Ce livre présente la psychothérapie auprès des personnes
détenues.

Les professionnels de santé en milieu pénitentiaire
s’efforcent de pouvoir proposer aux personnes détenues les
mêmes possibilités de soins qu’à l'extérieur.
Il s’agit là de la mise en oeuvre du principe de l’égalité des
soins entre personnes détenues et personnes libres, consacré par
différents textes législatifs parmi lesquels la loi de 1994
constitue une charnière. Nous pourrions disserter de ce qu’il en
est réellement, mais ce n’est pas ici notre objet. Cette loi
attribuait aux services publics de santé la charge d’assurer soins
et prévention auprès des détenus, alors qu’auparavant
l’administration pénitentiaire y subvenait.
En vertu du principe de l’égalité de l’offre de soins entre
personnes incarcérées et personnes libres, l’accès aux
psychothérapies, dans leurs diverses acceptions théoriques et
méthodologiques, devrait donc être garanti aux personnes
détenues qui en ont besoin.
Exercer en prison, pour un thérapeute, n’est cependant pas
simple. Le cadre carcéral et ses contraintes, le poids de
l’institution, celui de l’enfermement, la promiscuité des
personnes, la pluralité et l’omniprésence du partenariat, les
difficultés sanitaires et psychologiques particulières des
personnes incarcérées, la primauté des décisions judiciaires sur
leur condition, nécessitent quelques aménagements des
pratiques, mais aussi une plus grande vigilance à maints égards.
Les conflits d’enjeux, les demandes (- ou pressions)
émanant du partenariat incontournable, interrogent
quotidiennement nos positions et notre éthique.
Nous avons tenté de contribuer à promouvoir en prison, en
tant que psychiatre et psychologue, l'interrogation
psychodynamique et l'accès aux psychothérapies.

9En principe toute personne détenue devrait pouvoir en
bénéficier, à trois conditions bien sûr :
- si elle en fait la demande, de façon spontanée voire sur
incitation ;
- si elle y est accessible et si une évolution psychique
apparaît souhaitable et possible ;
- s’il n’y existe aucune contre-indication.

En prison, des particularités inhérentes à la condition de
détenu interfèrent inévitablement, et vont avoir des
conséquences sur le cadre, sur la pratique, et même sur les
indications des psychothérapies :
- infléchir les demandes et indications en matière de
psychothérapies, en raison de plusieurs facteurs, comme nous le
verrons ;
- induire des contraintes particulières de cadre et de
temps ;
- nécessiter une vigilance particulière sur la préservation
de l’espace thérapeutique et sur les limites de nos rôles.

Quels sont donc les facteurs qui influencent les demandes et
indications de psychothérapie en prison ?

Il s’agit d’abord du fait même de l’incarcération et des
bouleversements émotionnels et psychiques qu’elle induit, que
d’aucuns ont pu qualifier de trauma carcéral, moment souvent
douloureux mais aussi propice à l’émergence d’une
interrogation introspective qui n’avait parfois pu être mentalisée
ou exprimée auparavant.
10Nous aborderons donc, après avoir rappelé quelques
généralités importantes sur l’exercice des soins en prison et sur
le cadre de l’incarcération, cette question des effets que
l’enfermement peut induire sur la personne du prisonnier.
Nous verrons ensuite les questions posées par les
psychothérapies en prison, en prenant comme exemples quatre
cas de sujets incarcérés qui se sont engagés « à cette occasion »
dans un processus de psychothérapie. Ces patients ont en
commun plusieurs caractéristiques :
- ils n’avaient jamais amorcé avant leur incarcération de
travail psychothérapeutique ;
- ils sont responsables pénalement de leur acte ;
- ils se sont, à un certain moment, et en rapport avec leur
situation pénale et/ou carcérale, interrogés sur le sens de leurs
actes ; et comme nous le verrons, le questionnement sur le sens
de l’acte peut être le premier pivot d’une réelle élaboration
psychique.
11 Premier chapitre :
La détention : notions générales
Un « détenu » est une personne faisant l’objet d’une mesure
privative de liberté à l’intérieur d’un établissement pénitentiaire,
ou par le biais d’un aménagement de peine comme le placement
sous surveillance électronique. C’est du moins ainsi que Code
de procédure pénale le définit. Nous restreindrons notre étude
aux détenus incarcérés.

Les détenus condamnés sont incarcérés dans un
établissement pénitentiaire en vertu d’une condamnation
judiciaire définitive. Les prévenus sont des personnes
incarcérées, sous le coup de poursuites pénales, n’ayant pas fait
l’objet d’une condamnation définitive : ce sont les personnes
mises en examen, les accusés et les personnes condamnées
ayant formulé une voie de recours contre cette décision de
justice.
La distinction entre prévenus et condamnés détermine, en
principe, le type d’établissement pénitentiaire où les uns et les
autres sont incarcérés.
Les condamnés sont répartis selon plusieurs critères dans
les établissements affectés à l’exécution des peines : leur sexe,
leur âge, leur situation pénale, leurs antécédents, leur état de
santé physique et mental, leurs aptitudes, et plus généralement
leur personnalité et le régime pénitentiaire dont ils relèvent en
vue de leur réadaptation sociale.
Les condamnés à de longues peines font un stage dans un
centre d'orientation, où une affectation est attribuée au terme
d’une évaluation notamment sociale et psychologique.

Les établissements pénitentiaires sont actuellement au
nombre de 191. Nous distinguons les maisons d’arrêt, au
nombre de 99, et les établissements pour peine au nombre de
85. Il existe aussi 6 établissements pénitentiaires n’accueillant
que des mineurs (prévenus et condamnés).
Les maisons d’arrêt reçoivent les prévenus et les
condamnés dont la peine ou le reliquat n’excède pas deux ans.
15Les établissements pour peine ont un régime de détention
défini par l’isolement de nuit. Ils sont répartis en différents
centres :
• Les centres pénitentiaires (43) : établissements mixtes
comprenant au moins deux quartiers à régimes de détention
différents (maison d’arrêt, centre de détention et / ou maison
centrale).
• Les centres de détention (25) : accueillant des
condamnés à plus de deux ans d’emprisonnement considérés
comme présentant les meilleures perspectives de réinsertion. A
ce titre, les centres de détention ont un régime de détention
principalement orienté vers la resocialisation des détenus.
• Les maisons centrales (6) : recevant les condamnés les
plus difficiles ou ceux condamnés à de longues peines. Leur
régime de détention est essentiellement axé sur la sécurité.
• Les centres de semi-liberté (11) : ces centres spécialisés
sont chargés d’accueillir les condamnés bénéficiant d’un régime
de semi-liberté en raison de leur faible reliquat de peine, dans
une perspective de réinsertion. Les détenus en semi-liberté
généralement sortent la journée pour travailler, et réintègrent la
prison le soir et le week-end.
• Les établissements pénitentiaires pour mineurs (6) : ces
derniers sont dévolus à l’accueil des condamnés et des prévenus
mineurs, de 13 à 18 ans. Nous y reviendrons un peu plus loin.

erAu 1 janvier 2012, 67 373 détenus étaient écroués dans les
établissements français (uniquement les détenus incarcérés) qui
comptaient à cette date 57 236 places opérationnelles. Nous
comptons actuellement 99 personnes détenues pour 100 000
erhabitants contre 93 au 1 janvier 2010.

Il existe au moins une maison d'arrêt par département. Le
régime d’emprisonnement prévu est, en principe, celui de
l’emprisonnement individuel de jour comme de nuit, ce qui est
irréalisable au regard de la surpopulation actuelle. Les récents
mouvements syndicaux du personnel de l’administration
pénitentiaire ont encore dénoncé, outre certains aspects des
conditions de travail, la surpopulation carcérale.
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